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MessageSujet: give it a try 11/7/2016, 16:27

Il y avait les choses pour lesquelles Jonas était doué, et celles qui le dépassaient totalement. Celles qu'il ne faisait plus, par manque de temps ou d'inspiration, et puis celles qu'il se devait de faire, malgré son manque de talent. Comme la pâtisserie. Il était indéniable qu'il était le roi des gaufres, Nina lui avait même offert un dessin-award qu'il avait affiché fièrement sur le frigo. Mais hormis ces douceurs-là, qu'il prenait plaisir à préparer tous les week-ends, il n'avait rien de doué en cuisine. A vrai dire, il était persuadée qu'il serait plus doué pour jouer de la clarinette que pour faire de bons plats. Mais il n'abandonnait pas. Surtout lorsque sa petite fille lui avait fait promettre une vingtaine de cupcakes pour la fête de l'école, le soir même. Il s'y était mis tôt dans l'après-midi, voulant être sûr de ne pas être en retard. Il avait pourtant suivi la recette à la lettre, avec une application démesurée, et avait même réussi à ne pas se salir durant les dix premières minutes. Ensuite, ça avait foiré. Il n'avait aucune idée du moment où tout avait tourné au massacre, il se rappelle seulement d'avoir enfourné les premiers gâteaux, s'être assis sur le canapé. Et puis, il y avait eu cette bonne odeur de vanille, qui l'avait réconforté. Il avait attrapé le livre qui traînait sur la table basse, qu'il avait commencé il y a plusieurs semaines, et s'y était entièrement plongé. Jusqu'à ce que l'odeur de brûlé, accompagné d'une fumée épaisse lui parvienne aux narines. - Oh merde ! Il se leva précipitamment, totalement paniqué, et plongea vers le four qu'il ouvrit brutalement. Reculant son visage de la chaleur brûlante, il tenta de dissiper la fumée d'un geste de main frénétique. En découvrant son œuvre – des espèces de gâteaux tout plats, noirs sur le dessus, il soupira de déception. Il sorti la plaque du four – se brûlant les doigts au passage, et la posa sur le plan de travail, ouvrant de sa main libre la fenêtre de la cuisine histoire de ne pas mourir intoxiqué. Il observa ces petites choses informes et plus noires que le chat qu'avait voulu adopter Nina, et se frotta la nuque. Ils étaient immangeables, clairement, et il était impensable qu'il puisse porter ça à la fête de l'école. Il finirait en prison pour tentative empoisonnement, pour de malheureux cupcakes. Il vérifiait la recette, pour la huitième fois, lorsque de petits coups frappèrent à la porte d'entrée. Essuyant ses mains sur son tablier – sur lequel était représenté un gros bonhomme bedonnant habillé en cuisinier, juste au-dessus d'une phrase totalement ironique pour la situation « meilleur papa cuisinier du monde », offert gentiment à Noël par Nina, et se dirigea vers la porte. Il l'ouvrit pour tomber sur le visage inquiet de Diane, la voisine de palier, qui avait sans doute senti et vu la fumée. - Bonjour ! Il lui offrit un sourire sincère, le visage et les vêtements pleins de farine. Elle lui demanda si tout allait bien, ce à quoi il répondit par un court rire. - Em, oui. C'est juste moi qui essaie de cuisiner. J'avais promis des cupcakes à Nina pour la fête de l'école, ça a mal tourné. Il rit de nouveau, de bon cœur, et ajouta : - Je n'ai plus qu'à passer chez le pâtissier pour en acheter une vingtaine !
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MessageSujet: Re: give it a try 11/7/2016, 23:31

à vrai dire t'es un peu crevée. ta matinée seule de cours chez les grandes sections est parfois pas de tout repos. les enfants, ça bouge. beaucoup trop. mais t'es quand même contente. c'est ce que tu aimes. d'ailleurs t'as le sourire en revenant chez toi. pis t'as une bonne raison de l'être. ton colis devrait être arrivé aujourd'hui. ça fait longtemps que tu l'attends celui-là. après tout, il vient d'angleterre. il vient de loin. un peu comme toi. ça fait un mois que tu l'as commandé. ça commence à faire. tu pourras enfin lire. ça te manque un peu. mais t'as pas trop le temps. enfin t'essayes de le prendre ce temps. mais c'est parfois trop dur. au moins t'aurais une raison là. un motif. alors tu pousses la porte de ton immeuble un peu avec espoir. tu vois ta boîte aux lettres d'ici. tu pries. un. deux. trois. ça y est ta clef est dans la serrure. tu l'ouvres. et... bingo. tu souris. le graal est arrivé. tout de suite tu résistes pas à l'envie de déchirer le carton. le beau livre est bien là. tout neuf. t'as déjà une irrésistible envie de le lire. mais tu te retiens. faut déjà que tu remontes chez toi. t'as même pas pris le temps de déposer tes affaires et de t'installer confortablement. tu soupires un instant de bonheur tout en refermant ta boîte aux lettres. pis tu remontes jusqu'à chez toi. le trajet est pas trop long. l’ascenseur est déjà en bas. quelques étages et t'y es déjà. pourtant à peine as-tu mis le pied que ton nez est agressé. ça sent le cramé dans le couloir. tu réfléchis. t'as pourtant rien mis sur le gaz ni dans le four. tu vérifies quand même en vitesse. malgré tes talons tu cours. t'ouvres ton appartement. tu fais voler ton précieux libre sur ton canapé. la cuisine. rien. nickel. tu comprends pas trop. en bonne cuisinière, l'odeur de brûlé t'a toujours pétrifié. pis tu penses à ton voisin. ce papa célibataire. et s'il était parti ? et si l'immeuble brûlait ? alors tu poses ton sac dans un coin. t'oublies pas de reprendre tes clefs. ça serait bête de te retrouver enfermée dehors. tu fais quelques pas. l'odeur se rapproche. oui t'es sûre que c'est bien là. tu toques alors à la porte. inquiète. tu te vois déjà appeler les pompiers et même le propriétaire. tu patientes un peu, croisant les bras. c'est ce que tu fais toujours quand tu t'inquiètes tiens. la porte finit par s'ouvrir. l'homme en question te sourit. il a pas l'air d'être en panique lui. « bonjour ! » te fait-il. tu remarques la farine sur ses vêtements. il en a même sur le visage. les hommes et la cuisine. t'as presque envie de rire. mais tu te retiens. tu te demandes toujours. « bonjour. » tu commences. « tout va bien ? j'ai cru sentir de la fumée. je me demandais si... » tu finis pas ta phrase. il comprendra. apparemment. il commença à rire. tu te demandes s'il se moque de toi et de ton air inquiet. sans doute. alors tu fronces un peu les sourcils. « em, oui. c'est juste moi qui essaie de cuisiner. j'avais promis des cupcakes à nina pour la fête de l'école, ça a mal tourné. » oh. là. tu te sens idiote. vraiment. t'as tout imaginé sauf ça. tu le vois mal derrière les fourneaux. c'est pas faux vu son état. tu remarques même un peu de poudre blanche dans ses cheveux. tu voudrais presque lui dire.« oh je vois. je voyais déjà l'immeuble en flammes. » tu l'avoues presque en riant. t'as un peu honte. c'est vrai. « je n'ai plus qu'à passer chez le pâtissier pour en acheter une vingtaine ! » là tu tiques un peu. t'as toujours juré que par le fait-maison. t'as jamais réussi à acheter quoi que ce soit. même le boulanger est pas foutu de faire son pain. le congelé, tu l'exècres. alors tu peux pas t'empêcher.« vous oseriez donner à nos pauvres bouts de choux ce genre de choses ? » tu fais ta choquée. mais ton rire ne se fait pas attendre. tu plaisantes. maintenant tu dois partir. dans ton appartement. c'est dans l'ordre des choses. t'es rassurée à présent. quoi que. t'en restes pas là. c'est plus fort que toi. sois généreuse avait toujours dit son père. c'est ce que t'essayes de faire chaque jour. inlassablement. « vous voudriez peut-être un coup de main ? on ne se connait pas, mais si on peut se donner un coup de main entre voisins, vous savez.. » tu finis pas ta phrase. parce qu'il te répond déjà. tu ponctues tes paroles d'un sourire. un sourire sincère évidemment. t'as vraiment envie de l'aider. pour une fois que tu peux mettre tes talents de cuisinière à profit. surtout qu'il t'a déjà rendu des services par le passé. des petits mais quand même. « je vous dois bien ça. pour le tournevis que vous m'aviez prêté la dernière fois. » par exemple. t'attends sa réponse, prête à retourner chez toi au moindre refus. évidemment.
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MessageSujet: Re: give it a try 12/7/2016, 15:01

C'était un des rares avantages d'être sans emploi. Jonas avait tout le temps de s'occuper au mieux de Nina, y compris en s'essayant à la cuisine. A vrai dire, il n'était pas réellement mauvais. Simplement, certaines recettes lui réussissaient mieux que d'autres. Les macaronis au fromage, les gaufres et les sandwich, ça allait. Bien heureusement pour lui, Nina était très douée, bien plus que son père, et adorait ça. Alors parfois, elle l'aidait en cuisine – ou plutôt c'était lui qui l'aidait, et ils arrivaient à faire quelque chose de convenable pour le dîner. De nombreuses fois elle avait dû lui taper sur les doigts pour l'éviter de faire une bêtise. Et de nombreuses fois, l'expérience s'était terminée en bataille de farine et chatouilles. C'était ce qu'il aimait le plus, Jonas, dans le fait de ne pas travailler. Il passait plus de temps avec sa fille qu'il ne l'avait jamais fait. Et Jonas ne pouvait que s'en réjouir. Nina était son pilier, son ancre, il n'imaginait pas une seconde sa vie sans voir ses grands yeux bleus et entendre son rire cristallin. Ils étaient une équipe, dans la cuisine comme dans la vie. Alors il avait voulu être à la hauteur, et la surprendre avec des cupcakes joliment décorés, et avec un peu de chance pas trop mauvais. Mais c'était un désastre total, et même la voisine l'avait compris. Elle était petite, semblait gênée, ce qui fit sourire Jonas d'autant plus. Elle ne devrait pas l'être, au contraire, c'était plutôt à lui de s'excuser de lui avoir fait peur. - Oh je vois. Je voyais déjà l'immeuble en flammes. Il rit à sa remarque. - C'est compréhensible, il faut s'attendre à tout avec moi. Diane était la voisine prévenante, chaleureuse, celle qui vous sourit gentiment aux boîtes aux lettres le matin et vous accueille avec un plat chaud et des petits gâteaux. Jonas l'aimait bien, cette petite brune qu'il avait surpris une fois à s'enthousiasmer devant son courrier. Elle était simple, authentique, et était la première personne dont il avait fait la connaissance en arrivant ici. - Vous oseriez donner à nos pauvres bouts de choux ce genre de choses ? Il haussa les épaules, mêlant son rire au sien. - Il vaut mieux ça que de les empoisonner avec ce que j'ai fait. Il avait un peu honte à vrai dire, car il se rappelait toujours de ces lasagnes à tomber par terre qu'elle leur avait offert le jour de leur emménagement, et qu'ils avaient dévoré à même le plat sur les cartons encore fermés. Il avait été plus qu'étonné, d'ailleurs, en ouvrant la porte ce jour-là. Il ne s'attendait réellement pas à un tel accueil, surtout connaissant la réputation des Parisiens. - Vous voudriez peut-être un coup de main ? on ne se connait pas, mais si on peut se donner un coup de main entre voisins, vous savez.. Jonas écarquilla les yeux, surpris. - Oh, vraiment ? Je ne voudrais pas vous déranger, vous avez sans doute mieux à faire. Il sourit, poliment. - Je vous dois bien ça. Pour le tournevis que vous m'aviez prêté la dernière fois. Il hocha la tête, toujours souriant. - Ah oui, le tournevis! Il marqua une pause avec de reprendre. - Eh bien, si vous êtes partante, pourquoi pas ? C'est très gentil. Il se décala pour la laisser entrer dans le petit appartement. - Je ne peux pas vous promettre que vous aurez envie de revenir après ça, je suis un vrai désastre quand il s'agit de cuisine. Il referma la porte sur un éclat de rire.
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MessageSujet: Re: give it a try 12/7/2016, 17:12

« c'est compréhensible, il faut s'attendre à tout avec moi. » alors comme ça, c'était un papa catastrophe. tu souris poliment. tu l'imagines déjà en train de cuisiner et à vrai dire, ça te donne envie de rire. mais tu es polie. et surtout pas méchante. alors tu gardes ça pour toi. pis tu lui fais part de ta remarque sur l'achat de patisseries. si tu le pouvais, t'irais militer contre ça. c'est vraiment immonde. tu ne comprenais parfois pas les gens qui s'entetaient à manger tous les jours des congelés. c'était inimaginable pour toi. tu étais sans doute trop pointilleuse. ou sans doute était-ce ton éducation. ta mère avait toujours été très légumes frais et viande du boucher. alors oui, ça doit être ça. « il vaut mieux ça que de les empoisonner avec ce que j'ai fait. » tu penches la tête un peu sur le côté. il marque un point. rien que d'imaginer le goût d'un plat cramé, tu fais la grimace. mais tu souris devant lui. tu l'admets. « là dessus, vous avez pas tord. » elle rit à son tour. pis tu lui fais ta proposition. un peu timide ta proposition. mais il ne s'en formalise pas. même il se transforme devant toi en véritable mérou. il est surpris. toi tu patientes. t'es déjà prête à repartir lire dans ton appartement. ton précieux livre t'attend patiemment sur ton canapé. mais c'est tout le contraire. « Oh, vraiment ? Je ne voudrais pas vous déranger, vous avez sans doute mieux à faire. » sa surprise passe. tu arbores ton sourire toujours. pis t'as un argument imparable à vrai dire. le tournevis. eh oui. t'as jamais aimé demander sans rendre. pour toi c'est inconcevable. encore même. tu préfères donner plus et prendre moins. c'est dans ta nature. t'es loin de ces parisiennes qui ne se préoccupent que de leurs dernières chaussures louboutins et de leur sac prada. non. t'es parisienne de souche, mais t'as plus l'attitude d'une provinciale. c'est sans doute mieux ainsi à vrai dire. « ah oui, le tournevis ! » il se souvient. c'était un soir. sacha n'avait toujours pas remplacé les piles de la télécommande. une vraie plaie. t'en pouvais plus de te lever tout le temps. comme par hasard, ce soir-là, rien ne vous plaisait à la télévision. alors t'avais eu l'idée de chercher dans la boîte à outils. mais elle était aussi bien fourni que aller faire de la peinture. t'as failli capituler. quand tu t'es souvenue du voisin de palier. tu l'aurais presque embrasser ce jour-là. il te sauvait la vie. et une dispute en moins avec sacha. c'était toujours ça de gagner. « eh bien, si vous êtes partante, pourquoi pas ? c'est très gentil. » tu acquiesces doucement. si tu lui demandais, c'est que t'étais partante non ? mais tu relevas pas. tu souris avant d'ajouter. « votre fille pourra être fière de montrer à ses amies les gâteaux faits par son papa non ? » c'est à ce moment-là qu'il se décala pour te laisser entrer. toi. toute timide. tu entras. mais tu t'arrêtas bien vite. tu voulais qu'il te montre le chemin. t'aimes pas trop t'imposer, ou faire comme chez toi. alors tu le vois se diriger vers la cuisine. tu le suis. telle un petit lutin. t'es toute petite et frêle face à lui. faut dire qu'il est pas maigrelet jonas. vraiment. « je ne peux pas vous promettre que vous aurez envie de revenir après ça, je suis un vrai désastre quand il s'agit de cuisine. » te dit-il. toi tu te postes à la porte de la cuisine. tu ris un peu. en fait. son appartement est comme le tien. à l'identique. l’agencement doit être le même pour tous les appartements de l'immeuble. ton regard se promène un peu sur la pièce. mais pas trop. tu voudrais pas paraître indiscrète. tu ris un peu. ses paroles te font rire. « oh, il en faudrait beaucoup. vous savez, j'ai déjà connu un homme qui faisait cuire des pâtes sans eau. » tu te rappelles de la scène comme si c'était hier. c'était au début de ton emménagement avec sacha. le pauvre. tu t'étais moqué gentiment de lui. il était autant débrouillard que toi quand tu essayais de bricoler un truc. heureusement. tu as de la patience. et l'enseignement en toi. alors t'avais réussi à lui apprendre les bases. même si généralement les cours s'étaient finies en rire et en bataille de farine. comme un jeune couple fou amoureux découvrant l'autre. c'était loin tout ça. un instant. juste une seconde. t'as un éclair de tristesse dans les yeux. mais tu l'écartes vite. trop vite pour que jonas ne le voit. tu l'espères du moins. tu préfères remonter les manches de ton chemisier. déterminée comme tu es. « alors. qu'est-ce que vous aviez prévu au programme pour égayer les papilles à la fête de l'école ? » t'es toute joyeuse. la cuisine t'a toujours détendue. elle te fait un peu oublier le temps d'un instant. et ça te fait du bien. réellement.
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MessageSujet: Re: give it a try 12/7/2016, 18:16

