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Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan.

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MessageSujet: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 27/12/2016, 13:21


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & Au café du Louvre, il y toujours quelques tables de prises le soir, et beaucoup de libres. C'est trop cher pour les touristes, pour les élèves de l'école ou pour le personnel du musée. Il n'y a que les riches magnats du pétrole (ou tout simplement les médecins, fils de médecins, actionnaires et autres) qui peuvent se le permettre. A dire vrai il n'y a jamais mis les pieds avant aujourd'hui. Il passe toujours devant, quand il va vers la rue St Honoré. Il regarde ce que les riches touristes ont dans leur assiettes, ça fait ruminer son ventre, mais il oublie, bien vite.
Il a une amie, Emmanuelle, elle a à peu près son âge, elle travaille dans l'import export. Elle est pétée de thune, elle a un appart de 130m² intramuros, mais pas dans le seizième, faut pas déconner, ça ferait trop cliché. Dans le sixième. C'est pas mieux vous me direz. Elle aime beaucoup faire plein de cadeaux, tout le temps et à tout le monde. Ils se sont rencontrés à la soirée d'anniversaire d'un pote il y a une dizaine d'année. Ils ont tout de suite accrochés (sous-entendu par là, ils ont baisé dans la nuit, c'est elle qui voulait, mais ça n'a rien donné, ils sont restés amis).
Elle lui a dit.
Va au café du Louvre vers 22H, après la nocturne, prend la table tout au fond à ta gauche, à côté de la fenêtre. J'ai une amie qui t'attendra.
Il a demandé, mais pourquoi tu veux que je rencontres ta pote. Elle a dit tu verras, du coup il verra, et il attend. Elle veut qu'il s'amuse un peu, faut dire ça fait longtemps qu'il s'est pas mis en couple (ni qu'il a tiré son coup). C'est pas comme si ça le dérangeait, mais bon, une pauvre jeune fille va l'attendre toute la nuit, et autant lui dire en personne qu'il est pas intéressé.
Un type entre, il est asiat'. Raffaele tourne la tête, il regarde dehors. La comédie française brille. Roméo et Juliette est joué ce soir, pour encore quelques représentations. Il murmure, pour lui. «
Il pleut...» Il se met à parler tout seul, c'est triste. Il perd la tête.
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 27/12/2016, 16:40


Raffaele & Kuan-Yi
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Mais pourquoi diable ai-je donc dit « oui » ! Je m'étais pourtant juré depuis le fâcheux épisode Lana McGulicuty, ou plutôt « Amber », de ne plus jamais, au grand jamais accepter les requêtes saugrenues de tout ces tarés, et en particulier des femmes. Non mais c'est vrai. Aux dernières nouvelles, c'est encore moi qui établis les règles du jeu. JE choisis, J’accompagne et si par bonheur JE suis bien luné, l'heureux élu a des chances de décrocher la lune … . Non mais dit ho ! C'est quand même pas une bonne femme qui va s'improviser mère maquerelle et qui va me dicter ce que je dois faire ! Contrairement à mes « collègues » je ne fais pas ça par nécessité, mais par choix. Cette vie, personne ne me l'a imposé, je l'ai choisie. Pourtant, et en dépit du bon sens, je suis pourtant là, entrain de me plier aux quatre volontés de cette Marie tampon. Rah je vous jure, je ne sais pas ce qui me retiens de lui faire ravaler ses extensions à cette Emmanuelle. Mais dès le début, elle m'a tapé sur le synthème avec ses grands airs de parvenue pleine aux as. Je savais que ce jour là, j'aurais mieux fait de me casser une jambe plutôt que de me rendre à ce vernissage au Louvre. Jupiter était pourtant dans ma maison douze … et je n'ai pas écouté ! Voilà ce qui arrive quand on se joue des astres, ils vous font payer votre outrecuidance. Je ne demandais rien, ou presque, à personne. J'étais pourtant tranquille, entrain de chercher un généreux mécène susceptible de subventionner mon art subversif. Et v'là t'y pas que cette espèce de … de Drew Barrymore sur le retour, me tombe dessus comme la misère sur le monde. Franchement, je me demande encore comment elle a bien pu savoir que je … je louais mes charmes contre une poignée de billets. Soit c'est une Madame Colombo qui me file depuis que je suis à Paris, soit je vais vraiment finir par croire que les femmes ont des antennes et qu'elles perçoivent des choses qui nous échappes totalement à nous les hommes. Toujours est-il qu'elle est venue me trouver pour que, je cite, « je distrais son ami » … . Ouiiiii mais bien sûre ma chérie, on me le dit tout les jours que j'ai une tête distrayante de Bozzo le clown ! Abrutie ! Ça a tout d'abord était un cinglant « non ! » avec fin de non recevoir. Ah oui, et à cela, j'ai ajouté qu'elle n'avait qu'à s'en charger elle-même. A peine eus je le temps de tourner les talons pour prendre congé de cette blondasse bien gratinée, qu'elle m'a empoigné par le bras avec une force qui vous tordrez un annuaire.

Elle a ajouté le plus naturellement du monde qu'elle l'avait déjà fait et que cela s'était avéré guère concluant. Oh je l'a revois encore entrain de me dire entre deux petits-fours « Je pense qu'il est plus sensible aux charmes d'un Apollon que d'une Vénus ». Non mais helloooo girl ! Redescends sur Terre, tu n'es pas non plus irrésistible à ce point là. Je ne dis pas que t'es un boudin, pour parler crûment, mais il n'y a franchement pas de quoi non plus se relever la nuit ! Si ça se trouve, ton pote, il n'est pas de la paroisse. Si ça se trouve, le problème, il vient de toi. Tu ne sais pas t'y prendre, et puis c'est tout ! J'ai donc enchéri en disant que ça ne m'intéressait absolument pas, que les gays refoulés j'ai donné, que c'est vraiment pas mon truc et que le remède et parfois pire que le mal. Je pensais que la discussion était close, mais là elle me sort l'argument choc : « Je vous payerais le triple de ce que vous exigez en temps normal. ». Ah oui mais alors là, si tu me prends par les sentiments, je ne peux plus lutter moi ! Entendu, j'irai le voir ton boy. Voilà donc pourquoi, et comment, je me retrouve ce soir en plein premier arrondissement, sous une pluie diluvienne, entrain de partir à la rencontre d'un mec que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam et que entre nous soit dit, je n'ai absolument pas envie de rencontrer ! Question : un tel scénario, ça se situe a peu près où sur l'échelle de la vie de merde ? Pfff, qu'importe, je n'ai pas le temps d'y réfléchir de toute manière puisque je suis arrivé au lieu du « rendez-vous ». Café du Louvre … elle aurait pas pu choisir plus tarte comme endroit l'autre là ! Oh génial, en plus de ça, je suis trempé comme une vierge après sa nuit de noce. Mais on est où là sérieux ? On se croirait à Taipei en pleine mousson ! Argh, enfin au sec. Qu'est-ce qu'elle me veut cette petite là, avec ses yeux de shar-pei battu ? Me débarrasser de mon manteau ? Oh dame, c'est qu'on a des manières et qu'on sait vivre dans le premier ... ! Bah tu n'auras pas à me le dire deux fois mon petit. Tiens, prends ça et files ! Wohophop, de la délicatesse, c'est du Prada. Ça ne vient pas de chez Tati ! « Doucement. DOUCEMENT ! C'est de l'alpaga, ça n'aime pas être molester ! ». Oh bonté divine, du Prada, dans les mains de cette souillon … . C'est vraiment donner de la confiture à des cochons ! Pfff, bon calmes toi, respires, détends toi. Voilàààà zen ! C'est bon je pense que je suis en condition pour ce rencard arrangé.

Alors, où est-ce qu'il est le gogo à qui je dois faire faire son coming-out ? Enfin, si on part du principe que l'hypothèse de l'autre dinde est correcte. Ceci dit, il n'y a pas foule, ça ne devrait pas être trop dur de le trouver. Trop vieux. Ça … à moins qu'une analyse nous prouves le contraire, c'est une femme ! Des amoureux transits qui filent la gerbe. Eh bien il ne reste plus que lui là-bas. Oh Seigneur, Jésus, Marie, Joseph et tout les animaux de la création ! Je savais bien que le Père Noël ne m'avait pas oublié … ! Oh mama mia, quelle bombe ! Si j'avais su ce qui m'attendais, j'aurais fait un effort de toilette. Remarque avec la saucée que je me suis ramassée, ça fait un peu soirée T-shirt mouillé. C'est donc parfait pour ferrer le poisson. C'est étrange, mais je ne sens aucune vibration gay qui émane de lui. Pourtant, Dieu sait que mon homo-radar ne se trompe que très très rarement. Oh c'est ridicule, courage fuyons. Il est encore temps de faire machine arrière et de rebrousser chemin. D'un autre côté si je le fais, je peux dire bye bye au fric que m'a promis l'autre dondon. Bon, eh bien quand faut y aller, faut y aller. Il a la tête dans ses mains et mate le bois de la table. Super, il ne verra le coup se profiler et je bénéficie de l'effet de surprise. Ok, nous y sommes. « Bonsoir. Vous devez être Raffaele ? ». Quoi, j'ai dit une connerie ? Pourquoi me regarde-t-il avec des yeux grands comme des billes, les sourcils arqués et un rictus incrédule sur les lèvres ? J'ose espérer que c'est mon relent d'accent mandarin et ma prononciation italienne plus que rudimentaire qui le fait sourire. Si ce n'est pas le cas, je crois que je risque de mal le prendre. « Veuillez excuser ma prononciation plus que hasardeuse, mais je ne sais pas du tout rouler les « r ». Hahaha ! ». Ça non, je le reconnais, je ne sais pas faire. Je sais rouler des yeux pour séduire, je sais rouler des fesses sur un podium, je sais rouler un clope et à l'occasion d'autres choses moins légales, mais rouler les « r », c'est un truc que je n'ai jamais su faire. Silence … . Malaise. Ok, je vois le genre, un grand timide, c'est bien ma chance ! Une fois n'est pas coutume, je vais devoir mâcher tout le travail. Bon je ne vais pas non plus me laisser grandir d'avantage, je vais donc m'asseoir. « Emmanuelle m'a dit que je vous trouverais ici ». C'est bien ça pour commencer, non ? Le mettre en confiance et le détendre en lui parlant de sa pote. Pourquoi il y a arrêt sur image là ? Musée Grévin, bonjouuuur ! Il me fait quoi là, un micro-coma ? Hého, il y a quelqu'un là-haut ?! Oh putain, je sens les ennuis arriver à grand pas ! Mais dans quel guêpier suis-je donc encore aller me fourvoyer … ?
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 27/12/2016, 23:45


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & Il perd la tête. En regardant la pluie ça lui semble évident. Il voit des formes, des schémas, ça l'hypnotise, et le temps passe vite, si vite. Il pourrait presque s'endormir, rester là une éternité. Il a toujours trouvé la comédie française très laide, pas tant que ça au final. Elle est bien éclairée. Les gens vont bientôt sortir.
On le sort de sa torpeur et de son hypnose. C'est l'asiat, au bar, qui pète un plomb. Raffaele fronce les sourcils, il passe une main dans ses cheveux. Il gueule un truc à propos de lamas, ou d'alpaga, et ensuite il sort un mot beaucoup trop compliqué pour un expatrié. Il lève les yeux au ciel puis sirote sa tasse de café. Encore une autre folle qui s'est un peu trop éloignée du marais. Il regarde dehors de nouveaux, espérant que sa compagnie ne tardera plus trop. Il a trop travaillé aujourd'hui, il est temps de rentrer. Il regarde sa montre. 22H13. Il a plus trop l'habitude de veiller dehors en semaine. Dehors, des élèves de l'école passent en se marrant. Ils sortent sans doute du mcdo. Il regarde la table. Il a pas l'air d'être utile à qui que ce soit ici, il a envie de partir.
« Bonsoir. Vous devez être Raffaele ? » Il relève la tête en fronçant les sourcils. Il le dévisage le type qui lui parle. Nul doute que c'est un homme. L'asiat qui gueulait à propos de son manteau en peau de lama au comptoir. Nul doute qu'il connait son nom (même si pour la prononciation, on repassera). Et il comprend à toute vitesse, que ce type n'est pas un de ses potes, qu'il s'agit d'un escort (elle en parle, de temps en temps). De fait, nul doute que c'est lui, son escort tant attendu.
Du coup un vague sourire passe sur ses propres lèvres. Ca le fait marrer, elle pensait à quoi sérieusement ? Elle se croyait où ? Elle espérait quoi ? Il pousse un vague sourire, mais ne le quitte pas des yeux. « Veuillez excuser ma prononciation plus que hasardeuse, mais je ne sais pas du tout rouler les « r. » Un rire un rien cristallin passe sur ses lèvres. Il a l'air fier de lui en plus (ou plutôt, incapable de ne pas être fier de lui, ce qui au final, revient au même). Il ne sait pas vraiment quoi répondre, il reste silencieux, analyse la situation sans se précipiter. Déjà, l'autre reprend.
« Emmanuelle m'a dit que je vous trouverais ici » l reste encore silencieux un moment. Il ne sait pas quoi dire, ni comment réagir. C'est pas la première fois qu'il se retrouve en tête à tête avec un mec, mais en tête à tête avec un escort boy, ce n'est pas vraiment une situation qu'il a déjà envisagée dans sa vie. Si bien qu'il passe un court instant sans rien dire. Lorsqu'il comprend que l'autre attend une réponse, il glisse simplement : « J'vous en prie, restez pas debout. » Il sait pas vraiment comment réagir, comment se comporter ou comment parler. Il est pas mal à l'aise, simplement un peu gêné. Il se racle la gorge. « C'est elle qui vous a dit de venir ? Y'a un malentendu, j'attendais une nana. » Il est pas sûr d'être très poli, alors pour détendre un peu l'atmosphère, il ajoute, lentement (rien ne sert de se précipiter) : « Et pour le "r," ça fait rien, vous êtes pas le premier, vous serez pas le dernier. » Sans évoquer le fait que lui aussi a un accent flagrant.
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 28/12/2016, 10:03


Raffaele & Kuan-Yi
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Wo de tian … ! Cette voix, c'est tellement … . Pffiou, c'est moi ou il fait chaud ici tout d'un coup ? Il n'y a vraiment pas à dire, l'italien, et l'accent italien en particulier, ça glisse littéralement dans l'oreille. Oh je me sens comme … comme enveloppé dans de la ouate. Léger, sur un petit nuage. Hors du temps, quoi. Comme hypnotisé par ce timbre de voix suave. Oh mais oui bien sûr, tout de suite bello, je m'assois. Assis, debout, couché, le beau : demande moi tout ce que tu veux, je te le fais dans la seconde ! Merde, pourquoi je me sens si … bizarre ? J'ai l'impression d'avoir comme un point sur l'estomac. Non, ce n'est pas ça. Ça ressemble plutôt à des frémissements. Le quatorze Juillet avant l'heure, mais vécu de l'intérieur. C'est donc ça un coup de cœur ? C'est ce que l'on ressent ? Les fameux papillons dans le ventre. Mais c'est complètement con comme sensation ! Putain, dire qu'il a fallu attendre trente ans avant que je connaisse pareille ressenti. Au moins je ne mourrai pas idiot, c'est ce qu'il faut se dire. Je ne me reconnais pas. C'est pas moi ce type. En temps normal, jamais je ne laisse mes émotions et mes sentiments avoir voix au chapitre. Il n'aura donc suffit que d'un regard gris anthracite, que de quelques mots pour que l'armure de samouraï se fendille et s'érode. Qui l'eut cru ? Certainement pas moi en tout cas ! Bon mon petit canard laqué, on arrête de faire des plans sur la comète et de bâtir un roman. Au cas où tu l'aurais oublié, je te rappelle que « tu bosses » là. Oh bonsoir mère ! C'est dingue, j'ai beau mettre près de dix mille kilomètres entre vous et moi, et vous parvenez quand même à habiter mes pensées et à me ramener à la raison ! Ok, on se remet donc à l'ouvrage. J'ai peur de ne pas tout saisir là. Les secondes s'égrainent, et il reste dans une sorte de mutisme sans piper mot. En plus rien, ou presque, ne transparaît de lui. Hormis cette petite expression amusée métissée à une sorte de gêne. Remarque on peut comprendre. Une amie vous dit qu'elle a quelqu'un a vous présenter mais elle omet de préciser qu'il s'agit d'un escort boy. Avouez qu'il y a de quoi être quelque peu mal à l'aise. STOP, arrêtez tout !

Ses lèvres, ses si belles et langoureuses lèvres s'entrouvrent. Il va parler. Il va parler ! Ah … et il a parlé. Ouais. Évidemment, c'était trop beau pour être vrai. J'aurais dû me douter qu'il y avait un loir dans toute cette histoire. Mon rital préfère les paires de seins et d'ovaires sur pattes. Aller hop, retour à la lucidité ! Exit les papillons dans le ventre, le petit nuage, la ouate et toutes ces conneries ! Je crois que c'est ce qu'on appelle se prendre une douche froide. « Aaaah oui … Oui, oui, oui ! Ah d'accord. Ohlalala ah oui. Ah d'accord. Ohlalala, ah oui. D'accord. Pardon, mais là je vous livre les mots un peu comme ils viennent. Ça va revenir, ne vous en faîtes pas. Juste le temps que … que … . Garçon ! Servez moi un Saphir je vous prie. Non, réflexion faite, mettez moi en deux. Et allez-y, chargez en gin ! ». Quel con, mais quel con ! Je me suis laissé attendrir, et voilà le résultat. Je me retrouve embarrassé, entrain de bégayer comme un minot se prenant un vent. Ces mêmes minots dont je me suis tant moqué par le passé. Bordel, mais comment j'ai pu en arrivé là ? Je savais que j'aurais dû faire confiance à mon homo-radar et me barrer tant qu'il en était encore temps. Mais non, au lieu de ça, et aveuglé par l'appât du gain, j'ai fait fi des évidences et ai foncé tête baissée. Oh non, et puis les chaussures quoi ! J'aurais dû tiquer sur les chaussures. Aucun gay qui se respecte n'oserait porter de tels godions aux pieds ! Pfff, une énième preuve qui aurait dû me mettre la puce à l'oreille tout de suite. J'ai qu'une envie, partir. Partir sans demander mon dû. Oh non, non, partir reviendrait à perdre la face. Et ça, ce n'est pas possible ! Ce n'est pas dans mes gênes, pas dans mon ADN. J'ai trop de fierté et d'orgueil mal placée pour me résoudre à quitter les lieux. Jamais je n'abdique, jamais je ne courbe l’échine. J'ai accepté ce job et j'entends bien l’honorer d'une manière ou d'une autre. Oh cette Emmanuelle … . Mon Dieu, celle là si j'ai le malheur de la recroiser, je peux vous garantir qu'elle va savoir ce que ressent la Vénus de Milo ! Il me parle, mais je ne l'écoute plus. C'est comme si je n'entendais que des bruits. Des sonorités que mon cerveau rechigne à décrypter et retranscrire.

