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“On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.”

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MessageSujet: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 29/9/2016, 19:03

L'automne se fait sentir dans mon petit quartier de Notre Dame. Les écarts de température sont de plus en plus larges, surtout quand elles sous sous dix degrés le matin. Bientôt les feuilles tomberont des platanes, après avoir pris de somptueuses teintes orangées. Ces couleurs chaleureuses qui donnent à la cathédrale un côté majestueux et à part. Ce charme qui fait que je souhaitais habiter ici, pas ailleurs. 

Aujourd'hui est mon seul jour de repos de la semaine. Les urgences au zoo ont été nombreuses, ce qui fait que j'ai du moduler mon agenda pour aller m'occuper de mes petites bêtes à plumes.

Je me suis levé assez tard, et j'ai pris un long bain bien chaud avant de m'asseoir sous la verrière du salon. Assis sur un des canapés bien confortables, j'ai laissé sortir le joli ara aux couleurs azur et or, l'occasion pour lui de profiter de la chaleur du soleil sous les vitre de l'appartement. Il faut en profiter, le soleil d'hiver sera probablement beaucoup moins clément. 

Ayant revêtu un polo marine et blanc, et un pantalon blanc cassé, j'ai mis un peu d'ordre dans ma tignasse noire et passé de l'eau fraîche sur mon visage pour avoir l'air un peu plus éveillé. Mais le café y est pour beaucoup, vous me connaissez. 

Mon oiseau vient réclamer un peu d'affection en de posant sur mon avant bras que je lui offre généreusement. C'est fou ce qu'on peut faire avec la confiance d'un animal, quand même. Se dire qu'on peut l'appeler et il vient, lui apprendre à dire "merde" ou à changer sur commande...

Finalement, je me laisse m'évader dans mes pensées, trop heureux d'avoir enfin du temps pour moi. C'est tellement rare ces derniers temps. 

Mais ça, c'était avant qu'Henry ne rentre dans l'appartement. Synonyme d'un visiteur pour moi. Génial. J'espère qu'ils ont une bonne raison de me déranger parce que je suis très occupé ! "Quelqu'un pour vous Natanael." Mon air grincheux en dit très long sur mon envie de voir du monde aujourd'hui... Il se met tout de même à rire, comme si j'avais l'air d'un papi, et qu'en plus il m'avait piégé. "Quoi ? C'est Gabrielle ?" Fais-je incrédule. Son signe de la tête me le confirme.  

Bon finalement elle peut venir, elle est toujours la bienvenue à la maison ! Je m'enfile mon plus beau sourire, laisse mon oiseau s'envoler et me lève pour aller accueillir mon amie. 

"Tu attends de la visite ?" Me fait-elle en entrant, toujours élégante, fidèle à elle-même. Une petite robe noire marque sa taille, habillant avec élégance son cou et ses épaules. La belle brune me lance un sourire amusé. "Non pourquoi ?" Je l'embrasse sur la joue, lui prenant sa veste pour aller la ranger dans l'entrée. "Tu es bien habillé pour ton jour de repos." Simple réflexe. Trop d'habitude d'être critiqué, je finis par me sentir à l'aise dans ce genre de vêtements...

Je lui propose un café, disparaissant dans la cuisine pendant qu'elle se met à son aise dans le salon. Il fait vraiment beau, c'est une journée idéale pour glander avec sa meilleure amie. 

Le café servi dans une jolie tasse en verre, je retourne auprès de Gabrielle... et Henry. Je lui lance un regard interrogateur alors que j'ouvre une fenêtre pour allumer une cigarette qui trainait dans le coin.

"Je me suis permis de la laisser entrer, Monsieur." Fait l'homme en costume, me laissant découvrir derrière lui une femme aux cheveux blonds et aux yeux clairs. Abygaëlle. Ici. Aujourd'hui.

"Je me disais bien que tu étais un menteur né, Natanael." Lance Gabrielle, rieuse, dans un anglais parfaitement maîtrisé. Et je ne mentais pas, bordel ! Elle est juste dans mon salon, ainsi qu'Aby, sans que je m'en sois douté ! Et avant que je n'ai le temps de répondre quoi que ce soit, la brune se dirige vers la blonde pour déposer une bise sur chacune de ses joues. Comme si elles se connaissaient. "Bonjour !"

J'avais oublié qu'elle était du genre sociable. Hyper sociable.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 13/10/2016, 16:42





Keep your eyes on the stars

« ... And your feet on the ground. » Aby & Nate



Ce n’était jamais simple. Pourquoi est-ce que rien n’était jamais simple en soit ? C’était trop demandé que de passer un peu de temps tranquille, sans que rien ne vienne perturber ses habitudes ou son petit rythme de vie ? Non. Tout partait de travers ces derniers mois et ça n’allait sans doute pas aller en s’arrangeant. Qui est-ce qu’elle avait agacé pour recevoir un tel retour de karma ? Nerveuse, Abigaëlle referma fébrilement la lettre et la rangea soigneusement dans l’enveloppe. Retournant celle-ci, observant sa propre adresse esquissée d’une écriture fine, elle déglutit et fit mine de vouloir la déchirer en deux. Elle devrait. Elle faillit. Puis finalement poussa un lourd soupir et se ravisa, reposant l’enveloppe sur la table de sa cuisine.

Une lettre. Il avait envoyé une lettre ! A l’ère des téléphones, d’internet, du contact rapide et du facetime, il avait envoyé une foutue lettre ! Elle le reconnaissait bien là cependant, observant le timbre marqué par l’encre. Cinq jours. L’enveloppe avait mit exactement cinq jours à lui provenir et l’indication qu’elle pouvait voir l’informait qu’il était en europe. Cet imbécile, après tout ce temps… Après toutes ces années, il ne trouvait rien de mieux que de venir la hanter ! C’était la goutte de trop. L’effet de surprise final. L’arrêt brutal en cours de route et l’envie de ne pas replonger. De lutter malgré l’irrépressible tentative de céder à nouveau.

Reniflant un instant, enfouissant son visage dans la tasse de chocolat en train de tiédir, la jeune femme porta son regard sur le reste de son appartement sans vraiment y faire attention. Tant d’images lui revenaient en tête, tant de souvenirs qui avaient le don de vouloir refaire surface pile à ce moment précis. Alors qu’elle parvenait enfin à avoir un semblant de stabilité. Alors même qu’elle essayait de raccrocher la barre et de passer bien loin des évènements désagréables, s’étant par exemple doucement, très doucement, remise à adresser la parole à Nate. Obligatoire, forcé, mais au final pas si désagréable que ça ; elle n’en était sûrement pas aux grands discours et discussions philosophiques qui avaient pu les animer à l’aide d’un verre de vin, mais au moins Aby disait bonjour et quelques mots sans partir en courant. Qui était le plus faible des deux en réalité ? …

Elle se leva d’un bond, repoussant chaise et enveloppe pour attraper ses écouteurs et une veste. Il ne faisait pas très chaud en Octobre, mais elle comptait bien profiter des derniers rayons du soleil pour aller courir un peu et se changer les idées. Se réveiller de sa nuit agitée et des nouvelles dont elle se serait bien passé. S’aérer l’esprit une petite heure, parcourant les kilomètres quotidiens d’un pas soutenu et le souffle mesuré. Avancer. Simplement avancer sans prendre garde à ce qui l’entourait. S’enfermer dans sa petite bulle d’effort, compter dans sa tête. Avancer. Courir. Traverser les petits faubourgs de Paris, longer la Seine ou l’un de ses affluents, pour ensuite revenir progressivement jusqu’à son appartement. Courir dans les marches d’escaliers, abandonner ses baskets à l’entrée et déguerpir dans une douche bien chaude sur ses muscles endoloris.

Abigaëlle venait d’enfiler une tenue simple – un tee-shirt shiné dans une brocante et un jean – avant d’attraper blouson en cuir et clefs et de rouvrir la porte. Evitant de faire s’enfuir Winston hors de l’appartement, elle batailla quelques secondes avec ses clefs avant de parvenir à fermer cette foutue porte récalcitrante. Juste au moment où elle s’engageait sur les marches, son téléphone se mit à vibrer dans sa poche et elle farfouilla un peu partout avant de mettre la main dessus. Verdict ? Sa mère. Une grimace apparue sur son visage tendit qu’elle décrochait, traversant le hall de pavé pour se retrouver dans la rue sans tenir compte de l’homme qui s’apprêtait à y entrer. La jeune femme l’oublia même instantanément, en train de se disputer pour échapper à la soirée où sa mère essayait de la faire venir à tout prix. Quel était l’intérêt de s’exposer dans un endroit aussi saugrenu que le Mariott ? Un hôtel de luxe, une réception pompeuse, tout ce qu’elle détestait.

A nouveau elle croisa la silhouette sans trop s’en apercevoir, tandis qu’elle remontait une artère principale en zigzaguant entre les passants trop pressés ou pas assez. Ce ne fut que lorsqu’une main frôla son épaule qu’elle se dégagea avec brusquerie, accélérant le pas à proximité de Notre-Dame sans oser regarder derrière elle. Les altercations n’étaient pas rares, surtout par les temps qui courent, et Aby n’avait pas envie d’être une énième victime de harcèlement ou quoi que ce soit. Elle adressa d’ailleurs un regard noir à la bande de jeunes qui se mit à la siffler, les ignorant en raccrochant son téléphone au nez de sa mère. Agacée. Elle continua d’avancer, sentant progressivement deux ou trois des adolescents s’être mis à la suivre et l’interpellant à tout va. De jolis surnoms puis de plus en plus pompeux. Des phrases. Des insultes, soudain, alors que l’un d’eux courait à sa rencontre pour passer devant elle. Abigaëlle fronça les sourcils en ralentissant sans pour autant s’arrêter, esquivant le bras qui tenta de se poser sur ses épaules. Continuer. Avancer. Ne surtout pas s’arrêter. Ne surtout pas…

Elle reconnu une porte et s’y engouffra sans un regard pour le portier, ce dernier lui tenant la vitre avant de se placer devant pour empêcher aux trois garçons d’accéder à l’intérieur. Sous les éclats de voix, elle osa jeter un regard par-dessus son épaule rapidement. Brièvement. Le portier était un grand homme assez large, nullement impressionné par les polissons ; elle le remercia mentalement en continuant d’avancer… Jusqu’à croiser Henry qui descendait elle ne savait trop quoi. Henry ? Ici ?! Mais… Et soudain elle réalisa où elle se trouvait : dans l’un de ces immeubles particuliers, notamment celui où résidait Natanael. Le majordome paru surpris de la voir – pas autant qu’elle – mais il se fendit d’un sourire calme.

« Monsieur Blondel attend-t-il votre visite ? »

Aby secoua la tête vivement.

« Je pense pas, non… » Elle n’était pas venue ici depuis longtemps. « Ne le dérangez pas pour… »
« Suivez-moi. » La coupa-t-il en l’invitant à emprunter les escaliers.

Elle se mordit la lèvre mais un coup d’œil en arrière lui indiqua que le petit esclandre n’était pas encore terminée. Poussant un soupir, elle s’engagea dans les marches et laissa cet homme lui ouvrir la porte avant de passer devant elle. L’annoncer alors que ce n’était absolument pas prévu. Et visiblement tomber très mal vu la bonne compagnie que se coltinait son collègue ! Déjà qu’elle se sentait mal, littéralement Abigaëlle eu l’impression d’un poids lui tombant sur les épaule quand elle découvrit une jeune femme superbe s’approcher d’elle, tout sourire. C’était qui, ça ?

« Bonjour ! »

S’exclama l’étrangère en venant la prendre dans ses bras. Elle était plus petite qu’elle – ce qui n’était pas évident – mais elle dégageait un charme fou. Une tendresse dans ses traits et de la malice au fond de ses yeux… Et puis, une classe folle. Quand elle lui attrapa les mains pour les serrer en attendant une réponse de sa part, Abigaëlle se surpris à constater qu’elle et Nate allaient vraiment de pair l’un avec l’autre. Ca, c’était ça. Ça qu’elle avait toujours imaginé pour lui ! Pas des bimbos, plutôt… Ce genre de personne. Dingue, non ? Rien qu’à l’idée elle se mordit l’intérieur de la joue.

« Tu es Abigaëlle, n’est-ce pas ? » Elle hocha la tête, incapable de parler. « Je suis enchantée ! Nate m’a beaucoup parlé de toi ! »

Beaucoup, à quel point ? Elle lui lança un regard en biais, peu rassurée et presque un peu froissée qu’une personne inconnue en sache beaucoup sur elle. Il n’allait pas s’enfuir aussi facilement de la situation celui-là !

« Je suis Gabrielle Le Bon. »

Gabrielle Le… LA Gabrielle ? Celle qui était placardée sur tous les panneaux de métro ? Aby se disait bien qu’elle aviat déjà vu son visage quelque part ! Voilà pourquoi, cette femme était une actrice, une mannequin ou quelque chose du genre, mais en tout cas quelqu’un de très populaire et surtout… Sous le feu de bon nombre de projecteurs ces dernières années. Elle était danseuse auparavant, si ses sources étaient bonnes. Aby resta encore plus interdite face à la douceur avec laquelle Gabrielle lui serra les bras, encourageant d’un signe de tête à ce qu’elle prenne la parole. Mais quoi dire ? Quoi faire quand vous avez une personne comme elle devant vous et que votre seule volonté, c’est de repartir en courant très loin d’ici ?

L’impression fatale d’avoir interrompu quelque chose, surtout quand ses yeux se détournèrent pour croiser ceux de l’homme debout un peu plus loin. Bien habillé, propre sur lui. Impeccable, malgré la nuit de travail. Un autre monde dès qu’on le voyait. Elle déglutit, mal à l’aise. Ces deux-là étaient sans doute occupés ensemble et elle avait débarqué comme une fleur. C’était la faute d’Henry de toute façon ! Elle était venue par ici pour… pour quoi déjà ? Pourquoi est-ce qu’elle s’était aventurée dans ce coin de la ville ? Quelle idiote.

« Bonjour, Gabrielle. » Finit-elle par répondre, d’un ton maîtrisé de justesse. « Je suis navrée de venir sans prévenir, je vais vous laisser… »

S’esquiver. S’esquisser. Mais c’était sans compter sur Henry qui ramenait pile à ce moment là un plateau avec une théière et des tasses supplémentaires, qu’elle manqua de percuter en se retournant ! Se dépêchant de tendre les bras pour éviter la casse, Aby parvint à retenir deux tasses dans ses mains… et à se mettre de la boisson bouillante sur tout le reste du coprs ! Elle s’immobilisa, paralysée sous la brûlure et la profonde impression d’être une fille stupide et maladroite. Rageant littéralement intérieurement quand Henry s’excusa, se dépêchant de disparaitre pour aller chercher sans doute de quoi nettoyer le sol.

Une raison de plus de déguerpir d’ici.

« Oh my god ! » S’exclama Gabrielle. « Tout va bien ? »

Elle fit le tour pour aviser des dégâts et Aby se passa une main dans les cheveux, gênée.

« Oui, ça va ne… Je vais rentrer me changer. Désolée. Je suis pas très… »
« Tu ne peux pas rester comme ça ! Nate… »

Elle enchaîna sur des paroles en anglais que la blonde ne comprit qu’à moitié, ne faisant même pas l’effort de chercher à comprendre. Tout comme elle ne fit pas l’effort de regarder Natanael. Tout était en train de se dégrader. Tout était en train de retomber. De foutre le camp. Sa patience, ses efforts, son courage pour l’affronter au quotidien… S’amenuisaient à vive allure au fil des secondes. Elle n’aurait jamais du remettre les pieds ici. Elle n’aurait jamais du croire qu’il serait content de la voir. Jamais.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 14/10/2016, 22:48

J’avais également oublié à quel point elle pouvait en rajouter des tonnes. Gabrielle est la femme que j’admire le plus sur cette terre, mais aussi celle que je peux détester de tout mon être à me connaître comme ça. Non pas parce que je lui confis ce qui me passe par la tête, mais bien parce qu’elle devine tout sur tout. Et le problème, c’est quand elle devine des choses que même moi, je ne pense pas être. Enfin bon, il parait qu’elle voit souvent juste.