Elle souriait poliment. Toujours. Elle avait une petite fossette, comme Nina, et Jonas ne pu s'empêcher de se faire la remarque, intérieurement. Il avait l'impression de voir sa fille partout, c'était dingue. Ils étaient toujours à la porte, elle sur le palier, lui à l'intérieur, et il se sentit subitement gêné de la laisser poireauter dans le couloir. En refermant la porte, il s'accorda à ajouter à sa remarque. - Par son papa, et la voisine. Je voudrais pas recevoir tout le mérite. Il sourit, espérant secrètement qu'elle soit aussi douée en cuisine qu'elle le semblait, et qu'il ferait un carton auprès des enfants. Elle le suivit dans la pièce, qui avait toujours cette odeur de brûlé malgré la fenêtre grande ouverte. Heureusement, il faisait chaud à cette époque de l'année. En plus d'avoir raté ses gâteaux, il préférait éviter à Diane d'attraper une pneumonie. Il remarqua son regard parcourir la pièce, le plan de travail jonché d'ustensiles en tout genres, l'évier débordant de vaisselle, bien trop pour quelques pauvres cupcakes. Mais Jonas, il avait tendance à perdre le compte, il était un peu désordonné sur les bords, sans doute, mais il prenait toujours soin de tout faire comme il faut. Peu importe la vaisselle, il ne rechignait jamais à la faire. - Oh, il en faudrait beaucoup. vous savez, j'ai déjà connu un homme qui faisait cuire des pâtes sans eau. Il échappa un rire plus qu'étonné, et sa voix se fit plus aiguë. - Des pâtes sans eau ? Vraiment ? Ça doit prendre beaucoup de temps. Il sourit, car en vérité, sans la présence de sa mère lorsqu'il était jeune, il aurait sans doute fait la même erreur. Le regard de Diane s'assombrit pendant un instant, si court que Jonas n'en tient pas compte, la lumière, sans doute. Il l'observa remonter ses manches, un sourire collé au visage. Il avait toujours eu ces traits sérieux, tout en gardant une expression positive, souriante. Nina lui disait souvent qu'il fronçait trop les sourcils, et même malgré ça, il avait une bonne tête, comme on le lui disait souvent. Malgré sa carrure assez imposante, sa barbe mal rasée et ses traits durs, on ne l'avait jamais évité sur un trottoir. Parfois, il mettait ça sur le compte de Nina, la petite fille adorable, enjouée, celle qui le faisait sans doute paraître plus agréable. Il aurait bien remonté ses manches, lui aussi, mais il portait un t-shirt manches courtes, et autrement, ça n'aurait pas servi à grand-chose. - Alors. Qu'est-ce que vous aviez prévu au programme pour égayer les papilles à la fête de l'école ? Il désigne d'un geste de spatule ce qui ressemble plus à des morceaux de charbon qu'à des gâteaux fondants et vanillés, comme c'était écrit sur la recette. - Des cupcakes. C'était censé être des cupcakes, du moins. Avec du glaçage violet, parce que c'est la couleur préférée de Nina. Et des paillettes, c'est ce que le petit chef a demandé. Il secoua la tête, l'envie d'éclater de rire au bord des lèvres. Diane ne s'en rendait sûrement pas compte, mais elle lui sauvait la vie, en quelque sorte. En se tournant pour attraper un bol propre, il remarqua dans son reflet sur le four les traînées blanches de farine sur son visage. - Ah, très joli. Il se frotta le front de son avant-bras, et se tourna, triomphant, vers la jolie brune. - Vous êtes le chef, ça vous va ? Je préfère ne pas prendre les devants, vous risqueriez de finir en charbon vous aussi. Ça serait dommage. Il ponctue sa phrase d'un léger rire. Il essayait de la mettre à l'aise, peut-être maladroitement, mais d'habitude, c'était Nina qui s'occupait des relations sociales, de part sa capacité à tenir une conversation pendant de longues minutes. Les gens l'adoraient. Jonas aussi. Il remarqua le regard de Diane se porter sur son tablier, ridicule certes. - On ne se moque pas. Il est très réaliste, ajouta-t-il ironiquement, référence au gros monsieur à la moustache, et aux quelques mots en dessous. - Cadeau de Noël dernier. J'ai même eu un mug, avec. Il sourit, puis reporta son attention sur Diane, secouant la tête. - Les enfants… Vous en avez ? Il croyait que non, car il n'avait jamais entendu ni rires ni pleurs, mais il pouvait tout à fait se tromper. Après tout, ils avaient beaucoup de choses à découvrir l'un sur l'autre.
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MessageSujet: Re: give it a try 12/7/2016, 21:56

à vrai dire, tu ne te sentais pas mal à l'aise. contrairement à ce que tu pourrais croire. c'est vrai qu'au départ quand t'as vu débarquer jonas avec sa fille. t'as cru réellement à un pestiféré. à un mec qui resterait surement toutes ses journées devant la tv en ne bougeant pas un seul petit doigt. sans doute la carrure qui t'as fait croire ça. t'en as presque honte à présent. surtout quand tu le vois se démener autant pour sa fille. c'est adorable. vraiment. t'en ressens presque une pointe de jalousie. là tout au fond de ton coeur. tu l'ignores. « par son papa, et la voisine. je voudrais pas recevoir tout le mérite. » tu souris alors à la remarque. mais tu fais un geste de la main. presque lasse. « je suis sûre que je ne vous aiderais pas tant que ça. » tu lui assures. après tout. la cuisine, fallait juste suivre à la lettre des indications. c'était pas sorcier dans un sens. fallait simplement être précis. t'étais sûre qu'il ne se débrouillait pas trop mal. si ce n'est la cuisson apparemment. l'odeur de brûlé toujours dans tes narines. tu arranges bien les manches de ton chemisier. t'as pas envie qu'il tombe quand t'es en train de cuisiner. c'est une chose qui t'agaces ça. t'envies presque jonas avec son tee shirt. la conversation suit son court. alors t'oublies un peu tes manches. tu parles de l'épisode des pâtes. ça fait rire jonas. il n'a pas remarqué ton trouble. ça te soulage presque. t'avais pas envie de t'expliquer. d'expliquer ta vie. alors tu l'écoutes. le sourire aux lèvres. toujours. c'est ta marque de fabrique. ton naturel. « des pâtes sans eau ? vraiment ? ça doit prendre beaucoup de temps. » tu avances un peu dans la cuisine pour que tu te retrouves à ses côtés. tu regardes un peu le plan de travail tout en parlant. t'essayes de paraître à l'aise. parce que cette histoire te met mal à l'aise. c'est sûr. tu sens ton coeur qui bat trop vite. t'aimerais le rattraper. le stopper. mais t'y arrives pas. alors t'essayes d'ignorer. ça ira peut être mieux dans quelques secondes. « énormément. surtout que le résultat ressemble plus à un amas de pâtes pas cuites carbonisés. assez peu ragoutant si vous voulez mon avis. » tu ris un peu. parce qu'au fond, c'est un bon souvenir. mais quand un couple va mal, les bons souvenirs deviennent douloureux. tu commences à le découvrir. et ça fait un mal de chien. heureusement t'enchaînes. « des cupcakes. C'était censé être des cupcakes, du moins. avec du glaçage violet, parce que c'est la couleur préférée de Nina. et des paillettes, c'est ce que le petit chef a demandé. » et jonas te montre le champs de bataille. un vrai massacre. tu te demandes presque combien il y a eu de mots. une petite trentaine en comptant les cupcakes. t'as qu'une seule réaction. « oh je vois. » t'en prends un des moules pour l'examiner d'un peu plus près. en effet. le pauvre cupcake en avait vu de toutes les couleurs. puis tu finis par le reposer. tu souris à l'homme. faudrait pas non plus qu'il se considère comme un cas désespéré hein. la cuisson c'était pas ça. mais la pâte semblait se tenir assez bien. « il faut jamais rigoler avec la couleur préférée des petites filles. elles peuvent le faire payer très cher. les enfants ont une imagination débordante dans ce domaine. » tu ris un peu. tu sais ce que c'est. t'es pas maîtresse d'école pour rien. les enfants ça te connait. même si t'en as pas. jonas a encore des traînées de farine sur le visage. il s'en aperçoit. ça semble le déranger. tu ne dis trop rien. t'as toujours trouvé fascinant un homme qui cuisine. mieux encore sexy. les rares fois où sacha cuisine. même si c'est pas des trucs super recherchés. tu peux être sûr que tu le regardes faire. pendant ce temps-là tu préfères regarder un peu la recette qui est sur la table. elle semble pas si compliquée. « ah, très joli. » c'est ironique. tu dis trop rien. de toute façon, jonas enchaîne. illico presto. « vous êtes le chef, ça vous va ? je préfère ne pas prendre les devants, vous risqueriez de finir en charbon vous aussi. ça serait dommage. » tu souris à la remarque. bon conseil tiens. tu remontes tes courts cheveux avec l'élastique que t'as toujours au poignet. « on va essayer d'éviter en effet. mais d'accord. j'ai regardé la recette. cela ne va pas nous prendre des heures. les gâteaux seront même peut être prêt avant que votre fille revienne. peut être que le glaçage va prendre un peu plus de temps. mais on va y arriver. » tu fermes le poing déterminée. on dirait presque une gamine. la cuisine ça te met en joie. toujours. mais là ton regard est attiré par une chose. le tablier que porte jonas. très... tu n'as même pas de mots en fait. « on ne se moque pas. il est très réaliste. » tu souris un peu avant qu'il n'ajoute. « cadeau de Noël dernier. j'ai même eu un mug, avec. » tu acquiesces doucement. « je ne me moquerais pas. ce sont de très beaux cadeaux. si vous saviez ce que des fois nous faisons faire aux enfants pour faire des cadeaux à leur parents. une fois, j'avais une collègue qui a fait faire des pots à crayon en terre cuite. un vrai massacre si vous voulez mon avis. mais il n'y a rien de mieux que voir le regard d'un enfant qui montre sa création à ses parents. » oui tu l'avais vu souvent ce regard. tu le voyais à chaque sortie des classes. les enfants montraient souvent les dessins qu'ils avaient fait au cours de la journée à leur père. à leur mère. toi, tu les observes. t'essayes d'imaginer ce que ça pourrait être. mais tu te retiens. t'évites. ça ferait trop mal de retomber ensuite. « les enfants… vous en avez ? » tu t'y attendais pas trop à ça. tu pensais qu'il savait. enfin. dans le sens qu'il t'avait jamais vu avec un enfant. mais tu sais que vous vous êtes vu trop peu pour qu'il le sache. alors tu déglutirais presque avec difficulté. non. et c'est bien ton malheur. oui parce que t'es malheureuse. mais tu perpétues ton sourire. t'essayes d'être concise. tu vas pas étaler ta vie. encore. « non, pas vraiment. vous savez avec ma classe, j'ai déjà bien à faire. les enfants sont vraiment une source d'énergie inépuisable. je ne sais pas si je pourrais tenir toute la journée ! » t'essayes de plaisanter mais ça passe pas trop bien. c'est un sujet sensible les enfants. trop sensible pour toi. c'est pour ça que tu replonges ton nez dans la recette. tu veux éviter le sujet. parler d'autre chose. ou t'enfuir. mais t'écartes la dernière. ça serait vraiment trop étrange. et lâche. alors tu lis encore une fois les ingrédients. même si à vrai dire, tu commences à les connaître par coeur. « Alors on le fait ces cupcakes ? vous avez tous les ingrédients ? je pense qu'il faut mieux commencer par la pâte comme ça on fera le glaçage pendant la cuisson des gâteaux non ? » c'est plutôt une question réthorique en fait. tu prends dans tes mains le saladier que te tend jonas. tout propre. apparemment, il avait déjà entrepri de recommencer la recette. tu souris tout en le posant sur la table. pis tu t'empares de la farine. « vous pouvez préchauffer le four ? je vais écraser le beurre pendant ce temps-là. » tu précises. quand faut y aller, faut y aller. tu sais que vous n'allez pas blatérer pendant une heure. après tout, nina va surement réclamer ses cupcakes en rentrant. il vaudrait mieux s'y mettre tout de suite alors.
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MessageSujet: Re: give it a try 13/7/2016, 18:32