Je sens que le semblant de sourire que je pouvais avoir sur le visage se fige comme un vieux fond de sauce. Oh je sais bien quelle tête je dois afficher en ce moment. Les traits fermés, l’œil vide et inexpressif. L'asiatique dans toute sa splendeur. Limite hautain et suffisant. Pas de doute, j'ai de nouveau revêtu l'armure de samouraï. Un nouveau silence de cathédrale s'installe. Bon, finissons en au plus vite. Bien que je n'ai pas spécialement envie de me montrer sec et dur envers Raffaele, je sais pertinemment que le ton de ma voix va être aussi acéré que le Mono-Uchi d'un Katana Masamune. « Ouais je crois bien qu'il y a mal donne. Pardon de vous dire ça, mais votre amie n'est franchement pas physionomiste et perspicace pour un sou. Vous devriez la rassurer et lui dire que vous êtes un homme tout ce qu'il y a de plus viril, qui aime les courbes délicates de la gente féminine. ». Ouais, ça serait pas mal. Ça m'aurait en tout cas évité de me retrouver dans cette situation grotesque. Comment ai-je pu me convaincre qu'un beau rital puisse être animé par de « vilains petits penchants amoureux » ? Non, le plus aberrant dans toute cette histoire, c'est comment une femme, qui se prétend être son amie et le connaître, puisse se planter à ce point à son sujet ? Soit elle est vraiment stupide, soit tout cela pour elle n'était qu'une blague, un jeu, une plaisanterie de mauvais goût. Si tel est le cas, félicitation c'est réussi ! Je rigole tellement intérieurement que j'en ai mal au ventre dit-donc ... ! Quoi, qu'est-ce que c'est encore ?! Ah, les cocktails ? Eh bah reste pas là à bailler au corneille, sers les moi ! Rah mais c'est quoi, ce type qui carbure à deux de tension ? Files moi ça ! Aller, un toast à ma connerie crasse ! Hop, cul-sec. Waaa, ça arrache. Toutefois, il me faut bien ça pour encaisser la nouvelle et me remettre les idées en place. Il va rester encore longtemps avec son plateau à faire le pied de grue l'autre guignol ? Ok mon petit, regardes-moi bien. Ne vois-tu pas comme un semblant d'envie de meurtre dans le noir de mes iris ? C'est bien ce que je pensais. Aller, détalles donc comme le lapereau de garrigue que tu es. C'est encore dans ce domaine que tu es le meilleur.

Bon c'est pas le tout, mais j'ai un italien sur les bras qui ne doit rien comprendre de ce qui lui arrive. Quant à moi, j'ai un joli petit pécule à récolter. Ce qu'il y a de bien avec le fric, c'est que lui ne vous porte jamais d'estocade. Je vais finir par croire que c'est l'amour de ma vie. Ahalala, la situation est critique. « Bon écoutez, je suis vraiment navré pour tout ça. Cependant, votre amie et moi avons un accord, et je compte bien le respecter. Je suppose que je ne vous apprends rien si je vous dis qu'elle sait employer des arguments très convaincants. ». Hum, c'est rien de le dire. Me faire miroiter vingt-mille balles pour que son pote s'encanaille de moi, ça me convainc. Oui mais voilà, il y a comme qui dirait une erreur de casting. Comment faire pour qu'il prenne son pied ? Oui, car c'est la condition sine qua none que cette bougresse m'a imposé pour que je touche mon pognon. Je connais pas mal de « consœurs » qui pourraient me venir en aide sur ce « dossier ». Ce qui m'embête, c'est de devoir faire fifty fifty avec l'une d'elle après. Hum … dix-mille euros c'est mieux que rien après tout. Et puis de toute façon, en l'état actuelle des choses, je ne vois pas beaucoup d'autres solutions. « Bien … je crois qu'un dédommagement s'impose. C'est quoi votre type de femme ? Dites moi quelle est votre fantasme afin que je m'efforce de vous l'apporter sur un plateau d'argent ». Oh non de grâce ne me regarde pas avec cette tête là. Tu crois que ça m'amuse moi de jouer les Madame Claude ? Je pense que je ne pu souffrir davantage d'un nouveau silence. Je vais te lister le « menu ». Avant ça, je vais quand même m'enfiler la moitié de mon second verre afin d'éradiquer les derniers lambeaux de désir que tu as fait naître en moi Raffaele. « Jeune, mure, grande, petite ? Mince, boulotte, blonde, brune, rousse ? Black, blanche, latino ? Yeux verts, gris, marrons, noirs, bleus ? ». Ah bah oui je sais, c'est un peu trash et vulgos de ma part de comparer toutes ces malheureuses comme si elles n'étaient que des morceaux de viandes dans la vitrine d'un bouché, mais je ne suis pas du genre à faire des ronds de jambes et à tourner autour du pot. La langue de bois, le politiquement correct, je ne connais pas. Moi je fonce et je vais droit au but. De toute façon c'est ça ou … . Ou l'alcool qui commence à faire son effet. Hallelujah, il était temps !
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 29/12/2016, 23:21


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & Il n’est pas énervé. Il n’est même pas lassé, peut-être juste un peu blasé parce que la situation lui échappe. Mais il n’est pas de ces maniaques du contrôle qui paniquent dès que la situation leur échappe, prend une issue indéterminée, incohérente. Ca lui va, il se laisse faire, et il écoute. Il écoute, longuement, parce que putain ce type parle beaucoup. Un véritable moulin à parole avec un accent étrange. Ca vient d’Asie, d’où exactement il ne pourrait dire exactement sans être malpoli. Il le regarde, étudie sans un mot la manière dont sa bouche bouge pour former des phrases, qui, entre ses lèvres, semblent presque anoblies. Il n’aurait jamais penser trouver une telle poésie chez un homme comme lui. A dire vrai il a l’air égocentrique, excentrique, presque anarchique dans sa manière de parler, de s’exprimer, même de se comporter. Comme si il était ailleurs, puis de nouveau là. Et puis ailleurs, à penser à plein de trucs en même temps. Ses yeux bougent dans tout les sens, ses neurones semblent fonctionner à plein régime. En comparaison, lui se trouve bien lent, à n’avoir qu’une seule chose en tête à la fois. Alors il sourit, en l’écoutant parler, en entendant la commande se faire.
Il sourit un peu aussi, mais comme avec un certain malaise ancré dans la peau. La situation le met visiblement mal à l’aise. Raffaele de son côté ne se formalise pas, il l’écoute, déjà il reprend :
« Ouais je crois bien qu'il y a mal donne. Pardon de vous dire ça, mais votre amie n'est franchement pas physionomiste et perspicace pour un sou. » L’italien fronce les sourcils. Il n’est pas certain de ce que cela veut dire. Il n’a pas souvent traîné avec des gays, mais le peu qu’il connaissait ressemblait traits pour trait à des hommes parfaitement normaux. « Vous devriez la rassurer et lui dire que vous êtes un homme tout ce qu'il y a de plus viril, qui aime les courbes délicates de la gente féminine. » Raff hausse un sourcil en baissant la tête, amusé. Alors c’est ça l’image qu’il renvoie. Un hétéro affirmé, bien sûr de lui. Il boit le cocktail cul sec. C’est quoi ce mec, c’était même pas dans un shot. Il était complètement assoiffé. Mais du coup, qu’est-ce qu’elle voulait Emmanuel. Le faire pencher ? Le faire devenir gay ? C’est pas qu’il est laid ce type, mais … C’est un mec, et il croit pas jamais avoir eu envie d’un mec dans sa vie (même si ça a l’air de bien emmerder ce pauvre escort). Celui-ci enchaîne déjà : « Bon écoutez, je suis vraiment navré pour tout ça. Cependant, votre amie et moi avons un accord, et je compte bien le respecter. Je suppose que je ne vous apprends rien si je vous dis qu'elle sait employer des arguments très convaincants. » Effectivement. La fortune qu’elle a accumulée au fil des années est plus immense que ce qu’on ne pourrait croire, et elle est généreuse, vraiment. « Bien … je crois qu'un dédommagement s'impose. C'est quoi votre type de femme ? Dites moi quelle est votre fantasme afin que je m'efforce de vous l'apporter sur un plateau d'argent ». Raffaele fronce les sourcils. Instantanément, il se crispe. Ses yeux quittent ceux de son interlocuteur pour se poser sur son verre, qu’il n’a toujours pas touché. Déjà l’autre en rajoute une couche. « Jeune, mure, grande, petite ? Mince, boulotte, blonde, brune, rousse ? Black, blanche, latino ? Yeux verts, gris, marrons, noirs, bleus ? ». Et cet étalage de femme, d’idées, de penchants, tout cela le désarçonne.
Comment dire ça à un mec dans ce genre. Comment dire clairement. J’aime pas le sexe. C’est pas que je ressens rien, vraiment, c’est juste que j’aime pas ça. J’aime pas l’état dans lequel ça me met, j’aime pas ce que ça me fait, j’aime pas. Y’a pas à être un fervant disciple de Freud pour savoir pourquoi il n’a jamais aimé s’envoyer en l’air. En attendant il n’en parle pas. Il n’a pas de fantasme, peut-être simplement qu’il n’a pas trouvé qui il faut. Il se sent pas en forme soudainement, alors même que ce mec lui avait foutu le sourire. Il lance simplement, sans énervement, avec un calme caractéristique et un léger sourire au bord des lèvres. «
J’ai pas vraiment de fantasme. » Il s’attend bien à ce qu’il ne continue à le cuisiner, c’est trop plat, trop évident. Mais déjà, il tente de casser l’élan de la conversation. « Bon, dans tout cas vous me connaissez, mais vous ? Vous êtes qui ? Vous vous appelez comment ? Vous faites quoi dans la vie ? »  Ca marchera sans doute pas, mais ça vaut le coup d’essayer.


 
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 30/12/2016, 23:21


Raffaele & Kuan-Yi
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Oh non mais le supplice quoi. Le supplice ! Je ne vous raconte pas l'effort surhumain que je dois déployer pour ne pas tanguer et vaciller face à cette voix de velours. Ces yeux de jade qui feraient fondre le plus massif des icebergs. Cette petite bouche aux légers reflets carmins dont je ne peux détacher mon regard. Ce visage … Oh ce visage. Ce doux visage quelque peu marqué mais qui reste incrusté dans ma rétine tant sa complexité, son harmonie et sa relative quiétude me désarme. Me désarçonne. Il est beau … mais hélas inaccessible et pas pour moi. J'ai l'impression d'être Ulysse attaché au mât de son bateau et tentant de résister aux chants envoûtants et enivrants des sirènes. Quand j'y repense, je me demande bien comment j'ai pu croire l'ombre d'un instant que je pouvais goûter ce à quoi tout à chacun dans ce bas monde a le droit : l'amour et la tendresse. Aussi loin que je m'en rappelle, il n'en a jamais été question pour moi. Et à mon humble avis, ce n'est pas près de changer. Je n'y ai pas le droit, c'est aussi simple que ça. Je ne suis qu'une image éthérée. Un fantasme évanescent pour certains. Une muse ou une égérie pour d'autres. Un bien qu'on se paye, qu'on consomme et que l'on jette une fois satisfaction acquise et assouvie. Ceci dit, je vous le rends bien messieurs. Oh s'il te plaît arrêtes. Ne me regardes pas comme ça. Avec pitié. Enfin, je crois que c'est ce dont il s'agit. A vrai dire je ne sais pas. Je ne sais plus. Pour moi, il n'y a rien de pire que de susciter la pitié. C'est bien là le pire des sentiments. Ouais bon ok, mettons le second. Le premier étant selon moi l'indifférence. C'est simple, quand je veux signifier à quelqu'un qu'il n'est rien, c'est mon arme favorite. Si j'avais voulu m'apitoyer sur mon sort, faire pleurer dans les chaumières et rechercher l’empathie des gens, j'aurais écrit un livre. Oh croyez-moi, c'est pas la matière qui manque. Non. Je suis de ceux qui préfèrent voir le verre à moitié plein. Ceux qui même le pied sous la botte, réfléchissent encore à la façon dont ils vont pouvoir redorer leur image. Je n'ai pas honte d'être une geisha des temps modernes. Au contraire, j'en suis fière. Fière que l'on puisse vouloir de moi à son bras sur les tapis rouges ou lors d’événements mondains. Fière que l'on puisse penser que je sois tellement exceptionnel et hors d'atteinte et que la seule façon de m'avoir à ses côtés soit de payer. Mais … . Ce qui me rendrait vraiment fière comme un paon faisant la roue, ça serait de redevenir la gravure de mode que les créateurs, les photographes et les magazines s'arrachaient il y a quelques années de cela.

Je sais que c'est possible. J'y crois dur comme faire. Oui c'est ça que je veux. Ça et rien ni personne d'autre. Pas même toi Raffaele. Rah, c'est stupide, je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à me convaincre qu'il n'en vaut pas la peine, que c'est un con ou un de ces types banals et insipides que l'on croise à tout les coins de rue. Avec toute la haine, la rancune et la méchanceté dont je regorge, je pensais être capable de détester et d'avoir en grippe n'importe qui. Force est de constater que là dessus aussi, je me suis planté. Et dans les grandes largeurs ! Hum, pas mal. Non, je reconnais que c'est bien tenté que d'essayer de noyer le poisson en axant la discussion sur moi. Je crois qu'à sa place, c'est ce que j'aurais fait aussi. Malheureusement, on ne me la fait pas à moi. Donc non, ça ne prend pas. S'il souhaite en apprendre d'avantage sur moi, cela reviendra à se heurter à un mur encore plus impénétrable que la muraille de Chine. Et puis de toute manière, qu'est-ce que ça va lui apporter de savoir qui je suis ? Mon nom et mon prénom sont imprononçables, indéchiffrables et immémorables. Du moins pour les occidentaux. J'aurais très bien pu prendre un pseudonyme lorsque j'ai percé dans le milieu de la mode. Ça aurait été dans la logique des choses et nettement plus commode. Toutefois, je n'en ai rien fait. J'avoue que ça m'amuse de voir les gens ramer et peiner pour prononcer ces trois petites sonorités qui sont âcres et qui vous piques les tympans comme les pointes d'un Shuriken. En définitive, ce qui me fait jubiler, c'est de les reprendre et de les corriger sur un ton cassant pour ne pas dire méprisable. Cependant, c'est bien là la dernière chose dont j'ai envie. Être cassant et méprisable avec toi. Je ne sais pas, c'est comme si … comme si quelque chose me disait que tu ne mérites pas d'être traiter ainsi. Tsss … je suis vraiment pitoyable, mais curieusement à côté de ça, je sens et je sais que l'image que je renvoie, à cet instant précis, est aussi glaciale que les blocs de marbre blanc constituant le Taj-Mahal. J'espère que ça ne se percevra pas dans mes propos. « On se fout royalement de moi et de comment je m'appelle. Tout ce qui compte, c'est vous. Vous et l'heureuse élue qui aura la chance de partager un dîner en votre compagnie. D'aller au cinéma, à un concert ou à l'opéra et peut-être même plus qui sait. Allez-y, exposez moi un peu votre idéale féminin. Je peux vous garantir qu'il existe et qu'il se trouve forcément quelque part dans cette ville. Vous avez le droit au bonheur, même s'il est éphémère. Vous avez le droit de passer un instant fugace avec la personne de vos rêves. Considérez moi comme le Père Noël … ! ».

Pfff le Père Noël … quelle ironie ! Moi qui ai toute ma vie durant fais vivre un enfer aux gens que j'ai pu côtoyer, me voici entrain de me démener pour tenter d'octroyer à ce gars un morceau « volé » de paradis. Non mais vous y croyez vous ?! On dirait bien que votre travail de ciselage et de façonnage a échoué mère. Aussi curieux que cela puisse paraître, votre créature est faible et peut-être pas totalement dépourvue de cœur. Et pourtant, on peut dire que vous n'avez pas chômé. Je vous entends encore. M'engueuler comme pas permis. « Comment ?! Il t'a vu torse nu, et il n'a pas payé ? Mais il doit payer ! Il doit payer !! ». N'importe quelle mère normalement constituée aurait été abattue et dévastée d'apprendre que son enfant brade son corps pour une poignée de dollars taïwanais. Seulement, vous n'êtes pas n'importe quelle mère. Pas vrai ? Rassurez-vous, vous êtes en passe de réussir votre travail de Pygmalion. Plus le temps s'écoule, et plus je vous ressemble. Du moins c'est ce que je croyais, jusqu'à ce soir … . Bon trêve de rêverie. Revenons en à l'instant présent. J'espérais que mes paroles n'auraient pas la causticité du vitriol, mais c'est raté. Une fois de plus, je me suis montré froid, distant et altier. Bref, j'ai été moi. Ne m'en veux pas surtout. Ça n'a rien à voir avec toi. Je suis comme ça, c'est tout. On ne se refait pas comme on dit ! Argh, ça y est, ça me relance. Vite, une nouvelle gorgée pour anesthésier le mal. Pouah ! Il est tiède, et pas assez relevé. Bref, passons. Pas vraiment de fantasme … . Hahaha, la bonne blague ! A d'autre hein s'il te plaît, ne me fait pas l'affront. S'il y a bien une chose que je connaisse, c'est les hommes. Qu'ils soient hétéros, homos, riches, pauvres, grands, petits, gros, minces, vieux, jeunes, quasimodos ou palyboys, ils ont tous un dénominateur commun : le fantasme. « C'est impossible, on a tous au moins un fantasme. Le fantasme s'apparente au rêve et au désir. A l'instar du rire, rêves, fantasmes et désirs sont le propre de l'Homme. Si nous en étions dépourvus, nous ne serions que des animaux muent par de bas instincts primaires. ». Dixit Monsieur Weï, mon précepteur de naguère en philosophie. S'il était encore des nôtres aujourd'hui, le malheureux se rendrait compte que ce postulat n'est peut-être pas aussi indiscutable qu'il ne le pensait à l'époque. Beaucoup d'hommes, pas tous heureusement, ne valent pas mieux que les bonobos du zoo de Vincennes ! Cela dit, le monde dans lequel nous vivons y est pour beaucoup je pense.