« Je suis enchantée ! Nate m’a beaucoup parlé de toi ! » Heu attends, beaucoup ? Ce serait pas pousser le bouchon un peu trop loin, Maurice ? Non mais sans déconner, je ne pensais même pas avoir mentionné une fois le prénom d’Abygaëlle dans une discussion avec elle. A part en parlant du zoo… Des quelques soirées avec une collègue à boire des bières. Bon d’accord, pas difficile de deviner que c’est elle, mais j’ai quand même pas explicitement cité son prénom ! Enfin, Aby ça court pas les rues comme prénom… Elle devine bien.

Et puis on se connait pas depuis si longtemps avec Aby, j’ai pas vu gaffer comme un débutant. Comment ça on se côtoie depuis presque 10 ans ? Merde alors, j’ai pas vu le temps passer. Mais bon, je me contente de faire comme si mon amie n’avait pas jeté des fleurs à la nouvelle arrivante, et termine la cigarette qui est en train de se transformer en bâton de cendres.

« Je suis Gabrielle Le Bon. » Ouf, voilà de quoi recentrer l’attention sur la jolie brune, et me faire oublier un peu. Oui, cette amie qui est ma meilleure, est aussi belle que connue de tout le grand public. D’abord danseuse classique à l’Opéra Garnier, elle joue aujourd’hui des rôles de plus en plus importants dans le cinéma, tout en continuant à attirer les grands photographes et les marques de luxe pour les publicités. Pas difficile de la reconnaître, quand on la voit tous les matins dans le métro, ou sur les panneaux publicitaires en bord des routes. Question d’habitude pour moi qui ai toujours vu ma mère lui tourner autours avec ses cosmétiques Chanel. Cependant, malgré sa notoriété, elle n’en reste pas moins humaine, entière, et franche. Voilà pourquoi elle a tant d’importance pour moi, quand mes fréquentations du milieu préfèreraient se caser avec des milliardaires ou des stars en vogue.

« Je suis navrée de venir sans prévenir, je vais vous laisser… » Je me rends compte que je n’ai pas encore ouvert la bouche, et que c’est Gabrielle qui prend l’initiative des bonnes manières à ma place. Je dois avouer que ces deux femmes-là dans mon salon, face à face, ça a de quoi m’impressionner. Pourquoi, me demandez-vous ? Parce qu’elles sont si différentes, et pourtant quelque chose les relie… Rien dans leur caractère, ni leur physique, ou même leur combat au quotidien… Quelque chose d’indescriptible pour moi. En fait, je ne sais pas, mais je reste immobile, à les regarder à tour de rôle pendant qu’elles s’observent et s’échangent quelques mots. Il y a comme un respect réciproque de l’une vers l’autre, un peu comme si elles s’étaient toujours connues. Effrayant, hein ?

Dans sa grande bonté, Henry qui s’était éclipsé revient avec un plateau de tasses chaudes, avec thé et café. Mais le liquide ne parvient pas à rester longtemps dans les tasses, se retrouvant bien vite à décorer la blonde qui tente de limiter la casse en rattrapant la porcelaine. Au risque de se retrouver fortement brûlée. Un frisson me parcourt l’échine, de surprise, et de compassion. la situation était déjà bien assez embarrassante, et maintenant elle comme moi ne savons plus où nous mettre…

« Oui, ça va ne… Je vais rentrer me changer. Désolée. Je suis pas très… » Répond ma collègue à Gabrielle qui a poussé un cri d’effroi. Henry est déjà de retour avec de quoi nettoyer le sol, et propose du papier absorbant à Aby. Je n’ai encore rien dit. Incapable de sortir quoi que ce soit, et de peur d’envenimer les choses, je reste à bonne distance, observant tout de même Aby qui ne me regarde pas dans les yeux. « Tu ne peux pas rester comme ça ! Nate… » Hein ? Mais de quoi je me mêle Gabrielle ! -Vous noterez la jolie rime dont je ne suis pas peu fier - hum -.

« … Elle semble très importante à tes yeux pour que tu en oublies tes bonnes manières ! Et puis elle me plait. » Me lance Gabrielle dans notre langue natale, avec des yeux durs et un ton réprobateur -que je déteste vraiment beaucoup. « Très bien. Mais je te préviens, c’est pas parce que tu l’aimes bien que tu vas m’arranger un coup avec ! Compris ? » je réponds également en anglais, sans trop me soucier si Aby peut comprendre ou pas. Elle se met à rire avec ce ton scintillant que j’aime tant. Qui la rend à la fois innocente et délicate, lui rendant sa splendeur, sans effacer la malice. « J’arrive toujours à mes fins, Nate. » Se contente-t-elle de dire dans un français mélodieux.

Sans trop savoir comment, je parviens à croiser le regard azur de la soigneuse, l’invitant à me suivre d’un signe de la tête. « Occupe-toi du café, espèce de démon ! » Dis-je à Gabrielle une fois éloigné, m’obligeant à hausser un peu la voix pour qu’elle m’entende. Me voilà donc accompagné d’Aby en direction de ma chambre. Toujours silencieux, je la laisse entrer avant moi, puis me met à fouiller dans l’immense dressing (rempli par ma chère et tendre mère) à la recherche de quelque chose pour la dépanner. Et puis, le naturel revient au galop…

« Tu sais, si tu avais besoin de prendre une douche, il suffisait de me le demander, Aby. » Dis-je avec un sourire narquois, pour détendre un peu l’atmosphère. Je lui donne un polo blanc, et un pantalon chino marron, que je ne porte pas parce que beaucoup trop ajusté -et je me sens un peu gai dans son slim, donc c’est pas possible. Mais pour la crevette qu’elle est, ça devrait être moins difficile à porter. Mais avant de lui laisser la pièce pour se changer, je me rapproche doucement, lui saisissant le bras qui a été touché par le liquide brûlant. « Il faudra mettre un peu de glace, tu vas avoir mal pendant quelques jours. » Dis-je alors que je me rends compte que nous sommes très proches à l’instant présent. Ces derniers temps, le dialogue s’est réouvert avec elle, mais nous restons très distants. Ca fait drôle de sentir le contact de sa peau, son parfum… Je m’écarte sans plus tarder, puis sors de la pièce pour la laisser se changer.

* * *

« Elle t’intimide plus que moi, Natou ? » S’amuse à me taquiner la brunette dans la cuisine, alors que j’attrape trois assiettes pour mettre le couvert. Quelques instants plus tôt, j’ai passé une commande de nourriture asiatique pour éviter d’avoir à gérer en plus le côté manutention. « Je suis pas intimidé, Gabrielle, arrête d’imaginer des choses ! » Fais-je en protestant alors qu’elle me passe derrière en me chatouillant les côtes. Quand je reviens dans la cuisine pour chercher le reste des couverts et verres, Gabrielle n’y est plus. J’en profite pour attraper un pain de glace, que je glisse dans une serviette moelleuse.

* * *

« Rien de cassé ? » demande-t-elle à Aby, après être allée la rejoindre à la sortie de la chambre. Sans même attendre la réponse de la femme en face d’elle, elle prend l’air malicieux qui lui ressemble tant. Elle n’a pas mis longtemps à deviner le sensation d’être « en trop » d’Abygaëlle. « Nate est un homme très gentil, au fond. Avec quelques rares personnes. Uniquement celles qu’il respecte. » Elle prend la main de la blonde, et la dirige doucement vers le salon.

* * *

Pourvu qu’elle n’ait pas tenté de jouer les entremetteuses. Pitié ! Je me rapproche d’Aby pour déposer la serviette de glace sur son bras rougi, sans rater le clin d’oeil que lui lance Gabrielle. Oh Gosh, que faire de cette fille ?
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 20/10/2016, 17:42





Keep your eyes on the stars

« ... And your feet on the ground. » Aby & Nate



Qu’est-ce qu’elle avait fait pour mériter ça ? Ce petit juste retour des choses qui venait de lui gâcher sa journée déjà pas très bien commencé. Et dire qu’elle était parvenue à se détendre un peu en courant, voilà que toute sa jauge de patience redescendait d’un cran et menaçait d’éclater en mille morceaux. Alors qu’elle tentait de s’éclipser rapidement sans faire d’histoire, voilà que la jeune femme prenait à partie de l’en empêcher ! Elle avait pourtant l’air si gentille, pourquoi est-ce qu’elle collait des bâtons dans les roues de la soigneuse ? Elle ne lui avait rien demandé en plus, hormis de pouvoir prendre congé et d’aller broyer du noir tranquillement dans son coin. Ces gens qui voulaient absolument se mêler de la vie des autres ! Surtout que la discussion qu’ils venaient d’avoir devant elle n’avait absolument rien de rassurant. Qu’est-ce qu’il se passait encore ? Un défi ? Un jeu ? Elle se mordit l’intérieur de la joue pour s’empêcher de poser la question, se rappelant qu’elle n’en avait rien à faire de ce qu’il se passait dans la vie de Nate.

Aby se retrouva pourtant bien malgré elle à le suivre jusque dans… Non mais, il ne pouvait pas l’inviter dans la salle de bain comme la dernière fois ?! Non, sa chambre. Il fallait qu’il lui fasse mettre les pieds dans sa CHAMBRE ! Elle leva les yeux au ciel en essayant de n’y voir aucun message subliminal, s’efforçant comme elle put de ne pas jeter un coup d’œil à ce qui l’entourait. L’endroit était à l’image du reste : grand. Son salon devait facilement tenir dans cette pièce et cela suffit à lui donner un peu le tournis. Ne pas y faire attention. Ne pas regarder et se concentrer sur le sol. Oui, c’était très bien le sol. Parfait. Pourquoi il y avait des vêtements qui trainaient ? Et Aby osa espérer que cette culotte à demi cachée par un pantalon lui appartenait, à lui. Oui. Oui même si on aurait dit des ficelles emmêlées à de la dentelle. C’était à Nate. A Nate et ses penchants bizarres, sans doute. Sans aucun doute. Et puis c’était trop vulgaire pour appartenir à Gabrielle.

« Tu sais, si tu avais besoin de prendre une douche, il suffisait de me le demander, Aby. »

Que quoi ?! Elle cligna des yeux, extraite de son observation pour se rendre compte qu’il lui avait parlé. Qu’est-ce qu’il voulait ? Il n’en avait pas déjà suffisamment pour se moquer ? Alors qu’elle tenait à bout de main son tee-shirt pour espérer ne pas se brûler davantage qu’elle ne l’était déjà.

« Je préfère le café, ça fait autobronzant en même temps. » Rétorqua-t-elle, ne sachant pas trop si elle voulait plaisanter ou juste avoir le dernier mot.

Elle retint son souffle – malgré elle ! – quand il s’approcha à sa hauteur. Mince, elle n’avait pas prévu tant de proximité d’un coup ! Le dévisageant, Aby eu la surprise de le voir soudain soucieux auprès d’elle. Est-ce qu’il était vraiment en train de s’inquiéter pour elle ?! Lui ? Ils n’avaient jamais vraiment été aussi proches, et elle se rendit peu à peu compte qu’elle ne s’était toujours pas remise à respirer. Ses yeux clairs rencontrant les siens, il fini par se détourner et par… Quitter la pièce. Ouf. Heureusement ! La jeune femme prit une grande inspiration de soulagement, du moins considéra-t-elle que c’était le cas, et se laissa malgré elle tomber sur le bord du lit. Elle passa ses mains sur son visage puis poussa un cri désapprobateur au contact du liquide chaud de ses vêtements. Décidément, elle n’avait même pas le temps de réfléchir un peu !

Avisant les vêtements que lui avait préparé Natanaël, elle jeta un coup d’œil vers la porte et alla la fermer un peu plus. Juste assez pour ne pas craindre de se faire voir ou de trop entendre… Se débarrassant non sans mal de son haut pour passer le polo prêté. Il sentait la lessive bas de gamme et elle eut un sourire amusé en le constatant, extrayant sa chevelure blonde du col pour la libérer sur ses épaules. Son jean n’avait pas trop reçu de café, peut-être pourrait-elle le… Non, ça lui brûlait la cuisse après quelques pas. Renonçant à contre cœur à le garder, elle se débattit avec l’étrange pantalon avant de parvenir à l’enfiler ; elle avait déjà porté des affaires masculines mais elle se demanda très sérieusement comment Nate pouvait rentrer dans un truc serré comme ça. Sur elle ça s’ajustait très bien, mais alors lui… Elle croisa son reflet dans le miroir, se rendant compte qu’elle n’avait sans doute jamais rien porté d’aussi cher au quotidien qu’en cet instant. Ni quelque chose ayant appartenu à ce type.

Elle se mordit l’intérieur de la joue, constatant qu’elle ne changeait finalement pas trop de look que d’ordinaire. Aby rentra le polo trop long dans le pantalon puis elle se baissa pour relever les pans du pantalon trop long pour elle, remontant le splis jusqu’au dessus de ses chevilles avant qu’une voix ne l’interpelle :

« Rien de cassé ? »

La blonde se releva, récupérant ses affaires et constatant alors les rougeurs de son bras de plus en plus présente. Elle adressa cependant un sourire à la brune, poliment.

« Rien qui ne partira pas à la machine. »

Elle se laissa entraîner, surprise de la familiarité avec laquelle Gabrielle la traitait depuis le départ. Comme si elles s’étaient toujours connues ! C’était assez déconcertant, surtout quand on connaissait la méfiance naturelle d’Abigaëlle envers le reste du monde.

« Nate est un homme très gentil, au fond. Avec quelques rares personnes. Uniquement celles qu’il respecte. »

Elle eut un air moqueur sur le visage, secouant la tête de droite à gauche.

« Il ne doit pas beaucoup me respecter alors... Juste assez pour me prêter des affaires alors que je viens de ruiner son entrée. »

Elle-même avait du mal à croire qu’il puisse être attentif envers elle ou, du moins, à le reconnaître franchement. Ils avaient pourtant eu des moments calmes, presque tendres tous les deux ces derniers temps. Comme si leur éloignement avait profité pour se remettre en question et prendre désormais des pincettes dans leurs échanges… Mystère. La soigneuse repensa au dernier baiser qu’ils avaient échangé et le chassa immédiatement en se rendant compte de la chaleur qui venait sans doute d’empourprer ses joues ! Baissant d’ailleurs les yeux sur la serviette que venait d’apposer Natanaël sur son bras pour la soulager. Pourquoi est-ce qu’elle lui faisait un clin d’œil, la Gabrielle là ?

Abigaëlle se sentit bête. Affreusement bête. Et prise au dépourvu surtout…

« … Merci ! »

Tout pour qu’il arrête de la toucher et d’avoir cet air concerné sur le visage ! Elle remplaça sa main pour tenir seule la serviette, lui adressant un sourire avant de s’en rendre compte et de rapidement détourner les yeux de son visage. Pourquoi est-ce qu’il était prodigieusement gentil en présence de son amie ? Est-ce qu’il avait des choses à prouver ? Une envie de lui faire croire qu’il était un type bien attentionné ? Ca l’agaça prodigieusement même si elle ne dit rien pour une fois. Elle n’avait pas franchement envie de passer pour une ingrate alors qu’il enchaînait les petites attentions ; c’était juste monstrueusement perturbant de sa part. Elle l’avait déjà vu agir ainsi, envers les oiseaux de la volière ; elle ne pouvait pas lui enlever cet aspect. Il fallait juste accepter de le constater vers un humain. Vers elle, particulièrement.

Tournant les yeux vers la cuisine, visible depuis le salon, elle constata qu’ils avaient commencé à mettre la table… Pour trois. Comment ça, trois ? Ils attendaient encore quelqu’un ? Non mais elle était vraiment venue leur gâcher leur moment tranquille ! Quelle imbécile. Elle se mordit la lèvre en essayant de trouver la meilleure parade pour pouvoir s’enfuir de cet appartement, les laissant échanger quelques paroles en lançant un regard désespéré vers la porte d’entrée. Que quelqu’un entre et la tire de là ! Ou au moins ai la décence de laisser suffisamment ouvert pour qu’elle se faufile et… Oui, il fallait qu’elle parte d’ici. A n’importe quel prix !