Déménager à Paris avait été une décision mûrement réfléchie, discutée, pensée. Lorsqu'il s'était retrouvé les bras ballants, à la fermeture de l'entreprise qui l'employait, il avait regretté d'avoir choisi le métier d'ébéniste. Pourtant, il adorait le bois, malgré les échardes et la peau sèche. Il avait toujours aimé ça. Mais il fallait qu'il prenne les choses en main, car en restant dans sa petite ville natale, il n'aurait jamais pu continuer à vivre. Il avait soudainement eu l'impression d'étouffer, tout ces regards emplis de pitié de gens qu'il avait connu toute sa vie, il devait partir. On lui avait ri au nez, lorsqu'il avait annoncé Paris. Pourtant, Aymeric était là-bas, et s'en sortait très bien. Ça paraissait évident, alors il avait foncé. Il n'avait toujours pas trouvé de travail, même après tous ces mois, mais il y avait eu un changement. Il se sentait bien plus léger, bien moins surveillé. Il s'était pas fait beaucoup d'amis, c'était certain. Il n'avait pas l'habitude de devoir approcher les gens, il était plutôt maladroit, mais faisait des efforts. Alors des services, il en rendait avec plaisir, et visiblement, il n'était pas le seul. Diane était visiblement modeste, ou bien elle ne se rendait pas réellement compte du niveau de Jonas en cuisine, malgré la preuve évidente qu'il était tout sauf doué. De toute façon, il ne pourrait jamais faire croire à Nina que les cupcakes préparés avec l'aide de la voisine venait uniquement de lui. Elle ne le croirait pas. Il sourit, de nouveau. C'est plus naturel que poli, désormais. Diane était douce, presque timide, mais elle discutait, quand même. Et plus elle parlait, plus Jonas se rendait compte à quel point il ne la connaissait pas. - Énormément. Surtout que le résultat ressemble plus à un amas de pâtes pas cuites carbonisés. Assez peu ragoutant si vous voulez mon avis. Elle rit doucement, comme retenue par quelque chose, comme si ce n'était pas si drôle. Pourtant, Jonas avait envie de rire, lui. Mais il se retenait aussi, par réflexe, ne voulant pas l'effrayer de son rire grave, presque caverneux, tout à fait assorti à sa dégaine. - Oh je vois. Elle examinait les supposés-cupcakes, avec un sérieux remarquable et absolument adorable. Il grimaçait, silencieux, tant elle semblait concernée par ces petits gâteaux ratés. - Il faut jamais rigoler avec la couleur préférée des petites filles. Elles peuvent le faire payer très cher. Les enfants ont une imagination débordante dans ce domaine. Il hoche la tête, un peu trop enthousiaste. Parlez-lui de sa fille, et vous pouvez être sûr qu'il s'emportera un peu. - M'en parlez pas ! C'est dingue cette obsession pour le violet. La dernière fois, je lui ai acheté un t-shirt violet, mais elle me l'a fait ramener au magasin parce qu'il était trop clair. Il rit, se remémorant le visage de la vendeuse lorsqu'il lui avait expliqué la raison de ce retour. - Pourtant, Nina n'est jamais difficile. Sauf pour ça. C'est vraiment dingue. Il s'exclamait presque dans son monologue, comme ces hommes passionnés de football qui font des débats. Sauf que lui, sa passion c'était sa fille. - On va essayer d'éviter en effet. Mais d'accord. J'ai regardé la recette. Cela ne va pas nous prendre des heures. Les gâteaux seront même peut être prêt avant que votre fille revienne. Peut être que le glaçage va prendre un peu plus de temps. Mais on va y arriver. Elle lève un petit poing déterminé, ce qui arracha un nouveau sourire à Jonas. Il hoche la tête, prêt à mettre la main à la pâte. Albane se chargeait de récupérer Nina chez son amie, et la ramenait à l'appartement pour qu'ils aillent tous les deux à la fête de l'école. C'était l'événement de l'année pour la petite fille, qui sautait de joie depuis une semaine. Et puis, Diane parla des cadeaux faits-main des enfants. Ça fit rire Jonas, parce qu'il en avait toute une collection un peu partout. Son porte-clé, des portes-photos, des cadres, des thermomètres personnalisés, même des lacets. Et il adorait ça, presque autant excité que Nina lorsqu'elle lui rapportait un cadeau de l'école. Il aimait qu'elle puisse donner libre cours à son imagination, et peu importe le résultat. Jonas ne faisait pas dans l'esthétisme. Il hocha la tête d'un air entendu. Elle semblait savoir de quoi elle parlait, et pourtant, elle n'avait apparemment pas d'enfants. Elle parut déconcertée par sa question, presque… Triste. Et Jonas s'en voulut, gêné de l'avoir mise mal à l'aise. Pourtant, elle enchaîna, le sourire toujours aux lèvres. - Non, pas vraiment. Vous savez avec ma classe, j'ai déjà bien à faire. Les enfants sont vraiment une source d'énergie inépuisable. Je ne sais pas si je pourrais tenir toute la journée ! Il sourit, la laissant se plonger de nouveau dans la recette. - Je vous admire pour ça, j'ai déjà du mal à suivre avec une, alors avec trente, je n'ose même pas imaginer. Il s'exclame, tentant de clore maladroitement de sujet. - Alors on les fait ces cupcakes ? Vous avez tous les ingrédients ? Je pense qu'il faut mieux commencer par la pâte comme ça on fera le glaçage pendant la cuisson des gâteaux non ? Son enthousiasme soudain fit oublier son malaise à Jonas, qui lui tendit gaiement le saladier. - Tout est là, je crois. Il se tourna vers le four. - Préchauffer le four… Il marmonna, puis en tournant les boutons – parce que ça, il savait faire, c'était déjà ça, il conclut : - C'est fait ! Il se retourna vers le plan de travail, où Diane commençait à préparer la farine. Il attrapa le sucre, le vida avec une infinie précaution dans le verre mesureur et le tendit à Diane. S'il avait bien lu, le sucre arrivait en deuxième dans la recette. Il sourit, la regardant faire de sa main presque experte, en tout les cas elle le semblait aux yeux de Jonas. Ça le fascinait presque.
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MessageSujet: Re: give it a try 15/7/2016, 01:37

jonas semblait totalement absorbé par sa fille. il était même totalement passionné par sa fille. c'était beau à voir. t'en avais vu des pères. et jonas te sembla le plus fier. il était fier de sa fille. tu le voyais dans ses yeux. généralement, à la sortie de l'école, tu voyais des pères absents. ou des pères qui regardent à peine les dessins de leurs enfants. ils ne décrochent pas de leur téléphone. ou de leur bière. t'en as presque mal pour les petits. parce que eux il les regardent leur père. avec des yeux d'espoir. des yeux emplie d'attente de reconnaissance. mais rien ne vint. dans ses moments-là. t'as envie de les secouer. de leur montrer qu'ils ont un fils ou une fille qui n'attendent que d'être aimé. mais tu te retiens. ça ne se fait pas. ce n'est pas ta vie. t'aurais aimé. et tu retournes dans ta classe vide. seule. pour repartir dans ta vie. déçue. mais jonas n'est pas comme eux. tu le sens dans ses paroles. il est passionnée. il a même des étoiles dans les yeux. c'est ça être parent pour toi. du moins c'est l'idée que tu t'en fais. être fier. aimer sa progéniture. faire des choses pour elle. rêver avec elle. c'est ça que t'as en tête. pas toujours la réalité malheureusement. « m'en parlez pas ! c'est dingue cette obsession pour le violet. la dernière fois, je lui ai acheté un t-shirt violet, mais elle me l'a fait ramener au magasin parce qu'il était trop clair. » tu ris un peu. t'imagines déjà la scène entre ce pauvre jonas et une vendeuse. elle a surement rien du comprendre la pauvre. ou le pauvre. nina semblait être une petite fille pleine de joie. et de malice. à travers les mots de son père tu la voyais. « pourtant, nina n'est jamais difficile. sauf pour ça. c'est vraiment dingue. » tu la vois. oui. dans les yeux de son père. avec quelques traits de son père. c'est beau à voir. « ne jamais plaisanter avec la couleur préférée d'une fille. » tu répètes avec un grand sourire. t'es naturelle. ce sourire il vient tout seul à présent. « je suppose que la vendeuse a du vous prendre pour un fou ? » tu secoues doucement la tête, riant un peu. « je rendais folle aussi ma mère avec ça. une fois, j'ai fait la tête pendant deux jours parce qu'elle avait osé décolorer ma robe préférée. un problème de machine je crois. j'adorais cette robe bleue turquoise. la pauvre était devenue d'une couleur très inventive. elle tirait entre le bleu et le kaki. » tu t'en rappelles comme si c'était hier. cette robe, tu l'adorais littéralement. si t'avais pu tu l'aurais mise tous les jours. t'avais même des rubans assortis à la couleur du vêtement. mais ta mère avait fauté. cette nouvelle couleur, tu l'avais détestée au premier coup d'oeil. tu pouvais être têtue parfois. vraiment trop. mais ça durait jamais longtemps. de toute façon, en colère, t'avais jamais été crédible. un petit chaton enragé avait toujours dit sacha. pas crédible vraiment. en fait. le sujet des enfants te faisait mal. « je vous admire pour ça, j'ai déjà du mal à suivre avec une, alors avec trente, je n'ose même pas imaginer. » tu souris un peu. ça fait mal ouais. mais t'avais besoin d'en parler. c'était plus fort que toi. à la maison, c'était le sujet tabou. celui auquel il ne fallait pas penser. sauf si tu voulais te disputer. alors tu te taisais. mais au fond tu savais que ça voulait sortir. comme te libérer d'un poids. après tout. tu pouvais en parler sans réellement en parler. avec jonas, c'était presque simple. des mots simples. beaucoup de sens pour toi. des mots banaux pour lui. c'était parfait. t'avais pas à te justifier. tu te concentras un peu. c'est presque trop simple. « oh. vous savez c'est moins dur qu'on ne pense. enfin... les enfants peuvent être attentifs quelques heures. c'est simple pour nous. c'est pour vous qu'on tremble. » tu ris un peu. tu plaisantes évidemment. « le travail d'une mère... enfin d'un parent quel qu'il soit doit être le plus beau du monde. mais il est sans doute le plus fatiguant. tous les jours, sans répit. ça doit être un travail de titan. » tu plaisantes. à moitié. t'as toujours vu ta mère comme une superwoman. t'aimerais l'être toi aussi. heureusement ton travail te le permet parfois. quelques heures seulement. mais ce ne sont pas tes enfants. et pis l'école ce n'est pas pareil. c'est plus stricte. les enfants, tu dois les préparer à la primaire. à lire. à écrire. c'est un autre travail. pis tu t'occupes vraiment de la recette. ça change les idées. t'éloignes les idées noires. c'est toujours mieux. t'as ton sourire qu'a fini de faner. il se redresse un peu. presque fier et naturel. jonas te tend le saladier. il est joyeux. t'essayes de l'être. même si c'est pas facile dans une conversation comme ça. « tout est là, je crois. » tu acquiesces doucement. toi, tu prépares un peu le beurre. tu tapotes dessus. faut le rendre mou. souple. ça sera plus simple pour le glaçage plus tard. « préchauffer le four… » tu le regardes faire d'un coin de l'oeil. t'as l'impression de voir un enfant. t'as envie de rire. mais tu te retiens. c'est pas trop le moment. « c'est fait ! » il se tourne vers toi presque victorieux. avec son sourire. tu l'as toujours toi aussi. il finit par te tendre le sucre. c'est bien le deuxième ingrédient sur la liste. il avait bien retenu. « comme un chef. » tu dis alors en prenant le verre. tu te moques pas. tu souris simplement. tu verses le verre dans le dit saladier. parfait. pis tu te tournes vers jonas avec un sourire malicieux. tu lui montres un oeuf. il y en a deux en tout. tu lui en tends un. « à présent les oeufs. » tu sais que c'est jamais simple. pour ceux qui ne font pas beaucoup de cuisine plutôt. tu te rappelles que la première fois, t'avais mis plein de coquille dans le saladier. un vrai calvaire après. une autre fois, tu l'as mal cassé. mais là. tu prends le tien. t'as l'habitude des gâteaux. ça devient presque un réflexe. une chose naturelle. alors d'une main tu casses le tien pour ensuite mettre la coquille dans la poubelle. pis tu le regardes faire avant de lui tendre une cuillère en bois avec un sourire. « toujours bien mélanger. » les oeufs et le sucre. tu lui souris. tu voudrais pas paraître autoritaire. loin de là. t'as la voix douce. tu le regardes faire. il a le coup de poignet. t'as toujours aimé regarder quelqu'un faire la cuisine. petite tu t’asseyais dans la cuisine pour regarder ta mère faire. c'est comme ça que t'as commencé à apprendre. à y prendre goût surtout. « je crois que vous devez être un papa très aimant. je n'en ai jamais vu un seul autant se démener pour faire plaisir à sa fille. la cuisine, c'est rare chez les hommes. » t'essayes de faire la conversation. les blancs ça n'a jamais été ton truc. encore moins avec un inconnu. pis tu le connais pas au fond ton voisin. a part les apparences. et pis les préjugés. ça c'est sûr.
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MessageSujet: Re: give it a try 15/7/2016, 17:20

- Je suppose que la vendeuse a du vous prendre pour un fou ? Il rit doucement. - Hm hm. Il l'écoutait avec attention, un peu trop peut-être, alors qu'elle racontait un souvenir heureux de son enfance. Et, il se demanda d'où elle venait. Comme ça, d'un coup, toutes les questions fusèrent dans son esprit. Il voulait savoir où elle avait grandi, comment elle était arrivée à Paris. Son histoire. Tout le monde en a une, Jonas le savait très bien. Certaines étaient banales, d'autres douloureuses. Parfois, les gens voulaient garder ça pour eux, et d'autres souhaitaient s'en débarrasser en les racontant à n'importe qui. L'histoire de Diane lui était encore inconnue, parce qu'elle-même était encore une inconnue. Presque. Il sourit. - J'imagine très bien la scène, tiens. Une petite fille en colère, absolument adorable, qui boude à cause d'une couleur, il connaissait bien. Il en avait une auprès de lui. Il sourit, de nouveau, l'imaginant devant trente enfants turbulents, à tenter de les calmer. Non, plutôt devant une classe totalement calme, intéressée, leurs petits yeux curieux rivés sur la maîtresse, patiente et douce. Plutôt ça, oui. Il avait l'impression que Diane était ce genre de personne qui pouvait calmer n'importe qui en quelques mots. - Oh. Vous savez c'est moins dur qu'on ne pense. Enfin... les enfants peuvent être attentifs quelques heures. C'est simple pour nous. C'est pour vous qu'on tremble. Il mêla son rire au sien. Les vacances scolaires commençaient le soir-même, juste après la fameuse fête de l'école, et Jonas était aussi enthousiaste que Nina à l'idée de passer encore plus de temps avec elle. Il ne manquait jamais d'idées pour l'amuser, et ne travaillant pas, ils avaient tout le loisir d'enchaîner les sorties au parc, ou à la piscine. - Le travail d'une mère... Enfin d'un parent quel qu'il soit doit être le plus beau du monde. Mais il est sans doute le plus fatiguant. Tous les jours, sans répit. Ça doit être un travail de titan. Une mère. Ça lui faisait mal, à Jonas, si mal qu'il en perdit le sourire. Pourtant, lui était passé à autre chose. Sa femme - son ex-femme, était partie depuis si longtemps, ses blessures à lui s'étaient refermées. Mais Nina n'avait pas de mère. N'avait plus de mère. Ce qui faisait mal, c'était cette incompréhension, ces questions auxquelles elle ne répondrait jamais. Parce qu'elle était partie, comme ça, sans rien dire. Nina n'aurait plus jamais sa maman auprès d'elle, parce que celle-ci avait décidé qu'elle valait mieux que sa propre enfant. Et il ne le lui pardonnerait jamais. - Oh, vous savez, quand on aime ça, ça va tout seul. C'est fatiguant, c'est sûr. Mais dans le bon sens du terme, je pense. Il sourit, vaguement, tentant de faire disparaître ces images de son crâne. Elle ne méritait pas qu'il songe encore à elle. En même temps, leurs deux sourires réapparaissent, comme balayant ce que cette conversation avait amené. - Comme un chef. Il avait cette impression d'être un enfant, ou du moins, que tout le poids du monde ne reposait plus sur ses épaules. Il n'avait plus à se soucier de rien, Diane avait pris les rênes, et ça faisait un bien fou. Il se contentait de se laisser guider, quand depuis des années il avait dû batailler chaque jour pour ne pas perdre le nord. Elle lui tendit un œuf, et Jonas hésita une demi-seconde avant de le casser, avec toutes les précautions possible. Plus tôt, lorsqu'il avait fait la recette une première fois, il avait mal maîtrisé sa force, et avait littéralement écrabouillé son œuf sur le bord du saladier. Il avait passé cinq grosses minutes à tenter d'enlever les morceaux de coquilles, et il était hors de question d'imposer ça à Diane. Il tenait à faire bonne figure. - Toujours bien mélanger. Elle lui dit, avec un sourire, lui tendant la cuillère en bois, qu'il attrapa avec joie. C'était sûrement le plus simple, de mélanger. C'était ce qu'il faisait le mieux, lorsqu'il cuisinait avec Nina. Elle, elle n'avait pas assez de force, avec ses petits bras frêles, et abandonnait au bout de quelques secondes. Alors en général, elle s'asseyait sur le plan de travail et comptait les secondes en regardant son père s'activer. Par réflexe, il commença à compter à voix basse, puis dans sa tête. - Je crois que vous devez être un papa très aimant. Je n'en ai jamais vu un seul autant se démener pour faire plaisir à sa fille. La cuisine, c'est rare chez les hommes. Il releva la tête pour sourire. Un véritable sourire, franc, authentique, car elle venait de lui faire le plus beau des compliments. Nina était tout ce qu'il avait de plus précieux, et il avait parfois – toujours – peur qu'on le juge. Il avait perdu son emploi, l'avait presque forcée à emménager très loin de sa ville natale, en plein milieu de l'année scolaire, et ils avaient emménagé dans un appartement un peu petit. Pourtant, il s'était toujours démené pour son enfant, peu importe le prix. Mais il avait trop connu les regards presque accusateurs, ou bien emplis de pitié, de ses voisins qui l'avaient vu grandir. Alors, savoir que Diane le voyait autrement, ça le soulageait. Ça lui donnerait presque confiance en lui. Il haussa les épaules. - Je suis son seul parent, c'est mon job. Il sourit. - Si je ne m'occupe pas d'elle, personne ne le fera. C'était douloureux, à dire. Pourtant, c'était vrai. Il était une équipe, un duo. - Même si parfois, j'ai l'impression que c'est plus elle qui s'occupe de moi. Il rit doucement, mélangeant avec ardeur. C'était vrai dans les deux sens. Il était son seul parent, elle était sa seule enfant. L'un sans l'autre, ils n'étaient rien. Enfin, surtout lui. - C'est elle qui cuisine d'habitude. Moi à part les gaufres, je fais pas grand-chose. Elle adore ça, elle était même prête à manquer le dernier jour d'école pour m'aider. Vous la verriez, aussi, ouvrir le frigo et m'annoncer « il faut racheter du lait, papa », puis elle l'écrit sur le petit tableau à côté de la porte. J'ai souvent l'impression que c'est elle l'adulte, de nous deux.
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MessageSujet: Re: give it a try 17/7/2016, 22:56