On est bientôt en deux-mille dix-sept, les gens sont cons, les poulets sont élevés aux OGM, les garces s'élèvent en censeurs de la morale et ça ne choque plus personne d'ouvrir son porte-feuille pour s'offrir une petite mort ! Oh mais toi Raffaele, tu n'es pas comme eux. Raffaele … . Peintre éternel. Archange étrange d'un autre ciel. Oui c'est ça, un ange. Un ange parmi les pêcheurs. N'importe quel mec aurait été ravi que sa pote lui fasse plaisir en lui offrant un peu de bon temps par l'entremise d'un ho ... enfin non, plutôt d'une femme qui ne pose aucune question et qui dit oui à tout, ou presque. Toi au contraire, on dirait que ça t'indiffère, te blase et te laisse impassible. On ne peut pas dire que tu me facilites la tâche. « Pardonnez mon langage grivois, mais vous n'êtes pas obligé de la sauter vous savez. Nous autres garçons et filles de joie de luxe, à la différence de nos « collègues » de la rue, on sait faire la conversation et écouter. Parfois, les gens font appel à nous juste pour discuter, se confier ou exorciser de vieux démons. C'est simple, un psy de Kaohsiung m'a dit un jour que j'étais un fléau pour sa profession … ! ». Pfff, « Un fléau pour sa profession » , non mais quel abruti fini celui-là je vous jure. A ce train là, il n'a qu'à faire un procès aux coiffeurs pour écoute abusive. On a tendance à l'oublier, mais un, ou une escort, c'est avant tout un trophée que les grands de ce monde arborent fièrement aux yeux de leurs semblables histoire de leur faire bisque bisque rage. Contrairement à ceux et celles qui tapinent, on peut choisir si oui ou non la marchandise reste dans son emballage. C'est bien là l'un des rares privilèges qu'on a. La question que je me pose souvent c'est … pour combien de temps encore ? Rah et puis peut importe, on s'en fiche. Est-ce que je … . Ah oui je savais bien que je n'avais pas oublié mes clopes. Bizarre, d'ordinaire je ne les mets jamais dans la poche intérieure de mon blazer. Ceci dit, ce n'est vraiment pas une soirée ordinaire, donc plus rien ne m'étonne. HAAA ! Non mais il m'a fait une peur bleue ce serveur à surgir de je ne sais où. J'ai cru que c'était le Chupacabra ! Qu'est-ce qu'il a à regarder le mur avec de grands yeux ? « Défense de Fumer ». C'est bon j'ai compris. Tiens regarde ce que j'en fais. Voilà je la brise, je la broie, je la casse en deux. Cette malheureuse cigarette qui n'a rien fait de mal. C'est toi qui devrait connaître pareille fin, larbin ! Toujours est-il que ça défoule. Tsss … je n'aurais jamais cru que la France puisse être plus réac et réfractaire que Taïwan. Ah ce qu'elle me manque la tabagie de Taipei. Les salons d'opium. Ah l'opium … . Je donnerai cher pour quelques bouffées. Pour m'évader et oublier au gré de ces volutes bleues qui me font venir les larmes aux yeux … .
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 31/12/2016, 09:13


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & Ouai, il a beau réfléchir il n’a jamais aimé s’envoyer en l’air. Dans les bras d’une femme, il se sent démuni, triste, presque incompris, gêné. Et puis surtout, très mal à l’aise. Très mal à l’aise, comme si cette personne lui voulait du mal, comme si elle était capable de lui briser la nuque lorsqu’elle passe les mains autour don cou pour l’embrasser, comme si avec ses lèvres, elle allait l’embrasser, faire diversion, pour mieux arracher sa langue de ses dents. Les mains sur son corps, c’est pour le griffer ou l’éventrer. Il fixe la table. Il sent le malaise grimper entre côtes, se frayer un chemin, partant de son cœur pour remonter sa nuque, on descendre entre ses jambes. Il sait pas lui, il comprend pas. Un escort, le sens commun veut qu’il aime s’envoyer en l’air. Au moins un peu. Sans doute un peu. Alors il peut pas comprendre. Raffaele, il se sent jamais aussi exclu que lorsque ses amis parlent de sexe, de coup, de baise, de plaisir nocturnes ou sauvages. Il est pas concerné, il est pas là, il s’écarte, s’éloigne, pour se protéger. D’aucuns parlent de paranoïa (franchement Raff tu t’fais des idées, toutes les filles te veulent, prend un peu confiance à c’niveaux là ! – J’comprends pas, t’es pourtant pas l’type timide par excellence.) Comment vous dire, ou vous faire comprendre, vous expliquer … Plusieurs beaux jours d’il y a quelques années, il était gosse, il a subi les fantasmes détraqués (dépréciables, détestables, continuez) de sa cousine. On ne peut garder un homme intact (vous en conviendrez). Alors des fois, il essaye de se raisonner, de se dire, p’tain Raff reprend toi en main, trouve toi une jolie jeune fille, il est temps quand même à 33 ans. Trouve toi quelqu’un qui supporte ton mauvais caractère, ton cynisme, ton air désabusé et ta lenteur, t’es belle gueule tu devrais pas trop galérer si ? Oh si papa, si tu savais. Alors s’adresser à un type qui ne juge (plus ou moins) que par les rencontres amoureuses, le sexe, c’est quelque chose qui ne le met pas franchement à l’aise.
A force de le regarder, le malaise devrait s’amplifier. Cet homme l’amuse, le détend aussi, un peu. Et lorsqu’il parle, son accent résonne avec fierté dans le café. Il est impressionnant. Il n’a pas peur de montrer qui il est, de parler avec une tonalité résolue, de poser ses conditions et ses capacités, de faire comprendre qu’il a un rôle à jouer et qu’il a la situation bien en main. Raffaele se sent tout à coup bien inférieur (ou passif ?). Mais ça ne lui déplait pas. Il le regarde avec attention, l’écoute déblatérer, encore et encore. Il dit ne pas être intéressé par décliner son identité, et de fait, ils ne sont pas sur un pied d’égalité.
« Allez-y, exposez moi un peu votre idéale féminin. Je peux vous garantir qu'il existe et qu'il se trouve forcément quelque part dans cette ville. Vous avez le droit au bonheur, même s'il est éphémère. Vous avez le droit de passer un instant fugace avec la personne de vos rêves. Considérez moi comme le Père Noël … ! » Raffaele se marre. Alors il fait un effort, il réfléchit vraiment, il sourit et il y arrive pas vraiment. Un idéal féminin. Il réfléchit, ne trouve pas vraiment. Il voit une longue chevelure brune, rien de plus. Un corps banal peut-être, rien d’excessif. Ou alors des formes ? Il sait pas … Il y arrive pas, ça se mélange, y’a rien qui en ressort. Il essaie d’imaginer une nana dans son lit, avec qui il pourrait partager la nuit, systématiquement, le lit vide. Il fronce légèrement les sourcils. Puis il répond lentement, en le fixant droit dans les yeux. « Je vous le dis, je n’ai pas de fantasme. » La prononciation de ce dernier mot est bien trop hasardeuse, mais il tente de faire au mieux. Déjà l’autre secoue la tête négativement. « C'est impossible, on a tous au moins un fantasme. Le fantasme s'apparente au rêve et au désir. A l'instar du rire, rêves, fantasmes et désirs sont le propre de l'Homme. Si nous en étions dépourvus, nous ne serions que des animaux muent par de bas instincts primaires. ». Raff hausse un sourcil. Il n’est pas d’accord sur toute la ligne, si bien qu’il répond du tac au tac (faisant enfin preuve de réactivité) : « Je suis pas d’accord. Je n’ai pas de fantasme, pourtant je vous assure que je me sens parfaitement humain. C’est peut-être … hm … » Il cherche le mot, il est compliqué, il a dû le lire une fois, l’entendre une dizaine à tout casser. « Intrinsèque à l’homme, mais ça ne veut pas dire que c’est ce qui nous définit. » Et voila que ça part dans une discussion philosophique à deux balles. Pourtant il se prend au jeu et continue. « Enfin, je pense que ce qui nous définit c’est la pensée, la conscience de soi, pas les rêves ni les fantasmes. » un vague sourire vient se glisser au coin de ses lèvres. Il aime prendre les gens au dépourvu, et il sent qu’il a réussi, son interlocuteur ne s’attendait certainement pas à entendre plus de trois mots sortir de sa bouche. Mais déjà il reprend. « Pardonnez mon langage grivois, mais vous n'êtes pas obligé de la sauter vous savez. Nous autres garçons et filles de joie de luxe, à la différence de nos « collègues » de la rue, on sait faire la conversation et écouter. Parfois, les gens font appel à nous juste pour discuter, se confier ou exorciser de vieux démons. C'est simple, un psy de Kaohsiung m'a dit un jour que j'étais un fléau pour sa profession … ! ». Il sourit, encore. Ce type lui file une bonne humeur coriace. Il sait pas d’où ça vient (il blâme l’accent, pour se donner de la contenance), mais ça reste, et ça lui plait. Il écoute. Et puis finalement, Raff balance : « Si je veux parler, je suis pas sûr que je m’adresserais à une escort. Je préfère quelqu’un qui .. hm … connait toute ma vie déjà, et même, je n’aime pas vraiment parler de moi. » L’autre ne semble pas très réceptif. Il sort une clope de son manteau, sous le regard perplexe de Raff. S’il croit pouvoir fumer une clope à l’intérieur du café du Louvre, il va tomber de haut. Déjà le serveur rapplique, lui fait mine de remballer vite fait sa clope, et l’autre, en signe d’insoumission sans doute, la casse en deux. C’est con, ça fait une clope en moins. Alors que le serveur s’éloigne, Raff demande, non sans une arrière-pensée assez claire : « Vous, quel est votre fantasme ? » Il marque une pause, étudie son visage et le fixe droit dans les yeux. « Peut-être que ça m’inspirera qui sait. »



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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 31/12/2016, 20:16


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Oublier … . C'est pourtant facile. On oublie plein de choses. Les numéros de téléphonne, les adresses, les gens qui nous laissent ou qui nous blessent. Comme dit la chanson « Tout peut s'oublier ». Ah oui, vraiment ? C'est ce que je pensais moi aussi jusqu'à présent. Seulement, je me rends compte que certaines choses … non, certaines personnes ne peuvent être oubliées aussi facilement. Même si vous le souhaitez de tout votre être. Ma raison me hurle que t'oublier est la meilleure chose à faire, Raffaele. Mais mon cœur, ce maudit cœur que je croyais atrophié, s'y refuse catégoriquement. Me voici donc face à ce que l'on appelle un … un … rah comment on dit ? Un dilemme ! Voilà, c'est ça. Non, en fait c'est plus une situation cornélienne qu'un dilemme. Qu'est-ce qu'on écoute en temps normal ? Son cœur ou sa raison ? Peut-être que quelques lapées de … . Hop hop non, ça suffit pour ce soir. L'incinérateur à gin du treizième est suffisamment rempli ! Et puis tant qu'a faire, j'aimerais autant rester inhibé. Ça m'évitera de dire des conneries ou des trucs que je pourrais regretter. Pfff, qu'est-ce que je dois faire ? Hé vous là-haut ! Je sais que je ne me suis plus adressé à vous depuis que Mariano Di Vaio n'est plus sur le marché mais … si vous êtes dans le quartier, je n'aurais rien contre le fait vous jetiez un coup d’œil sur la situation. Ah oui, et un petit coup de pouce ne serait pas superflu non plus. Rien, hein ? Tsss … pourquoi cela ne m'étonne-t-il pas ? Bon qu'à cela ne tienne, je vais devoir me débrouiller tout seul. Cooooomme d'habitude, quoi. J'ai le sentiment d'être un monstre de débauche. Un dépravé qui laisse dans son sillage un embrun de stupre, de luxure et de lubricité. Le serpent se tortillant à l'arbre de vie et incitant Eve à faire croquer à Adam le fruit de la connaissance. Ce fruit défendu qui serait dans notre cas de figure la fille avec laquelle je pourrais te mettre en relation. Mais toi Raffaele … ange pur et vertueux, tu ne succombes pas à cette tentation. Pourtant, il ne suffirait que de quelques mots sur tes goûts et tes préférences en matière de femme. En un claquement de doigt je peux donner une réponse favorable à ta requête. Néanmoins, tu n'en démords pas. Tu me soutiens mordicus, que tu n'as pas de fantasme. Tu as bien raison. Céder reviendrait à perdre tes ailes et ton auréole faisant ainsi de toi un damné. Un déchu. Restes donc dans ton Eden. On doit bien y être, c'est à n'en pas douter. Crois moi, la laideur de ce monde ici bas n'en vaut vraiment pas la peine. Non mais qu'est-ce qui me prends moi ?

Je suis entrain de déifier ce mec alors que dans le fond, je ne le connais même pas. Je crois bien que c'est grave docteur ! Oh, ça alors. Si je m'attendais … . Jamais je n'aurais pu penser que mon petit laïus sur le désir et toutes ces billevesées puisse te … te mettre dans cet état. Pour la première fois, c'est comme si je te sentais habité et farouchement convaincu par ce que tu dis. Tu défends bec et ongles ton point de vu, ton idée, ton ressenti. Cette relative fougue, si toutefois on peut appeler ça ainsi, manque de me faire tressaillir. Du moins intérieurement. J'ose espéré que rien de tout cela ne transparaît dans mon attitude, mais j'ai de sérieux doute tant je me sens … étranger à moi même. J'ai horreur de cela ! D'ordinaire, j'ai le contrôle sur tout et tout le monde. Là, la situation m'échappe, me glisse entre les doigts. Ce n'est plus moi qui tire les ficelles. Je ne suis qu'un vulgaire pantin s'agitant selon le bon vouloir du destin et de ses facéties. Que puis je répondre à cela ? Monsieur Weï n'était guère un homme de débat. Il distillait son savoir que j'absorbais telle une éponge sans poser de question. La rhétorique en Asie, c'est pas vraiment notre tasse de thé, sans mauvais jeu de mot. Oui, mère m'a un peu élevé dans le style sois beau, tais-toi et surtout ne penses pas. Que puis-je donc opposer à son point de vue ? Rien, tout simplement. En plus de cela je trouve qu'il est teinté de sincérité. D'authenticité. Voire de candeur et d'innocence. Deux choses qu'on s'est empressé de me confisquer et qui auraient pu faire de moi un tout autre homme, qui sait. Il est des moments où c'est mieux de ne pas toucher au silence. Pourtant, en bon effronté que je suis, je vais quand même rétorquer quelque chose à mon … enfin à ce beau penseur italien. Le tout enrobé dans un haussement d'épaules, cela va s'en dire. « C'est votre opinion. Je l'entends et la respecte totalement. C'est très occidental je trouve comme façon de penser. Ceci dit, ce n'est pas pour me déplaire. Surtout … ne changez rien. Restez comme vous êtes. Vous m'avez l'air d'être une belle personne qui gagne à être connue. Je crois que … que … . Non, rien. ». Oui c'est ça mon gars, fermes là ça vaut mieux ! T'es déjà suffisamment ridicule comme ça inutile d'en rajouter un couche. Aïe, aïe, c'est le chaos le plus total à l'intérieur, si vous saviez ! Franchement, je perds mon temps. Et comme on le sait, le temps c'est de l'argent. J'ai l'impression de travailler à perte. Paradoxalement, et peut-être pour la première fois de ma vie aussi, je me sens bien. Je ne saurais l'expliquer. Peut-être que ça vient du fait qu'il ne me regarde pas comme une courtisane ou comme un chasseur ayant dans sa ligne de mire un gibier. C'est ça que je veux être.

Le type lambda avec qui on discute dans un café sans arrière pensée. Pas le demi-mondain qui s'allonge après que l'on ai allongé la monnaie. Pfff, c'est absurde. Il faut que j’arrête avec ces chimères ubuesques. C'est le type en guimauve qui s'exprime, pas moi. Ma main au feu que si je ne suis pas en face de lui, je vous dirai que ce que je veux par dessus tout c'est Fendi, Dolce & Gabana, Valentino, Armani, Dior, Chanel et j'en passe. Oui, il est là mon fantasme à moi. Les projecteurs braqués sur le podium. Les flashs qui crépitent et font stroboscopes. Tout les yeux rivés sur vous. Il n'y a pas de doute, c'est là que je prends réellement mon pied. J'ai beau m'adonner à la galanterie, je n'ai pas pour autant une libido hors norme. Non, il ne faut pas s'y fié. A côté de ça, oui c'est vrai j'aime le sexe. Un peu comme tout le monde, quoi. Peut-être même un peu moins que la moyenne en y réfléchissant bien. Un vieux fond de pudibonderie asiatique sans doute … ! Enfin, je ne suis pas sûr que … . Hein ? Quel est mon fantasme ? Waaah la question ! C'est bien la première fois qu'on me la pose celle-là, teins ! Si je réponds « Il est juste en face de moi » ; quelles sont les chances pour que je passe pour une dinde doublée d'une cruche ? Non, non, non, je ne préfère même pas le savoir ! Ok, bon on ne panique pas. Il faut que je trouve quelque chose de pertinent à dire. Quelque chose qui ne me trahisse pas. Quelque chose de net, de précis et qui en jette, comme moi. Aller, je me lance ! « Mon fantasme ? Je doute que ça puisse vous intéresser ou vous inspirer, mais bon si vous y tenez. Pour moi l'homme idéal il aurait … le visage de Daniel Henney, le corps de Daniel Dae Kim et la classe de Ian Anthony Dale. Ah oui, et aussi … une certaine insouciance qui m'a cruellement fait défaut. ». Ça va, j'ai été assez crédible ? Hum, je ne sais pas. Si j'en juge l'expression de son beau … de son visage, soit il n'y croit pas, soit il ne voit pas qui sont tout ces types. Que des bridés. Ils sont pas mal certes, mais bon, je ne l'ai trouve pas non plus dingues ou à en tomber à la renverse. Pour être honnête, j'ai dit les premiers noms qui me venaient à l'esprit, et je doute qu'un mix des trois soit sensationnel. A tout choisir, je pense que je préférerais encore dormir dans un lit plein de rats ou crever bouche ouverte plutôt que d'être avec un type qui serait en quelque sorte un patchwork de ces trois acteurs. Bon, je pense qu'il serait préférable d'arrêter les frais pour ce soir. Emmanuelle m'avait investi d'une obscure mission de Saint-Bernard, eh bien c'est raté ! De toute manière, j'ai le sentiment qu'il n'avait, et qu'il n'a toujours, aucune envie d'être là.