« Alors comme ça, tu travailles avec Natou au zoo de Vincennes ? » Demanda Gabrielle, profitant que le jeune homme se soit de nouveau éclipsé vers la cuisine pour interpeller Abygaëlle. « Je n’avais encore jamais rencontré de personnes qui le connaissaient de là-bas ! Il n’a jamais accepté que je vienne le voir… »

Elle eut la moue d’une enfant un peu trop gâtée à qui on refusait le caprice. Abigaëlle ne pu s’empêcher de la trouver adorable même si elle remercia intérieurement son collègue d’avoir refusé. Quoique, en y réfléchissant bien, pourquoi est-ce qu’il faisait ça ? Est-ce qu’il avait honte de sa vie au zoo ? Est-ce qu’il ne voulait surtout pas que son amie voit avec quelle bande de prolétaires il passait son temps hors de leur bulle de luxe ? Est-ce qu’ils n’étaient pas assez biens pour ça ? Elle sentit la moutarde lui monter au nez de façon fulgurante, devenant blême avant même de s’en rendre compte, ses doigts se serrant sur la serviette qu’elle tenait toujours. Alors c’était ça ? Il avait honte d’eux ? Peut-être qu’ils étaient tous trop stupides pour pouvoir bien se comporter devant une personnalité ?

Son regard se fit acide. Gabrielle haussa un sourcil et Aby se dépêcha de trouver quoi répondre avant qu’elle ne prenne son silence pour plus pesant qu’il ne l’était déjà.

« Pourtant le zoo de Vincennes est très beau à voir. Il faudrait nous rendre visite à l’occasion, je… serais ravie de vous montrer l’envers du décor si jamais. »

Cela sembla plaire à la brune, qui eut un large sourire en tapant ses mains l’une contre l’autre.

« Vous avez des flamants roses ? »
« Des flamants roses. Et plein d’autres choses encore. »

Abigaëlle s’obligea à respirer calmement et à réfréner son cœur en train de s’emballer. La dernière fois où elle avait été en colère contre Nate, elle s’était un peu fourvoyé et lui aussi… Et ils avaient fini dans une soirée mondaine où il l’avait embrassé devant tout un parterre d’invités ainsi que son propre père ! Alors plutôt que de continuer à se faire des plans dans son esprit pour l’assassiner, elle décida de lui laisser le bénéfice du doute. Peut-être ne voulait-il pas que ses deux mondes se rencontrent et que Gabrielle risquerait de le trahir auprès des autres ? Après tout, combien étaient-ils à savoir qui il était et à comprendre que le travail au zoo n’était qu’un passe-temps ? Oui, dit comme ça c’était presque insultant pour ceux qui gagnaient leur vie là-bas, mais elle décida de passer au-dessus de ça.

« Il y passe tellement de temps, moi aussi j’ai envie de comprendre pourquoi il s’y sent bien ! »

Elle se mordit la lèvre en imaginant la possibilité que ce soit ça, se rendant compte à quel point elle avait tendance à tout de suite penser à mal de lui. C’était comme ça, sa confiance n’était pas encore complètement établie et Abigaëlle ne parvenait en plus pas à savoir sur quel pied danser. Parfois, elle avait envie de se mettre de sacrées paires de baffes rien que pour oser voir le mal absolument partout. Pas étonnant qu’il n’y ai que peu de monde gravitant autour d’elle, c’était même étonnant que tous ses collègues l’apprécient à ce point. Elle faisait partie des murs, c’était sans doute pour ça. Voilà tout.

« Il faut le voir pour le croire. » Déclara-t-elle finalement.
« Je viendrais alors ! Juste pour voir la tête qu’il fait en me découvrant là-bas ! »

Résolution prise visiblement, ce qui donna envie de sourire à Aby pendant que Gabrielle riait doucement. Sursautant toutes les deux quand le concerné repparu dans la pièce avant d’éclater de rire devant son air méfiant. Bon, aller, on pouvait bien lui laisser une petite chance. Infime. Minuscule. Lui accorder le bénéfice du doute et se dire qu’il ne les considérait pas, elle compris, comme de trop gros rebus. Même si l’idée même de valoir quelque chose aux yeux de ce type semblait absolument invraisemblable.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 20/10/2016, 22:00

Dans ma grande générosité -certes passagère- je me fais repousser par Abygaëlle. Décidant de laisser les deux femmes entre elles, j’en profite pour retrouver un petit moment de tranquillité dans la cuisine. Il n'y a pas grand-chose à faire, c’est sûr, mais au moins je suis seul. Dans le salon, elles discutent de je-ne-sais quoi, mais il vaut mieux que je ne sois pas là. Je commence à bien la connaître, la petite Gabrielle : toujours à essayer de me trouver une copine. Et puis de quoi elle se mêle, elle qui enchaîne les copains ? Elle devrait commencer par se poser définitivement avec quelqu’un non mais !

Je me surprends avec ma moue boudeuse dans le four de la cuisine. Ces femmes me tueront, un jour. J’en suis à peu près sûr depuis la première fois que je suis devenu un homme.

* * *
C’est tout naturellement que Gabrielle pose la question à Aby. Quand on est ami avec quelqu’un depuis l’enfance, et qu’il a du mal à nous présenter les gens qui font son quotidien, ça a quelque chose de frustrant. Non pas qu’il ait honte, comme pourraient le penser certain, mais surtout parce qu’il a peur d’être mal jugé, et qu’on catégorise les gens qu’il côtoie dans le mauvais endroit. Mais en même temps, Gabrielle ne se sent pas du tout de ce genre de personnes à mettre des étiquettes sur des inconnus, surtout si ce sont des amis de la personne qu’elle aime le plus au monde.

Dans le regard d’Abygaëlle, elle ressent comme une sorte de tendresse quand elle lui explique qu’elle n’a jamais rencontré les collègues du Zoo de Nate. Y aller… se faire guider par la jolie blonde… L’idée la remplit de joie ! Mais elle sait bien que Natanaël n’acceptera jamais. D’ailleurs, pourquoi lui avoir empêché de connaître Aby avant ? Elle a l’air de beaucoup compter pour lui. Gabrielle l’a rarement vu aussi attentionné avec quelqu’un d’autre qu’elle… Et elle se sent très touchée.

« Je viendrai alors ! Juste pour voir la tête qu’il fait en me découvrant là-bas ! » Finit-elle par trancher. Peu importe les conséquences, elle avait envie de mettre un peu les pieds dans le monde que son ami aimait tant. Comprendre son amour pour les oiseaux, et voir l’endroit où il aime passer ses journées… Rencontrer les gens qu’il apprécie -voir s’il est aussi odieux avec eux.

* * *
Cette fois, je dois me décider à sortir de mon terrier. Le livreur vient d’arriver, c’est Henri qui l’a fait entrer. Je récupère les commandes, puis me retourne vers les deux femmes. Il semblerait que mon arrivée ait écourté leur discussion. « Quoi ? » Dis-je alors qu’elles me défigurent toutes les deux. « Je me disais que t’étais sacrément sexy comme ça. » Me lance Gabrielle, avec aussi peu de délicatesse que grande est sa classe. C’est surprenant, quand on ne la connait pas, mais elle peut-être aussi très crue. Sa spontanéité me fait éclater de rire. « Calme tes ardeurs, garde des forces pour te remplir le ventre ! » Dis-je en montrant le sac rempli de bonne choses du meilleur restaurant asiatique de mon quartier.

Gabrielle passe devant, sautillant comme une enfant après avoir attrapé le sac. Elle s’empresse d’aller déposer les mets dans les assiettes, en chantonnant dans ma langue natale quelque chose que je n’arrive pas bien à entendre d’ici.

Je me préparais à la suivre, quand je me rend compte qu’Aby est restée dans le passage, évitant mon regard. Elle a pris une posture qui indique clairement ses intentions de partir. Je m’approche doucement, et d’une main rassurante dans le creux de ses reins, la pousse vers la cuisine. « Ne te fais pas prier, je te dois au moins ça. » Dis-je en faisant un grand signe de la tête pour montrer ses vêtements -qui sont en fait les miens. « Même si ce pantalon te va cent fois mieux qu’a moi. » Ce n’est pas le faite qu’elle soit parfaitement moulée dans le tissu qui me fait dire ça. Hum. je file vers la cuisine.

* * *
Je ne saurais trop comment qualifier cette situation. Le repas se passe dans la bonne humeur. Gabrielle a su user de son charme naturel pour mettre Abygaëlle à l’aise -ou presque. Entre deux nems, j’observe la brune avec ses magnifiques yeux bleus et expressifs, qui raconte une histoire drôle. De l’autre côté, la blonde s’est un peu plus détendue. A les voir ensemble, on dirait qu’elles se sont toujours connues.

Quand le regard d’Aby croise le miens, je me rend compte que j’avais perdu le fil de la discussion, et que j’étais juste quelque part dans mes pensées. Et peut-être la contemplation des deux étranges créatures qui mettent de l’animation dans mon appartement… Sans que j’ai rien demandé, vous imaginez bien ! Je détourne les yeux en prenant mon temps, qu’elle ne croit pas que j’étais en train de la regarder avec insistance, quand même ! Hum.

* * *
La journée passe à une vitesse incroyable. Nous sommes à présent dans le salon, les filles avachies dans les fauteuils en cuir à discuter de tout et de rien. Alors que Gabrielle montre à Aby quelques-unes de ses photos de danse qui traînent dans mes placards, je fume une nouvelle cigarette au bord de la fenêtre. La fumée entre dans mes poumons, et je me sens clairement gelé jusqu’à l’os avec les températures de ce mois d’octobre. Paris revêt enfin son manteau rouge, ma saison préférée s’installe pour de bon.

« Nate, my dear! » M’interpelle Gabrielle. J’écrase ma cigarette, la déposant dans le cendrier le plus proche. « Regarde, tu y es aussi ! » Ma surprise est immense. En général, les photos c’est moi qui les prend. Alors m’y retrouver, c’est un peu exceptionnel. Je m’approche pour regarder, et… L’image représente Gabrielle en tenue du cygne blanc, du Lac des Cygnes. A côté, à pas plus de 20 ans, je porte un costume Channel, et un chapeau élégant qui couvre la moitié de mon visage. On reconnait juste mon sourire en coin.
Gabrielle m’enlace les épaules, voyant l’émotion qui me transporte quand le souvenir me revient. « Tu t’en souviens ? » Dis-elle avec fierté. Evidemment que je m’en souviens. « C’était la première. Tu m’avais fait chier toute la nuit parce que tu pouvais pas dormir ! » Fou rire, et regards complices… Voilà qui décrit au mieux l’amitié que j’ai avec Gabrielle. « Pure folie, tu stressais plus que moi ! » Finit-elle par dire en disparaissant dans l’appartement. Ouais, bon, elle a pas tort.

Non n’avons pas échangé un mot depuis qu’elle est partie, mais sans en avoir ressenti le besoin. Je me sens apaisé, détendu, et c’est plaisant. Mon oiseau qui avait été bien discret vient timidement se poser sur mon épaule, à la recherche de caresses. Je l’attrape délicatement, et vais le déposer sur les genoux d’Aby. « Regarde, elle va pas te manger. Elle ce qu'elle aime c'est le pâté d'humain, tu crains rien. » L’oiseau au plumage rouge et bleu touche timidement les doigts de la jeune femme du bout du bec, avant d’émettre un petit son de satisfaction quand elle se met à le gratter sur le haut du crâne.

Gabrielle revient en sautillant, sa veste sur le dos, et de nouveau chaussée. « Bah ? Tu t’en vas ? » Dis-je un peu surpris. Il est déjà 16 heures, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’en aille de cette façon. « J’ai une surprise pour toi ! » De son grand sac blanc, elle tire une enveloppe en papier écru, épaisse. Elle me la tend avec son sourire d’enfant, et attend impatiemment que je l’ouvre.

Quelle n’est pas mon émotion quand j’y découvre deux places pour aller voir Le Lac des Cygnes, avec Gabrielle le Bon en tête d’affiche. « Gaby !!! Tu remets les pointes ce soir ? Tu m’avais rien dit ! » Elle ricane. « J’espère que tu viendras. Toi aussi, Abygaëlle. Je danse toujours mieux quand mon Natou est là pour m’encourager. » Et sur ces douces paroles, elle ferme la porte pour s’en aller vers l’Opéra où elle n’avait pas dansé depuis bien longtemps.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 5/11/2016, 03:33





Keep your eyes on the stars

« ... And your feet on the ground. » Aby & Nate



C’était très étrange comme situation. Elle, Gabrielle et Natanael dans la même pièce, au même endroit, à parler comme s’ils s’étaient toujours connus alors qu’elles venaient de se rencontrer. Il n’y avait pas à dire, ce petit bout de femme en face d’elle aviat une capacité à rebondir sur des sujets ou à partager des centres d’intérêts communs qui la laissaient bouche-bée. A dire vrai, Aby n’avait jamais songé un jour être en train de parler de comment changer un joint de salle de bain avec une star de renommée internationale. Ca avait quelque chose… D’irréel. D’irréaliste et de passablement surprenant.

En soit, elle avait trouvé la danseuse plutôt simple, même si quelques réflexions n’avaient pas tardées de démontrer qu’elles n’appartenaient pas complètement au même monde. Un moyen de la rassurer sans doute, mais aussi de marquer la différence muette, imperceptible. Deux univers. Deux façons d’être. Et pourtant tellement intéressant de se rendre compte de quel côté on était et… Ce que pouvait bien penser l’autre bord. Dire que Nate jonglait entre un monde puis le second sans arrêt, cela devait être épuisant. Elle avait toujours rejeté ça de son côté et bien lui en avait pris – même si Gabrielle avait marqué un temps d’arrêt à l’évocation de son nom de famille, avant de reprendre comme si de rien était.

La jeune femme se surpris à observer Nate alors qu’il échangeait quelques paroles moqueuses, tantôt en français tantôt en anglais, avec son amie. Son aisance et son sourire, l’éclat de ses yeux et son visage qui semblait s’animer comme jamais dès qu’il posait ses yeux sur Gabrielle… Elle ne l’avait que rarement vu aussi détendu envers quelqu’un. Et même si c’était pour échanger quelques âneries, on aurait dit une nouvelle personne. Quand elle se rendit compte qu’elle n’avait pas décroché de lui depuis plusieurs minutes, elle secoua la tête et se dépêcha de reprendre le fil de la conversation. Ne pas se faire remarquer. Ne pas le laisser remarquer. Et faire comme si de rien était malgré tout.

Aby découvrait, littéralement, une autre facette de ce collègue qu’elle avait à la fois apprécié et détesté. Que ce soit dans des souvenirs de sa jeunesse – vingt ans, voilà qui ne les rajeunissait pas ! – ou dans la solitude soudaine avec laquelle les laissa l’actrice. Bizarrement, l’ambiance ne devint pas pesante. Sans doute grâce au magnifique oiseau que possédait le jeune homme, auprès duquel la blonde passa un petit moment. Le caresser et le grattouiller, profiter de ce genre d’animal aussi rare que précieux, et s’amuser en constatant qu’il répétait les insultes de son propriétaire. Pourvu qu’il ne répète pas d’autres choses indiscrètes ! Mais ça eu au moins le mérite de la faire rire joyeusement, singulièrement. Exceptionnellement.

Son sourire s’effaça peu à peu quand la danseuse annonça son départ. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’Abigaëlle se rendit compte de l’heure sur son téléphone – et de plusieurs appels manqués ; réalisant qu’elle avait bien trop abusé de l’hospitalité de son hôte. Il était peut-être temps de se carapater loin d’ici… Enfin, c’était sans compter sur l’intervention de Gabrielle ! Décidément ces deux là s’étaient très bien trouvés, à préparer des plans en douce et surprendre leur prochain. La dernière fois que Natanaël lui avait fait ce coup-là, ils avaient atterri à la soirée de lancement d’une nouvelle collection, elle avait revu son père et rencontré la mère de son cavalier, pour finir par le détester (un peu) sur un toit en pleine nuit. Que d’aventures…

« J’espère que tu viendras. Toi aussi, Abigaëlle. Je danse toujours mieux quand mon Natou est là pour m’encourager. »

La blonde haussa un sourcil surpris, glissant ses mains dans les poches arrières du pantalon, incapable de dire quoi que ce soit que la jeune femme avait déjà filé ! Non. Elle les laissait en plan comme ça ? Vraiment comme… ? Aby lança un regard en biais à son collègue. Il était au courant ou bien ? Il lui refaisait le coup de la dernière fois ? Un instant elle douta et lui en voulu. Puis elle se rappela qu’elle était détendue et tranquille, que la journée s’était bien mieux finie qu’elle avait commencée, et cessa de lui adresser un regard inquisiteur. Penchant la tête, Aby se pencha pour mieux lire l’intitulé des billets. Gagner quelques secondes alors que la gêne s’installait peu à peu. Pourquoi n’était-elle pas partie en même temps ? Ils avaient dus avoir l’air d’un couple saluant le départ d’un proche ! Mince.