« j'imagine très bien la scène, tiens. » tu souris. tu te demandes s'il t'imagine à peine haute comme trois pommes avec tes petites couettes. tu te le demandes vraiment. t'en es pas vraiment fière. « ne vous moquez pas. j'avais un petit caractère petite. ma mère a des tonnes d'anecdotes. dont je suis pas très fière d'ailleurs. » tu ris un peu. c'est vrai que t'étais quand même un sacré numéro quand t'étais petite. t'étais sage. une belle petite fille. mais la malice faisait partie de toi. faut bien que tu l'avoues. et vous commencez à reparler des enfants. sujet douloureux. tu parles. tu parles. tu parles trop. t'en rends compte quand tu vois le sourire de jonas s'effacer. idiote. t'aurais pas pu te taire un peu non ? mais non. t'en fais qu'à ta tête. tu t'en veux vraiment. tu te pinces la lèvre. comme à chaque fois que t'as fait une gaffe. t'aurais du t'en douter pourtant. jonas, tu l'as jamais vu avec une femme. ou même sa fille. jamais une femme n'avait franchi le bas de sa porte. ou du moins le peu que tu les voyais dans le couloir. alors qu'est-ce qui t'a pris d'en parler comme ça. ou même des allusions. idiote. « oh, vous savez, quand on aime ça, ça va tout seul. C'est fatiguant, c'est sûr. Mais dans le bon sens du terme, je pense. » il tente de sourire. mais ça te sonne faux. tu relèves pas. vous avez chacun votre croix. des sujets qui vous rebutent. qui vous font mal. qui vous font perdre le sourire malgré tout. alors t'essayes de sourire à ton tour. de montrer dans ton sourire que t'es désolée. désolée d'avoir évoqué un sujet comme ça. « je vois. une bonne fatigue en somme. » t'aimerais la ressentir toi cette bonne fatigue. mais t'en es incapable. t'as pas d'enfants. et ça te tue. littéralement. mais tu dis rien. t'essayes de clore le sujet à présent. parce que si cela te faisait du mal. tu t'en foutais un peu. mais t'aimes pas faire du mal aux autres. jonas compris. alors tu vas essayer de pas en reparler de t'en souvenir. dans ta mémoire t'essayes de trouver un endroit. un endroit où tous les sujets délicats sont répertoriés. t'en as déjà un sacré dans le compartiment de sacha. sur la moitié des dossiers tu peux voir le mot enfant. à croire que cela lui fait peur. vraiment. et puis tu t'éloignes un peu tout ça de ton esprit. c'est pas le moment. t'as pas envie de penser à ça. pas maintenant. alors tu regardes jonas faire. il se débrouille bien. un peu hésitant avec les oeufs c'est vrai. mais c'est tout autre chose avec la cuillère. un vrai petit maître. tu reprends ton sourire. mélanger, ça a toujours été un peu ta bête de foire. avec tes petits bras parfois c'est difficile. tu te rappelles d'une certaine pâte à gateau. au bout de dix tours, tes bras étaient tout mous. avec les bras qu'il avait, ça semblait presque facile pour jonas. « je suis son seul parent, c'est mon job. » il se remet à parler. ses paroles tu les pensais. vraiment. jonas n'était pas un papa-je-m'en-foutisme. loin de là. rien que les étoiles dans ses yeux quand il parlait de sa fille parlait pour lui. il n'avait pas besoin de se justifier. alors t'acquiesces doucement avec un sourire. un sourire doux. « si je ne m'occupe pas d'elle, personne ne le fera. » c'est bien ce que t'avais deviné. il n'y avait pas de maman. partie ou morte. tu savais pas trop. et tu lui demanderas pas. t'es pas si idiote que ça. « même si parfois, j'ai l'impression que c'est plus elle qui s'occupe de moi. » il rit. tu rejoins son rire. un petit peu. tu veux pas encore faire de gaffe. pas deux fois. t'essayes d'être un peu plus subtil pour une fois. « vous êtes son super papa. elle veut vous protéger et s'occuper de vous autant que vous, vous le faites pour elle. » tu dis. parce que c'est vrai. tu le regardes un instant mélanger encore un peu avant d'ouvrir une cuillère à café d'extrait de vanille dans la préparation entre deux tours de jonas. « C'est elle qui cuisine d'habitude. Moi à part les gaufres, je fais pas grand-chose. Elle adore ça, elle était même prête à manquer le dernier jour d'école pour m'aider. Vous la verriez, aussi, ouvrir le frigo et m'annoncer "il faut racheter du lait, papa", puis elle l'écrit sur le petit tableau à côté de la porte. J'ai souvent l'impression que c'est elle l'adulte, de nous deux. » il t'explique un peu. tu souris. la relation que jonas avec sa fille est vraiment très belle. c'est touchant. être un parent célibataire ne doit pas être des plus aisés. c'est sûr. se confronter chaque jour à cette solitude, à devoir aimer pour deux. ne pas pouvoir partager les moments de bonheur comme ses premiers pas, sa première dent. ça doit être dur. tu le vois dans ses yeux. tu le ressens. tu restes silencieuse un instant. tu prends la farine pour la mesurer. la dose parfaite. « nina semble.. non. est une petite fille extraordinaire. vous veillez l'un sur l'autre. elle semble très mature pour son âge. quel âge a-t-elle déjà ? huit ? neuf ans ? c'est incroyable à son âge. » tu lui fais un petit signe d'arrêter de mélanger. il faut que tu incorpores la farine. alors tu laisses tomber doucement la farine dans le saladier. il ne reste plus que quelques ingrédients avant de pouvoir enfourner la pâte dans les petits moules et ensuite le tout dans le four. « vous êtes comme une super équipe ensemble. » tu finis par conclure avec un sourire.
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MessageSujet: Re: give it a try 18/7/2016, 15:19

Il n'avait pas l'habitude, Jonas, de parler. En général, il se contentait de discuter, se laissant aller à de simples politesses, rien de plus. Il n'était pas un bavard. Il l'avait été, autrefois, avant qu'il ne devienne adulte, avant que la femme qu'il aimait l'abandonne. Depuis, il restait sur la réserve, de peur de dire quelque chose de mal, de peur aussi, de trop en dévoiler. Il n'aimait pas parler de lui, mais il aimait écouter. Et il aimait écouter Diane, lorsqu'elle racontait ses souvenirs d'enfance. En l'entendant, il ne pouvait s'empêcher de sourire, gentiment. Elle semblait avoir eu une enfance heureuse, une petite fille malicieuse. Elle lui rappelait beaucoup Nina, à travers ses anecdotes. - Ne vous moquez pas. J'avais un petit caractère petite. Ma mère a des tonnes d'anecdotes. Dont je suis pas très fière d'ailleurs. Il leva une main dans un signe de paix, les yeux presque pétillants. - Oh, mais je ne me moque pas. On a tous des anecdotes comme ça. Lancez ma mère sur le sujet, elle ne vous lâchera pas. Sa mère. Elle les avait élevés, Jonas et son frère, avec beaucoup d'amour et de patience. Pourtant, ils n'étaient pas faciles. Deux petites terreurs qui ne cessaient de se battre pour rien, et qui oubliaient d'être reconnaissants envers leurs deux parents. Sa mère avait été un soutien inconditionnel lorsqu'elle était partie. Son sourire fanait, alors qu'il se remémorait son visage, la dernière fois qu'il l'avait vue à la table de la cuisine, nonchalante, détendue, tandis que lui bouillonnait intérieurement. Il n'aimait pas parler de lui, mais il le faisait quand même. C'était facile, avec Diane. Elle le mettait en confiance rien qu'à sa présence. Pourtant, il aurait voulu parler de sa femme. Son ex-femme. Il avait gardé le sujet clos depuis tant d'années, gardant toute cette colère et cette incompréhension pour lui, même lorsque Nina lui posait des questions. Elle avait cessé d'en poser, désormais. Elle s'était habituée, et c'était ça le pire. Elle avait été abandonnée, et s'y était habituée. Ça lui faisait peur, à Jonas. Mais il n'en dit rien. Diane sembla le sentir, et lui offrit un sourire désolé. Jonas se mordilla l'intérieur de la joue, tentant de ne pas baisser les yeux. Il ne voulait pas qu'on ait pitié de lui. Il ne voulait pas qu'on le considère comme le papa célibataire solitaire abandonné par sa femme. Et il ne voulait surtout pas renvoyer cette image à Diane. Il hocha la tête, simplement. Une bonne fatigue, c'était ça. Jonas était épuisé, mais heureux. Pourtant, il ne voulait pas d'enfant, au début. Il avait peur de ne pas être à la hauteur, d'être un mauvais père. Et puis, elle lui avait annoncé sa grossesse, et il était terrorisé, pendant neuf mois, il en avait perdu le sommeil. Il ne se sentait pas prêt, jusqu'à ce qu'on pose cette petite chose frêle dans ses bras, et que l'explosion de joie, de sentir sa fille, son enfant, si petite et si fragile entre ses bras, le consume. Il avait éclaté en sanglot, à ce moment-là, et s'était dit que désormais, il n'avait plus le choix. Il devait être prêt. S'il avait su qu'un jour, il s'occuperait de Nina tout seul, il aurait ri puis pleuré. Mais il n'était pas seul, à vrai dire. Ils s'occupaient l'un de l'autre. - Vous êtes son super papa. Elle veut vous protéger et s'occuper de vous autant que vous, vous le faites pour elle. Il sourit, fixant la cuillère en bois qui tournait à la force de son bras dans le saladier. Il en avait presque oublié pourquoi Diane était là. Il pris une inspiration, qui se voulait discrète, tentant de ravaler tout ce que Diane avait fait remonter chez lui. - Nina semble.. non. Est une petite fille extraordinaire. Vous veillez l'un sur l'autre. Elle semble très mature pour son âge. Quel âge a-t-elle déjà ? huit ? neuf ans ? C'est incroyable à son âge. Il releva le regard, souriant, sincèrement cette fois. - Huit ans. Déjà. Elle lui fit signe d'arrêter de mélanger, et il s'exécuta, en parfait petit sous-chef qu'il était. Il la regarda verser la farine, puis continua de mélanger alors qu'elle concluait le sujet. - Vous êtes comme une super équipe ensemble. C'était exactement ça. Il sourit simplement, finissant de mélanger dans un silence qui n'était pas gênant. Comme s'il avait besoin d'ingérer toute cette conversation, ces souvenirs, pour passer à autre chose. Puis il s'appuya contre le plan de travail, les jambes un peu engourdies de ne pas avoir bougé tout ce temps. - Ça fait longtemps, que vous habitez ici ? Il demanda. Ce n'était pas qu'une politesse, ni un moyen de seulement faire la conversation. Ça l'intéressait, à vrai dire, de découvrir qui elle était, ce qu'elle avait vécu. Il l'avait croisée, parfois, avec son mari. Non, elle ne portait pas d'alliance, ils n'étaient donc pas mariés. Sacha, il s'appelait. Jonas avait envie de savoir. S'ils étaient ensemble depuis longtemps, si Diane était née à Paris, si elle y avait grandi – ce dont il doutait, au vu de la consonance étrangère de son nom de famille. - A Paris, je veux dire. Il aimait beaucoup cette ville, elle était grande, et imprévisible, et ici, personne ne l'avait vu grandir, tomber, mis à part son petit frère. Paris incarnait son envie de recommencer à zéro, de partir du bon pied cette fois-ci. Pourtant, il n'y était pas plus heureux que dans sa petite ville natale. Il s'y sentait seulement plus libre.
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MessageSujet: Re: give it a try 18/7/2016, 20:18