La moindre des politesses serait que je mette fin pour lui à cette « torture ». Par ailleurs, il n'a pas envie de parler, du moins pas avec moi. Seule une personne qui le connaît par cœur peut espérer avoir ce privilège. Si on ne veut ni discuter ni coucher avec moi, je suis au chômage technique. Conclusion, je n'ai rien à faire ici. « Je pense que votre amie pensait faire un beau geste. En tout cas, sa démarche partait d'un bon sentiment. Ce qu'elle ne pouvait pas savoir, c'est que cela ne vous intéresserez pas. Ou peut-être que ce n'est juste pas le bon moment. ». Ouais, après tout, il y a peut-être de ça aussi. Peut-être qu'il est surbookée niveau boulot ? Peut-être qu'il a maintes et maintes problèmes qui l'étiolent et qui l'empêchent de penser à lui ? Je n'en sais rien. Ce que je sais en revanche, c'est qu'il se fait tard. J'ai du travail demain. Olivier Rousteing de la maison Balmain organise son fameux défilé de fin d'année, et je suis de la partie. Je passe en milieu de première session, juste après Baptiste Giabiconi et avant Noah Mills. J'aurais franchement pu être plus mal encadré ! Pour l'occasion, une salle du Musée du Louvre a été privatisée. Remarque je pourrais très bien dormir là, comme ça je serai directement sur place ! Ouais non tout bien réfléchi mauvais plan. Je ne tiens pas tellement à tomber nez à nez avec Belphégor. Bon qu'est-ce que j'ai fait de mon porte-feuille ? Ah bah je suis bête, je suis assis dessus ! Oui voilà, il est dans la poche arrière de mon jean. Aller hop, cinquante euros. Oui je sais, c'est au moins le double de ma, enfin de mes consommations, mais je n'ai pas moins. De toute manière, cet argent, je ne l'emporterai pas avec moi en enfer. Autant le claquer. Qu'est-ce que c'est que ça ? Oh une carte de la TMA. La Tokyo Modeling Agency. La première agence qui m'a recruté il y a dix ou douze ans de cela maintenant. Il y a mon nom et mon numéro de téléphone dessus. Eh bah parfait, ça va faire office de carte de visite. Merde, ma main tremble tandis que je la fais glisser sur la table vers lui. « Si d'aventure, vous changez d'avis, vous pouvez me joindre à ce numéro. Je tâcherais de vous mettre en relation avec une femme répondant à vos futures attentes sur le plan physique. Sur le plan de la personnalité aussi, si vous le souhaitez. Sur ce … . ». Eh bien sur ce je rassemble mes petites affaires et m'apprête à partir. Non sans entretenir le secret et vain espoir que tu me retiendras Raffaele. C'est bien la première fois que j'espère de tout cœur qu'un homme me retiendra et me priera de bien vouloir rester avec lui encore un peu. Pfff, comme c'est affligeant. Tu rêves vraiment tout debout mon pauvre Kuan-Yi !
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 2/1/2017, 00:27

[quote="Raffaele Riva"]

“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & Peut-être que ça l’inspirerait ouai. Ca l’intéresserait de connaitre un peu les fantasmes de ce genre de mec. IL sait pas pourquoi, il est certain que ça peut être marrant. En vrai, ce type, c’est un numéro. Il a jamais vraiment rencontré de mec comme ça. Quand il avait passé des castings pour être mannequin, il se souvient d’un monde où tout le monde était insensible, méchant, froid désinvolte. Lui, qui est pourtant dans le milieu, ressemble pas à ça. C’est le soleil d’Asie (en espérant que ce soit pas trop raciste, ça lui va trop bien pour être méchant). Le type qui réussit à t’impressionner simplement par son élocution. Au final le physique est très secondaire, n’importe quelle belle gueule peut réussir, mais il faut la démarche, la tchatche, savoir se vendre, savoir plaire. Raffaele le sait, c’est pour cela qu’il n’a jamais réussi à percer. On lui disait qu’il était beau, qu’il avait une belle gueule, mais que y’avait rien dans les yeux. Rien pour vendre. Il veut bien y croire encore maintenant, c’était pas fait pour lui, on lui avait mis des rêves dans la tête. Au final être gardien au Louvre, c’est mieux que tout, et ça lui va. Il est pas compliqué dans le fond. Il fronce les sourcils. Il a pas l’air convaincu, et surtout, il est sans doute perplexe de l’entendre parler autant. Déjà, il reprend : « C'est votre opinion. Je l'entends et la respecte totalement. C'est très occidental je trouve comme façon de penser. Ceci dit, ce n'est pas pour me déplaire. Surtout … ne changez rien. Restez comme vous êtes. » C’est très politiquement correct tout ça. Ca fait sourire Raff, mais dans le fond il est pas sûr d’avoir envie de parler à un politiquement correct. Il ajoute, comme s’il pensait à voix haut : « Vous m'avez l'air d'être une belle personne qui gagne à être connue. Je crois que … que … . Non, rien. » En temps normal, il en aurait rien à foutre de ce genre de commentaire. Ca le regarde, et ça le touche pas particulièrement. Même, il est pas touché, ni ému, en revanche, ça lui fait étonnamment plaisir. Il sait pas trop pourquoi. Il est passif, il se laisse faire, se laisse aller (pour une fois, sans contrôler) à ce qu’il ressent, ce qu’il se passe.
Il détaille vaguement la courbe de sa mâchoire. Il a une légère barbe (elle pique certainement).
Il reprend, parlant de son fantasme :
« Mon fantasme ? Je doute que ça puisse vous intéresser ou vous inspirer, mais bon si vous y tenez. Pour moi l'homme idéal il aurait … le visage de Daniel Henney, le corps de Daniel Dae Kim et la classe de Ian Anthony Dale. Ah oui, et aussi … une certaine insouciance qui m'a cruellement fait défaut. » Il fronce les sourcils. Il connait aucun de ces types, il va parier sur son manque de culture flagrant. Il a aucune idée de l’homme dont il parle, et d’ailleurs même lui n’a pas l’air convaincu par sa réponse. Il a l’air un peu déboussolé, de plus en plus, comme s’il était mal à l’aise. Raffaele fronce les sourcils. Il a toujours été doué pour sentir la manière dont réagissait les gens. Beaucoup pensent que c’est parce qu’il parle peu, et qu’il observe, énormément. Il est toujours là, dans un coin, comme s’il voyait tout et tout le monde. En réalité non, il concentre son attention sur quelqu’un. Il fixe tout, voit tout, et d’un simple regard, il est capable de capter ce que la personne a en tête. L’homme est mal à l’aise. Il connait même pas son nom. Alors il enchaîne. « Je pense que votre amie pensait faire un beau geste. En tout cas, sa démarche partait d'un bon sentiment. Ce qu'elle ne pouvait pas savoir, c'est que cela ne vous intéresserait pas. Ou peut-être que ce n'est juste pas le bon moment. » Raffaele fronce de nouveau les sourcils. Petit à petit, il sent la situation lui échapper un peu plus (plus que d’habitude, c’est dire). Il se lève, semble avoir l’esprit rempli, qui fonctionne à tout allure. Faudrait qu’il se détende. Il lui tend sa carte, d’une main tremblante. Raff la fixe, sans la prendre, puis reporte son attention sur l’asiatique. « Si d'aventure, vous changez d'avis, vous pouvez me joindre à ce numéro. Je tâcherais de vous mettre en relation avec une femme répondant à vos futures attentes sur le plan physique. Sur le plan de la personnalité aussi, si vous le souhaitez. Sur ce … » Donc il s’en va. Il devrait le retenir non. Ce serait plus poli. Il sait pas trop quoi dire. Ils se regardent, un petit moment, Raff cherche à un plan de secours, à quelque chose à dire. Alors il lance, sans réfléchir (c’est la panique, il a plus le temps) : « Vous devriez vous détendre non ? »
Il s’en veut immédiatement d’avoir dit un truc pareil. C’est débile.  Il le connait pas (même son nom est un mystère), il devrait pas affirmer ce genre de trucs. Ce dont il est certain, c'est que ce mec se pose trop de question. Il devrait se laisser faire un peu, lui aussi. L'italien garde un regard dur, les sourcils légèrement froncés. Il sait qu’il fait peur comme ça, il veut pas l’engueuler ou quoi, juste, il comprend pas trop. Du coup, comme un mec qui se respecte, il dit ce qu’il pense.
« Je sais pas, on passait un bon début de soirée non ? » Il regarde son verre, à peine entamé. Et il ajoute : « Vous êtes escort, vous pouvez faire votre job même avec moi, peu importe ma gueule. »[i] Il sait pas trop ce que ça veut dire, ni ce qu’il veut dire, mais il essaie.
Peut-être qu'il profite juste d'un escort gratuit.



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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 2/1/2017, 16:32


Raffaele & Kuan-Yi
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Oui. Cette comédie n'a que trop durée. Il est temps d'y mettre un terme en faisant tomber le rideau. En tout cas, je pense que je me rappellerai longtemps de cette soirée où un beau rital manqua de peu de faire fondre mon cœur de glace. De toute façon je … . Hahaha ! Tout ça pour ça. Eh bien, tu aurais mieux fait de garder ta salive, comme j'aurais dû le faire il y a peu, plutôt que de me dire ça. Même s'il aurait été cruel et douloureux pour moi, je crois qu'un « au revoir » de ta part aurait mieux valu. Là, ce n'est vraiment pas ce que j'appelle le cri du cœur. Au pire c'est du dépit et de la pitié, au mieux c'est de la curiosité d'hétéro ou de l'opportunisme. Hum. Rien de tout cela ne me tente ou ne trouve grâce à mes yeux. Être en face de toi me tue Raffaele. Ça me démoli. Je crois que pour la première fois, je … j' … j'aime. Oui j'aime. Vraiment. Sincèrement. J'aime à m'en taillader les veines. Dès le premier regard tout chez cet homme m'a plu, m'a fait frémir et vibrer jusqu'au plus profond de ma chair. Son visage, ses yeux, sa bouche, sa voix, sa façon d'être, de penser. C'est con, n'est-ce pas ? Croyez-moi, je vous fais la promesse que c'est bien la première et la dernière fois que ça m'arrive. Vous aviez raison mère, rien n'est plus dangereux pour nous que l'Europe. On se laisse attendrir, on baisse la garde et en moins temps qu'il ne faut pour le dire, on se retrouve minable et plus bas que terre. Si bas qu'en continuant on trouverait sûrement du pétrole ! Oh mais ne vous en faites pas , je vais me ressaisir en faisant un parade riposte, comme en escrime. J'ai juste besoin d'un peu de temps. Un peu de temps pour faire le deuil de ce que je ressens. Pour l'annihiler. L'étouffer et le faire taire. Après, ça ira mieux et tout redeviendra normal. Enfin, je l'espère. A vrai dire, je ne sais pas si c'est possible. J'ignore si l'on peut mettre ses sentiments pour quelqu'un au rebut aussi facilement. Me détendre ? Hahaha, elle est bien bonne celle-là ! Mais mon pauvre malheureux, comment veux tu que je me détende ? Comment veux-tu que je sois serin alors que le simple fait de te regarder me tends, me crispe et fait naître en moi monts et merveilles de désirs inavouables ? Peut-être que … je devrai le lui dire ? Après tout, il a le droit de connaître la vérité. Non. C'est impossible. Je n'ai jamais été le dindon de la farce, et ce n'est sûrement pas ce soir que je vais commencer à l'être. Aller, donnons le change.

A ma grande surprise, j'y arrive. Plus ou moins. Je range mon porte-feuilles dans la poche arrière de mon jean puis j'étouffe un balbutiement de rire moqueur et parvint à hausser les sourcils. « Mais je suis on ne peut plus détendu. Je vous remercie de vous en soucier, mais je vous assure que ça n'a vraiment pas lieux d'être. » . Ah, Dieu merci, le Kuan-Yi que j'ai toujours connu n'est pas mort ! Voilà une façon de répondre qui m'est déjà nettement plus familière. Froide, détachée, condescendante et limite insultante pour ne pas dire dédaigneuse. J'ai l'impression de n'avoir de cesse de souffler le chaud et le froid. A ce rythme là, il va me prendre pour un désaxé, un bipolaire ou je ne sais quoi qui soit guère équilibré. Eh quoi !? Ça devrait m'atteindre ce qu'il peut penser de moi ? Je m'en suis toujours tamponné les amygdales de ce que les gens pouvaient bien dire ou penser de moi. Pourquoi l'image qu'il peut bien se faire de moi, ou ses mots à mon encontre devraient m'affecter plus que ceux d'un ou d'une autre ? C'est absurde. Tout comme le fait que je puisse l'aimer. Oh mais c'est loin d'être le comble de l'absurde tout ça. Non, le plus hallucinant c'est que je puisse bêtement croire que lui aussi m'aime véritablement et sincèrement. Hahaha ! Oh non vraiment, c'est positivement du Dickens ! C'est tellement surréaliste et incongru que Beckett, Asimov ou encore Ionesco n'auraient jamais pu imaginer pareil scénario pour leurs œuvres les plus farfelus. Un bon début de soirée ? Ah parce que pour toi, ça, c'est un bon début de soirée … ? Eh bah, je n'ose alors imaginer à quoi peuvent bien ressembler pour toi les débuts de soirée merdiques ! Oh à mon avis, ça doit valoir son pesant d'or. Remarque si, je peux comprendre qu'il passe une bonne soirée. Un escort, gay et asiatique de surcroît, c'est un peu comme un phénomène de foire, on n'en voit pas tout les jours. Nul doute que ça doit être … très distrayant et amusant. Au fond de moi, j'ai toujours su que je pouvais avoir ma place dans un cirque au milieu des trapézistes, des montreurs d'ours et des acrobates. Oyez oyez braves gens, après la femme à barbe, le nain savant et les sœurs siamoises, venez rire et admirez l'escort niaiseux ! Ah je suis sûr que ça ferait un tabac ! Oh si vous saviez la quantité astronomiques de choses que j'ai envie de dire là maintenant … .

Toutefois, je crois qu'il serait préférable que je les garde pour moi, ça vaudrait mieux. Je considère mon franc parlé comme une véritable qualité mais … je ferais mieux de la mettre en sourdine. Inutile que je m'attire tes foudres Raffaele. Nul doute qu'elles pourraient m'être fatales. On va donc plutôt tabler sur quelque chose de neutre et d'une sobriété déconcertante. Pour une fois. « Si vous le dîtes. ». Tss … c'est vraiment le monde à l'envers ! C'est lui qui fait des phrases un cran plus élaborée que la traditionnelle alliance sujet, verbe, complément, et c'est moi qui tiens le rôle du taiseux alignant trois misérables mots ! Je ne suis même pas en colère. Pourtant, c'est pas l'envie qui m'en manque. Il se passe plus rien à l'intérieur. Plus de papillons dans le ventre, plus de feux d'artifices, plus de sentiment de bien-être et de plénitude. Il n'y a tout simplement plus rien. Tout est mort, silencieux, éteint. Le désert, le néant, un vaste et immense no man's land. Le degré zéro de rien du tout. Je me sens sonné. Groggy. Comme un boxeur ayant prit trop de coups derrière la tête après un combat et qui manquerait de s'écrouler à tout instant. Oui, je me sens vide. Sans flamme. Sans eau. Tari. Hahahaha ! Otarie, hahahaha ! Tu vois Raffaele, jamais un jour je n'aurais imaginé avoir envie de mourir par amour. De crier, de griffer, de pleurer, de mordre par amour. Et là … la seule chose que je mords, c'est la poussière. Alors non Raffaele, je ne peux pas faire « mon job » avec toi. Parce que … ce que je ressens pour toi, c'est sincère, c'est vrai. Ça n'a pas prix, ça ne s'achète pas. Ça se vie, ça se partage sans rien attendre en retour. Mais bon, encore faut-il que cela soit réciproque, ce qui visiblement n'est absolument pas le cas. Voilà maintenant que je croise les bras et que je viens les plaquer contre ma poitrine. La posture défensive par excellence. Je m'accoude sur le dossier de la chaise et me penche en avant pour tenter de sauver le si peu d’apparence qui peut encore l'être. Dans mon esprit, ça fuse. Je me creuse et essaye de tricoter un prétexte qui me permettrait de retomber sur mes pattes et de prendre congé de la meilleure des façons qu'il soit. J'essaye de me ragaillardir, de me donner de la contenance et de la consistance afin de paraître le plus convaincant possible.

« Oh oui, je peux … . Seulement, encore faut-il que le principal intéressé le veuille également. Il est clair que vous n'avez aucune envie d'être là, et que ma compagnie et sans doute la dernière chose dont vous ayez besoin. Ça crève les yeux. Les miens tout du moins. Je pense même pouvoir être en mesure d'affirmer que je suis certainement l'une des dernières personne sur cette Terre avec qui vous souhaitez être à cet instant très précis. Navré que vous vous soyez dérangé pour rien. ». Oui, moi aussi, je suis navré pour moi. Dire que j'aurais pu passer la soirée avec un armateur grec en déplacement sur Paris et qui crèche au George V … . Ah, rien que d'y penser, j'en pleurerais presque, tiens ! Au moins, j'ai dis la vérité. Comme on dit, il n'y a que la vérité qui blesse. Ok, mais ça blesse qui au juste ? Celui qui l'a dit ou celui qui l'entend ? Parce que moi là … . Aller, ça suffit. Clap de fin, circuler il n'y a plus rien à voir. Taillons la route, et fissa ! Waaa vises un peu le bois de ce comptoir ! Oh ça, ce n'est pas de la nioniotte. Vu la couleur sombre, je dirais que c'est de l’ébène. Enfin, après tout qu'est-ce que j'en sais moi ? Je suis mannequin le jour et escort la nuit, pas menuisier. Et puis je m'en fiche après tout. Ce qui m’intéresse en revanche, c'est de récupérer mon manteau. « Le trench noir, je vous prie. ». Non mon bébé, papa ne t'as pas oublié. T'es bien le seul qui en vaille la peine ici, tu sais. Aller viens, on rentre à la maison. Me voici donc dehors, entrain d'affronter de nouveau cette pluie battante qui semble même s'être intensifiée depuis tout à l'heure. Je marche l’œil hagard, attiré par les lumières de la bouche de métro un peu plus loin, comme un papillon de nuit le serait par le halo de lumière d'un réverbère. Soudain, sans crier gare, je m'arrête. J'aimerais crier. Crier à m'en péter les artères. Mais ma gorge est tellement nouée qu'aucun son ne peut s'y frayer un chemin. Alors je ferme les yeux et lève la tête. Je laisse la pluie venir gifler mon visage. Les gouttes perlent et ruissellent le long de mon front avant de venir s'échouer contre ma mâchoire. Pourquoi fais-je cela ? Je n'en sais rien. Peut-être qu’inconsciemment je tente de laver mon esprit souillé et animé par des pensées et des sentiments qui me sont prohibés ? Des pensées et des sentiments humains.
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 7/1/2017, 00:22