« Ce soir ? » S’étonna-t-elle. Si tôt… « Tu vas y aller ? »

L’opéra… Rien qu’à l’imaginer, elle en eu un léger vertige. Deux invitations. Gabrielle lui avait donné deux invitations et spécifié son nom en partant. Ou comment faire comprendre à son ami qu’il n’avait pas intérêt à se présenter avec quelqu’un d’autre, ou elle de s’esquiver. Aby se mordit la lèvre dans sa réflexion, avant de danser d’un pied sur l’autre en fixant le sol.

« Je suppose… Qu’il faut être bien habillé ? »

Elle serait bien restée dans cette tenue tranquille, même s’il ne s’agissait nullement de ses vêtements. Ceux-là gisaient dans un sac en attendant de passer au lavage, une odeur de café les gratifiant de sa présence ; il ne faudrait pas qu’elle les oublie en partant. Réfléchissant à toute allure, elle s’apprêtait à lui signifier qu’elle allait rentrer pour essayer de trouver une tenue un peu plus présentable – et puis il n’aurait pas fallu le gêner en arrivant avec lui. Nate était « quelqu’un » dans ce monde-là. Elle n’était absolument personne, à tout casser la fille à scandale qui avait embrassé un riche héritier dans une soirée inaugurale, mais sans plus. Autant qu’elle passe par la porte de derrière, come toujours. Comme jamais.

Le ballet commençait à 20h30. Ca lui laissait… Une marge pour rentrer, essayer de ne pas stresser, puis aller à l’opéra. Pourquoi pas ! Mais c’était sans compter sur l’intervention d’Henry qui lui coupa l’herbe sous le pied, aidé par Natanaël qui ne chercha pas à un instant à la mettre dehors. Etonnant. Gratifiant. Mais gênant.

« Voulez-vous que nous fassions apporter quelques robes ? Je peux récupérer les Chanel au pressing en moins d’une heure, mademoiselle. Maria peut se libérer pour vous les ajuster. »

Les Chanel ? Genre… Plusieurs ? Pour le coup elle laissa son collègue discuter et donner les directives, se demandant pourquoi est-ce que cet endroit était devenu un vrai vestiaire en ce qui la concernait. Est-ce qu’un jour elle viendrait ici sans se retrouver en sous-vêtements ?! Mystère. A cette idée elle eut un sourire, ce qui sembla détendre Nate qui reprit son attitude habituelle. Nonchalante et piquante, mais tout de même plus sûr de lui que jusqu’alors. C’était impressionnant l’effet de Gabrielle sur lui, jamais elle ne l’avait senti aussi simple et honnête qu’en sa présence. Comme s’il n’avait plus rien à prouver. Comme si… Plus rien n’avait vraiment d’importance à l’extérieur. Ce qui comptait, c’était d’être bien. Et tranquille.

Deux heures plus tard, c’était elle qui avait préparé quelque chose à manger. Se réfugiant – il fallait l’avouer – dans la cuisine pendant qu’il répondait à des appels insistants. Elle-même n’avait pas touché son téléphone, laissant de côté les messages de sa mère ou de numéros inconnus, pour se concentrer sur le présent. Faire durer un peu plus la bulle où ils s’étaient installés malgré eux. Il était si rare qu’elle se sente à l’aise à moins d’un kilomètre de cet homme, autant aller jusqu’au bout. Ils mangèrent sur le pouce ce qu’elle avait préparé avec ce qu’elle avait trouvé dans le frigo, presque surprise d’y trouver tout un tas d’ingrédients et pas juste des plats tout préparés. Aby savait que Nate cuisinait, mais de là à le voir c’était une autre histoire. Il utilisa sa machine infernale pour faire du café et elle fit bien attention à ne pas en renverser cette fois.

Elle refusa de l’aide pour s’habiller : la première fois elle s’était faite avoir, pas la seconde ! Et tant pis si ce qu’elle faisait n’était pas les standards chics des soirées mondaines à l’opéra. Ils venaient pour le ballet, sûrement pas pour la regarder tout du long ! Henry fit quelques allers et retours pour lui apporter des affaires qu’elle n’avait pas forcément demandé, finissant par lever les yeux au ciel quand il déposa une quatrième paire de chaussure à côté d’elle. Abigaëlle venait de passer une robe blanche, sobre mais enjolivée par la dentelle des manches et, entendant du bruit derrière elle, elle tourna à demi la tête en pensant qu’il s’agissait encore du majordome.

« Ne vous embêtez pas pour moi, je vais me débrouiller ! Enfin si j’arrive à… »

Elle essayait d’atteindre la fermeture à l’arrière de sa robe pour la remonter entièrement et la fermer. Mais impossible ! Pestant intérieurement, elle fut surprise de soudain sentir de mains se poser sur elle : l’une au creux de ses reins, l’autre sur la boucle. Un sursaut. Une surprise. Ses yeux qui se tourne alors qu’elle frissonne malgré elle de reconnaître… Nate. Qu’est-ce qu’il faisait là ? Ah oui, il habitait ici. Mais quand même, il était entré comme ça ? A nouveau un frisson tout le long de son corps alors qu’elle garda le visage fixé droit devant elle. Déglutissant. Ne pas le regarder. Ne pas lui montrer qu’il venait de la surprendre et de la troubler plus que de raison.

« Ton truc, c’est pas plutôt de les dé… faire ? »

La blonde se mordit la lèvre d’avoir buté sur le mot quand il avait atteint le haut du zip, sentant qu’il attachait le bouton et terminait son travail. Alors pourquoi n’enlevait-il pas sa main de sa hanche ? C’était bon, elle n’avait plus besoin de lui ! Elle n’en avait pas eu besoin de toute façon. Enfin, si, un peu. Juste assez. Mais maintenant c’était bon ! C’était bon… Elle se retourna alors pour le dévisager, se rendant compte qu’il était plus proche que ce à quoi elle se se serait attendue. Il s’était changé lui aussi. Apprêté, classe comme la dernière fois. Qu’est-ce qu’il attendait ? Ses yeux perdus dans les siens, Aby les baissa bien vite sur cette chemise bien repassée. Cette cravate. Cette allure.

Elle devait faire pâle figure à côté, c’était certain. Une boule se forma dans sa gorge qu’elle eu du mal à déglutir, perturbée par cette soudaine proximité. Ce silence alors qu’ils étaient aussi bavards l’un que l’autre. Les minutes qui défilaient mais sans qu’elle n’en fasse la réflexion, trop concentrée à écouter sa respiration. La moindre expression. Le plus petit changement. Ses yeux à nouveau dans les siens, perdus. Incertains. Sa main qu’elle pose sur son bras, par réflexe. Serre un peu. Dire quelque chose ? Aby a envie, même si rien ne vient. Pas tout de suite ni maintenant. Encore un peu. Juste un peu.

Se perdre dans sa contemplation et oublier à quel point tout ceci était ridicule.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 5/11/2016, 17:50

Elle a filé. C’est dans ses habitudes de filer, sans plus un mot, et te laisser sur des paroles un peu particulières. Cette fois c’est avec ces invitations qu’elle m’a laissé, mais également avec Aby. Je ne suis pas surpris, donc, mais il semblerait qu’elle le soit. Je peux comprendre, tout le monde n’a pas une Gabrielle pour changer le quotidien. Elle s’empresse de me demander avec étonnement : « Ce soir ? Tu vas y aller ? » Pas besoin d’en dire de trop, avec le sourire que j’affiche sur mon visage à ce moment. Je ressens une certaine émotion à me dire que ma meilleure amie remonte sur scène ce soir. Comme une douce impression de revenir dans le passé, de revivre de beaux moments. « Sans aucun doute. J’adore la voir danser. Et elle me tuera si je n'y vais pas. »

Je récupère mon oiseau sur le bras, qui cherche désespérément quelque chose à manger dans ma main -chose que je n’ai pas, mais c’est beau de rêver ! « Tu vas aimer, toi aussi. Elle est fabuleuse. » Dis-je le regard empli d’admiration. Quand on lui demande son oiseau préféré, elle répond toujours le flamant rose : pas étonnant quand on la voit danser. Elégance, grâce, et couleurs pastel. Tout Gabrielle.

« Je suppose… Qu’il faut être bien habillé ? » En temps normal, j’aurais dit non. Il m’est arrivé un paquet de fois de regarder le spectacle depuis les loges, et d’être habillé en jean troué et baskets confortables. Ce soir c’est un peu différent, puisqu’elle nous a donné des places de choix, et qu’elle compte bien sur nous pour lui faire honneur. Parfois j’ai du mal à comprendre comment une femme aussi pétillante et sûre d’elle peut avoir besoin de la prestance et de la confiance de ses amis quand il s’agit de danser.

Je sais que le milieu est compliqué, et que son talent l’a souvent mise à l’écart du reste des danseuses, et ce dès le départ… Mais quand on connait sa renommée aujourd’hui, il est difficile à concevoir qu’elle continue à agir comme à son adolescence, quand ma présence permettait de faire taire les moins bonnes danseuses qui se permettaient de l’ouvrir un peu trop. M’enfin je m’en plaignais pas, j’aimais bien me pointer et les voir blêmir quand elle me prenait dans ses bras.

Je m’apprête à lui répondre qu’après tout, elle peut venir comme bon lui semble… Mais Henri a dégainé un peu plus vite -sûrement pour se faire pardonner pour le café. « Voulez-vous que nous fassions apporter quelques robes ? Je peux récupérer les Chanel au pressing en moins d’une heure, mademoiselle. Maria peut se libérer pour vous les ajuster. » Ce qui est bien quand on a Henri dans son entourage, c’est qu’on a pas toujours besoin de trouver des solutions, elles sont suggérées avec justesse par le majordome.

« Toujours dans le juste, Henri, vous m’épatez. Je pense que ce sera bien. » Dis-je simplement. Ce à quoi il s’empresse de rebondir pour me demander si de mon côté, j’ai ce qu’il faut. « Je fais confiance à Maria, elle a bien des ressources. » Dis-je avec un petit sourire en coin avant de raccompagner l’homme en noir vers la porte. Nous voilà de nouveau seuls, dans cette ambiance étrangement chaleureuse.

La fin de journée passée à une vitesse folle : entre les nombreux coups de fil internationaux où je dois régler des choses importantes pour ma mère… Planifier, accepter des repas d’affaires… Je n’ai pas beaucoup croisé Aby dans l’appartement depuis qu’Henri est parti, et je pense que le fait que je parle fort, et en anglais, ne lui donne pas forcément envie de venir traîner par là. Nous sommes de mondes très différents, quand je dois être Natanael Blondel, le fils de Julia Maxwell.

Je n’ai pas vraiment réalisé qu’il était si tard, quand Aby est venue de prévenir que nous pouvions manger. D’ailleurs, je suis surpris de constater que l’appartement embaume d’une délicieuse odeur de nourriture que m’a concentration n’avait pas daigné me faire sentir avant. « Oh, Aby, j’avais presque mis mon estomac de côté ! » Effectivement, il gronde. J’ignore combien de temps elle a mis pour tout préparer, mais je mets moins de 5 minutes à tout finir, satisfait d’avoir le ventre bien plein. Un petit café, et la soirée peut commencer. Enfin, il va falloir se changer d’abord.

Je laisse la jolie blonde prendre ma chambre avec la salle de bain, décidant d’aller m’habiller dans la chambre d’amis située sur la mezzanine de l’appartement. Maria y a déjà installé un costume très sobre, gris foncé, auquel elle a assorti une chemise blanche et une fine cravate noire. Elle m’assure que le sobre sera de mise ce soir, et me laisse enfiler gentiment le tout pour aller aider mon invitée. J’ajuste mes habits, me parfume avec le premier flacon qui vient, et enfile une paire de chaussures en cuir noir. Un coup dans les cheveux, et me voilà prêt !

Lorsque je redescends, Maria est en train de discuter avec Henri. Je suppose qu’Abygaëlle est prête aussi. J’entre silencieusement dans ma chambre pour y récupérer une montre quand… je l’aperçois. Elle tente de fermer une robe blanche détaillée de dentelle. Quelques secondes à la regarder, je finis par m’approcher, déposant avec confiance une main sur sa taille pour aller remonter la fermeture de sa robe de mon autre main. « Ton truc, c’est pas plutôt de les dé… faire ? » Pas besoin d’être un génie pour voir que je l’ai surprise. Elle se retourne pour croiser mon regard, et je lui adresse un petit sourire en coin, étonné de sa réflexion. J’attache le bouton qui permet de recouvrir le zip.

« C’est plus dans mes habitudes oui. » Quoi que, j’ai eu peu de temps à consacrer à ce genre d’activité, ces derniers temps. « Cette robe te va bien, ça attendra ! » Dis-je en ironisant avant d’ajouter l’air amusé « Mais je sais aussi me retenir ! ».

Même lorsqu’elle se retourne, se retrouvant à quelques centimètres de moi seulement, mon sourire subsiste. Je me rends compte que je n’ai pas retiré ma main de sa hanche, trop occupé à soutenir son regard clair. Un long silence s’est installé alors qu’une de ses mains est venue serrer mon bras, et que nous nous dévisageons. J’ai du mal à l’admettre, souvent, mais elle est vraiment jolie. Surtout quand ses joues se mettent à rosir légèrement, et qu’elle se laisse aller comme aujourd’hui. Ma deuxième main vient se poser délicatement sur son visage, caressant sa mâchoire avec le pouce. A cet instant, et de façon totalement incontrôlable, je meurs d’envie de l’embrasser.

Toc toc. « Monsieur Blondel, il est l’heure d’aller à l’Opéra ! » Me lance Henri de l’autre côté de la porte. Nous sursautons tous les deux, nous écartant pour ne pas être trouvés ainsi, quelques peu troublés de la proximité que nous avions quelques secondes plus tôt. « Tu es somptueuse. » Dis-je un peu gêné pour rompre le silence. Et comme je n’aime pas perdre le contrôle, j’ajoute avec cynisme « Ca ne veut pas dire que tu dois me faire la tête hein ! » Sur ces quelques mots, je lui adresse un petit sourire et tourne les talons pour retourner vers le salon.

Quelques instants plus tard, après avoir voyagé dans la berline d’Henri, nous nous retrouvons devant l’entrée de l’Opéra. Quelques journalistes tentent de négocier pour entrer, alors que les spectateurs invités -ou ayant payé leur place très cher- entrent par le hall principal. Sur le chemin jusqu’à notre balcon réservé par Gabrielle (l’une des plus belles places du Palais Garnier), je serre plusieurs mains qui me sont connues -des créateurs, et quelques personnalités du cinéma et de la mode. Il y a beaucoup de monde. « Gabrielle doit être morte de trac. » Dis-je tout bas, un peu plus pour moi que pour Aby. L’idée ne m’avait pas effleurée plus tôt mais… Je retiens Aby par le bras alors qu’elle marchait en tête, puis lui tend mon bras. « J’ai une idée. Tu me suis ? »

Je connais les couloirs par coeur. Même après quelques années, pas besoin de me souvenir où aller, j’y vais machinalement. Nous finissons par arriver devant la porte des loges derrière laquelle les danseurs se pressent. Je toque : 3 coups distincts, rapides. Un vieil homme ouvre, le regard s’illuminant lorsqu’il me reconnait. « Tu me donnes un coup de vieux mon garçon. Entre ! » Il me tape gentiment l’épaule, puis serre la main d’Aby. Il s’agit d’un régisseur qui s’occupe de tout dans les loges : que les danseuses soient prêtes à temps, qu’elles ne manquent de rien. Nous nous dirigeons vers la loge de la première étoile, qui a longtemps été celle de Gabrielle… Et lorsque la concernée se retourne, elle semble se détendre.

« Thanks God ! Tu es là ! » Elle me serre dans ses bras, tremblante de stress. Je lui attrape les deux mains, plongeant un regard rassurant dans les siens, maquillés à la perfection par le personnel de l’Opéra. « Ne me dis pas que ce rôle te stresse. Tu l’as dansé tellement de fois, qu’il est impossible de rater ! Tu seras parfaite, plus que jamais. » Et sur ces quelques paroles, j’attrape Aby par la main et la traîne jusqu’à nos places avant que nous manquions le début du ballet.