des moments comme ça. simples. ça te manque à vrai dire. et c'est maintenant que tu t'en rends compte. des simples moments à discuter. à se connaître mutuellement. t'aimerais les retrouver avec sacha. ces moments du début. tu sais qu'ils sont là. qu'ils vous attendent. mais vous êtes sans doute trop aveugles par votre fierté. ou vos désirs. et ça te fait mal. parce que tu devrais pas les partager avec jonas. un inconnu. non. tu t'en veux presque. pourtant t'as rien à te reprocher. jonas est ton voisin. un voisin sympathique que t'aide. où est le mal là dedans. mais tu les sens déjà les reproches de sacha. tu les entends presque à ton oreille. tu les éloignes. mais ils sont de plus en plus proches. de plus en plus fort. tu les repousses encore et encore. « oh, mais je ne me moque pas. on a tous des anecdotes comme ça. Lancez ma mère sur le sujet, elle ne vous lâchera pas. » c'est vrai. il a raison. beaucoup de mère aiment ressortir les vieilles anecdotes sur leurs enfants. la tienne en aurait des bonnes. rien que les albums photos qu'elle garde précautionneusement seraient une bonne tranche de rire. ah t'étais une sacré petite. à croire que l'âge t'a arrangée un peu. mais juste un peu. « les mamans sont définitivement redoutables. imaginez-vous que la mienne a failli, le jour où je lui ai présenté, raconter à sacha toute mon histoire chaotique avec l'acné. une horreur vraiment. heureusement que je suis arrivée au bon moment. » t'en frissonnerais presque. pourtant tu ris. mais ce jour-là, t'avais été morte de honte. surtout pour un premier rendez-vous. t'avais fait les yeux ronds à ta mère. tu lui avais lancé des signaux. mais rien. à croire qu'elle voulait définitivement couler ton rencard. « mais c'est pour ça qu'on les aime sans doute. » tu finis par conclure. parce que ta mère. tu l'adores. c'est elle qui t'a portée. c'est elle qui s'est battue pour te mettre au monde. c'est elle qui t'aime. autant que ton père d'ailleurs. et pis il recommence à parler de son rôle de père. sa solitude face à la paternité. toi t'écoutes. doucement. dans ton esprit, tu le vois un peu comme un super papa. t'en as vu beaucoup des pères célibataires. mais jamais ils n'avaient la tête aussi haute que jonas. ça te fit sourire. alors tu lui dis. comme nina. elle semble mature pour son âge. trop peut être. c'est le cas de beaucoup de petites filles seule avec un de leurs parents. elles apprennent à grandir plus vite. trop vite ? un peu comme pour remplacer l'absence d'un second adulte. une sorte de réflexe naturel sans doute. « huit ans. déjà. » tu vois de l'admiration dans les yeux. les parents qui ne voient pas leurs enfants grandir. c'est habituel. alors tu souris simplement avant de rajouter la farine que t'as mesurée. tu te demandes ce que c'est. dépendre d'un petit être. t'essayes d'imaginer. tu penses le comprendre. mais c'est assez dur. t'as pas vécu ça. tu le vivras peut être jamais. alors tu te tais. pour pas souffrir trop. mais ça devient lourd sur tes épaules. ça pèse. tu commences à courber l'échine. tu le vois arrêter de mélanger. il doit en avoir marre. toi tu t'empares de la bouteille de lait. le dernier ingrédient. t'es consciencieuse. le silence entre vous n'est pas pesant. il assimile tes paroles. tandis que toi t'essayes de faire le vide. tes yeux se concentrent sur la bonne graduation. encore quelques gouttes lactées. et ce sera parfait. « ça fait longtemps, que vous habitez ici ? » tu relèves un instant la tête. tu fais mine de réfléchir. t'as jamais été trop bonne avec les chiffres. alors tu calcules un instant. mais jonas rajoute quelque chose. « à paris, je veux dire. » alors c'est plus simple pour toi presque. t'as jamais quitté cette ville. t'as jamais eu un autre titre que celui de parisienne. et ça te va bien. tu aimes cette ville. elle est belle, fragile. rassurante pour toi. alors ça te va amplement. « je suis née ici. parisienne pure souche. et je l'ai jamais quittée. pas même pour mes études. » tu souris un peu. t'aimes trop ta ville pour te voir autre part. sacha t'avait demandé un jour. si tu voulais t'éloigner. t'envoler loin. mais t'avais décliné. parce que t'es bien ici. à ta place. « enfin... ça doit être pas évident à deviner je suppose. leeroy ça fait pas trop français en fait. mon père est anglais. » tu précises. parce que s'il t'a posé cette question, c'est pas pour rien. alors t'essayes d'expliquer un peu la situation. tu racontes un peu ta vie. tu combles le vide. le silence. et pis t'aimes bien parler. alors ça te dérange pas trop. mais t'en dis pas trop. juste ce qu'il faut. comme toujours. « il est venu ici à paris pour ses études. il est tombée amoureux de la france, de paris. et de ma mère aussi. surtout. alors il n'est plus reparti. » tu ris un peu. cette histoire tu l'avais entendu des millions de fois de la bouche de tes parents. tu la connaissais par coeur. c'était une de tes histoires favorites lorsque t'étais petite. tu les voyais bien tous les deux, jeunes. au pied de la tour eiffel. et ça te fait sourire. franchement. t'es radieuse avec ton sourire. un sujet léger. ça te met en joie. comme toujours. « je suis juste allée un peu en angleterre dans mon enfance. mais c'est tout. j'aime trop paris sans doute. pour ça que j'y suis encore. » tu ris encore. c'est vrai. ton appartement tu le partages depuis cinq ans avec sacha. t'as pas bougé. t'en ressentais pas le besoin. « et vous, vous êtes aussi originaire de paris ? » tu retournes la question. par politesse. et parce que t'as envie de savoir. envie de connaître un peu de cet homme étrange, aimant et mystérieux. tu souris. « ou peut être pas ? » tu finis par conclure avec un sourire. après tout, il n'a pas emménagé il y a dix ans. il peut venir d'ici et d'ailleurs. tu ne miserais pas sur paris. il n'a pas le look d'un parisien. enfin des idées reçues sur les parisiens. mais toi. tu l'as cette tête de parisienne ? alors tu sais pas trop. t'attends sa réponse en versant le lait dans le saladier. c'était le dernier ingrédient. puis tu mélanges tout en le regardant. avec un sourire. toujours avec ton sourire.
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MessageSujet: Re: give it a try 21/7/2016, 16:09

C'était comme prendre une bouffée d'air frais, après avoir passé des années la tête sous l'eau. Pourtant, il ne disait rien de spécial, Jonas. Il ne parlait pas de son ex-femme, il y pensait juste. Il écoutait Diane plus qu'il ne se confiait, cependant, il avait cette impression de légèreté. Comme si le simple fait de discuter, avec quelqu'un qui vous découvre juste, lui donnait cette sensation de renouveau, celle pour laquelle il avait atterri à Paris. - Les mamans sont définitivement redoutables. Imaginez-vous que la mienne a failli, le jour où je lui ai présenté, raconter à Sacha toute mon histoire chaotique avec l'acné. Une horreur vraiment. Heureusement que je suis arrivée au bon moment. Il rit, de bon cœur, imaginant une scène digne des films pour pré-adolescents. Lui aussi, avait eu ses moments gênants, de ceux qu'on préfère oublier lorsque l'on a quinze ans, mais qu'on raconte avec nostalgie à trente-cinq. Il secoua la tête, sourire aux lèvres. - Les mamans… La mienne avait raconté à ma première copine comment, à huit ans, je m'étais retrouvé accroché par mon short à un arbre, et comment ils avaient dû appeler les pompiers pour me faire descendre. Photos à l'appui, évidemment. Sinon ça serait moins drôle. Il lança un regard espiègle à Diane. - Mais c'est pour ça qu'on les aime sans doute. Il hocha la tête d'un air approbateur. - Sans aucun doute. Il gardait le sourire, il était même sincère, cependant, une part de lui ne pouvait qu'avoir le cœur serré à l'évocation de ce qu'une maman était pour son enfant. Les mères devaient protéger leur progéniture, à n'importe quel prix. Pas les abandonner. C'était un geste immonde, impardonnable. Jonas, lui, il devrait être le père, mais aussi la mère. Il devrait être là pour chacun des moments importants de la vie de Nina, se rappeler de tout, pour à son tour, lorsqu'elle lui présentera son premier petit ami, raconter les anecdotes les plus drôles pour lui, et les plus gênantes pour sa fille. Il devrait, en même temps, être le père effrayant, dont on cherche l'approbation avant d'emmener sa fille au bal du lycée, et la mère, qui prépare le goûter lors des après-midi à travailler sur un exposé. Nina grandissait, et Jonas ne s'en rendait pas toujours vraiment compte. Elle avait huit ans, ce qui signifiait qu'ils vivaient seulement tous les deux depuis cinq ans. Cinq années d'anecdotes, qu'il devait prendre soin de garder dans un coin de son crâne. Il pensait beaucoup plus qu'il ne parlait, avec Diane. Et pourtant, il avait l'impression que chacun de ses mots avaient un impact sur elle. Que, plus il en disait, plus elle en pensait. Sur elle, sur lui. Sur les enfants qu'elle n'avait pas, mais qu'elle semblait vouloir. Sur son compagnon, Sacha, dont elle ne disait pas grand-chose. Cet air triste dans son regard, qui s'éclipsait si vite que Jonas pensait l'avoir imaginé. Il la laissa vider le lait, avec attention, en silence, il l'observait, chacun de ses gestes était consciencieux et léger. Il était toujours aussi curieux. Elle l'intriguait presque. S'il devait un jour lui confier Nina, il préférait savoir qui elle était. C'était ce qu'il se disait et pourtant, dans son fort intérieur, il y avait autre chose. - Je suis née ici. Parisienne pure souche. Et je l'ai jamais quittée. Pas même pour mes études. Il sourit. Elle n'avait sans doute alors jamais connu cette sensation d'être minuscule, lorsqu'on arrive dans la capitale pour la première fois. Les rues que l'on doit apprendre à connaître, les panneaux qui nous perdent plus qu'autre chose. - Enfin... ça doit être pas évident à deviner je suppose. Leeroy ça fait pas trop français en fait. Mon père est anglais. Elle semblait avoir lu dans ses pensées, alors il rit légèrement. - Oh, c'est pour ça. Il s'en était douté, au final. Parce que malgré un nom de ce type, elle n'avait aucun accent étranger lorsqu'elle parlait français. - Il est venu ici à paris pour ses études. Il est tombée amoureux de la France, de Paris. Et de ma mère aussi. Surtout. Alors il n'est plus reparti. Il sourit de plus belle, mélangeant une dernière fois la pâte. - C'est une jolie histoire. Ils sont toujours ensemble aujourd'hui ? Il l'espérait. Parce que son explication sonnait familière aux tympans de Jonas. Son ex-femme n'était pas étrangère, pourtant ils s'étaient aussi rencontrés dans le cadre de leurs études, lorsqu'elle avait quitté sa Normandie natale pour Bayonne. Diane semblait apaisée par ce sujet, alors Jonas tenta d'effacer son histoire de ses pensées. Il ne voulait pas paraître attristé, ou frustré. Certainement pas. Alors il se concentre sur son visage, alors qu'elle lui raconte un peu son histoire. - Je suis juste allée un peu en Angleterre dans mon enfance. Mais c'est tout. J'aime trop Paris sans doute. Pour ça que j'y suis encore. Il sourit. - Je n'ai jamais voyagé en dehors de la France. Ça doit être joli, l'Angleterre. Il ne disait pas ça par pure politesse, simplement il n'était ni assez doué en anglais, ni assez aventureux pour quitter les frontières. Et puis, il se sentait bien ici. Il n'avait aucune raison de partir. - Et vous, vous êtes aussi originaire de Paris ? Ou peut être pas ? Elle pris le relais dans la recette, lui laissant l'occasion d'en raconter un peu plus sur lui. - Pas du tout, en fait. Il sourit, puis ajouta. - Je suis né dans une ville assez petite, dans le sud-ouest, où tout le monde se connaît. J'ai grandi là-bas, j'ai fait mes études à Bayonne, Nina y est née. J'aimais beaucoup cette atmosphère, mais c'est devenu pesant quand j'ai perdu mon travail. Il fit une pause, avant d'expliquer rapidement : - J'étais ébéniste, l'entreprise a fermé. Après ça, j'avais du mal à me faire au... Au regard des autres. Il n'était pas sûr de savoir pourquoi il lui racontait ça. Peut-être parce que c'était la première fois qu'on semblait réellement s'intéresser à son histoire. Et peut-être aussi qu'il ressentait le besoin d'en parler. Alors il continua. - Du coup, on a fait nos valises, et on a déménagé ici. Mon petit frère vit à Paris depuis des années, ça semblait un choix logique. J'aime beaucoup cette ville. Il ponctua d'un sourire sincère, un peu timide sans doute. Et puis, il conclut d'un ton ironique. - C'est pour ça, le look campagnard. Il rit, se touchant la barbe comme pour illustrer ses propos.
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MessageSujet: Re: give it a try 22/7/2016, 03:50