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & Il est vexé. Froid.
La neige fond au soleil (en temps normal), mais Raffaele est un soleil froid. A son contact, les gens deviennent tristes, maussades, bêtes et méchants.  Ils se referment sur eux même, froncent les sourcils plus facilement, poussent des soupirs énervés lorsqu’ils n’arrivent pas à leur fin. Des fois les filles mettent fin aux conversations en l’embrassant, pour qu’ils cessent ce malaise. Les hommes s’énervent, se tirent. Il a cet effet sur les gens, quelque chose d’intrusif et de violemment passif en un sens. Comme une pluie fine, vicieuse, qui se glisse sous vos manteaux, sous vos chemises, sous votre peau, vient glacer jusqu’à votre cœur. Promis c’est pas sa faute, il sait pas comment ça se fait. Enfin. Ca doit bien avoir un rapport avec lui. Son intonation ? Ses yeux ? Son visage ? Ses mots ? Son accent ?
L’escort anonyme, il fondait. Une neige au soleil (pour un peu, Raffaele se serait dit que, merde c’était lui l’effet de ça). En fait non. Pas du tout. Il suffit de quelques paroles, et rlan, il se glace, se casse, se tend. Comme un stalactite. Il dit qu’il n’est pas tendu, dans sa voix y’a quelque chose de faux, de traitre, de lâche. Il est plus pareil, il a tendu la corde. Il baisse la tête.
« Si vous le dites. » Peut-on faire plus froid. L’italien fronce les sourcils. Il sait pas où il voulait en venir, mais c’était certainement pas là. Il le regarde, sans un mot. Sans doute qu’il a les yeux les plus noirs du continent, qu’il fait peur, et que c’est pas comme ça qu’il le fera rester. Pourquoi veut-il qu’il reste déjà ? Il en sait rien. Juste. Sa compagnie. Sa compagnie, en elle-même. Il croise les bras, se penche sur le dossier de la chaise. Il se prépare à la défense, et va contre-attaquer. Raff comprend pas comment la situation peut lui échapper autant. Déjà l’autre reprend, sans se formaliser : « Oh oui, je peux … . Seulement, encore faut-il que le principal intéressé le veuille également. Il est clair que vous n'avez aucune envie d'être là, et que ma compagnie et sans doute la dernière chose dont vous ayez besoin. Ça crève les yeux. Les miens tout du moins. Je pense même pouvoir être en mesure d'affirmer que je suis certainement l'une des dernières personne sur cette Terre avec qui vous souhaitez être à cet instant très précis. Navré que vous vous soyez dérangé pour rien. ». Raffaele fronce les sourcils
Il voudrait dire un truc, se défendre, démentir, plaider sa cause un peu, mais y’a rien à faire, l’autre se tire, sans demander son reste, embarque son manteau et taille la route.
Du coup Raff reste là. Comme un con, assis sur sa chaise, seul au milieu du café du Louvre.
Encore plus seul que quand il est arrivé.
Il se sent mal. Vraiment mal. Y’a un truc qui lui échappe. Chez l’escort, chez lui, chez le café, chez le Louvre, chez la vie en général. Y’a une donnée qu’il a pas, sinon il foirerait pas tout comme ça. Ou peut-être que c’était écrit, que dès que sa cousine a porté la main sur lui, bam, il était condamné. Non, ça, il veut pas en entendre parler. Il regarde le cocktail que le type a commandé pour lui.
Il connait même pas son nom. C’est pathétique. Il pourra dire plus tard, j’ai passé une chouette soirée avec un mec, mais j’ai aucune idée de son nom.
Ca vaut pas l’coup, et il est seul. Il fronce les sourcils.
Du coup il sort, sans trop réfléchir, en trombe, presque en courant. Il est pas loin, à quelques mètres, sur le trottoir. C’est ridicule, laisse le s’tirer franchement qu’est-ce que ça donnerait.
Raffaele, t’aimes bien être seul, rentre, finis ton verre, ensuite reviens, chez toi, tranquille, mate un film, puis dors un bon coup. T’aimes bien ça non, t’es pas douée pourt traîner les gens. Pourquoi t’avances, et pourquoi tu finis par avancer plus fort sous la pluie, lui attraper le bras pour qu’il se retourne. Pourquoi t’es surpris par sa gueule (ouai, il a l’air au bord des larmes, presque). Du coup t’es con maintenant, tu sais plus quoi dire. Tu le regardes, ouai, t’as l’air fin là, à lui tenir le poignet très fort, son manteau est un sceau, et toi, t’es en chemise, elle est trempée.
Qu’est-ce qu’il faut dire dans ce genre de moment.
« J’connais pas votre nom en fait. » Il hésite. La franchise ça a jamais été son fort. Passer la soirée avec quelqu’un non plus. « Et putain, j’ai pas envie d’passer la soirée seul. Comment j'vous l'met dans l'crâne ça ? »[i] Il sait pas ce que ça veut dire, ce que ça sous entend, il fera ce qu'il veut, tant qu'il est pas seul comme un con dans son appart mal éclairé.


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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 7/1/2017, 16:23


Raffaele & Kuan-Yi
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Je ne comprends pas. Pourquoi tout cela m'affecte-t-il autant ? D'ordinaire j'ai la peau plus dure que celle d'un rhinocéros. Il en faut beaucoup pour m'atteindre, me toucher et m'émouvoir. Du moins, c'est ce que je croyais. Il n'aura donc suffit que d'un homme, que d'un regard et de quelques mots échangés pour que mes certitudes, que je pensais ferment ancrées, chancellent, titubent et manquent de se briser. Je ne suis pas du genre à m'apitoyer. Les cœurs, c'est toujours moi qui les brisent. Si un homme ne veut pas de moi, je skip, je delete et je passe sans trop d'état d'âme à autre chose. Je me dit que ce n'était rien d'autre qu'un connard en slim et qu'il n'en valait peine. Je repense à votre credo mère, « un de perdu, dix à chopper ! », et j'avance. La tête haute, fière et arrogant : comme toujours. Mais là … je ne peux pas. Je n'y arrive pas. Ça … ça fait mal. Hahaha … alors c'est ça que l'on ressent, hein ? C'est cette sensation que l'on éprouve quand la personne pour qui vous seriez prêt à faire n'importe quoi vous fait clairement savoir qu'elle n'est pas tentée ? Hum. Oui, je le reconnais, c'est vraiment pas ce qu'il y a de plus plaisant à vivre. Ceci dit, ce n'est sûrement pas non plus la chose la plus horrible qu'il soit donnée de vivre. Il y a sûrement pire. Il y a toujours pire. J'aimerais partir, rentrer chez moi, dormir tout mon soûl pour qu'à mon réveil j'oublie une bonne fois pour toute cette soirée. Hélas c'est impossible. Je suis comme pétrifié, paralysé, figé sur place. Bordel, mais pourquoi ? Pourquoi ai-je la sensation que mes pieds sont enracinés dans le bitume ? Tsss … . Je reste donc planté là comme une potiche, levant la tête vers le Très-Haut et laissant ses eaux s'incruster dans les pores de ma peau. Ouais, je sais, c'est guère reluisant comme programme, mais que puis-je faire d'autre ? Sans que je sache pourquoi, j'essaye de me recentrer sur mon Línghún. L'âme, comme on dit ici. Un concept cher aux adeptes de l’encens et du patchouli prêchant les mérites du Taï-Chi. Je n'ai jamais crû à ce ramassis de conneries. De toute manière, mon âme, je l'ai vendu à Satan lorsque mère m'a offert ma première paire de mocassins Jimmy Choo pour mes trois ans. Du sur mesure, évidemment. Remarque, qu'est-ce que ça me coûte de m'essayer à l’introspection ? Rien, j'imagine. Alors essayons.

Peut-être que ma vie aurait été plus heureuse si j'avais été mal né ? Peut-être que je serais moins invivable si j'avais connu la frustration et si l'on m'avait imposé des limites ? Peut-être aurais-je été un tout autre homme si j'avais grandi dans une famille où l'avarice, l'envie, la luxure et l'orgueil ne prennent pas le pas sur l'amour et la tendresse ? Peut-être, peut être … . Pfff, à quoi bon ? A quoi, bon tenter de refaire l'histoire ? Ce qui est fait est fait. Je suis comme je suis, et c'est tout. Ce n'est pas à trente ans que je vais changer. Je n'ai pas le temps de rêvasser plus longtemps. Quelqu'un m'empoigne par le bras et m'oblige à lui faire volt-face. C'est lui. Raffaele. Mon caprice. Si j'en juge la façon dont ses billes opalines me regardent, je dois être affreux et affublé d'une tête à faire peur. Oh … ainsi donc il veut bien de moi. Il l'a dit à demi-mot en affirmant qu'il ne voulait pas passer la soirée seul, mais ça me suffit. Oui, ces quelques mots que je n’espérais plus pouvoir entendre me suffisent amplement. Oh merde, merde, merde !! J'ai l'impression de suffoqué. Il suffirait d'un rien pour que les écluses lacrymales s'ouvrent. Je crois que la dernière fois que j'ai pleuré, c'était quand Madame Hsun ma professeur de harpe, m'a frappé à neuf reprises sur les doigts avec une baguette en métal pour avoir eu le malheur de confondre un La dièse et un La bémol. Taïpei, mille-neuf cent quatre-vingt dix. Cela ne nous rajeunis pas ! Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce que je dois dire ? Qu'est-ce qu'on dit dans ces moments là ? Je me surprends à lever encore une fois la tête vers le ciel. Lorsque je reporte mon attention sur toi Raffaele, je sens que je rougis et … oh malheur, un soupir trahit mon cœur. Comme si j'avais besoin de ça ! « J'adore la pluie. Là d'où je viens, on crève de chaud dix mois sur douze, alors … . ». Alors pourquoi ai-je l'irrésistible besoin de me justifier ? Je ne rends jamais de compte à personne d'habitude. Seulement là, avec toi Raffaele, j'ai … l'étrange impression, pour ne pas dire le devoir, de jouer carte sur table. D'être honnête, sans masque, ni artifice de quelque sorte que ce soit. Je dois avouer que ce n'est pas spécialement une sinécure. Le naturel revient très vite au galop. Difficile donc de mettre au placard le « garçon image », celui que l'on présente et que l'on vend comme étant un idéale de beauté inaccessible.

Croyez bien que j'essaye pourtant. Je m'efforce de n'être rien d'autre que le trentenaire un peu paumé, qui n'a jamais vraiment eu le choix, et au travers duquel une femme vit par procuration l’existence qu'elle aurait rêvé de mener à Kuala Lumpur. Ce n'est pas si simple en fait. De lâcher prise, de perdre le contrôle et de se laisser porter au gré de ce que l'on ressent. Il y a quelque chose qui m'échappe, une pièce qui manque au puzzle. Une sorte de notice sur les sentiments avec laquelle je n'ai pas été livré ou que l'on s'est empressé de me confisquer. Pfff, c'est nul. J'ai ouvert ma gueule pour ne rien dire au final. En tout cas, ça ne répond pas du tout à sa question, si tant est que s'en fut une. Je le vois bien. Il a cette petite mimique faciale avec ses sourcils qui me fait fondre. Je me demande bien qui peut rester insensible face à cela. Même les neiges éternelles du Yu Shan se liquéfieraient. Ah … ce que j'aurais aimé te connaître dans un autre contexte. Un contexte où tu m'aurais pris pour un type lambda. Un touriste asiatique en goguette sur Paris ou quelque chose dans le genre. Non, au lieu de cela, il a fallu que tu me vois sous mon plus mauvais jour. Quand la nuit tombe et que je deviens l'ignoble travailleur du sexe. Oui, je crois que c'est comme ça qu'on dit. D'un autre côté, je me demande si tu aurais fait attention à moi si les circonstances ayant favorisées notre rencontre avaient été toutes autres ? Sans doute que non. Peut-être que nos chemins ne devaient pas se croiser ? Peut-être que cette gourdasse d'Emmanuelle n'aurait pas dû faire la nique au destin en organisant cette sombre mascarade ? Argh, il faut vraiment que j'arrête de me faire des nœuds au cerveau. De toute façon, on ne refait pas l'histoire. A quoi bon me torturer inutilement de la sorte ? Je cligne des yeux à plusieurs reprises et secoue légèrement la tête afin de sortir de mes songes et autres rêveries grotesques. Je baisse la tête et mire mon reflet dans une flaque d'eau, péniblement éclairée par le rai de lumière cru d'un lampadaire. L'image ondule et se déforme. Aller hop, une grande respiration pour se donner du courage et de la prestance. C'est bon, je pense que je suis prêt. Tiens, il s'est décidé à lâcher mon poignet. Dommage, ça me plaisait énormément. Du moins, je crois. Je relève dans un premier temps les yeux, puis la tête.

Voilà, je te fais de nouveau face mon … enfin je veux dire Raffaele. Je suppose que je t'ai suffisamment fait attendre. Il est temps que je te donne satisfaction en répondant à la question qui te brûle les lèvres depuis notre rencontre. Tu y a le droit plus que tout les autres. « Je m'appelle Kuan-Yi. Je viens de Taïwan et je suis arrivé à Paris il y a maintenant deux ou trois mois de cela. En plus de répondre à votre question, je crois que … que c'est ma façon à moi de vous dire que je suis désolé d'avoir mal réagi. Et aussi que … que j’accepte de passer le reste de la soirée avec vous, si c'est ce que vous voulez. En tout cas, je m'excuse pour tout ça. Les rapports humains, ça n'a jamais vraiment été mon truc. ». Hum, c'est pas tout à fait exact. Flatter des egos, passer de la pommade, jouer du violon et du pipeau pour m'attirer les bonnes grâces des gens, ça je sais faire. Je dirais même que je suis un maître dans cet art. Il n'y a sans doute pas plus doué que moi pour bercer d'illusions un homme et lui faire croire qu'il est le plus beau, le plus intelligent et le plus drôle qu'il m'ait été donné de voir. C'est en tout cas la clef qui m'ouvre leur compte en banque. En revanche, pour ce qui est d'être sincère avec quelqu'un, de lui dire que je l’apprécie et même plus : alors là, il n'y a plus personne ! Trop d'arrogance, trop d'orgueil mal placée et de suffisance. Pourtant … avec toi Raffaele, j'ai le sentiment que ces vilains traits de caractère s'estompent. Ils régressent et tendent à disparaître. Pas complètement, évidemment, mais suffisamment pour que je sois enfin moi-même. Merde, ça recommence. J'ai la sensation d'être pris dans un étau. Broyé et happé par quelque chose que me dépasse complètement. Mes yeux vont et viennent sur les bâtiments, les vitrines et les rares passants téméraires bravant ce déluge. Et voilà, ce contre quoi je luttais, dès l'instant où je t'ai vu, arrive. Sans crier gare, voilà que je passe mes bras autour de ton cou et viens me blottir tout contre toi. Je viens enfouir mon visage juste ici. Tout près de ta carotide et non loin du creux de ton épaule. J'ai la respiration courte et saccadée. Comme si je venais de piquer un cent mètres. Je crois que c'est ça le lâcher prise, non ? Je sens mes murs et mes barricades s'effriter et s’effondrer petit à petit. J'ignore pourquoi je fais ça. C'est comme si j'avais eu peur de … de te perdre et de ne plus te revoir.

Je ne vois que ça qui pourrait expliquer ce besoin si pressant que j'ai de te prendre dans mes bras pour m'assurer que tout ceci est bien réel. Que ce n'est pas un tour de mon imagination ou un rêve si pur et si cruel à la fois. Non, je ne pleure pas. Je ne pleurerai pas. Pleurer, ça abîme les yeux. Je sais bien que c'est faux, mais on m'a suffisamment rebattu les oreilles avec cela quand j'étais petit pour que le pli soit pris. En plus, mes yeux sont loin d'être mon atout majeur. Trop petits, trop sombres, trop sévères et inexpressifs. Ça ne sert à rien de les enlaidir davantage. Oh s'il vous plaît, encore un instant. Si c'est le seul moment de grâce qui me soit donné de vivre, j'aimerais si vous me le permettez en profiter encore un peu. Promis, je saurai m'en contenter. Pour une fois. Ce que j'aimerais que le temps s'arrête. Que Raphaël renaissent de ses cendres et viennent immortaliser cette scène dans une de ses toiles dont il avait le secret. Un chef-d’œuvre qui trônerait en majesté au Louvre, à la place de la Joconde, et qui rendrait jaloux tout les autres joyaux que recèlent ce musée. Je sens bien qu'il est gêné, ou en tout cas qu'il ne sait trop quoi faire. Il n'y a sans doute rien d'étonnant à cela. J'imagine que hormis peut-être son père lorsqu'il était tout petit, aucun homme n'a dû le prendre dans ses bras. A moins qu'il ne l'est pas ou peu connu ? Tout comme moi. Bon j'arrête avant qu'il ne soit vraiment mal à l'aise. Voilà, ça y est, je te rends ta liberté. Je recule même d'un pas pour ne pas polluer et parasiter plus qu'il ne le faut ton espace vital. Je me frotte le front un instant puis passe une main dans mes cheveux. Entre nous soit dit, ils en ont bien besoin vu que la pluie a réduit néant le volume que je m'étais efforcé de leur donner ! « Je … je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris. Un coup de sang. Non je crois, que c'est un coup de tête. Oui voilà, c'est comme ça qu'on dit. Un coup de tête. Je … je vous prie de bien vouloir m'excuser. ». Je vous prie de bien vouloir m'excuser, hein ? Hahaha ! Oh là, à mon avis, il ne faut pas trop que j'y compte. Il va me prendre pour un barge qui ne sait pas ce qu'il veut et qui passe son temps à se contredire. Tout à l'heure encore je le plantais dans ce café après un numéro de diva aigrie et irascible. Et là, je me pends à son cou comme une midinette transit d'amour. Le genre de personnage qui en temps normal de donne la gerbe. Ce qui est sûr, c'est que maintenant je ne peux plus me cacher. Fini les faux-semblants, les hâbleries et les rodomontades. Maintenant, j'ai l'intime conviction qu'il peut lire en moi comme dans un livre, et c'est bien ce qui me fait peur.
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 15/1/2017, 00:05


