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“Quand une chose n'a plus de nom, elle disparaît.”

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MessageSujet: “Quand une chose n'a plus de nom, elle disparaît.” 26/12/2016, 14:12

En cette période fêtes, j’ai plutôt tendance à ne pas sortir de l’appartement, de peur d’être écrasé par la population de touristes grandissante de Paris. C’est un peu le problème quand on a choisi de vivre à deux pas de Notre Dame : on est jamais tranquille ! Mais bon c’est le prix à payer pour avoir l’une des plus belles vues de Paris.

Ce matin je me suis assis sous la grande verrière du salon, à côté de la vitre qui donne sur la terrasse surélevée. Il fait un temps magnifique pour un mois de décembre. Autant vous dire que le soleil qui tape sur la vitre réchauffe la pièce, et ne me donne pas des masses envie de bouger. J’observe le plumage rouge de mon oiseau qui se promène en liberté dans l’appartement, heureux de pouvoir voler. Il est tellement mieux ici que dans une cage, et je me régale à le regarder s’amuser. Parfois il vient se poser sur mes genoux pour réclamer une cacahuète ou un morceau de kiwi frais… En réclamant avec les plumes ébouriffées comme il sait si bien le faire. Le ara macao, que j’ai renommé Vango, est un cadeau de Gabrielle. Mon amie me l’a offert lors de son retour en France. Depuis, l’oiseau est devenu mon fidèle compagnon dans ma vie de tous les jours. Moi qui jurais de ne jamais prendre d’animal de compagnie -trop de contraintes- je me retrouve perdu quand l’oiseau s’est caché dans la maison.

Les fêtes de Noël étant passées, je profite de ma tranquillité pour mettre un peu d’ordre dans les papiers. Je déguste une tasse de café noir, cherchant tant bien que mal un numéro de téléphone dans un monticule de papiers, alors que Vango s’amuse à me mordiller le doigt qui tourne les pages. « Oh, laisse-moi tranquille ! » Il s’empresse de me répondre « Dégage ! Dégage ! Dégage ! » Merde. J’ai un peu de mal à assimiler le fait qu’il soit si intelligent… Au Zoo j’en ai quelques uns qui parlent, mais pas aussi bien que lui. Il arrive tout de suite à mettre les mots dans la bonne situation… Il suffit que je lui dise une fois pour qu’il le rentre dans sa petite tête. En l’occurence le moment était bien choisi. Les perroquets sont pires que les enfants, il faudra que je m’y fasse, parce que je l’ai pour la vie.

Finalement, quand je me relève de mon fauteuil après m’être clairement assoupi, je me rend compte que le temps est passé beaucoup trop vite. Déjà 14 heures… j’avais prévu un tas de choses, je crois que je me contenterai de larver dans la cuisine.

Je file à la salle de bain de l’étage pour me décrasser, puis pris d’un élan de motivation, j’ouvre une recette dans un bouquin de cuisine qui traînait sur le plan de travail. Comme ça, totalement au hasard ! Et hop, me voilà parti pour faire un… Pot-au-feu. Bah voilà, je ne savais pas trop ce que j’allais faire ce soir, je n’aurai qu’à inviter mes amis à manger un plat d’hiver -comme si le repas de Noël ne nous avait pas assez goinfrés !

« Merde, les carottes ! » Dis-je alors que j’ai fini de préparer tous les ingrédients. « Merde, merde merde ! » La voix du perroquet sonne en écho dans le salon. Il m’arrache quand même un sourire, j’avais oublié qu’il était là. Je prends ma veste et une écharpe, le porte-feuille dans la poche, puis met une paire de basket bien pourries pour aller à l’épicerie la plus proche. Mon garde du corps, Henri, est en train de se griller une cigarette sur la terrasse. Il est rare que je le voie fumer ! Le voyant esquisser un geste pour jeter le bâton incandescent, je l’arrête d’un geste de la main. « C’est bon, vous faites ce que vous voulez Henri. » Il sourit, fermant la porte derrière moi pour m’accompagner. Henri, c’est ma deuxième ombre -il est parfois plus près de moi que ma propre ombre, ne m’en déplaise ! Il m’a souvent sorti de situations délicates : comme une fille un peu trop collante.

Je reviens une vingtaine de minutes plus tard, un sac de carottes et une bouteille de bon rouge dans les bras. Dans la cour intérieure, juste à l’endroit où Henri fumait quand je l’ai salué… Une femme à la chevelure rougeoyante s’est installée. Sa peau d’un blanc immaculé est presque entièrement masquée sous un grand manteau et une écharpe bien chaude. Surprise.