Lorsque le rideau se lève, je m’accoude à la barrière, et la tête posée dans les mains, j’observe mon amie qui entre en scène sous les nombreux applaudissements de la foule.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 16/11/2016, 04:34





Keep your eyes on the stars

« ... And your feet on the ground. » Aby & Nate



Abigaëlle n’avait jamais vraiment mit les pieds à l’Opéra Garnier de Paris. En visite oui, sans doute une fois ou deux du temps de l’école, mais jamais pour y voir quelque chose de concret. Son rapport à l’art était assez conceptuel et systémique, elle adorait les musées et les galeries mais personne ne l’avait invité à ce genre d’évènements. Les prix des billets étant ce qu’ils étaient, en plus de son travail, Aby n’avait pas eu l’occasion de se complaire dans ce lieu. Enfin presque, quelqu’un l’avait bien invité. Une fois. Mais ils n’étaient jamais parvenu jusqu’à l’Opéra, bifurquant plutôt dans un parc pour profiter de snuits chaudes de l’été… Des souvenirs refoulés au fin fond de sa mémoire qu’elle se garda bien de partager.

Le monde. Encore et toujours le monde et le snobisme de la haute société parisienne ; n’en déplaise à sa mère, elle ne comprenait toujours pas quel était l’intérêt de se mélanger à ce genre de personnes pour subir remarques et regards à longueur de secondes. Des sourires forcés. Des mimiques encourageantes dissimulant une hypocrisie évidente. Des poignées de mains réclamant à couper les doigts qu’ils rencontraient. Aby avait tendance à diaboliser ces gens et leur univers d’apparence et d’apparats, mais au final avait-elle aussi tort que cela ? Sa propre expérience lui avait enseigné de ne jamais faire confiance à cet environnement venimeux, à toujours assurer ses arrières et s’en tenir le plus loin possible. Quoi que dise sa mère. Quoi que dise son père ; qu’elle n’avait d’ailleurs pas revu depuis cette fameuse soirée, mais qui avait redoublé de lettres et de coups de fils pour prendre de ses nouvelles. Comme quoi, les enfants, on ne s’y attarde qu’une fois qu’ils ne sont plus dépendants… Si tant est qu’elle l’ait été un jour.

Ses yeux clairs se posent partout et nulle part à la fois, ne sachant exactement où donner de la tête. Ces toilettes impeccables ? Les couloirs richement décorés et plongés dans une ambiance tamisée ? Ces escaliers menant aux loges ? Les froufrous et l’organisation bazardeuse mais rigoureuse de ces dernières ? Ces femmes frêles et minces perdues dans leurs tenues d’époque ? Ces autres en train de réaliser de rapides mouvements de jambes et de bras pour s’échauffer ? Ces hommes qui passaient, régisseurs et autres producteurs, afin de boucler les derniers détails ? L’un. Puis l’autre. Abigaëlle n’avait de cesse de regarder autour d’elle, se faisant passablement silencieuse et affrontant sans gêne les regards qu’on pouvait lui lancer. Être mal à l’aise était une chose, le montrer en était une autre.

« Tu es… Magnifique. » Souffla-t-elle, impressionnée.

Une accolade envers Gabrielle, qui lui serra les épaules avec insistance sans qu’elle ne comprenne vraiment pourquoi. Il y avait mille sous entendus dans son regard maquillé, mais pas un seul qui fut formulé suffisamment fort pour être découvert. Qu’à cela ne tienne, elle se dépêcha de la remercier pour l’invitation avant qu’on ne les mette dehors. Il ne faudrait pas rater le début du ballet ! Sa main serrée dans cette de Nate, spontanément, Aby s’éclaire d’un petit sourire de circonstance en rejoignant le balcon privatisé où ils sont placés. Cela existait donc réellement, ce genre d’endroits ? Il ne s’agissait pas que d’un mythe ou d’une… Et bien non. L’homme habillé impeccablement dans un costume droit referma derrière eux après leur avoir proposé de l’interpeller pour quelle que raison que ce soit, s’effaçant pour les laisser seuls.

Seuls.

Abigaëlle s’adossa tranquillement au fauteuil, laissant à Natanael la spontanéité de s’accouder en avant comme un enfant impatient. Elle voit très bien d’ici. Outrageusement bien, ce qui est une première. Les premières notes de l’orchestre alors que les lumières s’éteignent, le murmure du public se taisant d’un seul souffle pour admirer les premières danseuses apparaissant devant le décor somptueux. Sobre, d’apparence si simple et pourtant pourvu d’une multitude de détails imaginés dans les siècles précédents. Elle n’y connaissait pas grand chose en danse classique, pour ne pas dire rien, mais il ne fallait pas être très fin connaisseur pour se rendre compte que Gabrielle Le Bon surpassait – et de loin – toutes les autres interprètes. Elle se mouvait avec tellement de grâce et d’élégance que, plusieurs fois, Aby ne la reconnu pas. Excellente. Précise. Rigoureuse. Expressive, dans la douceur du cygne blanc et dans la hargne de son alter-ego.

La jeune femme ne dit rien, les yeux rivés sur la représentation en train de couler d’elle-même sous leurs yeux. Ce n’est que lorsque la lumière se ralluma pour le premier entracte qu’elle se rendit compte qu’elle avait décollé le dos de son siège pour se pencher à son tour en avant. Intéressée. Interpellée. A l’écoute, puisque Nate s’était mis à murmurer des explications quand il sentait nécessaire de les fournir. Malgré lui, probablement. Il se leva à peine la dernière note éteinte dans l’air, lâchant sa main qu’il avait pris dans l’obscurité, et disparaissant du balcon. Aby le suivi du regard, ne s’offusquant même pas de son attitude ; soit il rejoignait Gabrielle, soit il allait ailleurs faire sa petite affaire. Dans les deux cas, elle se serait sentie de trop.

Un silence puis le bruissement de la foule en contre-bas, s’animant soudain, reprenant vie alors qu’elle retrouvait ce souffle qui semblait lui manquer. Comment pouvait-on couper l’histoire en plein milieu ? Pourquoi, alors qu’elle dévorait des yeux la possible suite. Abigaëlle connaissait l’histoire du Lac des Cygnes, mais le voir interprété de la sorte donnait une toute autre dimension à l’imagination. Fort heureusement pour elle, les quarante cinq minutes de pause défilèrent rapidement ; même si elle finit par couper son téléphone, lassée de voir le même numéro tenter de l’appeler encore et encore sans lui laisser de répit. Elle ne répondait pas aux lignes qu’elle ne connaissait pas, n’était-ce pas simple à comprendre ? Pianotant sur le clavier, la blonde finit par le classer en liste noire afin d’être tranquille pour de bon. Ce n’était pas le premier imbécile ou robot qui s’acharnait sur sa ligne, c’était juste prodigieusement pénible.

« Est-ce que moi je viens harceler les gens dans leurs rendez-vous surprise ? » Grommela-t-elle, pour elle-même.

Les lumières étaient déjà en train de s’éteindre lorsque Nate réapparu à la porte, lui provoquant un sursaut qui lui valu un regard noir. Pour la peine, elle ne lui poserait même pas de questions ! Même si elle mourrait d’envie de savoir ce qu’il avait bien pu faire de… Stop. Non. Rembobinez et oubliez ce genre d’ânerie stupide ; elle n’en avait rien à faire et se moquait bien de ce qu’il faisait de son temps libre. Point. Elle n’était ici que parce que Gabrielle l’avait invitée, au bon moment au bon endroit, pas pour autre chose. Son collègue devait certainement être plus à l’aise avec son amie et elle voulait bien le comprendre, s’excusant mentalement de venir lui gâcher sa soirée de groupie. C’était fou à quel point elle pouvait faire l’ascenseur émotionnel quand elle se mettait à cogiter pour un rien, elle ne se serait jamais cru aussi acerbe et anxieuse sur les bords – ne lui dites pas, elle se vexerait.

Aussi, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il lui tendit une coupe de champagne en se rasseyant à côté d’elle. Qu’est-ce que… C’était vraiment pour elle, ça ? Aby lui adressa un regard suspicieux puis consentit à prendre le verre, le remerciant du bout des lèvres pour ne pas faire trop de bruit. Non mais, il n’avait pas bientôt fini de se montrer poli et courtois celui-là ? Ça ne ressemblait pas du tout au Nate qu’elle connaissait ! A croire que l’influence de son amie allait bien au-delà de la simple détente chez lui ! Pourquoi est-ce qu’il lui donnait à la fois envie de se détendre mais aussi celle de lui sauter à la gorge pour l’étriper ? Sérieusement ! Bon au moins, ils passaient une meilleure soirée que leur dernière, même si elle espérait qu’ils n’avaient pas prévu quelque chose après… De toute manière, de ce qu’elle en savait, son collègue voudrait sûrement être tranquille avec Gabrielle.

Déjà les plans et moyens de rentrer chez elle se dessinaient dans son crâne, grimaçant quand elle se rendit compte que ses vêtements étaient encore restés avec Henry… Sauf que cette fois, elle ne pourrait pas les abandonner à leur triste destin. Il faudrait donc qu’elle repasse et… Et ses yeux bifurquèrent vers Nate quand elle remarqua qu’il venait (encore) de lui prendre la main. Ce dernier l’observait sans doute depuis un moment puisqu’il lui adressa un regard un peu sévère, la tirant de ses machinations pour la ramener sur l’instant présent : le ballet. Abigaëlle hésita à retirer ses doigts des siens. Clairement. Après tout, elle n’était que la pièce rapportée dans tout ce joli petit tableau ! Mais plutôt que de faire un scandale, elle se contenta de détourner la tête et de faire mine d’observer la scène. Sans lâcher ses doigts entrelacés aux siens, il ne fallait quand même pas pousser.

C’était étrange, cette espèce de relation qui s’instaurait entre eux. A contre courant. A contre cœur, peut-être, mais irrémédiablement penchant d’un côté ou de l’autre ; à la fois proche et si lointaine. Abigaëlle ne savait jamais vraiment trop si elle le détestait ou au contraire l’appréciait plus que de raison. Si elle devait prendre des gants ou lui mettre son poing dans la figure. C’était agaçant au quotidien, tellement imprévisible et perturbant. Un oui, un non, un peut-être, un « pourquoi pas » et finalement un « hors de question ». Bercée par la musique, elle chassa bien vite ses pensées pour se focaliser sur la seconde partie de l’œuvre, entrouvrant la bouche malgré elle tant elle se laissa emporter par ce qu’elle voyait. C’était beau. Tout simplement sublime. Ca lui pinçait le cœur et lui vrillait la gorge, mais elle resta digne et s’efforça de ne pas se laisser envahir par l’émotion quand les applaudissements retentirent finalement à la toute fin de la représentation.

Elle passa juste sa main sur son visage pour chasser les prémices qui annonçaient ses ressentis. Ne surtout pas pleurer à nouveau devant lui ! Même si c’était pour une raison aussi belle que le talent de Gabrielle Le Bon. De longues secondes d’applaudissements. De très longs instants avant qu’il ne faille finalement se lever. Mettre un terme à cette féérie qui la laissait un peu pantoise et songeuse, mais cependant éblouie. Aby ralentit le pas en voyant qu’il était déjà prêt à repartir vers les loges, se permettant juste de l’interpeller :

« Je… Vais vous laisser un peu tranquilles ? J’ai déjà bien abusé de la journée. » S’excusa-t-elle, triturant son téléphone qu’elle faisait tourner dans sa main. « Félicite Gabrielle pour moi, je n’en reviens… pas. Une personne aussi douée ! Comment fait-elle pour te supporter en fait ? »

Plaisanter. Toujours plaisanter. Ça évitait de se rappeler qu’elle n’avait rien à faire ici et qu’elle les avait probablement dérangés plus que de raison. Elle voyait bien comment ils se regardaient. Comment ils s’appréciaient. Elle n’était pas dupe, plutôt tendance à se voiler la face mais pas à interférer dans des histoires encore plus anciennes que celle de travailler avec lui. Aby esquissa un petit sourire amusé, un peu hautain mais c’était surtout pour ne pas perdre la face. Que n’aurait-elle étrangement donné pour rester encore un peu… Mais la bienséance et la politesse voulait de ne pas abuser des bonnes choses. Surtout pas de lui ou elle allait repartir en arrière et ne plus l’approcher à moins de 400 mètres.

« Merci pour l’invitation. Je vais retourner me changer… »

Et rentrer, en sentant le café. Chouette perspective d’avenir !
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 16/11/2016, 22:46

Quiconque me connait un peu… aurait du mal à imaginer que je puisse observer avec admiration un ballet. J’ai plutôt la réputation d’un gamin qui grimpe aux arbres et qui chahute les filles depuis mon plus jeune âge. Alors les regarder danser… Quelle drôle d’idée ! Pourtant, quand la sublime Gabrielle envahit la scène de sa prestance, mon coeur se met à battre au rythme de la musique. Comme à chaque fois que mon amie danse, la foule arrête de commenter le spectacle, et se contente d’observer, pour en prendre plein la vue. Elle n’a plus l’âge de danser à plein temps, à son plus grand regret… Mais quand je la vois ce soir, j’ai l’impression qu’elle continue à danser toutes les nuits dans l’Opéra. Sa précision, son aisance, et le plaisir qu’elle prend me décrochent un frisson incontrôlable.

Ma main se resserre sur celle d’Aby, que je tiens toujours. Je connais les musiques par coeur, les pas de mon amie aussi. Je sais ce qu’elle va faire à chaque instant, et ça continue de m’épater. Cette place, elle l’a méritée. Jusqu’à son dernier levé de rideau. Il suffit de baisser les yeux vers le public de personnalités pour comprendre qu’on ne vient pas voir n’importe qui, ce soir. Gabrielle a son public de fans : le monde de la danse n’avait pas connu une personne comme elle depuis bien longtemps. La une d’un célèbre quotidien avait même titré « Une étoile quitte le ciel de l’Opéra » lors de l’annonce de sa retraite.

Le rideau tombe une première fois, et c’est là que je me dois d’être présent pour mon amie. Le ballet est tout juste au milieu, il ne faut pas faiblir, ni se laisser avoir par les commentaires jaloux des autres filles de la troupe. Alors, mon rôle bien à coeur, je me dépêche de me lever pour aller rejoindre les coulisses.

Elle s’est déjà changée, elle attend que tout reprenne. Sur son visage, je ne sais pas quoi choisir entre le stress et la fierté. Une chose est sûre, c’est qu’elle me saute dans les bras pour venir déposer un baiser sur ma joue. C’est le moment que choisit un photographe -que nous n’avions pas vu entrer - pour immortaliser l’instant. Je n’y prête pas attention, rassurant de ma présence mon amie.

« Où est Aby ? » Me demande finalement Gabrielle. Le temps est passé tellement vite, je n’ai même pas vu que je l’ai laissée aussi longtemps. Le regard réprobateur de mon amie me fait déguerpir sur le champ. J’en profite pour demander discrètement une coupe de champagne au régisseur pour me faire pardonner - il doit très bien savoir où en trouver. Je reviens donc vers le balcon, une coupe dans la main qui ne tarde pas à aller vers Abygaëlle.

Gabrielle entre de nouveau en piste, faisant taire la salle entière d’émerveillement. Il semblerait pourtant que ma voisine de balcon soit pensive. Je la sens cogiter sur je ne sais quoi : je me contente de déposer ma main sur la sienne pour attirer son attention, et lui jette un regard sévère pour la ramener à la réalité. On dirait que quoi que je fasse, elle trouve toujours un moyen de me faire passer pour un monstre, et me repousse. Enfin cette fois c’est un peu différent : malgré le fait qu’elle semble vouloir s’éloigner, nos mains restent en contact. C’est assez drôle, les réactions que peuvent avoir les gens sur un minuscule détail.

* * *

C’est encore passé trop vite. Les applaudissements durent de longues minutes pour honorer l’ancienne étoile, mais aussi la talentueuse relève. Je prends une longue inspiration pour chasser l’émotion. Tellement de souvenirs me reviennent… Je ferais mieux de ne pas y penser, en fait.