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & La pluie tombe en gouttes indécentes sur son corps. Il le sait, sa chemise colle à son torse. Ils ont les yeux fatigués des hommes qui n’ont plus dormi profondément depuis des millénaires. Pour des raisons différentes. Des enjeux différents. Que connait-il, cet escort, de la vie de Raffaele. Rien. Et lui alors, l’italien. Il connait même pas son nom. Pourtant il est là, sous la pluie, fatigué, fatiguant sans doute, et il l’observe, le fixe droit dans les yeux. Il lui barre la route. Il ne partira pas. Il sait pas, il le regarde. Il a la sensation que sous la pluie, tout devient différent, plus abstrait, moins concret. C’est une histoire de sentiment, mais y’en a pas en jeux pourtant. Quelques minutes, c’est rien.
Mais une soirée tout seul, c’est beaucoup. Alors il fait l’entrave, joue les barrières, et le regarde sans rien changer. Il est doué quand il s’agit de rester statique et impassible. Il sourit pas non plus. Il sait pas ce qu’il attend, certainement pas le déluge, il pleut déjà beaucoup trop fort pour que ce ne soit pas le déluge. Il manque une arche à l’horizon.  L’asiatique sourit, et il lance, presque amusé, en redressant la tête vers le ciel : « J'adore la pluie. Là d'où je viens, on crève de chaud dix mois sur douze, alors … » Il sourit enfin, pour de vrai. Pas le sourire qui pue le réchauffé auquel il a le droit depuis le début de la soirée. Le charmeur est planqué derrière la vérité. Un vrai sourire. Il vient d’où ? De quel pays ? Combien d’heures de vol avant d’arriver jusqu’ici ? pourquoi est-il venu là ? Qu’espérait-il ? Et toi Raffaele, qu’est-ce que t’espérais, en arrivant dans les parages. Le paradis, juste parce qu’il s’éloignait.
Ca veut rien dire. Déjà, l’autre reprend, se lance, se jette à l’eau, et s’enfonce bien loin :
« Je m'appelle Kuan-Yi. » C’est pas clair. Il a jamais entendu un prénom pareil. « Je viens de Taïwan et je suis arrivé à Paris il y a maintenant deux ou trois mois de cela. » Taïwan, il connait rien sur ce pays, c’est une horreur. 2 ou 3 mois, c’est rien. C’est récent, il doit pas encore bien connaitre. Peut-être juste le Louvre. Qui ne connait pas le Louvre. Les parisiens. Pas les expatriés. « En plus de répondre à votre question, je crois que … que c'est ma façon à moi de vous dire que je suis désolé d'avoir mal réagi. Et aussi que … que j’accepte de passer le reste de la soirée avec vous, si c'est ce que vous voulez. » C’est ce qu’il veut, il en est pratiquement sûr. Il sait plus trop pourquoi, ni comment il en est arrivé là, il a cessé de réfléchir. « En tout cas, je m'excuse pour tout ça. Les rapports humains, ça n'a jamais vraiment été mon truc. » Raff sourit, pour de vrai, pour une fois. Il peut pas s’empêcher de glisser : « Moi non plus. » Ca doit sans doute se voir.
Il le regarde un bref instant. Il sait pas quoi faire. Il pensait pas arriver si loin. Il se contente de le regarder. Il faut honnêtement admettre qu’il est beau. Il a le charme de Taiïwan. Même s’il sait pas vraiment ce que c’est, dans le fond, le charme de Taïwan. Ca doit ressembler à ça. La barbe de trois jours, les cheveux sombres, le menton saillant, les pommettes hautes. Ce genre de descriptions, ça lui vient juste parce qu’il a l’habitude de décrire les statues au Louvre, rien de plus. Et il pourrait sans doute en être une.
Ca s’embrouille vite hein, un esprit, surtout quand on est sous la pluie, qu’on n’entend rien, qu’on capte pas trop, que ça fait comme des avalanches de pluie dans la tête, quand ça se bouscule à toute allure. Quand on a froid, qu’on a froid à en crever, à en devenir des statues de sel, qui fondraient sous le soleil caché par des nuages noirs, gorgés d’eau. Ca s’embrouille vite, surtout lorsqu’il le sent qui se rapproche, et qui vient le prendre dans ses bras.
Raff bouge pas (il saurait pas comment bouger, le prendre dans ses bras aussi, s’écarter, lever les bras ?). Il respire. Inspire. Il a moins froid, c’est normal. Il est gêné, c’est normal aussi. Ca disparait vite, y’a juste la chaleur qui vient lui enserrer le cœur. Lentement, très sûrement, sans lui laisser le temps. Il ferme les yeux. Il bouge toujours pas, mais il ferme les yeux, et il le laisse faire. Il réfléchit, un court instant. Depuis combien de temps, ne l’attend-t-on pas enlacé ? Oulah. Dernière copine. 2013 Peut-être ? Ca fait longtemps. Ca fait du bien. Il se sent moins seul. Beaucoup moins seul. La pluie cache ses yeux fermés, il pourrait presque en avoir honte, si seulement il n’avait pas l’esprit embrumé.
Et il vient s’écarter. D’un pas, loin, il a les joues rouges, les yeux baissés, l’attitude d’un type qui a peur. Qui regrette. Raff dit rien, il bouge pas, réagit plus, le regarde simplement. Il a le regard froid, on lui a déjà dit, il sait pas mettre qui que ce soit à l’aise, ça se confirme encore aujourd’hui. Il lance, un peu fort :
« Je … je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris. Un coup de sang. Non je crois, que c'est un coup de tête. » Les mots se bousculent sur ses lèvres, ça se voit. Ses lèvres. Il le fixe encore, il attend la suite. « Oui voilà, c'est comme ça qu'on dit. Un coup de tête. Je … je vous prie de bien vouloir m'excuser. » Il reste debout, droit comme un piquet. Et il le regarde. Il passe le bout de sa langue sur ses lèvres humides, tout son corps est gorgé d’eau. Il a froid. « Il n’y a rien à pardonner. » Il a le cœur qui bat soudain plus vite. Il a froid. Très froid. Il se doute que ça se voit, il tremble, et la pluie ne s’arrête pas. Il le regarde, cherche une issue, une solution. Du coup il glisse juste : « J’ai froid. » Il ne devrait pas. Pourtant il enchaine : « On devrait prendre une chambre. Se sécher, pour commencer, ensuite j’sais pas, j'm'en fous, mais j’ai très froid, et c'était pas malin de ... » Sortir dehors, sans manteau, sans rien. les mots se bousculent. Il devrait pas, il sait pas où ça le mène. Mais il sait qu’il tremble, et qu’il lui laisse pas le choix, parce qu’il le regarde avec ses grands yeux bleus, et qu’il l’a déjà dit. Il veut pas passer la nuit seul.



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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 15/1/2017, 22:52


Raffaele & Kuan-Yi
It Was Too Good To Be Real



Hahaha ! Je sais que ce que je vais dire peut sembler con mais … il y a des moments où il est bon de se sentir en vie. Des moments qui surviennent sans que l'on s'y attende. Des moments certes brefs et furtifs mais terriblement intenses aussi. Ça ne tient à rien, ou presque. Une étreinte, un contact, un corps, un homme. Non pas « un homme » mais plutôt L'homme. J'en ai connu des hommes et des bras. Oh que oui ! Mais une sensation comme celle-ci, enfin comme celle de tout à l'heure, jamais. Se serrer, s'enlacer, dans le fond, c'est quelque chose que l'on fait maintenant sans trop réfléchir. C'est un peu comme lorsqu'on dit « bonjour » ou « je t'aime ». C'est désuet de tout sens. Là où cela reprend tout son sens en revanche, c'est lorsque vous êtes avec quelqu'un qui en vaut la peine. Quelqu'un à côté de qui tout les autres s’effacent et n'existent plus. Oui … . Là, à cet instant très précis, tout m'est égal. Tout, à part toi. Nul part ailleurs je n'aurais voulu être que dans tes bras. Là tout contre toi. Allons, n'abusons pas des bonnes choses. Je l'ai eu mon instant d'extase et de bonheur. Enfin, je l'ai eu … je l'ai volé plutôt. Ces petits gestes de tendresse, c'est comme tout. Si on en use et en abuse, on finit par s'en lasser. Sincèrement, plutôt mourir que de me lasser de toi Raffaele. Oh non, ça je ne le veux pas. Même pour tout l'or du monde. Me lasser et t'oublier serait pour moi le pire des supplices. La plus atroce des souffrances. Pourtant, il faudra bien y passer. C'est quelque chose d'inévitable. Là pour l'heure, laissez moi encore dans cet Éden. Ce rêve éthéré. Cette douce parenthèse au goût d’absinthe. Demain, dès que le timide soleil d'hiver dardera ses premiers rayons, je serai de nouveau à vous. Je quitterai la félicité de ce havre de paix pour retourner dans les tréfonds de l'enfer. A m'affairer à mille et une basses œuvres dont rares sont ceux et celles qui veulent s'y coltiner mais où légions sont ceux qui veulent en profiter. Oui, c'est exactement cela. Demain dès l'aube, le bal, le conte de fée et le rêve tout entier prendront fin laissant ainsi les affres du quotidien et les turpitudes de la vie reprendre leur cours. Oui, je le sais. Je sais que je ne suis pas celui qu'il te faut.

Je sais qu'il y a ailleurs, peut être même tout près de chez toi, d'autres bras qui t'aimeront et qui seront en mesure de t'apporter ce que tu attends. Une vie rodée avec une précision horlogère. De l'amour, une femme, un doux cocon, des enfants peut-être. Rien que je ne puisse t'offrir ou que je ne sois en mesure de te donner. Les happy ending, nous n'y avons pas le droit nous autres les hommes et femmes qui s'adonnent à la galanterie. D'ailleurs, aucune personne un tant soit peu volage, versatile ou dilettante ne peut espérer y prétendre. C'est ainsi, dès demain cet instant, aussi beau et agréable soit-il, appartiendra au passé, et je me laisserai posséder par un autre. Et ainsi de suite jusqu'à ce que j'arrive à un point de non retour. Que je pète les plombs, que j'envoie tout balader et que je m'endorme du sommeil de la terre. A force de marcher sur un fil tel un funambule évoluant sans filet, cela arrivera bien un jour ou l'autre. C'est comme pour tout, le plus tard sera le mieux. Je n'y suis pas encore. Ce soir, j'oublie tout. Je ne sais pas ce qui m'attends. J'ignore ce qui va bien pouvoir se passer ou non. Par contre, je sais que je vais devoir être fidèle à moi même. Être distant, un peu froid et bêcheur pour ne pas dire snob. Un médecin ne doit pas trop s'impliquer avec ses patients, eh bien pour nous les escorts, c'est pareil. Il faut que l'on parvienne à mettre en veilleuse notre affect et à nous attacher le moins possible voire pas du tout. Sinon, on ne pourrait pas continuer à exercer ce métier, si tant est que c'en est un. Enfin bon, ça, c'est ce qui se passerait dans un monde parfait. Un monde où tout tourne rond, où la vie coule comme l'Adour. Un monde immuable et indéfectible. Allons, soyons sérieux deux minutes. On sait tous que la vie ce n'est pas ça. Alors oui, j'ai envie de passer la soirée avec toi Raffaele. Je le veux plus que tout. Je serais peut-être même prêt à tuer pour cela, qui sait. Seulement, je ne suis pas très chaud à l'idée d'être la poule de luxe, l'hétaïre de l'amour, l'éphèbe à la petite vertu ou que sais-je encore. Ça non, pas avec toi. Pourquoi ? Eh bien pour la simple et bonne raison que je suis quasiment certain que je n'arriverais plus à faire don de mon corps au plus offrant si par malheur nous cédions tout deux au pêché de luxure.

Non … . Cela serait vraiment au dessus de mes forces. De continuer à plumer tout ces gogos en faisant fi de ce qui se sera hypothétiquement passé entre nous. J'en serais tout bonnement incapable, car pour moi cela voudra dire quelque chose. Peut-être que cela ne sera pas le cas pour toi. Peut-être que ça te fera ni chaud ni froid, mais en tout cas pour ma part, il est clair que je n'en sortirais pas indemne. La faute à cet immense foutoir qui s'est immiscer dans mon esprit dès que j'ai t'ai vu. On peut panser les bleus du corps, ça ok, pas de problème. Par contre, qu'en est-il pour ceux de l'âme et du cœur ? Rien ne peut les apaiser, mis à part le temps, et encore. Pfff, mais qu'est-ce que je raconte moi ?! Comment puis-je être aussi ferme et catégorique alors que je n'en ai jamais eu ? Cet état léthargique de pauvre petite chose complètement énamourée me fait perdre tout sens commun. Argh, la plaie ! Pourvu que ça ne perdure pas. Si sa se trouve, je t'oublierais totalement et passerais à autre chose à la vue d'un costard Lanvin ? Ah, si seulement ça pouvait être aussi simple que cela … . Mā de! Je vous fais grâce de la traduction. C'est franchement tout sauf élégant et distingué. Ce que je voudrais par dessus tout, c'est que tu me vois comme un type quelconque avec qui tu peux discuter à bâton rompu de tout et de rien. Je ne veux rien d'extraordinaire, je n'attends rien de transcendant. Je me contenterais de petites choses simples comme … tenir tes mains. Coller mon front contre le tiens et fermer les yeux pour mieux me soustraire à tout ce qui nous entourerait. Faire le vide pour qu'il n'y ai plus que toi. Poser ma tête sur ta poitrine et m'endormir sereinement et paisiblement bercé au rythme des battements de ton cœur. Tsss, je me dégoûte moi-même à penser de la sorte ! J'ai beau lutter, me démener et me débattre : rien n'y fait. Je reste subjugué en ta présence. Tu es un chef-d’œuvre de complexité. Insaisissable, sibyllin, secret voire légèrement ténébreux des fois. Je … je ne saurais vous l'expliquer. Par moments, je lui trouve des airs de Venise, et puis l'instant d'après il a cette attitude évasive qui fait son charme. En tout cas, il a toujours, et je dis moi toujours, cette grâce qui divinise. Il n'est vraiment pas comme les autres. Il est même à des années lumières d'eux.

Oui Raffaele, tu es unique. C'est un mélange de violence et de douceur. Je crois que c'est la première fois que je ressens ça aussi fort chez un homme. Il semble à la fois tout et son contraire. Irritant et attachant. Sûr de lui et désemparé. Optimiste et désespéré. Et à chaque fois au lieu de s'annuler, les deux valeurs s'additionnent et l'enrichissent. Bon, eh bien voilà, je crois que nous avons sous les yeux l'exemple type du coup de cœur ! Rah bordel, mais pourquoi moi ? Et surtout, pourquoi maintenant ? Je vous jure que s'il y a une autre vie après la mort, je souhaite être réincarné en mante-religieuse ! Hein ? Les raisons ? Oh je pense qu'elles sont pour le moins évidentes les raisons ! Inutile donc que je vous fasse part d'une explication de texte. Pas la peine d'être un grand entomologiste pour saisir l'allusion. En plus de ça, tu es vraiment d'une infinie bonté. Tu ne m'en veux pas pour mon « dérapage affective » de tout à l'heure. En tout cas, tu ne m'en tiens pas rigueur. Il y aurait pourtant de quoi, vu que je t'ai un peu pris au dépourvu. Par ailleurs tu es un beau rital, et comme on le sait tous, les ritals sont réputés pour être des gens au sang chaud et un peu beaucoup machos. Ceci dit, tu ne m'as pas l'air de ressembler à l'archétype ou au cliché de l'italien qu'on a tendance à avoir. Ahlalala, en plus d'être beau, tu es également bon. Bien trop pour moi. C'est en tout cas ce que j'en conclu suite à ce « Il n'y a rien à pardonner » qui sonne comme un aria séraphique. Qu'on prenne une chambre ? Oui, ça serait dans la logique des choses. Je trouve qu'il y a toujours quelque chose de sordide dans le fait de terminer les soirées à l'hôtel. Quel qu'en soit standing. Que ça soit le Ritz, le Four Seasons, la Carlton ou le motel miteux du coin de la rue : c'est du pareil au même. J'ai pas spécialement envie que les choses, quelles qu'elles soient, se déroulent avec en toile de fond le sordide. Avec untel ou untel, ça ne m'aurait pas gêné, mais avec toi Raffaele … . Ceci dit je te comprends totalement. Dans pareille situation, je pense que moi non plus je ne prendrais pas le risque de ramener un homme, qui dans le fond est un parfait inconnu, chez moi. Non mais je n'y crois pas, ce mec me fait le plus beau cadeau qui puisse être en voulant bien que je reste avec lui, et je trouve encore le moyen de mégoter et faire la fine bouche pour des broutilles insignifiantes !

Je suis vraiment à baffer ! Oui je sais. « Ce n'était pas malin » de ma part de prendre la mouche et de braver les intempéries. J'ai vraiment le chic pour tout foutre en l'air. Peut-être que … peut-être qu'il n'est pas trop tard pour rectifier le tir ? Lorsqu'on sera « au sec », on pourrait faire comme si c'était la première fois qu'on se rencontrait ? Sauf que tu saurais qui je suis. De cette façon, on repartirait sur de meilleures bases évitant ainsi toutes les péripéties que l'on a connu et qui nous ont mené jusqu'ici. Hahaha, mais bien sûr Kuan-Yi, t'as raison ! Oh mais tu sais tu peux rêver tant que tu veux, ça ne te coûte rien ! Rah mais fout moi la paix toi, je ne t'ai rien demandé ! Voilà maintenant que je me frotte l'arrière du crâne en regardant le sol et en esquissant un semblant de sourire pincé. Les rares personnes qui me connaissent bien verraient tout de suite que je suis un peu gêné et embarrassé. Je suis certain que toi aussi Raffaele, tu perçois ce léger émoi qui me trahi. Mais je m'en fous. Je m'en fous tellement que je me risque à faire un pas vers toi. Mes yeux sont rivés sur tes lèvres. Oui je sais, la logique voudrait que je te regarde dans les yeux, mais c'est plus fort que moi. Que je sois en face d'un homme ou d'une femme, je ne regarde jamais cette personne dans les yeux. Toute mon attention se focalise sur sa bouche. J'ignore pourquoi. C'est quelque chose d'instinctif que je fais sans réfléchir. Je hoche de la tête pendant quelques instants. Les mots ont du mal à se frayer un passage, mais ils finissent par arriver. Ils sont un peu chevrotant, mais ils sont là. C'est déjà ça. « Vous avez sûrement raison. Je connais assez peu le quartier, donc je m'en remets entièrement à vous. ». Pour ceux et celles qui n'ont pas le décodeur des euphémismes et des litotes asiatico-asiatiques, ça veut dire : « Je te suis où que tu ailles, sans discuter ni protester. ». Alors allons-y. Il est vrai qu'il fait froid. J'ai beau avoir mon plus prestigieux et épais Prada sur le dos, je tremble comme une feuille morte. Depuis combien temps suis-je transit par le froid ? Cinq minutes ? Dix minutes ? Plus ? Je l'ignore. A vrai dire, je n'y ai pas prêté attention. Tout ce qui m'importe depuis quelques minutes, c'est toi Raffaele. La course contre l'aurore débute, et Dieu seul sait dans quel piteux état je franchirais la ligne d’arrivée … .
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 16/1/2017, 00:07