en fait. t'aimes parler avec lui. on dit toujours que parler avec un inconnu. c'est plus simple. c'est vrai. et tu t'en rends compte. il ne te connait pas. il ne peut pas réellement te juger. ou te reprocher des choses. non. et c'est presque plaisant à savoir. alors tu peux parler. tant que tu veux. il n'aurait la vision de toi que celle que tu veux lui donner. tu peux éviter des sujets. aborder d'autres. l'infinité de possibilités. vous faites connaissances. c'est ça le plus beau dans une rencontre. c'est découvrir l'autre. son histoire. ses défauts. ses qualités. t'apprends à le connaître, comme il apprend à te connaître. sur quelques informations que tu lui donnes. c'est déjà bien. bien plus que ce que tu partages à présent avec sacha. vos conversations vont droit dans le mur. vous ne vous comprenez plus. il est distant. pourtant t'as encore des souvenirs. de beaux souvenirs. vous parliez à en refaire le monde. vous parliez jusqu'à en perdre haleine. tu te souviens d'un après midi en particulier. vous étiez allés au parc à côté de la tour eiffel. t'avais la tête dans l'herbe. vous parliez de tout et de rien. vous vous taquiniez. vous riez. c'était plaisant. seulement quelques mois après que vous aviez échangé votre premier baiser. mais c'est loin tout ça. t'aimerais retrouver tout ça. mais c'est presque impossible. vous êtes dans une impasse. et c'est ça qui te fait le plus mal à vrai dire. cette possibilité de fin dont tu ne veux pas. tu la repousses. tu l'aimes après tout. « les mamans… la mienne avait raconté à ma première copine comment, à huit ans, je m'étais retrouvé accroché par mon short à un arbre, et comment ils avaient dû appeler les pompiers pour me faire descendre. photos à l'appui, évidemment. sinon ça serait moins drôle. » tu peux pas t'empêcher de rire. t'as déjà la scène dans la tête. tu vois ce petit garçon accroché à un arbre. le tableau était assez prenant. fallait bien le dire. sans doute était-il un petit farceur quand il était enfant ? cela cassait un peu son image. celle que t'avais en le voyant pour la première fois. celle d'un gros dur mystérieux. pourtant, ça fait longtemps qu'elle est cassée cette image. depuis que tu lui as apporté ce fameux plat de lasagnes le premier jour. en fait. c'est comme une petite boîte remplie de chocolat. il faut savoir l'ouvrir pour voir la merveille. « je crois que vous gagnez haut la main sur ce coup-ci. » elle rit un peu. « et comment a réagi votre petite amie de l'époque ? » t'es curieuse. un peu trop. tu t'en rends compte par la suite. alors tu ajoutes en vitesse. « enfin si ce n'est pas indiscret, évidemment. » t'es parfois la reine de la gaffe. certains disent que ça te rend adorable. tu dirais plus que cela fait de toi une parfaite idiote. deux gaffes en une conversation. ça commençait à faire beaucoup. t'essayes de noter tout ça. dans ton esprit. quelque part. parce que tu rends compte que maintenant. mais le sujet des mères devaient pas être drôle pour jonas. par rapport à nina. il te l'avouait déjà montrer. pas explicitement. mais tu l'avais vu dans ses yeux. faut vraiment que tu te mettes ça dans le crâne. pourtant, il répond quelques mots. avec un sourire. « Sans aucun doute. » alors tu souris toi aussi. c'est presque communicatif à présent. totalement naturel. et pis tu recommences à parler. de toi cette fois-ci. t'essayes de répondre le plus fidèlement possible à ce qu'il t'a demandé. parce que dans un sens. ton histoire c'est un peu compliquée. et encore. t'as pas expliqué le chassé croisé entre ta grand-mère et le grand-père de ton copain. un vrai show rocambolesque. mais tu gardes ça pour toi. « oh, c'est pour ça. » dit-il alors simplement. oui c'est pour ça. « oui. mais à vrai dire, je n'ai que mon nom d'anglais. et mon humour à ce qu'on m'a dit. pas un très bon humour si vous voulez mon avis. mais je parle aussi bien anglais qu'une vache espagnole. même si dans mon cas, c'est un peu le cas. » c'est vrai. ta mère a des origines espagnoles. d'où ton teint un peu halée. en fait. tu viens d'ici et d'ailleurs. t'es de partout. t'as des touches du monde entier en toi. et pis. c'est vrai. tu parles pas réellement bien anglais. tu te débrouilles. mais ça n'a rien à voir avec ton père. lui, c'est un total bilingue. toi tu sais tenir une conversation mais avec quelques blancs et des hésitations. t'as juste eu un apprentissage à l'école. c'est pas glorieux. t'as perdu les bases que t'avais quand t'étais petite. lorsque tu partais en angleterre. à croire que t'as voulu totalement rayé cette origine de ton être. tu continues à digresser. tu parles de tes parents. ça t'a toujours fait sourire leur rencontre. tu vois même jonas sourire en mélangeant la pâte. « c'est une jolie histoire. ils sont toujours ensemble aujourd'hui ? » tu croises les bras, en penchant un peu la tête. chose que tu fais toujours en réfléchissant. « oui, ils sont toujours ensemble. ils sont comme un roc. ils ont toujours été des modèles pour moi. j'aimerais avoir une histoire telle que la leur. avoir quelqu'un qui m'aime jusqu'à l'éternité. » c'était ce que ton père avait dit lorsqu'ils avaient fêté leurs trente ans de mariage. ça t'avait marqué. t'as toujours voulu suivre leur trace. pourtant, c'est un peu mal barré. avec sacha, c'est pas la joie. c'est même près d'imploser. t'as une petite lueur de tristesse dans les yeux. t'aimerais que ça se passe autrement. t'aimerais vraiment. parce que ton coeur. il bat toujours pour lui. malgré tout. malgré ce qu'il avait pu faire. c'était presque incroyable dans un sens. mais c'était plus fort que toi. tes sentiments étaient plus forts que toi. petit être fragile. « je n'ai jamais voyagé en dehors de la France. ça doit être joli, l'angleterre. » tu reviens un peu à la réalité. à tes origines. tu acquiesces doucement en souriant. cette fois-ci. la lueur dans tes yeux a encore disparu. faut pas que tu te laisses abbattre. ça va aller. il fallait juste du temps. le temps arrangeait tout pas vrai ? « c'est magnifique. du moins, des souvenirs que j'ai, enfant. mais le meilleur, c'est l'angleterre profonde. pas forcément les grandes villes. mais plutôt les lieux insolites, difficiles à voir. où personne ne va. comme les vieux châteaux. ou encore les grandes plaines venteuses. c'est le meilleur ça. » c'est ce dont tu te souviens à vrai dire. même si tes souvenirs sont ternies par la fin brutale. t'as quand même des beaux rappels. tu te souviens d'avoir couru dans ces plaines avec ta cousine. vous riez. et vous aviez joué aux explorateurs dans ces châteaux. enfin un. celui de ta grand-mère. tu penses pas trop à elle. tu l'écartes. elle ne mérite pas ton attention. avec le temps, t'as appris à ne plus lui accorder ton pardon. elle n'a pas voulu de ta famille. pourquoi tu voudrais d'elle hein ? tu sais que ça a miné ton père cette histoire. parce qu'il est attaché à sa terre natale quand même. alors tu la détestes aussi pour ça. pour avoir rendu triste ton père. tu finis par retourner la question à jonas avec un sourire. tes pensées s'éloignant. « pas du tout, en fait. » t'es intriguée de la suite. tu le voyais bien d'ici toi. il avait ce petit côté mystérieux parisien. « je suis né dans une ville assez petite, dans le sud-ouest, où tout le monde se connaît. j'ai grandi là-bas, j'ai fait mes études à bayonne, nina y est née. j'aimais beaucoup cette atmosphère, mais c'est devenu pesant quand j'ai perdu mon travail. » ça t'intrigue tout ça. réellement. il ajoute d'ailleurs. « j'étais ébéniste, l'entreprise a fermé. après ça, j'avais du mal à me faire au... au regard des autres. » tu comprends pas tellement. ça semble un sujet pas facile. son hésitation à la fin de sa phrase. tu coules un regard plein de douceur vers lui. tu choisis bien tes mots pour une fois. ça changera. « je vois. une sacré histoire. vous avez pas mal voyagé. » t'as un peu peur de développer. c'est sans doute douloureux. ça a peut être un rapport avec la mère de sa fille. il ne l'avait pas réellement évoquée depuis le début. il évitait. comme t'évitais de parler de sacha. « du coup, on a fait nos valises, et on a déménagé ici. mon petit frère vit à paris depuis des années, ça semblait un choix logique. j'aime beaucoup cette ville. » tu souris avant qu'il ne finisse avec une petite pointe d'ironie. « C'est pour ça, le look campagnard. » tu peux pas t'empêcher de rire. c'est vrai que peu de parisiens arboraient ce look. en ne parlant pas des jeunes étudiants qui oubliaient de se raser en étant toute la journée dans leurs cours. mais c'était pas non plus tellement rare. la preuve. t'en avais un à la maison. du plus loin que tu le connais. sacha avait toujours eu ce début de barbe naissante. t'as toujours aimé ça. les hommes rasés, t'as l'impression d'avoir affaire à un enfant. étrange. « oh c'est pour ça. je me demandais si vous n'aviez pas été bucheron dans une vie antérieure. » tu le taquines un peu. « et vous savez, paris arrive toujours à se faire aimer. cette ville est magique. pas seulement à cause de sa tour eiffel ou du louvre. mais je ne sais pas. elle dégage quelque chose de spécial. un truc que les autres villes n'ont pas. » tu souris. t'as toujours été amoureuse de ta ville. c'est indéniable. tu sais pas réellement s'il voit où tu veux en venir. t'essayes de lui expliquer. avec tes mots. pis tu te souviens de pourquoi tu étais là. t'avais même plus la sensation de la cuillère dans ta main. alors tu finis de mélanger un peu. la pâte est prête. ton temps ici est presque terminée. alors tu te tournes vers jonas avec un grand sourire. « il ne reste plus qu'à remplir les moules et vous aurez de jolis petits cupcakes à la vanille ! » t'es joyeuse. réussir quelque chose en cuisine, même la plus simple des recettes, est toujours une petite victoire pour toi. alors t'es toujours heureuse dans ces cas-là. tu cherches du regard les petits moules. que tu finis par repérer un peu plus loin. t'en prends quelques-uns dans tes mains et tu les disposes sur une plaque. faut juste verser la pâte dedans. mais t'as toujours tes habitudes de cuisinière. alors tu trempes ton doigt dans la pâte avant de le porter à ta bouche. tu fais toujours ça. pour voir si le mélange est dans le bon chemin. tu tends le saladier vers jonas. pour qu'il fasse la même chose. cela doit être étrange pour lui. idiot sans doute. mais tu t'en es pas rendue compte. « comment vous trouvez ça ? » tu souris et tu finis par lui tendre une louche. « à vous l'honneur. »  parfaite pour remplir les petits moules. après tout, ce sont ses cupcakes. et t'aimerais pas lui voler la vedette. c'est avant tout pour sa fille qu'il a fait tout ça. tu l'admires presque pour ça. peu en ferait autant. tu penses à un homme en particulier. et ça te fend le coeur. mais ton sourire ne faillit pas lui. comme toujours.
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MessageSujet: Re: give it a try 25/7/2016, 14:03

Jonas ne mentait pas. Autant parce qu'il détestait le mensonge, que parce que tout se lisait dans ses yeux. Il était un piètre menteur, alors il se contentait d'omettre certaines choses, simplement, en sachant pertinemment que son regard en disait toujours long. Alors lorsqu'il parlait à Diane, il ne mentait pas. Il évitait de mentionner son ex-femme, volontairement, parce qu'il ne voulait ni en dévoiler trop, ni passer pour le pauvre homme dont la femme s'était envolée en à peine un mot. Il sentait aux réactions de la jeune femme qu'elle avait vu dans ses yeux ce qu'il ne disait pas. Mais elle était polie, elle n'insistait pas, et inconsciemment, il la remerciait pour ça. Il souriait, plus léger à présent qu'ils parlaient de leur enfance. Il avait eu une enfance joyeuse, Jonas. Pleine d'amour et de bagarres avec son petit frère. Une enfance comme on en rêve, avec des parents présents et des amis, des fêtes d'anniversaire grandioses. C'était ce qu'il s'efforçait de faire vivre à Nina, malgré tout. - Je crois que vous gagnez haut la main sur ce coup-ci. Et comment a réagi votre petite amie de l'époque ? Il sourit, alors qu'elle ajoutait un enfin si ce n'est pas indiscret, évidemment gêné. - Eh bien, il faut dire que j'avais une réputation de gros dur, à l'époque. Du genre qui cherche les embrouilles à tout le monde pour faire le malin. Il rit doucement, secouant la tête. Il avait bien changé, depuis. Il s'était assagi, tant par le temps que par les rencontres qu'il avait fait, et puis l'arrivée de Nina avait confirmé ce changement. - Du coup, elle était un peu déçue. Alors elle a attendu deux jours, puis elle m'a largué pour un vrai gros dur. Il rit de bon coeur, même si à l'époque, il avait eu l'impression que c'était la fin du monde. Il avait dix-sept ans, avait maudit sa mère pendant des mois, jusqu'à ce qu'il aie une nouvelle conquête. Et, passé trente ans aujourd'hui, il voyait cette histoire comme un détail hilarant de sa jeunesse. Et puis, Diane parlait d'elle, et comme à chaque fois, Jonas l'écoutait avec attention. Il aimait bien découvrir son histoire, à mesure qu'elle la lui racontait. - Oui. Mais à vrai dire, je n'ai que mon nom d'anglais. Et mon humour à ce qu'on m'a dit. Pas un très bon humour si vous voulez mon avis. Il rit à cette dernière remarque. Jonas avait un humour assez enfantin parfois, sans doute dû au temps passé avec Nina. - Mais je parle aussi bien anglais qu'une vache espagnole. Même si dans mon cas, c'est un peu le cas. Jonas ne réussit pas à contenir sa surprise. Et en même temps, son soulagement. - Oh, je suis rassuré, les seuls souvenirs d'anglais que j'ai remonte au lycée, et j'étais pas l'élève le plus attentif. En vérité, il adorait aller en cours, il adorait apprendre. Mais ça ne collait pas avec son image de bad boy, alors il faisait semblant de ne s'intéresser à rien. C'était cool, à l'époque. Il le regrettait un peu, aujourd'hui. Les mots de Diane sur ses parents firent sourire Jonas. Il avait l'impression que les couples de l'époque tenaient pendant des années et des années, alors que désormais, à la moindre difficultés on abandonnait. - Oui, ils sont toujours ensemble. Ils sont comme un roc. Ils ont toujours été des modèles pour moi. J'aimerais avoir une histoire telle que la leur. Avoir quelqu'un qui m'aime jusqu'à l'éternité. Il sourit, difficilement, certes, mais il sourit. C'était ce dont il rêvait aussi, grand romantique qu'il était. Une vie d'amour avec elle, un mariage comme celui de ses parents, des enfants et une jolie maison. Quelqu'un avec qui vieillir, partager. Mais elle avait décidé qu'il n'en valait pas la peine, sans doute. - Je comprends. Il ne voulait pas passer pour un coeur tout mou, fragile, mais c'était ce qu'il était. L'enfant qui regardait ses parents danser dans la cuisine, lorsqu'ils dînaient en famille. Le regard de Diane s'était une nouvelle fois légèrement attristé, mais Jonas ne releva encore pas. Parce qu'il ne la connaissait que très peu, il ne connaissait pas Sacha, ni leur histoire, alors il n'avait rien à dire ou demander. - C'est magnifique. Du moins, des souvenirs que j'ai, enfant. Mais le meilleur, c'est l'Angleterre profonde. Pas forcément les grandes villes. Mais plutôt les lieux insolites, difficiles à voir. Où personne ne va. comme les vieux châteaux. Ou encore les grandes plaines venteuses. C'est le meilleur ça. Il l'observait alors qu'elle racontait ça comme un souvenir lointain, quelque chose qui lui manquait. Il hocha la tête, comme pour exprimer son accord. Parce que même s'il n'avait pas vécu en Angleterre, il avait connu les plaines, la campagne, les ruines dans lesquels il emmenait Nina lorsqu'elle était encore toute petite, qu'elle le regardait avec ses yeux ébahis lorsqu'il inventait des histoires sur ces lieux. Il ne dit rien, son sourire et son regard expliquant bien assez, du moins il l'espérait. Et puis, il parla de lui. Hésitant, un peu gêné, parce que son histoire n'avait rien d'exotique, et qu'il en avait presque honte. Mais il ne s'arrêta pas pour autant, et expliqua tout ce qui était utile. En terminant son récit sur une plaisanterie, il espérait qu'elle oublie ce qui venait de lui dire. - Oh c'est pour ça. Je me demandais si vous n'aviez pas été bucheron dans une vie antérieure. Il rit. - Ébéniste, bûcheron, c'est pas si éloigné. Il savait que ses cheveux un peu long et sa barbe, additionnés à sa carrure et sa manie de rester discret lui donnait un air peu accueillant. Pourtant, il était un véritable nounours, comme le disait sa mère lorsqu'elle parlait de lui. - Et vous savez, Paris arrive toujours à se faire aimer. Cette ville est magique. Pas seulement à cause de sa tour eiffel ou du louvre. Mais je ne sais pas. Elle dégage quelque chose de spécial. Un truc que les autres villes n'ont pas. Elle parlait de Paris comme si c'était la plus belle ville au monde, et Jonas, il y croyait. Parce qu'elle avait cette douceur dans la voix, cette façon de parler de sa ville qui obligeait la personne en face à adorer Paris en une seconde. Si bien qu'il en avait encore presque oublié pourquoi ils étaient là. Diane lui lança un grand sourire presque victorieux, en faisant un dernier tour de cuillère dans la pâte. Il la laisse disposer les petits moules, sans un mot. Il avait l'impression qu'ils discutaient depuis une éternité, et en même temps qu'elle venait à peine de passer la porte. Elle planta son doigt dans la pâte, comme le faisait toujours Nina, par professionnalisme ou par pure gourmandise, il ne savait pas trop. Il fit de même, parce qu'il l'avait toujours fait. - Comment vous trouvez ça ? Il lâcha un hm de gourmandise, prêt à dévorer la pâte avant même qu'elle ne soit cuite. - J'en dis que ces enfants ont beaucoup de chance. Il sourit, attrapant la louche pour remplir les moules, avec une infinie précaution, parce qu'il ne voulait pas gâche tous leurs efforts. Il remplit les moules un à un, essayant au maximum de faire des parts égales - ce qui n'était pas forcément le cas. - Et voilà! Il sourit, fier de n'en avoir mis qu'un goutte à côté, et posa la louche dans l'évier. - Maintenant, au four, c'est ça? Il prit les devants, parce que c'était sans doute l'une des étapes les plus simples, et enfourna le tout, puis se tourna vers Diane. Il ne restait plus que la cuisson, le glaçage, Nina débarquerait et Diane s'en irait. Et tout redeviendrait comme avant, en apparence.
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MessageSujet: Re: give it a try 30/8/2016, 21:58