Nous nous levons pour sortir, mais je me dirige machinalement vers les loges. C’est à ce moment précis qu’Aby reprend ses mauvaise habitudes. « Je… Vais vous laisser un peu tranquilles ? J’ai déjà bien abusé de la journée. Félicite Gabrielle pour moi, je n’en reviens… pas. Une personne aussi douée ! Comment fait-elle pour te supporter en fait ? »

Je hausse un sourcil, hésitant entre l’amusement et l’exaspération. J’ai juste été le mec le plus docile du monde aujourd’hui, donc qu’elle me reproche quoi que ce soit… C’est gonflé. Vraiment. Non et puis en plus c’est pas comme si tous les trois nous avions passé un après-midi désagréable… Je hausse donc les épaules, lassé de toujours devoir être exemplaire pour mériter ne serait-ce qu’un peu de gentillesse en retour. « Merci pour l’invitation. Je vais retourner me changer… » Je n’ai même pas le temps de répondre qu’elle a déjà disparu parmi la foule. Bon… Ben c’est un peu dommage de finir sur cette touche de malaise, mais je ne peux rien y faire. Elle me fatigue.

« Ne me dis pas que tu l’as laissée filer ? » Gabrielle a l’air réprobateur. La danseuse ne s’est même pas changée. Elle a surgi de nulle part, se frayant un passage avec un sourire poli quand elle doit décliner une invitation ou un verre. Je hausse les épaules. « Non Nate ! On me la fait pas à moi, celle-là ! » Je n’aime pas ce regard. Pas du tout. « Gaby, elle s’est mise à l’écart toute seule et je… » Son regard devient noir, et me suffit à me taire. « Tu l’aimes bien en plus, ne fais pas l’enfant. »

Je lève les yeux au ciel, et cette fois c’est sans hésitation que je suis exaspéré. Je SUIS un enfant, laissez-moi vivre ! « Femmes, vous allez me tuer. » Et sur ces douces paroles en anglais, je fais volte-face pour ‘tenter’ de rattraper la blonde. Mais avec tout ce monde, comment la reconnaitre ? Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Je me faufile dans les escaliers, slalome entre les gens qui avancent plus ou moins vite - à la parisienne, en soufflant d’impatience. J’aime pas les gens lents, c’est quand même pas compliqué ! Et pourquoi est-ce que je suis énervé, au juste ?

L’air frais de l’extérieur me fait du bien. Après tout, j’ai essayé de la rattraper, mais elle a disparu. Je vais pas la suivre comme un psychopathe hein ! Je marche donc pour m’éloigner du monde, attrapant une clope et un briquet pour me détendre un peu. Pourquoi est-ce que même les femmes les plus zens arrivent à me rendre chèvre ? Je n’y comprendrai jamais rien. Soyez gentil, elles vous rembarrent sèchement… Soyez méchant, elles vous détestent tout autant. Je dois être quoi alors ? Mentil (ouais ouais, vous avez bien lu, c’est le mélange des deux) ?

* * *

J’ai déjà terminé ma cigarette quand j’arrive au métro. J’ai congédié Henri par téléphone, comme au bon vieux temps où j’aimais me ressourcer en rentrant à pied. A l’entrée du souterrain, un pakistanais vend des roses deux euros pièce -paye ton arnaque-, et essaie de les fourguer à tous les passants. Mon regard balaye la place, s’arrêtant brusquement sur la silhouette d’une jeune femme qui fait face à un homme. Abygaëlle, et un mec en jogging, avec une casquette sur la tête. Il s’est trompé de quartier, semblerait-il - et de personne. Il ignore qu’il a affaire à un petit diablotin, pauvre type. Curieux, je me rapproche furtivement.

Il a chopé une rose au vendeur -sûrement une qui est tombée, vu la gueule qu’elle a- et récite un poème moisi à la blondinette qui n’a pas l’air de savoir comment s’en dépêtrer. Voilà qui devient amusant. « P’têtre que tu pourrais v’nir, j’ai de la vodka et des films de cul sympa à la maison. » Oh gosh, en voilà un qui a encore moins bien compris les femmes que moi. Mais vraiment. « Roh puis vu comment t’as l’air coincée, je vais t’aider moi, à aller un peu mieux ! » Je hausse les sourcils. Aby ? Woah, elle est où la méchante répartie que tu as si bien travaillée sur moi ? Cloue-lui le bec à cet abruti ! Eh ! Avouez qu’il est quand même pire que moi…

Je n’entend pas ce qu’elle lui dit. Je comprends juste qu’il est temps de faire quelque chose quand il s’empare fermement de son bras pour l’attirer vers lui. Du coup, dans un réflexe plus que discutable, je fais demi-tour, m’empare du bouquet de rose du pakistanais sans un mot, et me dirige vers les deux d’un pas rapide. « Heeeeeeeeeeyyyyyyyyy mes fleurs ! » Pourquoi ce bouquet volé ? Aucune idée, j’avais envie. Ca fait rebelle, comme dans les livres.

« S’cuse moi, mais tu peux partir maintenant. » Dis-je d’une voix sèche, mais maîtrisée à Monsieur Racaille des quartiers riches. « Heu t’as cru qu’on était où là ? Tu vois pas que Mademoiselle et moi on tisse des liens ? » Je lui ris au nez, tout en mettant l’énorme bouquet de roses dans les bras de la blondinette. « Mec t’es hors jeu avec ta rose fanée. Casse-toi. » Cette fois, mon ton illustre mes paroles : cassant comme la porcelaine de ma grand-mère. « T’crois pas que j’ai peur de toi ! J’te baise avec ta cravate de bourge. Laisse-moi, j’allais tirer mon coup avec elle là tu nous dérange. »

Boum. Ma droite s’abat directement dans sa figure, et le mec s’écroule. J’avoue que je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il prenne aussi bien le choc. Un peu comme une voile qui prend le vent, c’était fait pour… Hum. « Actuellement c’est toi qui dérange, trouduc. » Je lui balance mon pied dans le ventre, retenu de justesse par Aby qui me tire par la veste.

« MES FLEURS, AU VOLEUR ! » Hurle le pakistanais qui s'est mis à courir -enfin, j’en traduis qu’il dit ça, parce qu’avec son accent à deux balles on a un peu du mal à le comprendre, le pauvre. « Ah merde, je l’avais oublié lui. » Je me retourne vers la jolie blonde, un sourire narquois sur les lèvres. « Je t’offre ce bouquet de bon coeur… Si tu cours vite. » Et sur ces quelques mots, je me met à courir à pleines jambes pour semer le vendeur sans marchandise dans le métro.

Nous sautons dans la première rame, et je ris à m’en étouffer quand les portes se referment juste devant le nez du gars. Essoufflé, je m’appuie contre la vitre opposée, tournant les yeux vers ma collègue avec ce sourire qui ne s’efface pas.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 3/12/2016, 23:59





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« ... And your feet on the ground. » Aby & Nate



Abygaëlle avait envie de se coller des baffes. Sérieusement, qu’est-ce qu’il se passait dans sa maudite petite caboche pour devenir aussi niaise et emmerdante ? Sincèrement, elle ne voudrait même pas se fréquenter tellement elle s’ennuyait elle-même… c’était quoi ce petit numéro de fille qui s’efface comme ça ? Les conflits ne lui avaient jamais faits peur, au contraire elle était de ceux qui montaient au créneau et n’hésitaient pas à affirmer leurs positions. Alors s’en aller comme ça, sans rien, laisser la place à cette danseuse exceptionnelle, c’était trop. Bien trop pour sa dignité et son égo qui décidèrent de lui mettre un sacré coup de collier pour la retenir dans ses élans de saule pleureur. C’était bien assez comme ça, un peu de requinquage ne lui ferait pas de mal ! Il était temps de redevenir la Aby habituelle, et pas cette espèce de copie inintéressante. Comment faire fermer son caquet à Nate si elle se défilait à la moindre occasion ? Des baffes. Des PAIRES de baffes !

Coincée ? Comment ça, coincée ? Il l’avait bien regardé cet abruti ? C’était pas parce qu’elle portait une robe qu’elle ne savait pas se servir de ses jambes pour autre chose que de les écarter ! Non mais il se prenait pour qui ? Ses yeux fulminaient d’un dédain sans nom au fur et à mesure que l’individu se rapprochait pour espérer sans doute lorgner sur son décolleté sous sa veste. Sa mâchoire se serra, retenant l’insulte virulente qui lui brûlait les lèvres pour se contenter d’un :

« Celui qui va être coincé, c’est toi après que je t’ai enfoncé mon poing dans ta face... »

Qu’il s’approche pour voir. Qu’il essaye seulement de venir trop près et il allait tâter de son direct du gauche qui faisait des ravages. Elle charriait de pelles et des brouettes entières la journée au zoo, elle manipulait des objets tous plus lourds les uns que les autres et côtoyait des animaux sauvages. S’il pensait l’impressionner c’était franchement mal barré… Surtout quand sa colère avait besoin de se déverser sur quelqu’un. Dommage qu’elle n’ait pas une pelle à disposition, elle lui l’aurait bien plantée dans la face pour lui remettre ses rares neurones en place. Toujours avoir un outil sur soi en cas de relou dans les métros, ça les faisait fuir.

Sans doute étonné qu’un petit bout de femme ose lui répliquer quelque chose, l’homme paru surpris avant de froncer les sourcils, regardant autour de lui. Quoi il vérifiait s’il y avait des témoins ? Il voulait réellement lui prendre la tête là tout de suite maintenant ? Alors qu’elle avait passé une bonne soirée au ton doux amer ? Qu’il fasse gaffe, la gentillesse c’était pas son truc et elle ressentait la cruelle envie d’exploser tout ce qu’elle refoulait depuis un peu trop longtemps là… C’était comme si, soudain, le monde entier l’emmerdait prodigieusement. Comme si la petite façade qu’elle avait essayée de se graver s’effritait pour la laisser apparaître. Il suffisait de lui montrer la bassesse du monde pour directement réactiver ses convictions et son idéologie. Comme quoi, il en fallait peu pour faire un monde.

Quand il l’attrapa, Abigaëlle vit littéralement rouge en le fusillant du regard. Bon, elle avait peut-être sous-estimé la force de cette racaille de bas étages… La honte donnait des ailes ? Il n’en restait pas moins qu’elle ne se laisserait pas faire ! Enfin, ça s’était avant de voir débarquer Nate juste à côté d’eux, un bouquet de fleurs à la main et l’air absolument concerné par la situation. Qu’est-ce qu’il faisait là ? Et Gabrielle ?! Ah non stop. Stop de penser à elle. Stop de penser à ça ! Tentant de dégager son bras d’un geste brusque, l’autre la retint en commençant à insulter son collègue de travail. Sérieusement ? c’était quoi ces manières là ? Et puis tirer son coup, il rêvait ou bien ? Elle allait le castrer. Le massacrer. Le réduire en charpie d’oser la traiter comme un vulgaire sac de viande !

Natanaël fut plus rapide. L’imbécile qui l’avait accosté s’effondra comme une masse, la lâchant au passage. Quand elle estimait qu’il pouvait être fait en carton-pâte, elle n’avait pas si tort en fait… « Actuellement c’est toi qui dérange, trouduc. » Elle haussa un sourcil à la fois surpris et.. Impressionné ? Peut-être. Face à son collègue qui venait de clouer le bec à un petit imbécile. Mais vu comme il secouait sa main, ça n’avait pas été sans un petit effort de force. Bon il lui avait pris son puching-ball, mais pas le temps de déblatérer qu’il se tournait déjà dans sa direction pour proposer quelque chose d’inédit et d’innattendu : « Je t’offre ce bouquet de bon coeur… Si tu cours vite. » Il ne fallait pas le lui dire deux fois. L’adrénaline de l’improvisation. La surprise. Le délire. Et l’insouciance même alors qu’elle le suivait à toute allure pour s’engouffrer à travers les portes du métro avant que ces dernières ne se referment.

Aby eut envie de rire elle aussi quand ils parvinrent à semer l’étrange vendeur de fleur. Appuyée contre l’un des sièges vides, au milieu de la rame quasiment déserte, elle ne pouvait s’empêcher de s’amuser derrière sa main. Qu’est-ce qu’il venait de se passer exactement ? Qu’est-ce qu’ils venaient… Deux idiots. Encore. Mais des idiots doués pour le coup.

« Il risque de nous attendre à la prochaine station. » Fit-elle remarquer, reprenant un instant son sérieux. « Tant pis, on n’aura qu’à descendre aux suivantes. »

Toutes les suivantes. Autant de suivantes qu’il le fallait ! Elle s’arrêta peu à peu de rire en observant les fleurs, se penchant pour les sentir… Avant de grimacer devant l’odeur de cigarette et de transpiration qui en émanait. Le type avait du les garde run long moment sous son manteau ! Ca la fit rire à nouveau, en tirant une pour la tendre à Nate.

« Si monsieur le chevalier servant veut bien accepter ce modeste présent… Saveur dessous de bras ! »

La jeune femme fit tourner la rose délavée dans sa main avant qu’il ne se décide à la prendre. Elle sourit, visiblement satisfaite, avant de tourner les talons pour s’avancer dans la rames en faisant attention à ne pas tomber de ses talons. Pas évident quand on avait l’habitude de baskets ou de rangers ! Mais qu’importe, elle se fraya un chemin en distribuant une rose à chaque personne qu’ils croisèrent en remontant peu à peu les différents sièges. Une vieille dame. Un jeune couple. Des adolescents en train d’écouter de la musique trop forte. Une fille mutique avec des écouteurs. Une autre au maquillage criard cerné de noir qui accepta bien volontiers pourtant. Abigaëlle s’amusa follement de ce nouveau jeu, finissant par ne plus se retrouver qu’avec une seule fleur dans la main. Une rose rouge, un peu vieille et commençant à être fanée, mais quand même.

Elle se tourna en direction de Nate, s’appuyant contre les portes qui venaient de se refermer sur l’arrêt précédent. Ses yeux clairs rencontrèrent les siens dans un gloussement amusé, n’ayant pas décroché de son sourire depuis qu’ils se trouvaient dans ce métro. Parfois, ça faisait du bien. D’être simplement idiot et généreux. D’être simplement…

« Merci. Mais j’aurais très bien pu m’en débarrasser toute seule ! »

Une pique, de nouveau. Attendue depuis longtemps tandis qu’elle le défiait du regard. Il l’avait suivie, pourquoi ? Qu’est-ce qu’il lui voulait ? Et ne lui répodnez pas que c’est juste pour lui offrir un bouquet, elle aurait grand mal à le croire ! Le défiant du regard d’un air assuré et satisfait, Aby esquissa un nouveau sourire avant de s’approcher de lui. Proche. Très proche. Un petit air mutin au coin des lèvres.

« Gabrielle t’as éconduit ? Quel dommage, un grand garçon comme toi… »

Elle semblait avoir au moins retrouvé de sa forme, comme si le simple fait de changer d’univers la remettait distinctement dans sa propre dimension. Plus honnête. Plus elle-même. Plus… Brute de décoffrage. A sa manière. Elle attendit qu'il lui réponse. Attendit qu'il rétorque. Sans bouger ni sourciller même sous les a-coups violents de la rame de métro. Et puis, dans une énième boutade, dans un nouveau air malicieux, elle le poussa en dehors du métro pour enfin retrouver la terre ferme et sentir l'odeur âcre des tunnels sous-terrains. Ce que Paris pouvait puer dès qu'on remuait un peu ses dessous de rue ! Elle grimaça mais préféra s'en amuser.

Au final... Ce n'était rien à côté de la puanteur de l'hypocrisie des soirées mondaines.

« Oups. » Une main devant son visage alors qu'elle désignait un panneau au-dessus de leurs têtes. « Je crois qu'on vient de descendre du dernier métro. »

Abigaëlle n'avait... Absolument pas l'air désolée en réalité.

« Un peu de marche ? Ca te fera pas de mal. »

Odieuse parfois... mais tellement elle-même.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 7/12/2016, 19:25

Musique d'accompagnement

Dans une série qui fait tourner la tête aux amateurs du monde entier, on entend que « la nuit est sombre, et pleine de terreurs. » Ca peut évidemment aussi bien s’appliquer à une nuit dans la jungle, ou un monde médiéval fantastique, qu’à Paris. Paris et ses ruelles étroites, qui malgré son charme fou et sa réputation de ville romantique… n’est pas épargnée par la criminalité en hausse, et les psychopathes qui se baladent librement. Mais bon, entre nous les terreurs sont vites oubliées par les parisiens quand deux abrutis surgissent de nulle part et se mettent à offrir des fleurs à moitié fanées à des inconnus dans le métro. Là, les gens ne se disent pas que le monde est rempli de terreurs, mais bien d’abrutis. Que nous sommes ! Et que nous assumons pleinement d’être, quand j’en crois le sourire malicieux d’Abigaëlle. Il n’a pas quitté ses lèvres depuis que nous nous sommes mis à courir dans les souterrains de la ville.