« Fanny ? » Fais-je un peu étonné alors qu’Henri prend un peu de distance pour s’effacer. Je ne l’ai pas vue depuis au moins un an ! Et j’ai l’impression qu’il s’est passé tout un tas de choses depuis la dernière fois que j’ai vu cette chevelure rousse. Je la regarde un instant dans les yeux, ne sachant pas si je dois lui balancer une vilaine pique cynique ou simplement lui adresser un sourire embarrassé. Qu’est-ce qu’elle fout là ?
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MessageSujet: Re: “Quand une chose n'a plus de nom, elle disparaît.” 30/12/2016, 23:54



quand une chose n'a plus de nom, elle disparaît

Depuis qu’elle est revenue de Saint-Malo, Fanny a connu des jours plutôt positifs et encourageants la confortant dans sa démarche d’aller se faire soigner. Seulement aujourd’hui, son ciel est gris et il déteint sur son humeur. C’était à prévoir, lui a dit son thérapeute. C’est normal, surtout que tous ses plans, tous ses projets ne peuvent pas se réaliser en un claquement de doigts. Il faut du temps, de la patience, et ça veut dire des passages à vide aussi. C’en n’est néanmoins pas plus agréable.

En cette période d’entre-fêtes, c’est encore plus difficile pour la rousse qui se retrouve bien seule et dont les récentes occupations, gravitant toutes autour des travaux de la boutiques, sont toutes ralenties par les vacances des ouvriers, contractuels et autres personnes essentielles au bon déroulé des opérations. Lasse de broyer du noir et de tourner en rond dans son appartement, bien que ce dernier lui ait énormément manqué, elle décide de faire la seule chose qu’elle avait l’habitude de faire dans de pareilles circonstances : aller voir Natanaël.

Fanny a longtemps pesé le pour et le contre avant de finalement se décider à pousser la porte d’entrée, non sans avoir câliné Jade pendant une bonne dizaine de minutes. Voilà plus d’un an maintenant qu’elle n’a pas vu son amant occasionnel, elle submergée par la vie, lui probablement rattrapé par le quotidien, et elle s’est un temps demandé si elle pouvait encore se permettre de débarquer sur son perron sans crier gare, comme à leur habitude. Si leur relation avait été un poil différente, elle se serait ravisée, mais au final, s’il y a bien une personne sur terre avec qui elle puisse se permettre ce genre de familiarités, c’est bien Nate.

Vêtue d’un long manteau noir et d’escarpins de la même couleur qui n’ont pas été épargnés par le chantier, quelques petites gouttes de peintures ornant les hauts talons, visibles pour tout œil qui aurait entrepris de les trouver ; elle saute dans un bus et ne laisse passer que quelques arrêts avant de descendre à quelques rues de l’immense appartement Blondel.

Arrivée dans la cour intérieure, après avoir composé un code dont elle ne pensait plus se souvenir, son corps l’arrête avant d’avoir franchi les derniers mètres qui la séparent de sa destination. A ce stade ce n’est plus du brun dont Fanny doute, mais bien d’elle-même. Fait-elle le bon choix, est-il raisonnable d’ouvrir la porte à ses anciens travers, aussi agréables puissent-ils être. Alors elle reste là, le nez enfoncé dans sa grande écharpe, à observer les dalles. Elle ne saurait dire combien de temps elle passe dans cette position, ne percevant plus que le froid qui bleuit ses lèvres et fait trembler ses membres. « Fanny ? »

Ses doutes se dissipent alors qu’elle est mise devant le fait accompli. Elle chasse ce qui pouvait rester d’hésitation en se retournant élégamment en un mouvement délicat de chevilles. Lisant la surprise dans les yeux de Natanaël, la rousse arque son sourcil droit alors que sur ses lèvres se dessine un sourire en coin. « Je t’ai manqué ? » Il a l’air totalement décontenancé par la réapparition de Fanny qui ne peut que le comprendre. « Tu peux m’embrasser, tu sais. » Mi-sérieuse, mi-mutine, elle laisse à Nate toute la marge d’interprétation dont il pourrait avoir besoin pour appréhender son retour. C’est d’ailleurs bien là le propre de leur relation, un flirt incessant avec le vide, un pied au-dessus du précipice, n’assumant jamais complètement ni la dérision ni l’honnêteté entre eux.

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