cela te faisait du bien. tu ne pensais à rien. rien qui pourrait te briser encore une fois. tu n'avais pas à contrôler tes pensées. ton esprit. tu pouvais parler de tout. ou presque. et ça te faisait du bien. avec jonas, tu n'avais pas de sujet tabous. de sujet où le ton monterait vite. non. c'est léger avec lui. c'est fluide. et c'est bien. ça change. ça te libère un peu. sans que tu t'en rendes compte. doucement. mais surement. « eh bien, il faut dire que j'avais une réputation de gros dur, à l'époque. du genre qui cherche les embrouilles à tout le monde pour faire le malin. » tu peux pas t'empêcher de rire. de ton rire adorable. tes yeux se plissent naturellement. ils sont brillants. tu le vois très bien jeune. avec cette fausse attitude de gros dur. et ça te fait rire. « je vois. je vous aurais plutôt vu comme le petit geek de la classe. » tu le taquines. après tout. son physique. il veut tout dire. c'est rare qu'un petit timide à lunettes ait cette carrure. surtout au lycée. il continue sur sa lancée. « du coup, elle était un peu déçue. alors elle a attendu deux jours, puis elle m'a largué pour un vrai gros dur. » tu fais une petite moue. tu voyais déjà bien la scène. t'avais toujours une imagination débordante. alors oui. tu les voyais bien tous les trois. jonas, déçu, et les deux autres, s'en fichant. oui elle voyait bien le tableau. elle dit alors d'une petite voix. « ça c'est pas cool. elle s'en mord peut être les doigts maintenant. qui sait ? » puis tu finis par hausser les épaules. tu réfléchis aussi. à ta propre histoire. à tes relations sentimentales. tu t'en es pas sortie mieux que lui en fait. « ça me rappelle le premier garçon que j'ai embrassé. je devais avoir seize ans. vous savez. les amourettes d'été qui ne tiennent à rien. » tu plonges dans tes souvenirs. et ça te fait sourire. comme toujours. t'as pas honte d'avouer que t'as été tardive. certains embrassent bien avant leur quinze ans. toi tu as toujours pris ton temps sur ce genre de choses. jamais de précipitation. jamais de vitesse. tu prenais ton temps. c'était mieux. t'as surement évité des drames comme ça. autant pour toi que les autres. « c'était le fils de la voisine. il devait avoir un an de plus que moi. il était en vacances chez ses parents pour l'été. le lendemain, il est allé voir une autre fille. elle travaillait à l'épicerie pour l'été. un job d'été. » elle finit par hausser les épaules doucement avec un sourire. cette histoire était bien plus heureuse à présent. c'est vrai que ce jour-là. t'avais eu le coeur brisé. un premier amour ça s'oublie jamais. aussi idiot il a été. aussi stupide il a agi. oui. à présent, cela ne te faisait plus rien. « je l'ai revu quelques années après. elle travaillait toujours à l'épicerie. et avait déjà un gamin de trois ans sous le bras. et ils s'étaient mariés. pas très heureux si vous voulez mon avis. » tu souriais toujours. « je me dis que je l'ai échappé belle dans un sens. » tu finis par rire. encore. parce que te voir à seize ans mère, ça te fait rire. tu n'aurais été une enfant. t'aurais surement déçue tes parents sans qu'ils ne te le disent. t'aurais surement eu du mal. tu serais jamais ce que tu serais devenue. tu sais même pas ce que t'aurais été. tu l'enviais presque à présent. cette fille. elle avait une famille. rien qu'à elle. chose à laquelle t'aspire depuis des années. chose que sacha refuse de te donner. alors tu finis par te taire. c'est étrange d'échanger de vos expériences comme ça. entre deux étrangers. c'est étrange de ne ressentir aucune gêne. juste une compassion pour l'autre. rien de moins. rien de plus. et vous divaguez. sur tout. sur rien. t'as encore le sourire aux lèvres. jusqu'à ton aveu. tu ne sais pas réellement anglais. tu te débrouilles. mais ce n'est pas parfait. la surprise se lit sur son visage. il s'attendait à voir une parfaite bilingue. il est déçu du voyage sans doute. « oh, je suis rassuré, les seuls souvenirs d'anglais que j'ai remonte au lycée, et j'étais pas l'élève le plus attentif. » tu secoues doucement la tête. « et bien, on est dans le même cas alors. au plus grand damne de mon père. il aurait préféré que je parle un peu mieux sa langue. » enfin. c'était sans doute voulu tout ça. tout ce rejet de la langue anglaise. peut-être inconsciemment à cette époque. mais t'en prends conscience à présent. oui. tout ça tu l'as toujours pas réellement accepté. oh que non. tout ça, t'as préféré l'oublier. parce que la petite fille que tu as été n'arrive toujours pas à comprendre le pourquoi. pourquoi ta grand-mère paternelle ne vous a-t-elle jamais acceptées, toi et ta mère. pourquoi tout ça hein. oui t'arrives toujours pas à comprendre. alors t'as fini par laisser tomber les questions sans réponses. la langue avec. mais c'est vrai que ça te manque tout ça. ces étés anglais. avec ta cousine. ça se ressent sans doute dans ta voix quand tu en parles. dans tes yeux aussi surement. ils parlent beaucoup plus tes yeux que tes mots. c'est presque drôle. surtout quand tu finis sur tes parents. leur relation. jonas semble pas réellement s'en formaliser. ou alors il a le tact de ne rien te dire. et ça te soulage presque. « je comprends. » il dit simplement. « peut-être qu'un jour, nous aussi, on aura droit à ça. il faut peut être trouver la bonne personne et déposer toutes les armes. » surtout déposer toutes les armes. parce que c'est ce qu'il te manque avec sacha. parce qu'au début de votre relation, c'était le rêve pour toi. tu voyais ta vie avec lui. tu te voyais déjà raconter à vos petits enfants comment vous vous seriez rencontrés. oui. c'était la bonne personne sacha. oui. t'en étais persuadée. ou presque. il fallait juste déposer les armes. c'était le plus dur. le plus désolant aussi. t'as fini alors par sourire. encore. mais un sourire presque désolé. presque peiné. c'est passé vite. comme ton regard. toujours. jonas n'avait pas à être embêté de tout ça. il devait déjà avoir les siens de problèmes. tu le sentais dans sa voix. comme lorsqu'il te raconte un peu sa propre histoire. t'écoutes attentivement. presque comme tes élèves. la maîtresse qui devient l'élève. presque amusant. et tu finis par le taquiner. toujours. attirer le rire. la sympathie. c'est ta marque de fabrique à toi. « ébéniste, bûcheron, c'est pas si éloigné. » t'acquiesces doucement. réfléchissant quand même un coup. « hm c'est vrai. mais bûcheron, ça fait presque homme des cavernes. ébéniste moins. » tu finis par dire avec ton sourire accroché à tes lèvres. radieux. malicieux aussi. et pis tout semble se finir. ou presque. parce que la pâte elle prend bien forme dans le saladier. et à la petite partie que tu prends avec ton doigt, c'est un délice. les enfants en seront ravis. et nina pourra être fier de son papa. c'était ce qui importait. évidemment. « j'en dis que ces enfants ont beaucoup de chance. » il semble du même avis que toi. et il finit par être plus rapide que toi. l'élève a dépassé le maître. t'as envie de rire rien qu'à cette remarque. mais tu ne le fais pas. il remplit les petits moules avec la louche. « et voilà ! maintenant, au four, c'est ça ? » et pis il enfourne le plat au four. heureux. c'était presque fini. vous allez retourner à vos respectives. lui dans la sienne avec son adorable petite fille. et toi, dans la tienne, monocorde et sensiblement instable. et vous vous croiserez dans les couloirs. un sourire. un bonjour parfois peut-être. avant d'oublier et de revenir à votre quotidien. la routine. mais tu n'y penses pas. pas encore. il faut encore une dernière étape avant que tout ne soit terminé. « le glaçage maintenant. à vous de jouer. » tu le mettais presque au défi. c'était ces cupcakes pour sa fille après tout. tu n'avais pas le droit de t'imiscer plus. alors tu lui tends un saladier avant le beurre que tu as mis dedans. et tu rajoutes une cuillière. « il faut travailler le beurre pour le rendre souple. comme cela, il va bien mousser après avec le sucre. » tu lui expliques. tu es là. tu le regardes. regardes ses gestes. tu es là si ça tourne mal. si un faux pas est fait. tu surveilles, tu protèges presque. t'es presque une parfaite maîtresse de cuisine. presque.
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MessageSujet: Re: give it a try 12/9/2016, 18:20

- Je vois. Je vous aurais plutôt vu comme le petit geek de la classe. Ça le fit rire. Comme presque tout ce que Diane disait depuis le début de cet après-midi. Parce que son sourire était contagieux, et que seules les petites plissures au coin de ses yeux auraient fait sourire même le plus grognon des vieillards. - On me l'a souvent dit. Il la suit dans son ironie, car ses un mètre quatre-vingt dix et sa grosse barbe ne laisse pas de place à l'imagination. Pourtant, il n'était pas comme ça, au lycée. Il était plus petit, plus frêle, mais c'était dans le caractère surtout, qu'on trouvait son esprit de rébellion et de petite terreur. Physiquement, il ne payait pas de mine, et ça lui avait attiré pas mal d'ennuis. Les cours de boxe qu'il prenait à l'époque – et malgré les avertissements de son professeur qui ne cessait de lui répéter qu'il ne devait pas utiliser ce qu'il apprenait dans la rue – lui avait évité bien des séjours aux urgences, qui n'auraient rien fait de plus qu'inquiéter sa mère. - Ça c'est pas cool. Elle s'en mord peut être les doigts maintenant. Qui sait ? Sa politesse était si naturelle, si sincère qu'il doutait même que ce ne soit que manières courtoises. Il haussa les épaules à son tour, un petit sourire aux lèvres. - Ça, on ne le saura sans doute jamais. Et puis il l'écouta parler de ses expériences à elle, sans un mot, seul son regard porté sur son visage souriant, les yeux voilés des images d'un souvenir heureux. C'était fascinant, comme les souvenirs du passé, ceux qui vous avaient brisé le cœur et fait pleurer à chaudes larmes à l'époque, étaient vecteurs de sourires dix ou vingt ans plus tard. Peut-être qu'un jour, elle ne serait qu'une souvenir joyeux, comme elle l'est sans doute dans la mémoire de Nina, car Jonas s'est fait une priorité de préserver son petit cœur fragile. - Je me dis que je l'ai échappé belle dans un sens. Il mêla son rire au sien. Il avait toujours eu un avis partagé sur les jeunes parents. Il y avait ceux qui ne désiraient que ça, qui en étaient heureux et ceux-là, Jonas les admirait pour leur force et leur courage, d'élever un enfant quand eux-mêmes en sont encore. Et puis il y avait les autres. Les pris au dépourvu, ceux qui ne savent pas, qui se perdent, qui rendent malheureux un enfant, involontairement la plupart du temps. Jonas avait été l'entre-deux. Pas prêt à être papa lorsqu'elle le lui a annoncé, et pourtant il n'a jamais douté du bonheur que lui apportait Nina. La conversation continuait sa route, passant de rires aux regards attristés, de l'un à l'autre en une minute, sans jamais alourdir l'atmosphère. Jonas avait la sensation qu'il pouvait parler de tout, et n'importe quoi. Il le ferait, s'il en avait le courage. Diane avait l'aura rassurante, la douceur des traits qui donnait envie de se confier, de parler, de déballer, de la voir sourire à ses souvenirs heureux et son regard s'attrister aux autres. Mais il n'était peut-être pas prêt, pas tout de suite. Il savait, comme on sait que le ciel est bleu, qu'ils en viendraient aux sujets plus importants. Qu'il parlerait d'elle. Pas aujourd'hui, pas demain, un autre jour. Alors il gardait ça, comme il le faisait depuis le début, enfermé dans un coin de son cœur, de son crâne, attendant qu'un jour, il soit prêt. - Et bien, on est dans le même cas alors. Au plus grand damne de mon père. Il aurait préféré que je parle un peu mieux sa langue. Il haussa les épaules. - Tant pis pour papa. Il lui sourit doucement, comme pour dire ce n'est rien. Parce que si elle ne parlait pas sa langue paternelle, c'était pour une bonne raison. Peut-être qu'il voulait savoir, et peut-être que non. Un jour, elle en parlerait, peut-être. Alors il n'ajouta rien, la laissant parler de ses parents, il ne l'interrompit pas. - Peut-être qu'un jour, nous aussi, on aura droit à ça. Il faut peut être trouver la bonne personne et déposer toutes les armes. Il lui jeta un regard, discret il l'espérait, les doutes et les interrogations au bord des pupilles. Elle parlait comme si elle n'avait personne, comme si elle était seule. Seule et malheureuse, et ça lui serra le cœur. Parce qu'il savait qu'elle ne l'était pas. Elle avait quelqu'un, quelqu'un dont il avait oublié le prénom, quelqu'un avec qui elle vivait. Et c'était le pire. Des mots simples qui cachaient quelque chose de douloureux. Alors il lui offrit un sourire chaleureux, de ceux qui veulent réchauffer le cœur, qui affiche une pointe d'autre chose, lorsqu'il pense à elle. - Parfois, même déposer les armes est inutile. Il faut simplement tourner la page. Il l'avait compris, lorsqu'elle avait parlé de divorce. Il avait insisté, les premiers temps. Persuadé qu'il pourrait arranger les choses. Il y avait eu des disputes. Et puis il avait déposé les armes, et ça n'avait pas été suffisant. Elle était partie, et il n'avait rien pu faire. C'était la vie. Les gens partaient et restaient, et Jonas avait toujours cru que les gens qui partaient n'avaient jamais été là. Jusqu'à ce que ce soit elle qui parte. Elle avait été là. Nina en était la preuve. Il la chassa de ses pensées, parce qu'elle y revenait trop, depuis qu'il discutait avec Diane. Elle appuyait sans s'en rendre compte sur des plaies qu'il pensait fermées. Mais elles ne se refermeront sans doute jamais. Il devait juste apprendre à vivre avec elles. Ils changèrent de sujet, encore, toujours, comme si jamais rien qu'ils diraient ne pouvait stopper leurs échanges. - Hm c'est vrai. Mais bûcheron, ça fait presque homme des cavernes. Ébéniste moins. Il éclata de rire. Homme de cavernes était quelque chose qui le décrivait plutôt bien en fin de compte. Il était du genre à se terrer dans son appartement, sortant seulement pour les nécessités. Autrement, sans Nina pour le bouger, il serait sans doute un véritable homme des cavernes. Il en oublierait presque qu'une fois les cupcakes terminés, ils ne se reverront que de temps à autre. Pourtant, c'est comme si autour d'eux, tout s'était arrêté. Il faudrait Nina déboulant dans la cuisine pour rompre cette impression d'être ailleurs. Dernière étape de la recette, dernier pas vers la fin de cette situation qui lui aura fait tout autant de peine que de bien. - Il faut travailler le beurre pour le rendre souple. Comme cela, il va bien mousser après avec le sucre. Elle l'observait faire, lui et ses gestes appliqués, ses doigts abîmés enroulés autour de la cuillère en bois, son matériau de prédilection. Il se sentait presque à l'aise, à cuisiner, lui d'habitude si réticent et si peu confiant. Il la laissa ajouter le sucre, puis le colorant, et attrapa près de l'évier les poches à douille, qu'il n'avait jamais réussi à utiliser correctement. Il grimaça, puis lui en tendit une. - Je vous laisse faire ça, j'ai jamais su comment on faisait. Ça paraît simple à la tv, mais en vrai c'est une autre affaire. Il sortit les petits gâteaux du four, cuits parfaitement, et non brûlés comme ils l'avaient été avant Diane et ses mains expertes. Il lâcha la plaque à quelques centimètres au-dessus du plan de travail, la chaleur traversant le torchon dont il s'était pourtant servi pour ne pas se brûler. - Ça sent vraiment très bon. Et pas le brûlé, c'est un miracle. Vous êtes merveilleuse.
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MessageSujet: Re: give it a try 3/11/2016, 00:23