« Gabrielle t’as éconduit ? Quel dommage, un grand garçon comme toi… »
Oui bon, et alors ? Qu’est-ce que ça peut bien lui faire, à elle ? « En fait, il y a des heures pour être en compagnie de Gabrielle… » Je la laisse se rapprocher au plus près de moi, sentant l’odeur de son shampoing et pouvant admirer les reflets dans ses yeux. « … et des heures pour avoir la paix. » J’ai beau aimer cette personne de tout mon être, elle est aussi -voire plus- fatigante qu’elle n’est jolie. C’est vous dire ô combien mon cerveau a besoin de silence après une journée avec elle. Et alors quand elle a trouvé une personne avec qui jouer les entremetteuses, c’est pas un silence qu’il me faut, mais un cachet d’aspirine combiné à un somnifère.

J’ai l’impression de retrouver Abigaëlle, la vraie, quand elle me pousse pour me sortir du métro. Si j’avais été à sa place, je serais resté dedans, juste pour avoir le plaisir de lire la haine dans ses yeux, restée sur le quai… mais bon, elle est descendue avec moi. « Je crois qu'on vient de descendre du dernier métro. »  J’esquisse un sourire. Petite maligne… Elle le savait très bien en descendant, qu’on ne pourrait plus avoir de train suivant. « Fallait le dire direct que tu voulais passer la soirée en bonne compagnie. » A mon tour de me rapprocher de façon à ce que nos nez puissent presque se toucher.

« Un peu de marche ? Ca te fera pas de mal. » Mesquine en plus. Non mais c’est pas grave, j’ai à l’esprit une idée qui me vient pour contrer sa remarque. Et puis c’est pas comme si je n’avais qu’à claquer des doigts pour rentrer en voiture. Sauf que contrairement à beaucoup de gens qui ont un chauffeur à leur disposition, j’aime beaucoup marcher. Après les représentations de Gabrielle j’ai pris l’habitude de marcher, profiter d’une calme nuit pour songer. « Te cherche pas d’excuses. Tu t’empâtes. C’est à toi que ça fera du bien de marcher ! » Dis-je le plus sérieux du monde, alors que je commence à marcher vers la sortie du métro.

Je n’ai même pas regardé où elle nous a fait descendre… Me concentrant sur le nom de la sortie… Rue de Sully. Bon, ça aurait pu être pire. Il suffira de traverser la Seine et nous ne serons plus loin -du moins de chez moi. « Allez du nerf, c’était ton idée ! » Dis-je à la blondinette qui traine de la patte derrière moi.

J’ai toujours trouvé que le 4ème était un beau quartier. J’aurais aussi très bien pu m’installer ici, mais bon… Je préférais le côté festif de Saint Michel à la réputation du quartier gay -aussi cool soit-il. Longeant les bâtiments de la Garde Républicaine, je prends l’initiative de regagner la rive opposée en prenant le Pont de Sully. Je prends le temps d’observer le méandre de la Seine en amont de l’île Saint Louis, illuminé par un Paris endormi. Il n’est pas si tard, mais tout est calme. Rares sont les véhicules qui empruntent le pont ce soir.

Aby n’a pas dit un mot depuis que nous avons quitté le métro. Je fais une petite halte au centre du cours d’eau, m’accoudant à la barrière pour l’observer. « Si tu voulais te débarrasser de moi, c’est le bon moment » Dis-je avec un grand sourire alors qu’elle n’est plus qu’à quelques pas de moi. Elle trouvera toujours le moyen de me remettre toutes les fautes sur le dos, alors je prends les devants avec humour. Je passe ma main sur mon crâne pour remettre mes cheveux en arrière, et prends une longue inspiration en croisant son regard. Avant que le malaise n’arrive, je préfère éviter de dire quoi que ce soit, reprenant ma marche sur le Quai de la Tournelle, bordé en rive droite par l’île Saint Louis.

Ici, il y a beaucoup plus d’activité. En même temps, quand on habite à deux pas de Notre Dame, les touristes ne manquent pas -même la nuit, où les étrangers aiment se recueillir devant la somptueuse cathédrale illuminée. Nous croisons des couples, des gens seuls… des jeunes saouls aussi. Rien de plus normal.

Le quai se transforme en Montebello, nous y sommes presque. Une centaine de mètres plus tard, nous voilà arrivés Rue de la Bûcherie. Ma rue. Je m’arrête devant l’immense porte qui donne accès à mon immeuble et à cour intérieure privative. Le calme, et le silence. Toujours. « T’as perdu ta langue ? » Finis-je par dire, adossé cette fois à la porte de l’immeuble typiquement parisien. Elle voudra surement récupérer ses affaires dans mon appartement, et c’est pourquoi je m’amuse à faire semblant de ne pas savoir pourquoi elle m’a suivi. Je sais pertinemment qu’elle serait rentrée sans se soucier de si j’étais bien arrivé.

« J’ai largement les moyens de le vérifier, tu le sais bien. » J’ouvre la porte d’un coup de clé, m’engouffrant dans la cour le premier. Puis une fois entré dans l’appartement, je jette ma veste sur le premier fauteuil, me débarrasse de mes chaussures un peu en vrac, et abandonne ma cravate sur le table basse du salon en allant allumer la radio. Henri a fermé la porte derrière Aby sans dire un mot, et s’est éclipsé discrètement. Je déboutonne ma chemise pour me laisser respirer un peu, récupère deux bières dans le frigo puis retourne dans le salon.

Elle n’a pas bougé. Au milieu de la verrière, éclairée sur la tranche par une lampe murale, ses cheveux en bataille ont pris une teinte dorée étincelante. Je lui tend la bière décapsulée, et bois de longues gorgées de la mienne comme si j’étais totalement assoiffé. Et lorsque mon regard tombe de nouveau dans le sien, je ressens quelque chose que j’aurais aimé ne pas ressentir. Ce truc aussi idiot qu’incompréhensible, ouais. Ce truc qui m’empêche de lui balancer des horreurs dans la figure comme je pourrais le faire en temps normal. Cette chose étrange qui me cloue le bec quand je devrais l’ouvrir, et qui me fait l’ouvrir quand je devrais la fermer.

« Putain, arrête de me regarder comme ça. » Je détourne le regard, encore plus agacé de ne pas avoir réussi à le dire calmement. J’avais largement de quoi la déstabiliser, et finalement ce truc m’empêche d’être logique. Et puis d’abord, c’est quoi ? Pourquoi elle me dévisage ? Pourquoi je ne la reconduis pas à la porte pour avoir enfin la paix ? Pourquoi est-ce que je lui ai proposé une bière, d’ailleurs ? Non mais qu’on m’explique, je suis pas logique du tout là.

Je termine ma bière en une seule gorgée, abandonnant la bouteille dans un coin de la pièce. A la radio, « Dracula Teeth » de The Last Shadow Puppets ne peut pas mieux accompagner la scène.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 16/12/2016, 17:02





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« ... And your feet on the ground. » Aby & Nate



Aby leva les yeux sous toutes ses petites piques, s’amusant de le voir se prendre au jeu alors qu’il aurait put passer les rues à parcourir à râler et pester contre elle. A dire vrai, elle avait hésité à rester dans le métro et le laisser en plan sur le quai, ça n’aurait été qu’une douce vengeance agréable ; mais sa bonté d’âme et la bonne humeur retrouvée grâce à lui l’en avait empêché. Ou bien était-ce parce qu’il venait néanmoins de la tirer d’un fort mauvais pas ? Certes elle était suffisamment grande pour se débrouiller seule et la simple pensée d’avoir besoin d’un homme pour la défendre la révulsait, mais il fallait aussi regarder la vérité en face : en robe et talons, elle ne risquait pas de faire le poids sur un abruti imbibé d’alcool. Malheureusement la bêtise humaine avait un poids et une force et, si elle savait déplacer des objets lourds ou manipuler des pelles comme personne, elle restait pourvue d’une éthique et d’un respect pour la vie qui l’empêchait de faire trop de mal aux autres… Ca la perdrait un jour.

Ses yeux clairs parcouraient la ville illuminée de Paris, se laissant baigner par l’ambiance agréable et tranquille qu’on pouvait ressentir en bord de l’eau. Ils avaient quittés les quartiers un peu moins bien famés pour revenir vers les quais, laissant le poids de l’inquiétude disparaître progressivement de ses épaules. La jeune femme tenait toujours dans sa main la dernière des roses, la faisant tourner dans un sens puis dans l’autre sans vraiment sembler décidée à s’en séparer. Après tout, c’était un cadeau ! Et aussi étrange qu’il puisse être, dès qu’elle la regardait, elle avait envie de sourire. De se rappeler de cette étrange danse dans le métro. De se souvenir de la nuit claire quoiqu’un peu fraîche qui les surplombait. De revoir le visage de Nate, tantôt sûr de lui, tantôt détourné pour éviter d’avoir à croiser son regard plus longtemps. Etait-il mal à l’aise ? Cette simple idée l’amusa prodigieusement.

Comme quoi, elle n’était peut-être pas la plus timbrée des deux.

« T’as perdu ta langue ? » Lui demanda-t-il en s’appuyant contre la porte de son immeuble, nonchalant. Elle haussa un sourcil avant d’esquisser un sourire mutin, satisfait, comme si le pur plaisir de ne pas lui répondre suffisait à accentuer l’ironie de la chose. Aby n’avait que ses affaires à récupérer, rendre cette jolie robe et enfoncer un peu plus Nate dans la pataugeoire où il aimait traîner… S’arrêtant à côté de lui, la rose fichée sur le côté de ses cheveux blonds pour les retenir derrière son oreille, elle attend comme si c’était tout à fait normal qu’il lui ouvre. Indécente. Narquoise. « J’ai largement les moyens de le vérifier, tu le sais bien. »

Elle a un rire moqueur, clairement.

« Pour ça il faudrait que tu saches te servir correctement de la tienne. »

Réplique, luttant contre le petit coup de fatigue qui s’emparait de ses muscles pour le suivre dans les escaliers. Courir. Compétition induite et pourtant la satisfaction de ne pas s’être laissée distancée. Délaissée. Aby avait de l’entraînement et de l’endurance, il ne l’aurait pas aussi facilement. Grisée et amusée, elle se ressaisit un court instant en croisant Henry, se décalant pour atterrir au milieu du salon. Natanaël a déjà étalé son bazar un peu partout, comme quoi il avait beau se montrer impeccable il n’en restait pas moins un type bordélique à ses heures… Elle le voyait bien au Zoo, quand il laissait en plan les outils pour soi-disant faire quelque chose de plus important. Combien de fois était-elle passée derrière lui pour le sommer de ranger ? Ou le faire à sa place en pestant pour qu’il culpabilise ? En dix ans, des dizaines de fois. Centaines peut-être. Incorrigible.

La musique résonne dans l’appartement tandis qu’elle se débarrasse enfin de talons hauts qu’elle porte. Libérée ! Délivrée de ces instruments de torture, elle fait quelques pas sur le côté, bercée par le rythme de la mélodie. La vue est magnifique, de nuit. Elle n’était jamais vraiment venue ici et encore moins à une heure aussi tardive… Alors elle en profite pour l’observer. La dévorer du regard avant de se laisser surprendre par la bière qu’il lui tend. Se mettre à l’aise semblait faire partie de ses priorités, un peu plus et il apparaissait en caleçon pour aller se coucher ! Ca lui tira un gloussement moquer en acceptant de prendre la boisson.

« Une après-midi à papoter et un ballet, certes magnifiques, auront eut raison de toi ? Ou bien est-ce la petite marche qui t’a achevé ? »

Abigaëlle allait ajouter quelque chose, renchérir encore, mais elle s’arrête en découvrant l’expression qu’il affiche. Oh, qu’est-ce que c’était que ça ? Qu’est-ce que c’était que cette façon de la regarder ?! Elle déglutit malgré elle. « Putain, arrête de me regarder comme ça. » D’ordinaire elle se serait planquée derrière une gorgée, mais il le fait à sa place. Lui, ce grand type sûr de lui, imbu de ses capacités, chef suprême du sarcasme… Ne trouvait plus rien à dire ? Pincez-là, elle rêvait sûrement ! La jeune femme adressa un regard suspicieux à la bière intacte, comme si elle avait pu contenir quelque chose pour le rendre bizarre, et la déposa à côté de la radio.

« Hep ! Où tu vas comme ça ? »

L’interpella-t-elle, prise d’un élan de motivation, en comblant l’espace entre eux pour le rattraper. L’empêcher d’aller se cacher trop vite. L’empêcher de lui jeter ses affaires à la figure pour la mettre dehors. Pourtant c’est ce qu’elle devrait faire, non ? Se rhabiller. Reprendre son sac. Rentrer chez elle en espérant ne pas tomber sur quelqu’un de mal intentionné… Hors de question de payer un taxi, à cette heure c’était hors de prix. Reprendre sa vie habituelle et le croiser à l’occasion quand leurs horaires se mettraient à se coordonner. Rien de plus simple, il lui suffisait de monter l’escalier. D’entrer dans la chambre de Nate et de… Pas la chambre de Nate.

« Ca te dis de danser un peu ? »

La musique était suffisamment entraînante pour suggérer quelques pas. Pas longtemps. Pas beaucoup. Mais les premières notes de « Dracula Teeth » étaient un véritable appel. Ne vous y trompez pas, Abigaëlle détestait danser. Ou presque, ça dépendait comment ou avec qui. Mais pour le coup, comme si elle savait que ça ne ferait que rajouter du malaise chez ce grand bonhomme insupportable, elle insista même en glissant ses doigts entre les siens.

« N’ai pas peur, je vais t’apprendre. » Se moqua-t-elle avec un sourire satisfait.

Elle savait pertinemment qu’il savait danser, elle l’avait vu dans diverses occasions… Mais c’était une première que de le faire tous les deux. Une seconde en réalité, mais elle ne voulait pas repenser au bar de Berlin ; donc un premier essai en tête à tête. Une première proposition tandis qu’elle ondulait des hanches sur le tempo lascif orchestré par Alex Turner, invitant sa main à se poser sur l’une d’elles. Se rapprocher, reculer pour l’inviter, constater qu’il la suivait. Un jeu de regards, ses yeux clairs plongés dans les siens tandis qu’ils s’adaptaient peu à peu à l’autre. Qu’il devenait moins raide quand elle se laissait bercer plus librement. Guider. Un rythme lent. Des jambes qui s’emmêlent sans s’entrechoquer. Le complément et le contenant. Tenir sa main à bout de bras, s’écartant quand il la fit tourner sur elle-même dans une étrange atmosphère. Rapide mais douce. Lente et précise.

Ses cheveux blonds voletaient autour de ses épaules, langues de feu à mesure que la mélodie avançait. Egrainait ses notes de ci et de là pour les envelopper dans son ambiance singulière. Légère mais lourde de sens. Lourde de sous-entendus. Lourde de tout… Ce qui n’était pas convenable. Une dualité marquée mais qui s’effaçait peu à peu. Se perdre dans ses grands yeux bleus. Se perdre contre le souffle qui frôlait le sien. Sa paume qui rencontrait la peau de son torse à demi-découvert, remontait vers son cou pour s’y glisser. S’y cacher. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle le trouve attirant alors qu’elle le détestait ? Si, elle le détestait. Tout comme elle se détestait de réclamer à ce point sa bouche quand elle se trouvait à proximité. Déjà un peu plus tôt. Déjà un peu avant. Déjà…

Abigaëlle se sentait infiniment stupide de désirer quelque chose comme ça. N’admettait même pas être capable de le vouloir tant c’était illogique et insensé. Déraisonnable. Il fallait se ressaisir et cesser de faire l’enfant. Cesser de se prendre pour adolescente en amourette et revenir à la vraie situation. Il n’appartenait pas au même monde qu’elle. Cet appartement hors de prix. Ces ballets. Ces théâtres. Ces actrices. Ces gens qui gravitaient autour de lui et dont elle n’avait pas la moindre idée… Pourquoi les choses ne pouvaient-elles pas être plus simples ? Evidentes ? Proposées avec un droit de rétractation si ça ne convenait pas ?