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & Il croit, parfois, qu’il n’y a pas de différence entre le jour et la nuit. Que de toute manière, tout est toujours pareil, pas blanc, ni noir, mais gris. Gris sombre, comme celui des nuages (non, pas ceux qu’il a au-dessus de la tête maintenant, ceux-là sont noirs, foncés, obscurs, menaçants, combien on parie que des éclairs vont en émerger) d’hiver, ceux qui ne délaissent jamais Paris. Paris est toujours sombre et gris en hiver. Mais il neige pas, pas souvent. Il voit l’autre qui tergiverse, qui pense, à toute allure sans doute. Raffaele non. Il fait tout lentement, à son rythme, et il détaille chacun de ses gestes. Y’en a qui parlent de lenteur. D’autre de grâce. D’autre d’attention. De prudence. D’exagération. De naïveté. Il n’est pas naïf, messieurs dames, il sait très bien ce qu’il veut lorsqu’il demande une chambre avec un escort. Il sait qu’ils risquent pas de jouer au uno toute la soirée. Ils vont sombrer dans un univers qu’il n’a pas l’habitude de côtoyer.
Mais il s’en fiche. Qu’a-t-il à perdre. Rien. Il ne se passera peut-être rien. Peut-être que si. Qu’est-ce qu’il en a à faire, maintenant. Demain, la vie va continuer, il reviendra au Louvre, passera son badge à l’entrée, engueulera des touristes en anglais, regardera les œuvres, tentera de comprendre, d’élucider les mystères, et puis il reprendra le métro, il arrivera chez lui, dans son petit 30 mètres carré (pas plus pour paris), et il s’endormira.
Il pourrait s’endormir ce soir (y’a encore des métros à cette heure là), chez lui, tranquillement. Mais il y repenserait. Souvent. Encore. Il sentirait les fantômes revenir à l’attaque. Il sentirait des mains, glisser le long de sa nuque, contre sa colonne vertébrale, et puis, lentement, glisser sur son torse. Comme les gouttes d’eau, maintenant. Se frayer un chemin sous son pantalon, et entre ses cuisses. C’est sinueux. Comme la pluie qui tombe, et qui ne lui laisse pas de répit, le bruit sourd du déluge contre son crâne, ça lui fait oublier l’instant présent, et il l’imagine. Elle (il essaye d’oublier son nom, elle, ou ça, ça suffira), qui passerait la main entre ses jambes. Des fois, il tente de reconstituer les faits. De comprendre pourquoi elle a fait ça. Qu’est-ce qu’elle cherchait. Si c’était la faute de ses parents, mauvaise éducation ou autre. Si c’était juste elle, qui était malade. Si c’était parce qu’on l’emmerdait à la fac. Il comprend pas. Il essaye d’oublier. Et de se souvenir. Les deux en même temps, son cerveau apprécie rarement.
Il sait que s’il passait la soirée seul, tout se mélangerait, et ça reviendrait. Il oublie les moments, les contextes, les images. Il n’oublie pas les sensations. Et ce sont elles qui se fraient un passage (le pire d’entre tous), lorsque la nuit tombe et qu’il est seul, à oublier la solitude.
Déjà, il lui demande une adresse. Raffaele regarde autour de lui, chasse les ectoplasmes. La solution est toute trouvée. Il lui fait signe de le suivre, rebrousse chemin, puis le ramène à l’intérieur de l’hôtel. De toute manière, toute la note sera à Emmanuelle, autant en profiter. A l’accueil, il demande une clé pour une chambre, puis va chercher son manteau, encore sur la chaise. C’est pas rempli, il n’y a plus grand monde. Le temps passe vite, la nuit avance. En revenant au comptoir, il évite consciencieusement le regard de Kuan. C’est comme ça qu’il doit l’appeler ? Ou plus poliment ? Il en sait rien. Il remercie le steward. Puis, il se dirige vers l’ascenseur.
Il ne le regarde pas, y’a que ses pieds qui l’intéresse. Il dégouline jusqu’au sol. Ils vont tout inonder sur leur passage, ça le dérange pas.
Le sixième étage. Il cherche la chambre 14. Il la trouve, rapidement, il ouvre, sans réfléchir, sans essayer d’imaginer, et puis il le laisse entrer. Il referme la porte. A Clé.
Y’a un moment, où il reste un peu devant la porte, dans le noir, sans rien dire, sans bouger. Il sent juste son cœur battre à la chamade. Sa respiration fait des siennes. Il sait pas d’où ça vient. C’est tout, d’un coup, c’est un tout, c’est ça, c’est l’imaginer dans le noir. Peut-être que c’est de ça dont il a besoin. Peut-être que c’est de lui dont il a besoin. Ou juste d'une chambre d'hôtel. Non, d'une chambre d'hôtel avec un inconnu.
Il fait un pas en arrière. Il laisse la lumière éteinte, il pose la clé sur la table. Il lui tourne le dos, puis se dirige vers la salle de bain. Il sait pas ce qu’il attend, sans doute qu’il le suive. Il laisse la porte ouverte. Il a trop froid pour réfléchir. Il allume la lumière, se dessape, laisse ses habits trempés au sol, puis il entre dans la cabine. Allume l’eau
Tout se détend.
Il attend.



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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 16/1/2017, 23:02


Raffaele & Kuan-Yi
It Was Too Good To Be Real



Non mais je suis vraiment un abruti ! Ah si si, je vous assure. Là pour le coup, on peut le dire. Sans détours et sans prendre des pincettes. Je dirais même plus, je suis un bougre d'abruti ! C'est vrai quoi, on pourrait avoir cette conversation tranquillement au chaud à l'intérieur de ce troquet so hype. Mais non, au lieu de ça, et à cause de mon orgueil et mon ego surdimensionné, il a fallu que je fasse ma Sarah Bernhardt et que je quitte la scène de façon mélo-dramatique. Un énième caprice de divas signé Kuan-Yi alias « La Teigne ». Oh pour toutes les personnes qui « me pratiquent » depuis belle lurette, c'est monnaie courante j'ai envie de dire. Je suis même quasiment certain qu'elles n'auraient pas cédées. Elles auraient campé sur leurs positions et ne se seraient même pas données la peine de me rattraper. Par contre, pour des gens non avertis, comme toi Raffaele, il est clair qu'une telle attitude, ça peut surprendre, je le conçois. Hum. L'un dans l'autre c'est peut-être pas si mal finalement. Pas sûr qu'il m'aurait avoué qu'il ne souhaitait pas passer la soirée seul si j'étais resté bien sagement assis dans ce bar à essayer de lui tirer les vers du nez. J'ai en quelque sorte un petit peu précipité les choses. Au moins, ça valait le coup. Maintenant, je suis fixé. Il veut bien de moi, ou du moins de compagnie, pour ce soir. C'est tout ce que je voulais entendre, et c'est aussi tout ce que je voulais tout court d'ailleurs. La question qui se pose maintenant c'est, est-ce que ça en valait vraiment la peine au point de se ramasser l’averse du siècle et risquer de chopper une bronchite, une angine, une sinusite ou une merde de ce style là ? Mouais, je m'interroge … . D'un autre côté, on n'a rien sans rien. J'imagine que c'est le prix à payer. Un bien petit prix au final si on le met en balance avec le fait que je puisse me retrouver avec la seule personne qui me sois chère dans cette ville. La seule personne qui me sois chère, un point c'est tout. L'unique homme pour qui j'ai les yeux de Chimène. Paris by night dans le premier, c'est vraiment pas la jungle. En tout cas, rien à voir avec le métro de Taipei aux heures de pointes. Remarque, vu les hallebardes qui tombent, faudrait vraiment être fêlé et tordu pour se la jouer Gene Kelly sur « I'm singin' in the rain ». Toutefois, les tordus, c'est comme les mauvaises herbes : il y en a partout. Même ici.

Quelques bonnes femmes bien pensantes de la haute société passent au bras de leur jules qui triment pour les maintenir au sec sous leur parapluie. Vu l'étalage de belles étoffes et de bijoux clinquants, nul doute qu'elles sortent tout juste de la Comédie Française. J'ai vraiment une aversion sans nom pour toutes ces mégères qui s'élèvent en mères la vertu et en gardiennes des bonnes mœurs. Leur regard furtif et leur air outré en dit long. Pas la peine d'être devin pour comprendre que la relative promiscuité que nous affichons leur donnent envie de ravaler leur chapelet d'idéologies moyenâgeuses et archaïques. Ça veut jouer les nanas qui sont dans le coup mais dans la vie de tout les jours, ça se ballade en tailleur strict, surmonté d'un collier de perles. Un serre tête en velours doit sûrement venir maintenir leur hideux carrée court façon Jeanne d'Arc. Ouais pas de doute, ce genre de nana, ça rigole quand ça se brûle, et encore ! Des harpies qui se sont trop éloignées de Versailles, il n'y a pas de doute possible ! Oh ceci dit, je ne suis pas trop dépaysé, j'ai les mêmes à la maison. Ouais, nous aussi nous avons ce genre de spécimen de le Wanhua : le quartier historique de Taipei. Enfin à la seule différence qu'elles ne portent pas de tailleur, mais plutôt des costumes d'époque, pour ne pas dire folkloriques. Hahaha ! Oui je rigole, parce que dans le fond, c'est plutôt drôle de constater qu'ici comme à dix-milles kilomètres de là, rien n'est différent. Les noms et les paysages changent, mais les gens et les mentalités restent les mêmes. Comme c'est affligeant ! Qu'en dis-tu toi Raffaele ? Ça, je n'en ai pas la moindre idée. Impossible pour moi de savoir ce qui peut bien te passer par la tête tant tu es opaque et ton esprit insondable. Je pense que c'est quelque chose qui pourrait en effrayer plus d'un ou une, mais moi ça me plaît. Oui, j'aime cette aura de mystère qui t'entoure et plane sur toi. Elle ne te rend que plus désirable. Non jamais, au grand jamais, je n'oserais la profaner, la décrypter et la comprendre sans que tu m'y ai invité. Elle est à toi et à toi seul. C'est ta vie, ton histoire et tu m'as l'air d'y tenir comme à la prunelle de tes yeux d'opales. Gardes-la. Chéris la secrètement et jalousement. Je ne suis pas digne de la connaître.

Je ne sais si c'est la peur d'être aperçu au côté d'un homme qui suinte la dépravation dans un quartier qui t'es familier, ou si c'est tout autre chose, mais tu sembles t'agiter. Non, ce n'est pas de l'agitation à proprement parlé. C'est plutôt de la cogitation. Oui voilà, tu cogites. Ton regard va et vient sur les alentours à vive allure. Tu sembles chercher une solution. Ah, et on dirait bien que tu l'as trouvée. C'est du moins ce que laisse à penser ce petit geste de la tête que tu m'adresses furtivement. Tu tournes les talons et reprends la direction du café. Il me faut un moment avant de sortir de mes rêveries. Je ferme les yeux, serre les dents et secoue légèrement la tête pour enfouir dans les méandres de mon subconscient les vaines toquades qui monopolisent mon esprit embruiné. Voilà, retour à la réalité ! Je me presse et active le pas afin de ne pas perdre ta trace. Ah, on retourne dans ce boui-boui ? Les gens vont finir par se dire que l'on ne sait pas ce qu'on veut. On arrive, on part, on revient … . Non ! Il n'est pas sérieux quand même ?! Une chambre, ici ? Mais ça doit coûter une blinde ! Hop, hop, hop, minute papillon ! Après tout, l'autre Nadine de Rothschild, m'a assuré qu'elle prendrait en charge tout les frais de cette soirée … . Oh bah alors dans ce cas, tu as raison mon gars, fais chauffer la carte bleue ! Si on peut être logé aux frais de la princesse, moi je ne dis pas non ! En tout cas j'ai bien fait d'attendre dans l'entrée et de ne pas le suivre jusqu'au comptoir. Primo, ça aurait pu le mettre mal à l'aise et deuzio mieux vaut ne pas donner du grain à moudre à la poignée de personnes encore présentes malgré l'heure tardive. Il n'y a qu'à voir comment l'autre shar-pei nous regarde à tour de rôle. Qu'est-ce qu'il y a ? Ça te paraît tellement incongru que deux hommes puissent demander une chambre ici ?! T'es sûre que tu n'as pas un peu de sang Versaillais dans les veines Miss Sainte-nitouche ? Je ne sais pas si c'est mon regard de Shogun s’apprêtant à proclamer une exécution, ou si c'est autre chose, mais toujours est-il qu'elle finit par s'exécuter, non sans être quelque peu confuse. En témoigne le rouge qui commence à lui monter aux joues. Quoiqu'il en soit, tu ne demandes pas ton dû Raffaele puisque tu attrapes la clef qu'elle te présente et files sans plus attendre vers l'ascenseur.

J'attends quelques secondes pour entretenir l'illusion du « ce n'est pas ce que vous croyez », puis je pars te rejoindre. Les portes commencent à se refermer. Je parviens à les retenir d'un geste de la main puis me faufile à mon tour dans cette cabine exiguë. Nous sommes donc là, dégoulinant d'eau de pluie et nous tenant chacun à une extrémité de cette minuscule nacelle. Si proche et si distant l'un de l'autre … . Ah bah c'est bien le moment pour que mon portable sonne, tiens ! Ah, « La Chevauchée des Valkyries. ». Ça, c'est la maman tigre. J'hésitais entre lui attribuer cet air de Wagner et « O Fortuna » de Carl Orff, mais je me suis dis que ça serait peut-être un peu too much. Oh mais je sais bien ce qu'elle me veut. Elle vient au rapport pour s'assurer que son rejeton défile bien pour Chanel, Dior, Givanchy ou je ne sais qui. Attend là, il est quelle heure ? Non, je ne porte pas ma montre au poignet droit par coquetterie, mais simplement parce que je suis gaucher et que c'est plus pratique. 23H30. Ce qui nous fais euh … trois, quatre … six heures et demi ! Putain, mais c'est qu'elle est de plus en plus matinale c'te vieille carne ! Je ne tergiverse pas bien longtemps avant d'appuyer sur « ignorer ». Un soupir de lassitude et d'agacement s'échappe de mes lèvres qui étaient jusqu'ici closes. Je te regarde discrètement du coin de l’œil. Tout cela t'indiffère prodigieusement on dirait. Tu mires tes chaussures et clignes des yeux au rythme des gouttes qui viennent choir sur le sol. Je te sens … hum, je ne sais pas. Tendu, stressé, anxieux aussi peut-être. J'ignore ce qui peut bien être à l'origine de ce tourment. Tout ce que j'espère, c'est de ne pas en être la cause. Mes yeux se posent sur les petits numéros au dessus des portes. Tour à tour ils s'allument. Le un, le deux puis le trois … . Hop, sixième étage, terminus tout le monde descend ! Les portes s'ouvrent et déjà tu déambules dans cet étroit couloir éclairé par un lustre bien trop rococo même pour un établissement de ce type. Je te suis comme ton ombre tout en contemplant à la hâte les tableaux et divers bibelots qui ornent le corridor. Tu marques un arrêt devant une porte où un « 14 » doré à l'or fin est plaqué contre le bois laqué. D'un tour de clef, tu l'ouvres et entres sans trop réfléchir. Je fais de même. Il serait plutôt malvenu que je prenne la poudre d'escampette maintenant.

D'un geste plus ou moins assuré tu refermes cette lourde porte dernière moi. Un nouveau bruit de métal crisse dans la serrure. Nous y sommes. Noyés dans le noir et le silence. Seule ta respiration, un peu plus soutenue et bruyante, vient rompre ce mutisme. Soudain, la peur prend le pas sur l'envie. Tu te rends dans la salle de bain et … . Oh juste ciel ! Non, non, non je n'ai rien vu. Pas la peine d'insister puisque je vous dis que je n'ai rien vu ! Bon d'accord, si vous voulez tout savoir, je peux vous dire qu'à côté de lui, le David de Michel Ange peut aller se rhabiller ! Voilà, ça vous suffit ?! Étant tout sauf un voyeur, je me dirige vers la fenêtre. Au passage, j'ôte mon trench et mon blazer puis les pose sur un petit canapé d'angle qui ressemble fortement à une causeuse. Je déboutonne ma chemise tout en admirant la vue. D'ordinaire, c'est quelque chose que je fais après « mes passes » quand le gogo dort comme un loir. Je ne me lasse jamais de ces panoramas aux allures de cartes postales. J'en ai des dizaines dans mon esprit. Taipei et ses tours de béton qui obstruent l'horizon. Tokyo et ses lumières psychédéliques. Séoul et son trafic automobile incessant. Kuala Lumpur et sa foultitude de marchés nocturnes colorés. Je peux maintenant ajouter Paris à la collection. Paris et son calme, son caractère nombriliste, son foisonnement culturel. Paris … . Une belle salope. Mais elle fait rêver. Avec elle, on se dit un peu naïvement que tout est possible. Pfff, pathétique. Cela fait un petit moment que l'eau de la douche coule. Je retire mes chaussures et mes chaussettes. Oui, je fais comme si j'étais chez moi. Marcher pieds-nu c'est quelque chose d'innée chez nous les asiatiques. Ça stimule des points d’acupuncture paraît-il. Je prends le risque d'aller vers la salle de bain. La vapeur d'eau fait des volutes et vient se condenser sur les surfaces vitrées. Je le vois à peine. Je distingue péniblement sa silhouette et sa peau aux reflets dorés. Il ne bouge pas et reste comme prostré. Je ne sais pas ce qui le met dans cet état, mais le savoir ainsi me déchire le cœur. J'enjambe les vêtements qui jonchent le sol et me dirige vers le lavabo. D'un revers de la main, j'essuie la buée qui constelle le miroir. Qu'est-ce que … . Waaa des petites mignonnettes de démaquillant ! Eh bah, on ne se fout vraiment pas de notre gueule au Louvre !

A l'aide d'un morceau de coton imbibé de demake-up, j’enlève la couche d'anti-cerne, d’illuminateur, de correcteur et de terracotta qui couvre ma face de demi-lune blafarde. Le voilà. Le vrai Kuan-Yi. Sans artifice. Il fait bien ses trente ans. Son visage est celui d'un homme fatigué, la faute à sa vie nocturne décousue et dissolue. Je triture machinalement le petit pendentif en cornaline et obsidienne que j'ai autour du cou. Trois calligrammes. Tsung-Hua Hsieh. Mon père. Que je n'ai pas connu. Pas un jour ne passe sans que je ne pense à lui. Je me demande si de là où il est, il est fier de moi. C'est la seule chose lui ayant appartenu que j'ai pu sauver du haut de mes trois ans. Juste avant que ma mère ne fasse un véritable autodafé de ses affaires et autres effets personnels après sa mort. Merde, merde, merde ! Pas maintenant ! Je me mords la langue pour ne plus y penser. Ça marche, enfin plus ou moins. Je fais tomber la chemise, ou plutôt je la suspends à une patère sur le mur de droite, puis je m'empare d'une serviette. Je m'éponge le visage, le torse et les bras tout en fixant mon reflet dans la glace. Au moins ce qui est bien, c'est que je suis déjà quasiment sur place pour le défilé Balmain de demain qui aura lieu dans une des salles du Louvre. J'espère que ça sera le tremplin qui me permettra de me faire une place dans le monde de la haute-couture parisienne. Il me semble que Rim sera là. C'est bien le seul mannequin avec qui je m'entends à peu près bien. On va encore s'amuser à reluquer nos collègues de la gente masculine et à jouer à « j'ai couché avec, j'ai une ouverture et, lui même pas en rêve ! ». Les secondes et les minutes passent sans qu'un mot ne soit prononcé. Je décide donc de briser ce silence aux accents mortifères. J'aurais pu dire : « Vu que nous sommes amenés à passer la nuit ensemble, on pourrait peut-être se tutoyer ? » ou bien « Je vous laisse le lit, je prends le canapé. ». Mais non, au lieu de ça je me recoiffe afin de retrouver un semblant de dignité capillaire, puis je laisse s'échapper un bref et laconique « Tout va bien ? ». J'aurais voulu que ma voix soit plus assurée et ferme. Au lieu de ça, elle est teintée d’inquiétude et d'appréhension. Oui ... j'angoisse de te savoir atone et morne. Seuls les salauds de la pire espère méritent de connaître ça. Mais toi Raffaele … oh mon Raffaele ! Tu ne devrais pas être en proie à de tels tourments. Par pitié, parles moi. Dis moi quelque chose. Je t'en prie … .
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 20/1/2017, 00:07


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” & C’est une douche à l’italienne, ouverte sur le côté, sans cloisons pour empêcher à l’eau de sortir, mais en pente. Pourquoi une douche à l’italienne. Y’a pas de douches comme ça en Italie. Enfin si, mais pas plus qu’ailleurs. Ses grands parents avaient une maison au bord de la mer, ils l’avaient réaménagée avec une douche comme celle-ci. Mais c’était pas italien. Il prenait toujours sa douche le matin, et le soleil donnait directement sur la salle de bain.
Il n’a aucune idée de pourquoi, il repense à cette phrase.