« on me l'a souvent dit. » tu ris encore un peu. oh tu n'en doutais pas. enfin un tout petit peu. parce que c'est vrai que jonas il a un look qui pourrait rebuter certains. un ours mal léché. mais toi ça te faisait plus penser à un gros nounours. il te l'a prouvé à de nombreuses reprises dans votre conversation. c'est vrai. elle est légère votre conversation. ça te fait du bien à toi. un peu de légèreté. de douceur. de rires aussi. loin de la tension. des larmes aussi parfois. c'est parfait pour toi. ça t'apaise. tu penses pas encore à la fin. au soir qui approche. non. tu n'y penses pas. pour une fois. et puis ça virevolte entre vous. ça passe de sujets à d'autres. vous parlez de vos expériences personnelles. de votre enfance. quoi de mieux ? l'étranger devient plus familier. vous riez. oui les récits d'enfance sont toujours les meilleurs pour se dérider. et toi t'en as à revendre des récits enfantins. t'as eu la chance d'avoir une enfance heureuse avec des parents attentionnés. est-ce que tout le monde peut en dire autant ? t'es une chanceuse. et t'en as conscience. alors tu pourrais en dire beaucoup. comme la fois où tu t'es goinfrée de tarte aux fraises. l'autre fois où tu t'es présentée comme étant "diane au café" après une incompréhension. de comment tu passais toutes tes récrés à chanter à ta maîtresse. oui t'en avais des anecdotes. des sacrés numéros. tu étais un sacré numéro. faut bien que tu te l'avoues. c'est la vie. t'y pouvais rien. comme avec ce fameux garçon qui a préféré voir un autre. qui se retrouve maintenant père de elle ne savait combien d'enfants à à peine trente ans et avec un boulot qui paye presque les factures. oui tu le pensais. tu l'avais échappé belle. vraiment ? au final. tu le savais pas tellement. parce qu'avoir une famille, c'était tout ce que tu demandais. pouvoir fonder votre petit nid avec celui que tu aimes était ce qui t'animait. réellement. alors t'en étais sans doute encore jalouse. certes. même si elle avait été jeune. même si elle avait du galéré. même si... même si. « ça, on ne le saura sans doute jamais. » il avait raison. vous ne le saurez jamais. toi encore moins. alors t'essayes de ne pas te retourner le cerveau à chercher. c'est compliqué. parce que c'est presque plus fort que toi. alors tu finis par simplement sourire. et pis hocher la tête. c'est déjà pas mal ça. et puis vous continuez votre chemin. la conversation fait des vagues. divague. de l'enfance vous passez aux parents. ça te fait penser à ton angleterre. à la patrie qui t'a rejeté. t'as un petit pincement au coeur. tu sais même pas ce qu'ils sont devenus. comme ta cousine olympe. ça faisait longtemps que t'avais pas pensé à elle. ou presque. qu'est-elle devenue ? t'en savais rien. c'était devenue une étrangère elle aussi. c'est ça qui faisait mal. peut-être l'as-tu croisé dans paris sans la reconnaître. peut-être qu'elle a quitté londres et réside tu ne savais ou. oui tu ne savais rien d'elle. plus rien. et ça te manquait. vous étiez petites, mais votre lien était indestructible. enfin c'est ce que vous pensiez. pauvres de vous. « tant pis pour papa. » tu hoches la tête. pour lui. pour cette part d'histoire que tu veux oublier. les traumatismes d'enfance sont toujours présents en nous. quoi qu'il se passe. quoi qu'il advienne. ils s'aggrippent à nous. ils nous dévorent de l'intérieur. ou alors restent tapis dans l'ombre prêts à nous sauter à la gorge à la moindre occasion. ou alors ils sont silencieux. tranquilles mais menaçants. comme le tien. t'essayes de le repousser loin. t'as tout renié des british. oh que oui. cela a été plus fort que toi. « je préfère l'espagnol. on peut pas tout avoir. » tu finis par dire avec un joli clin d'oeil. après tout t'es autant pudding que paella. et que baguette de pain. ça fait beaucoup tout ça au final. t'en es pas peu fière de tes origines espagnoles. oh que non. tu les revendiques haut et fort. c'est souvent que t'entendais ta mère parler en espagnol. quand elle était heureuse, quand elle était en colère. c'était resté en toi comme rien. alors t'es heureuse de les présenter aujourd'hui à jonas. oh que oui. mais c'est pas tout. parce qu'il y a toujours des moments gênants dans une conversation. toujours. qu'on se connaisse ou non. tu l'as bien vu. jonas, il ne parle jamais de la maman de nina. et t'en sauras pas plus. pas maintenant. tu le sens. tu le vois dans son regard. et tu dis rien. parce que toi aussi t'as des sujets que tu veux éviter. sacha. évidemment. toujours lui. vous prenez soin de tourner autour du pot tous les deux. presque comme des enfants. tu connais cette peine à pouvoir exprimer ce que l'on ressent. surtout à un étranger. pourtant tu te sentirais presque idiote face à lui. après tout, il était quand même sacha. eh oui. la mère de nina n'était plus là. et c'était sans doute bien plus douloureux que tes problèmes à toi. syndrome de la femme domestique. évidemment. t'y échappes pas toi non plus. alors tu les tais. il n'a pas besoin de savoir ça. et pis même toi, en parler ça te ferait du mal. ça te ferait presque conscience de leur réalité. et c'est ça qui te fait peur. prendre conscience que tout ça est bien réel. que cela s'est passé. et tu ne veux pas. tu refuses. c'est peut-être pour ça que tu restes encore avec lui. tu l'aimes certes. mais est-ce suffisant ? l'illusion est sans doute la meilleure réponse. mais tu te voiles la face. comme toujours. « parfois, même déposer les armes est inutile. il faut simplement tourner la page. » tu finis par relever ton regard vers lui. déchiffrer entre les mots. c'est bien trop dur. le silence se fait. parce que tu ne sais pas quoi dire. parce qu'il a sans doute raison. mais tu ne veux pas. c'est vrai que t'as essayé. que t'essayes toujours. mais la situation n'a pas changé. elle stagne entre vous. les disputes sont toujours les mêmes. t'as toujours cette peur. cette peur qui parfois te prend aux tripes. mais rien n'a changé. t'as pas compris toi. mais tu ne veux pas comprendre. tu t'accroches désespérément à un vent d'amour. à une tornade bien trop dévastatrice. ça te détruit. petit à petit. mais tu veux pas le voir. c'est tout. ton regard se voile. ton sourire reste là. mais il se fane. il devient à peine triste. « c'est ... dur. de tourner la page. de recommencer. parfois il est plus simple de rester. et parfois tout peut recommencer. comme avant. alors il faut s'accrocher. » c'est ce que tu penses. tu penses que tout n'est pas perdu. que vous n'êtes pas perdus. il vous faut du temps. de bien digérer. de pouvoir réapprendre à vous aimer. mais est-ce suffisant ? c'est la question. « il faut simplement savoir si cela en vaut la peine au final non ? c'est ça qui est difficile à voir. rester alors qu'on peut tout est mort. partir alors que tout peut renaître. c'est dur comme décision. trop compliqué. on ne veut pas faire d'erreurs sans doute. » tu y croyais toi. quand tu repenses à vos moments passés ensemble. ça te fait sourire. vous étiez si biens. de parfaits amoureux transis. mais où sont-ils ? tu les cherches encore ces fantômes dans ses baisers. mais tu les trouves pas. plus. alors tu finis par un sourire. alléger la chose. ne pas ennuyer avec tes problèmes. c'est ce que tu t'es toujours dit. tu préfères écouter plutôt que parler de toi. t'es bien trop pudique pour ça. vraiment trop. ta vie personnelle, elle n'est que pour les intéressés. et encore. c'est sans doute mieux pour tout le monde. vraiment. alors tu reportes ton regard sur jonas et ses gestes. il est minutieux. et tu le regardes comme tu regarderais un de tes élèves écrire ses premières lettres. ça te fait presque sourire. voir un grand gaillard comme lui si précis est assez impressionnant. il t’impressionne. il faut bien que tu l'avoues. ses mains puissantes autour de la cuillère en bois te le démontre. tu croirais presque qu'il pourrait la briser dans sa main. mais il s'applique. c'est un très bon élève. t'es attentive toi. comme une parfaite petite maîtresse. et puis il finit par te tendre les poches à douilles. « je vous laisse faire ça, j'ai jamais su comment on faisait. ça paraît simple à la tv, mais en vrai c'est une autre affaire. » vite les petites moules se retrouvèrent sous ses yeux. une bonne odeur remplit l'atmosphère de la pièce. tu prends alors une des poches à douille. tu la remplis avec bon morceau de glaçage. tu te penches et t'essayes de t'appliquer. c'est le plus important. le rendu final. tu voudrais pas que la fille de jonas soit déçue. décevoir était sans doute la pire chose. tant pour les enfants que les parents. il fallait faire ça bien. et propre. « en fait. tout est dans le poignet. vous savez les premiers ne sont jamais probants. mais on finit par s'améliorer. vous devriez essayer. » est-ce une proposition ? évidemment. tu parles. mais tu t'actives aussi sur les cupcakes. ils prennent forme sous vos yeux. c'est ce que tu aimes avec la cuisine. pouvoir mettre des ingrédients bien disparates pour en faire des choses merveilleuses. « Ça sent vraiment très bon. Et pas le brûlé, c'est un miracle. Vous êtes merveilleuse. » ton rire alors t'échappe. tu finis par te relever. le dernier pochage des cupcakes fait.« n'en faites pas tant. vous m'avez beaucoup aidé. et puis si nina est contente. alors ça sera une victoire. » tu lui souris. c'est vrai. la réalité vous rattrape. vous happe de nouveau. tu n'as même pas besoin de regarder l'heure de l'horloge. tu sais très bien que d'un instant à l'autre, nina débarquerait dans l'appartement. et ça signerait la fin de l'après midi. tu retourneras chez toi. attendant le soir. et puis les jours. mornes et ternes. comme depuis un certain temps. vous vous recroiseriez sans doute un autre jour. un autre service aussi. mais c'était tout. de simples voisins. des étrangers à peine rencontrés.
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MessageSujet: Re: give it a try 12/11/2016, 19:25

Il n'était pas loquace d'ordinaire, Jonas. Il se contentait souvent de répondre aux questions, parce qu'il était réservé, trop, et qu'il laissait la plupart du temps Nina gérer les conversations à sa place. Il était bien heureux qu'elle ait hérité ça de sa mère, et non de lui. Pourtant, avec Diane, il arrivait à se détendre. Il ne réfléchissait même pas, à vrai dire, la discussion suivait son cours sans être forcée, ni par lui, ni par elle. Ils se contentaient de la suivre, naturellement. - Je préfère l'espagnol. On peut pas tout avoir. Elle lui lança un clin d’œil qui le fit sourire, et il secoua la tête. - On peut ne rien avoir du tout, comme moi. Que ce soit espagnol, anglais ou n'importe quelle langue, j'y connais rien. Il rit doucement, grimaçant par la même occasion en se remémorant les divers moments où Nina lui avait appris quelques mots dans les deux langues, fière d'apprendre quelque chose à son père plutôt que l'inverse. C'étaient ces moments-là qui lui prouvaient à quel point ils avaient besoin l'un de l'autre. Ils étaient le pilier l'un de l'autre, et tout allait bien seulement lorsqu'ils étaient ensemble. Pourtant, Jonas ne voulait pas être père, au début. Du moins il ne s'en sentait pas prêt. C'était elle, qui gérait le mieux. Parce qu'une mère, ça sait toujours, ça fait toujours, et un père, ça apprend sur le tas. Jonas suivait du mieux qu'il pouvait, pas toujours très bien, jusqu'à ce qu'elle le pousse du haut de la falaise, sans même tendre la main pour rendre la chute moins difficile. Il était seul, depuis des années maintenant, il avait pris le coup. Il était le père, il était la mère, il lisait les histoires et faisait des gâteaux, il dessinait des princesses et faisait des tresses. Il endossait les deux rôles, parfois maladroitement, parfois difficilement, mais toujours avec une patience extrême. Et désormais, il en était sûr, elle n'aurait plus jamais sa place parmi eux. Il ne mentionnait pas la mère de Nina, et pourtant, il en parlait. Indirectement. Lorsqu'il parlait de lâcher prise, il parlait d'elle. Parce qu'il l'avait laissée partir, le cœur arraché mais vivant. Il avait survécu. On survit toujours. Il l'écouta attentivement, cessant sans s'en rendre compte son activité. Il la regardait, du coin de l’œil, l'impression qu'il n'était pas celui à qui ses mots étaient adressés. Et pourtant, il attendit, patiemment, qu'elle termine son récit. Elle avait les traits doux, le sourire facile, le regard pétillant, et pourtant, elle n'était pas que bonheur, il s'en rendait compte, désormais. Elle avait aussi ses secrets, ses boulets aux chevilles, semblait mise à mal par une relation qu'elle tenait désespéramment de sauver. Il ne savait pas quoi répondre. S'il devait répondre même. Il ne la connaissait que trop peu, pour se permettre de la conseiller. Pourtant, il le fit. Parce qu'il avait vécu ça, lui aussi. L'envie de s'accrocher, coûte que coûte. Il avait essayé, lui aussi. De ne pas abandonner, de trouver une solution. Et elle était partie, tout de même, laissant un mari et un enfant, deux petits yeux bleus cherchant dans d'autres, plus grands, les réponses à des questions qu'elle avait laissé en suspens à son départ. Mais Jonas, il n'avait jamais su y répondre. Parce qu'il n'avait pas les réponses. Elle était partie, et c'était tout. Il esquissa un sourire triste. - C'est difficile. C'est pire, même. On a peur de se tromper, de faire une erreur, on a peur de manquer quelque chose. Mais parfois, il n'y a plus rien à sauver. Il haussa les épaules, et se remit au travail. Il ne parlait pas pour elle, il ne se permettrait pas. Il parlait de lui, de son mariage, des papiers qu'il avait signé d'une main tremblante, hésitante, en colère. Il en avait passé des jours, à se demander s'il avait bien fait. A laisser sa voix rauque sur une boîte vocale qu'elle ne décrochera jamais. Elle avait tourné la page, si vite qu'il n'avait rien vu venir. Alors il avait dû le faire aussi. Pour le bien de Nina, pour son bien à lui. Le silence reprit sa place, tranquillement, sans sous-entendus, sans gêne. Il n'y avait pas de gêne, avec Diane. Des sujets sensibles, des non-dits et des cœurs ouverts, mais pas de gêne, pas de jugement. Il l'observa déposer le glaçage sur les petites gâteaux avec l'attention d'un enfant curieux. Il était curieux, Jonas, il voulait toujours bien faire, il voulait que tout soit parfait. Parce que c'était Nina. Il rit doucement à sa remarque. - Tout est dans le poignet, répéta-t-il dans un sourire, peu convaincu. Il n'avait pas son talent, ni son expérience, il n'y arriverait pas, pas tout de suite. Mais il s'entraînerait, il n'y manquerait pas. Parce que ces petits gâteaux n'étaient pas les premiers qu'il devait faire, et ne seraient pas les derniers. Il y aurait les anniversaires, les ventes de gâteaux, les autres fêtes de l'école. - Je vous laisse faire, j'aurais bien assez vite l'occasion de pratiquer. Il s'appuya sur le plan de travail, la regardant, penchée sur les cupcakes, observant ses gestes jusqu'à ce qu'ils soient imprimés sur sa rétine et peut-être, il l'espérait, dans sa mémoire. - C'est toujours une victoire lorsque les enfants sont contents. Il sourit, de ce sourire bienveillant qu'il ne peut empêcher lorsqu'il parle de sa fille. - Elle va être très fière de ceux-là, en tout cas, affirma-t-il en montrant du doigt les cupcakes au glaçage violet qu'ils venaient de préparer. Il les observa un instant, riant intérieurement en se remémorant la catastrophe qu'il aurait présenté si Diane n'avait pas volé à son secours. - On fait une bonne équipe, ma foi. Il lui sourit, les paupières plissés, et hocha la tête d'un air de contentement. - Je vais finir par mériter mon tablier, en fin de compte. Il rit doucement, impatient de voir la réaction de Nina lorsqu'elle découvrirait les cupcakes. Il savait qu'elle ne tarderait pas, sans avoir besoin de regarder l'heure. La présence de Diane était agréable, et il ne doutait pas qu'ils se recroiseraient dans les couloirs, et osait même espérer qu'ils puissent discuter de nouveau. Elle était encore un mystère pour lui, elle était un peu plus que la voisine, et pourtant, pas encore tout à fait une connaissance. Les gâteaux étaient terminés, il n'avait plus de raison de la retenir. Il sourit, après un silence. - Eh bien, merci beaucoup, en tout cas. Vous avez sauvé mon image de meilleur papa, c'est gentil à vous. Il rit de nouveau, et retira lentement son tablier. - Je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps, vous avez sûrement beaucoup de choses à faire. Elle devait partir, naturellement. Il la raccompagna jusqu'à la porte, et lui tendit une main polie. - Merci encore, passez une bonne fin de journée, Diane. Et je ne manquerais pas de vous faire parvenir la réaction de Nina. Elle va être plus qu'heureuse.Il refermerait la porte, il se changerait, Nina ferait son entrée dans l'appartement, poserait ses grands yeux ébahis sur les gâteaux, et ils marcheraient jusqu'à l'école main dans la main. C'était l'ordre des choses. Pourtant, le rire doux de Diane résonnerait encore à ses oreilles.
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