Mais avant qu’elle n’ouvre la bouche pour sortir une nouvelle répartie cinglante, cette dernière avait déjà rejoins celle de Natanaël pour un baiser d’une tendresse déconcertante. Evidente. Perdant son souffle et sa raison à l’instant même où il lui répondit avec cette même passion douce dont il avait le secret.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 17/12/2016, 17:40

Je m’attendais à… je ne sais pas. Peut-être un… Enfin peut-être pas. Et puis pourquoi je… Oh enfin tout mais pas ça quoi. « Hep ! Où tu vas comme ça ? » Me dit-elle alors que je tourne les talons pour m’éloigner le plus possible de son regard insistant. Elle en a pourtant décidé bien différemment. Je me retourne, tachant de retrouver l’expression froide, impassible. Enfin ça, c’était avant que je ne réalise qu’elle s’était rapprochée tout près. Je fais l’effort de partir moi-même pour éviter le moindre faux-pas, et voilà qu’elle casse tout !

« Ca te dis de danser un peu ? » Dan… quoi ? Heureusement que j’ai terminé ma bière, parce que la surprise me l’aurait fait lui cracher à la figure. Remarquez, elle aurait peut-être arrêté d’être hyper bizarre après ça. Mes yeux s’agrandissent sous l’effet de la surprise, et s’abaissent quand ses doigts viennent enlacer les miens pour ne pas me laisser d’autre choix que de la suivre. Aby, mon Dieu mais qu’est-ce que tu es en train de me faire ? Deux être humains qui dansent, c’est certainement très répandu. Deux gens comme nous, qui dansent ENSEMBLE, expliquez-moi la cohérence. L’un de nous finira par assommer l’autre avant la fin de la musique. Non mais voyez un peu ce regard provocateur qu’elle me lance, alors qu’elle m’attire vers le centre du salon, juste sous la verrière qui m’est si chère.

« N’ai pas peur, je vais t’apprendre. » Ahah la bonne blague. Je suis loin d’être un piètre danseur, quand j’y mets un peu du mien. Mais ça, elle le sait, et elle me le fait parfaitement comprendre lorsqu’elle s’approche de moi d’un pas félin tandis qu’elle pose une de mes mains sur ses hanches. Main que je prends un malin plaisir à aller promener vers ses reins, la rapprochant pour que nos poitrines se touchent, et que son mouvement de hanche nous emporte tous les deux. Ses doigts enlacent toujours les miens, et nos regards se soutiennent. « C’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace. » Mon contentai-je de répondre, laissant ma tête se poser contre sa tempe, mon souffle se perdant dans son cou.

Je me sens un peu plus détendu, lorsque la chanson suivante prend le relai. Pattern. Son visage vient se glisser dans mon cou, me décrochant un frisson incontrôlable, que je tente de maîtriser en la faisant tourner. Mais elle revient, et ma main se serre un peu plus sur la sienne, tandis que la deuxième la rapproche de nouveau pour que nos mouvements se coordonnent. J’ai beaucoup de mal à l’admettre, mais j’ai rarement apprécié autant une danse que celle-ci. Tout semble terriblement naturel : les gestes fluides, le rythme parfaitement synchronisé avec la musique, et sans oublier ce regard complice qui nous lie. Tellement bizarre, quand on sait qu’elle a tendance à me détester pour tout et rien, habituellement. Les jambes ne faiblissent pas, je lui montre que je suis bien meilleur danseur qu’elle ne le pense en guidant à mon tour notre duo.

Et lorsque nos regards se rencontrent une nouvelle fois, la complicité semble avoir laissé quelque chose d’autre apparaitre. Ce quelque chose que je redoutais quelques instants plus tôt, avant de me laisser aller. Un baiser. Un nouveau baiser. Encore un. Depuis ce soir-là à Berlin, tout semble revenir à ça, comme si un lien invisible s’était tissé entre nous, et que chaque moment seul nous conduisait encore et toujours à ce même point. Nous avions pourtant tenu, la dernière fois… Pourquoi ce regard, pourquoi ?

La douceur de ses lèvres contre les miennes, et mes deux mains qui attrapent son visage pour qu’elle ne parte pas, se faufilant dans sa longue chevelure dorée… Ses yeux clos, couverts de longs cils maquillés… Et cette langue qui caresse doucement la mienne… Le temps semble s’être arrêté, je n’étends même plus les paroles de la musique tant les battements de mon coeur retentissent dans mon crâne. Sacré brouhaha. En tout cas, une chaleur indescriptible m’a envahi, alors que son parfum m’enivre littéralement.

« Humhum… » Je sursaute, m’écartant d’un bond d’Abygaëlle l’air coupable. Ce même air qu’un enfant pris la main dans le sac de bonbons, en train de fouiller. Henri s’efforce de regarder un point de l’autre côté de la pièce pour ne pas… Ah oui, j’ai un peu l’air débraillé. Je reboutonne ma chemise comme si de rien n’était, sans regarder Aby une seule fois. « Vraiment navré de vous interrompre Monsieur, mais il y a quelqu’un de très énervé dehors. » Reprenant mes esprits, je réalise à peine ce qu’il vient de se passer. La colère monte en moi, si soudainement que je peine à comprendre pourquoi je suis si agacé. « Si c’est encore un connard de journaliste, dégagez-le moi. » Fais-je avec un regard glacial.

Merde. J’avais eu du mal à revenir vers ma collègue, nos relations étaient si tendues après Berlin. Il va falloir tout recommencer à 0, à commencer par accepter qu’elle me fuie pour une erreur qu’elle m’a forcé à faire. Son regard provocateur, sa petite moue mignonne et sa bouche… Oh bordel stop, on arrête le massacre ! C’est elle qui m’a pris la main, et qui était demandeuse sur cette danse. C’est elle qui a descendu mes doigts sur ses hanches, pendant ce mouvement sensuel qu’elle exécutait -relativement bien avouons-le. Eh mais ! Stop j’ai dit ! La simple pensée me donne envie de m’enterrer au plus profond d’un trou. De savoir que je vais être accusé d’avoir fauté quand elle m’a poussé au vice me rend dingue. J’ai tout fait pour qu’elle arrête de me coller cette étiquette, parce qu’il est intenable qu’une collègue… qu’une amie, pense ça de moi. Je ne peux pas embrasser Abygaëlle. Je m’interdis de coucher avec elle, parce que les conséquences sont trop lourdes. Tout est tellement plus simple avec les mannequins écervelés, et jeunes étudiantes qui me tombent dessus par centaines. Pourquoi s’encombrer d’une femme de mon âge, forte de caractère et avec des valeurs qui sont si loin des miennes ? Expliquez-moi pourquoi les moments intimes se transforment en bal, en longues embrassades, et pourquoi aucun de nous n’envoie une bonne réplique cinglante à l’autre ? Pourquoi aucun de nous ne sait être « fidèle à lui même » dans ce genre de situation ? Je suis totalement dépassé par la situation, j’ai même envie de frapper dans le mur d’à côté, mais Henri reprend la parole.

« Ce n’est pas de Monsieur qu’il s’agit. Il a parlé plusieurs fois de Madame Abygaëlle » Henri a l’air clairement surpris, voire embarrassé. Je hausse les sourcils, suspicieux. « Tu reçois du monde chez moi ? » Dis-je à Aby, conscient d’être trop sévère dans mes propos.

Pas de temps de rajouter quelque chose. Henri se retourne violemment pour neutraliser un homme plutôt baraqué qui tente de s’introduire dans l’appartement. L’homme en noir plaque l’espèce de taré contre l’encadrement de la porte, le forçant à rester là un petit instant pour qu’il se calme. C’est un homme brun, les yeux marrons -mais incendiaires- avec moustache et barbe. Sans même me calculer, il se dégage de mon garde du corps pour se dresser de toute sa hauteur devant Aby qui n’a pas dit un seul mot.

« Le hasard m’a fait te croiser dans la rue. J’avais envie de te voir. » Lui dit-il avec une voix grave, mais pas sans sous entendus. Alors là je pige plus rien du tout. Mais vraiment plus rien.
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MessageSujet: Re: “On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.” 22/1/2017, 12:31





Keep your eyes on the stars

« ... And your feet on the ground. » Aby & Nate



Elle avait encore le goût de son baiser sur ses lèvres que déjà la vie semblait rattraper tout le temps qu’elle leur avait accordé jusque-là… Les bulles de tranquillité ne duraient jamais vraiment. Jamais suffisamment pour qu’on les savoure à leur juste valeur et, après ça, on regrettait amèrement de ne pas avoir profité de chaque instant volé. Aby aurait été prête à recommencer les mêmes erreurs, à se laisser aller à oublier pourquoi tout avait failli capoter dans leur histoire ; et puis la réalité lui l’avait rappelé comme une claque en travers de la figure : il s’agissait de Natanaël. Le type le plus insupportable de la planète, bon sang ! Celui-la même qui lui avait menti, qui l’avait obligé à regarder en face les soirées mondaines dont elle ne voulait pas entendre parler, qui lui tapait sur le système avec son arrogance et ses réflexions… Et celui aussi avec qui elle adorait échanger des vacheries pour voir lequel se vexerait le plus vite.

Quelle andouille, franchement. Elle en lèverait les yeux au ciel si elle ne craignait pas soudain tant sa colère. Pourquoi il était en colère, exactement ? Contre Henry qui venait de les interrompre ou parce qu’ils s’étaient – encore – embrassés ? La jeune femme fronça les sourcils en voyant dans quel état il était, s’écartant d’un pas pour éviter de se prendre un coup si jamais l’envie lui prenait de lever les bras ou quoi que ce soit. Il semblait prêt à exploser quelque chose dans l’instant présent et ce n’était pas bon signe… Qu’il ne s’avise même pas de s’en prendre à elle ou il allait se choper une volante dans la figure !

Mais pas franchement le temps d’y songer qu’Henry leur annonçait quelque chose de profondément inhabituel… Pour elle ? Comment ça, pour elle ? Abigaëlle papillonna du regard, abasourdie en se demandant qui aurait l’audace de la suivre jusqu’ici. « Tu reçois du monde chez moi ? » Cela lui valu un regard noir de sa part, se refermant immédiatement dans une attitude défensive et presque offensive tant elle estimait ne pas mériter qu’il s’adresse à elle de cette façon. Il se prenait pour qui ?

« Oh bien sûr, j’adore m’inviter chez toi et y convier mes amis pour une rave party ! »

Railla-t-elle, avant de s’interrompre lorsque le majordome se retourna vivement pour plaquer contre la porte un contrevenant un peu trop pressé d’entrer dans l’appartement ! Un inconnu pas si inconnu que ça, puisqu’elle le reconnu immédiatement et devint alors littéralement livide. Non, ça n’était absolument pas possible. Il ne pouvait pas être là. Pas comme ça, pas ici et sûrement pas maintenant ! Ses yeux jetèrent un regard à Nate, au cas où il serait l’instigateur de tout ceci, mais son air surpris lui fit comprendre que ce n’était pas le cas. Alors…. Comment ? Pourquoi est-ce que…

« Le hasard m’a fait te croiser dans la rue. J’avais envie de te voir. »

Cette voix, qu’elle ne risquait pas d’oublier. Cette intonation qui n’était pas une question mais une affirmation. Cette stature qui se redressa face à elle et qui la poussa à déglutir, tant la surprise était de taille.

« Zacharia… » Souffla-t-elle, d’une voix à peine audible.

Tout ce temps. Tous ces souvenirs. Tous… Les bons comme les mauvais. Les meilleurs comme les pires. Surtout les pires à vrai dire, ses bras se couvrant d’une chair de poule significative tandis qu’elle sentait le sang quitter le haut de son corps pour se réfugier dans ses jambes. Elle avait envie de fuir, clairement et cruellement. D’ailleurs, elle recula encore lorsqu’il s’approcha, se glissant imperceptiblement derrière Nate mais pas suffisamment pour s’y cacher.

« Salut, Aby. Ca faisait longtemps. »

Elle avait envie de lui répliquer quelque chsoe, de lui rétorquer que ce n’était pas assez et qu’elle se serait bien passé de sa présence encore pendant un siècle ou deux ! Mais elle en était tout bonnement incapable… Sa gorge trop serrée l’empêchait de formuler quoi que ce soit de cohérent. Elle aurait voulu le rejeter, le repousser en arrière, lui hurler dessus pour décharger toute la colère qu’elle sentait grimper en elle à défaut de sa terreur. Qu’est-ce qu’il foutait ici ? Qu’est-ce qu’il lui voulait ? Qu’est-ce qu’il… Devant Nate en plus ! S’inviter chez lui de cette manière, c’était bien son genre. Je m’en foutiste jusqu’au bout et imposant. Egoïste. Egocentrique. Plein de noms d’oiseaux lui vinrent en tête pour l’occasion.

Elle ferma les yeux pour essayer de se recentrer. De se concentrer. Ses poings s’étaient serrés d’eux-mêmes contre ses cuisses, signes de la dose de stress qui faisait se tendre chacun de ses muscles, prête à réagir malgré sa paralysie évidente. Il fallait le chasser de là. Qu’il sorte et ne revienne pas dans ce lieu, jamais ! Qu’il ne parle jamais à Natanaël. Qu’il ne s’adresse même pas à lui. Qu’il ne…

« Désolé d’être entré chez vous, mais je devais absolument la revoir. » Zacharia tendit une main en direction de Nate. « Je ne vais pas rester, merci de vous en être occupé en mon absence. »

Pardon ?!! Il la prenait pour quoi exactement ?! Ses joues se colorèrent d’un rouge agacé tandis qu’Aby se mordait l’intérieur de la joue pour ne pas lui hurler dessus. Elle n’était pas un animal qu’on laissait derrière soit ! Mais avant que son collègue ne puisse répondre, elle se décida enfin à bouger. A retrouver l’usage de ses jambes et de la parole pour se faufiler entre les deux hommes.

« Tu ferais mieux de partir. »
« C’est ce que je viens de dire. » Compléta-t-il en la fixant toujours. « Je t’attend en bas. »

Et aussi étonnant que cela puisse paraître, il obtempéra avant qu’elle ne refuse et passa à côté d’Henry sans même chercher à résister. Lorsqu’il disparu, l’appartement fut plongé dans un silence prodigieusement gêné, un malaise ambiant auquel Abigaëlle n’était pas étrangère. Elle passa ses mains dans ses cheveux blonds, secouant la tête de droite à gauche comme si elle essayait de chasser l’idée qu’il pouvait être là. Réellement là. Sans oser regarder Natanaël, la jeune femme bifurqua brusquement en direction de la chambre où elle avait laissé ses affaires.

« Je vais te laisser. Désolée. » Se changeant rapidement, elle reparru après quelques minutes. Nate n’avait pas bougé du centre du salon. « Remercie Gabrielle pour cette journée. Je… Il faudra qu’on parle, tous les deux. »

Elle ne savait pas de quoi ni comment, mais il fallait qu’elle lui parle. Qu’ils mettent les choses au clair entre eux. Qu’ils… Qu’elle lui explique, sans doute. Qu’elle s’excuse aussi. Ou qu’elle lui hurle dessus, le choix restait quand même rudement libre. En tout cas, pour l’instant, la jeune femme devait partir. Même si elle avait envie de rester terré ici, de se planquer contre lui ou au milieu de son canapé sans pointer le nez dehors. Même si elle ne voulait pas le quitter comme ça, pour ça. Tout un tas de raisons la poussaient à rester mais quelque chose la poussait à s’en aller. A ne pas affronter son collègue directement. A tenter de régler tout ceci par elle-même plutôt que de lui demander de l’aide. Elle avait été forte jusqu’à présent, ce n’était pas aujourd’hui qu’elle allait flancher !

« Prend soin de toi. »

Qu’est-ce que… Quoi ? Mais pourquoi elle lui disait ça, elle ?! Se trouvant de plus en plus idiote, elle tourna les talons et quitta à son tour l’appartement. Si elle aurait aimé qu’il la rattrape ? Sans doute. Et peut-être pas, au fond, ils étaient deux entités bien distinctes et ne s’accorderaient jamais. Jamais, même après une danse. Même après une soirée. Même après tout ça. Elle déglutit en s’arrêtant au milieu des marches, serrant la bandoulière de son sac entre ses doigts à s’en faire blanchir les jointures. Fermant les yeux, espérant secrètement que l’homme qui venait de bousculer son petit train de vie ne soit pas resté… D’ordinaire il ne tenait pas ses promesses de toute manière.

Pas cette fois. Il était là, à l’attendre dans la rue.
Elle n’était pas couchée...
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“On peut affronter la brise, mais il vaut mieux s'affaler dans la tempête.”

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