    « La nuit a tendance à déteindre sur le jour. »

Ça vient d’un livre (il ne sait lequel) qu’il a lu quand il était en terminale. Si, ça y est, il se souvient. Le jour où il a lu le livre, il faisait très beau, et le soleil donnait directement sur sa chambre. Comme dans la douche italienne de ses grands parents. Ca a un sens. Il faut bien le chercher.
Il est incapable de se souvenir de la formulation italienne du livre. Ca fait si longtemps qu’il n’a plus parler italien, qu’il n’est plus rentré là-bas. Il vient de Florence, la ville de la Renaissance. Qu’elle ironie. C’est là-bas qu’il est mort une fois, il n’est pas sûr d’être jamais né de nouveau ailleurs. C’était foutu dès le début, il était foutu dès le début.
Mais la nuit a tendance à déteindre sur le jour donc. Il sait pas trop pourquoi, cette phrase lui revient en tête maintenant. Il est sous la douche, l’eau est chaude, elle glisse rapidement sur son corps. Il ferme les yeux, oublie le reste. Le reste c’est quoi. C’est la chambre d’hôtel payée par Emmanuelle. C’est l’escort boy dans le linving room. C’est le fait qu’il soit nu. C’est la présence d’un inconnu à quelques mètres seulement. C’est le fait que ça lui ressemble pas. Ca n’a rien à voir avec Raffaele Riva. Il n’aime pas le sexe, et là demande à un escort boy de lui prendre un chambre. Il n’aime pas la compagnie mais il ne veut pas être seul. Il est casanier, et il se laisse entrainer dans une espèce d’aventure sans queue ni tête. Il se dit, d’un coup, que c’est peut-être ça, la nuit qui déteint sur le jour. Une nuit qui noir, et sans peur, pleine de désir, pleine d’envie inassouvies, de malaises relégués au placards, qui prend le pas sur le jour. Sur tous ses problèmes, sur tous ses défauts et ses malentendus.
C’est peut-être ça dont il avait besoin, la réminiscence d’une citation.
Mais une introspection c’est pas assez. Il essaye d’oublier, ça revient, c’est normal, il est seul. Il lui suffit d’un seul regard, il voit Kuan arriver dans la salle de bain. Raff baisse la tête. Il a peur (ou non, pas de la peur, autre chose, assez proche, plus un peu d’excitation) qu’il ne le rejoigne sous la douche. Il n’en fait rien. Il se pose devant le miroir. La buée de la cabine de douche l’empêche de voir ce qu’il peut bien faire. Peut-être que Kuan attend simplement quelque chose. Un déclic. Un indice. Un signe. Une phrase de la part de Raffaele. Il peut attendre longtemps, ce dernier, l’italien n’est pas bavard, il l’a déjà prouvé, il le prouvera encore. Il ne sait pas comment parler correctement, et puis il n’a jamais été doué avec les mots.
Est-ce que tout va bien. C’est la question qui résonne. Dans la salle de bain. Elle détonne, est vite happée par le son que l’eau de la douche fait, en tombant au sol. Il ferme les yeux un peux plus fort. Il se sent seul. Pourtant il ne l’est pas. Il s’appuie le long de la cloison, se laisse glisser au sol (la douche est immense, ne vous y méprenez pas). Comme si tous les malheurs du monde devaient tomber sur ses épaules. Elles sont larges, certes, mais c’est pas une raison. Faudrait arrêter de l’accabler, un jour il va casser (il ploie déjà sous le poids). Du coup il lâche juste :
« Bof. » Il reste assis sous la douche. L’eau qui coule, mine de rien, ça fait du bien. Il contrôle plus la suite. « Tu veux pas v’nir ? »



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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 20/1/2017, 16:27


Raffaele & Kuan-Yi
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De tout les endroits qu'il soit, je crois que la salle de bain est sans conteste celui où je passe le plus clair de mon temps. Pourtant, Dieu sait que j'aimerais que cela soit plutôt mon lit. Mon grand lit pour moi et moi tout seul. Hélas, entre mes journées où j'enchaîne les castings, les séances photos, les essayages, les défilés et mes nuits qui sont pour la plupart rocambolesques ; difficile de trouver un moment pour se reposer et recharger les batteries. Cela n'aura échappé à personne, je ne jure que par l'apparence. C'est quelque chose d'essentiel, aussi bien pour mon travail diurne que nocturne. Il faut être parfait en toute circonstance. Dans la mode, si vous êtes sublime, les gens croiront que ce qu'on leur présente l'est pour la simple et bonne raison que vous l'êtes vous-même. C'est aussi simple que ça. La plus hideuse des chemises à petits-poids peut se vendre comme des petits pains si le mannequin qui la porte défile ou pose avec classe et élégance. Bon, il est vrai que si elle est bien cintrée et bien taillée, c'en est que plus facile. Bref, tout ça pour dire que tout peut être beau. Question d'attitude. Idem pour ce qui est de mes « extras » une fois la nuit tombée. Une personne, que ça soit un homme ou une femme, de prime abord, ce n'est pas par votre personnalité et votre caractère qu'elle est séduite. Non, c'est par la première chose qu'elle voit. Autrement dit, votre allure. Si cette dernière lui plaît, il y a alors de fortes chances pour que la personne en question souhaite mieux vous connaître et plus si affinité … . Question d'attitude là aussi … et de phéromones, cela va s'en dire ! Vous l'aurez donc compris, l’apparence c'est pour moi le sésame susceptible de m'ouvrir les portes de la réussite professionnelle. Rien d'étonnant donc à ce que je passe une heure, voire une heure et demie, dans la salle de bain tout les jours. Et encore, c'est loin d'être le pire. Si je veux vraiment être irréprochable et somptueux, il n'est pas rare que je puisse squatter cette pièce pendant plus de deux heures. Alors s'il vous plaît mesdames, ne venez jamais me dire en faisant vos bêcheuses : « Hum, on voit bien que tu ne sais pas ce que c'est d'être une femme ! ». Je crois au contraire que j'en ai bien plus qu'une vague idée. Enjoliver les choses, tricher, maquiller la réalité, se grimer et se faire passer pour quelqu'un que l'on n'est pas : ça je connais. Je dirais même que c'est mon quotidien.

Dans le fond, c'est aussi la seule chose que je sache faire. Pourquoi je digresse de la sorte sur de pareilles futilités ? Je l'ignore. Sans doute qu’inconsciemment, je tente d'occuper mon esprit pendant ce petit moment de flottement qui s'enracine suite à la question que j'ai bêtement posée tout à l'heure. Qu'est-ce que je peux faire d'autre après tout ? Le rejoindre avec un regard libidineux et l'allumer ? Ah ça non, il n'en est pas question. Ce n'est vraiment pas mon genre. Du moins, pas avec lui. Si c'était un gogo quelconque, je pense que je ne me serais pas encombré de pareils scrupules. Je l'aurais déjà rejoint depuis longtemps. On aurait fait ce qu'on a à faire, puis je me serais rhabillé avec une souveraine indifférence. J'aurais récupéré mon fric et je m'en serais allé, comme je le fais toujours. Voilà à quoi ressemble une soirée « normale » pour Kuan-Yi. Seulement ce soir, c'est tout sauf une soirée normale. Pourquoi ? Eh bien, pour la simple et bonne raison que pour une fois, je suis en compagnie de quelqu'un avec qui je veux vraiment être. S'il doit se passer quelque chose, je ne veux pas que cela soit « sale », expédiée à la va-vite et sans … sans amour ? Avec lui je rêve de moments … brefs peut-être, mais fulgurants. Hors de question que cela soit médiocre. Ceci dit, au train où vont les choses, je doute que nous tombions tout de suite dans la médiocrité ! N'empêche, on ne va pas non plus se voiler la face, il est clair qu'il n'y aura pas de lendemain qui chante. Demain, chacun reprendra le cours normal de son existence. Peut-être même qu'avec un peu de chance, il m'oubliera. Oui. Sûrement qu'il m'oubliera. Mais moi, en serais-je capable ? En l'état actuel des choses et vu comment tout cela me touche et m'affecte, je serais tenté de dire que non. Dans des moments comme ceux là, je songe à des envies d'envers. A des endroits mille pieds sous terre, où je pourrais sourire sans soupirer. Qu'on me donne enfin de l'air. Que je m'en abreuve sans fin. De l'air, de l'eau, du ciel sur ma peau. De l'air, des rires, du bonheur qui transpire. De l'air, des bras ouverts qu'on ne referme pas. De l'air, des mots qui soufflent les sanglots. Plutôt niais comme vœu pieu, n'est-ce pas ? Oh mais vous pouvez le dire vous savez. Je suis d'ailleurs le premier à trouver ça complètement suranné et antédiluvien. Pourtant, je continue de croire candidement que ça pourrait bien être là ma seule échappatoire.

La clé qui me permettrait de m'évader durant un instant éphémère et de mettre de côté toutes les ignominies du quotidien. Je regarde l'eau tournoyer et s'évacuer par le siphon du lavabo. Tiens, j'avais pas fait attention, mais il manque un morceau d'émail. Franchement, au prix où ils doivent louer ces chambres, ils pourraient tout de même faire quelques petits travaux de rénovation. C'est quand même pas ça qui va les faire boiter ! On dit qu'il n'y a pas plus pingre qu'un asiatique, eh bah franchement quand je vois ça, je m'interroge. Qu'est-ce que ... ? Aurait-il parlé ? Aurait-il dit quelque chose ? « Bof » . Hum, on ne peut pas dire que ça m'aide beaucoup. D'un autre côté, cette réponse, aussi concise et peu reluisante soit-elle, a au moins le mérite de dissiper quelque peu mes inquiétudes. Des inquiétudes qui n'ont sans doute pas lieu d'être. J'ai quand même rarement vu quelqu'un d'aussi peu loquasse. J'ai l'impression que mon visage exprime ma pensée. Je plisse les lèvres, sourit de façon un peu niaise et forcé et arque les sourcils tout en opinant du chef. Un bruit, pour le moins anormal, redonne à mon faciès son habituelle sévérité. Je tourne la tête vers la douche. Sur une longue traînée, la buée recouvrant la paroi a disparue. Il est là, assis au pied cette dite traînée. Whaaa, je n'ai jamais vu des dorsaux aussi … aussi … . Bref ! Si je ne veux pas … venir ? Whophophop, doucement là, on rembobine ! Toute l'incrédulité du monde doit se lire sur mon visage. Bouche entrouverte, sourcils froncés, yeux clignant et faisant feux de croisements. En gros, la panoplie complète du mec qui ne croit pas ce qu'on lui dit. Et c'est exactement le cas. J'ai l'impression d'être victime d'un mirage sonore. Pendant un instant, je me demande si mon esprit ne me joue pas un mauvais tour. Non pourtant. Tout cela est bien réel. Là, j'ai peur de ne pas suivre. Déjà, il semblerait que l'on ai franchi un step dans l'intimité vu qu'il me tutoie. Je me demande bien ce qui me vaut une telle marque de confiance. Oui je sais, pour vous les européens le tutoiement c'est monnaie courante, mais pour nous les asiatiques, c'est avant tout un témoignage de confiance et d'affection. Tout bien considéré, lorsque deux hommes se retrouvent dans une même salle de bain, que l'un est entièrement nu, et l'autre à moitié … bon j'imagine que le « Tu » s'impose de lui-même !

Mais ce n'est pas cela qui m'intrigue le plus. Oh que non ! Tout à l'heure encore, il me disait, ou me faisait sous-entendre, que son truc à lui c'était plus les femmes que les hommes et qu'il n'avait pas de fantasme en particulier. Qu'est-ce qui a bien pu se passer en un laps de temps si court pour que tout d'un coup il veuille que je le rejoigne sous la douche ? Non parce qu'on est bien d'accord, çà, ça s'appelle clairement une invitation au voyage. On a beau dire ce que l'on veut, mais deux hommes sous une douche … ça reste deux hommes sous une douche ! Au mieux, on se jette des œillades discrètes pour voir … qui « est le plus grand ». Au pire, on s'adonne au pêché de chair. Je me demande bien comment font les gars qui pratiquent un sport collectif, une fois que le match est terminé et qu'ils sont sous la douche. Je pense que j'aurais été incapable de rester de marbre et impassible. Enfin, Dieu merci pour moi, j'ai fait, ou plutôt on m'a fait faire de l'escrime. Problème résolu donc. Il est là. Assis a l'extrémité de la paroi. Au niveau de l'entrée de la douche. J'avance, gorge nouée et jambes flageolantes. Ma main se pose sur le verre. Je le longe, puis une fois arrivé au bout, à quelques centimètre de lui, je m’immobilise, tiraillé une fois encore entre le choix du cœur et celui de la raison. Finalement, je décide de m'asseoir dos à lui. Seule cette fichue paroi nous sépare. Question subsidiaire : Quelles sont les chances pour qu'elle cède et que nous nous retrouvions l'un contre l'autre ? Hahaha ! Oh bah, presque autant que celles qui veulent que les films que je me suis fait jusque là puissent aboutir un jour. Enfin, j'imagine. Je baisse la tête et regarde les motifs tant bariolés que kaléidoscopiques du carrelage. En pivotant légèrement la tête, j’aperçois sa main qui dépasse de l'autre côté. Fébrile, je viens poser la mienne dessus. J'allais pour en caresser le dos à l'aide de mon pouce, mais quelque chose me stoppa dans mon élan. L'extrémité de ses doigts ainsi que ses ongles s'incrustèrent entre les joins séparant et unissant à la fois les différentes dalles du carrelage. Oui, je voudrais bien venir Raffaele. Cependant, il semblerait qu'une petite partie au fond de toi ne le veuille pas. Je retire donc ma main de la sienne. Inutile de dire « Pardon, je n'ai pas fait attention » ou une connerie du même style. Le contact était bien trop long et était tout sauf accidentel.

Je clos mes paupières avec fermeté et serre les dents à m'en péter la mâchoire. Je bascule ma tête en arrière et laisse mon crâne venir se heurter contre le verre chaud de la paroi. Je prends une grande inspiration. Elle est loin d'être assurée. Il y a comme des à-coups. Je garde l'air dans mes poumons quelques instants, puis annihile le silence tout en expirant. « Tu sais, ce n'est pas parce que je suis … un escort que tu dois te sentir contraint de … de … . Enfin, tu vois. Pas la peine de te forcer ou de te faire violence si tu n'en as pas envie. Personne ne t'oblige en rien tu sais, et surtout pas moi. ». Alors là, je suis dans le flou le plus total. Et je ne dis pas seulement ça à cause de la buée ! Qui est-ce que je cherche à dédouaner au final avec ce prétexte ? Lui ou moi ? C'est tout de même curieux. J'ai l’impression que nous sommes des aimants. Tantôt la polarité de l'un est positive tandis que celle de l'autre est négative, et inversement. Résultat des courses ; l'un est attiré par l'autre et l'autre le repousse. Hélas, jamais ils s'attirent mutuellement ou se repoussent catégoriquement. Ça serait trop simple … ! Oh putain ! S'il existe un manuel, un guide pratique ou que sais-je qui explique comment s'y prendre pour les rapports humains, eh bien franchement je suis preneur ! Telle une pie attirée par tout ce qui brille, mon regard se pose sur un flacon entreposé sur une petite étagère murale, dont le contenu est jaune. Sur l'étiquette on peut lire « Huile essentielle de camomille ». Il y en a plein d'autres. Violette, Camphre, Eucalyptus et j'en passe. J'hésite. Faut-il, faut-il pas ? « Il y a des huiles de massage. Si le cœur t'en dit, je pourrais t'en faire un après. Il n'y aura rien de tendancieux, rassure-toi. En bon asiatique qui se respecte, il y a deux ou trois petits trucs que je connais sur le sujet. Autant en faire profiter quelqu'un. ». Ouais … . Je me suis bien gardé de dire que ce que je connais sur l'art du massage je le dois à une certaine Priscilla Panthera qui exerçait dans un salon en Thaïlande. Vous savez, ce fameux genre d'établissement qui dispense des soins qui sont, comment dire … pas toujours très catholiques ! Ceci dit, entre s'ignorer, ne pas se parler et s'envoyer en l'air comme des bêtes, il doit bien avoir un juste milieu. Le massage, c'est un bon compromis après tout. Euh … peut-être pas finalement. Pfff, ce que je peux me détester parfois ! Ah oui, oui vous avez tout compris. Je regrette déjà ce que je viens de dire. Il n'y a pas possibilité de faire comme Marty McFly ? Je veux dire, prendre le volant d'une voiture et remonter le temps. Non, hein ? Bon … .
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 4/2/2017, 23:49


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” &
Il a, quelque part, oublié ce que cela faisait que de sentir le corps de quelqu'un sur le sien, et là, tout de suite, ça lui manque. Ca lui manque horriblement. Le contact de l'eau sur sa peau, il en a pas besoin, il le connait. C'est plus compliqué que ça dans le fond. Comme si l'eau, là tout de suite, allait le faire fondre. Plus vite que prévu (il finira bien par fondre un jour ou l'autre), et le contact de Kuan, contre lui, ça l'aiderait. A rester en un seul morceau, à l'état de glace, pour pas se transformer en liquide, puis en vapeur d'eau. Il ferme les yeux et se laisser aller.
Parfois, il a cru qu'il était assexuel, parce que les nana ... c'était pas ça. Ca lui a jamais filé le grand frisson, c'est vrai. Il a joui, quelques fois, il les a faites venir, d'autres fois, mais c'était pas comme ce qu'on raconte. C'était pas la petite mort. Il a toujours trouvé cette expression particulièrement plaisante à l'oreille, comme si c'était parfaitement crédible de mourir un peu, lorsqu'on jouit. Lui non, juste une sensation comme une autre, comme l'odeur du pain grillé, comme plonger dans un lagon bleu doré sur la plage de son grand père, comme sourire à un ami proche, comme toucher une oeuvre d'art interdite. Ca a du sens. Tout a du sens. Pourquoi jouir en aurait plus.
Les mecs, ça l'a jamais vraiment attiré. Il a déjà essayé de se branler sur du porno gay, ça donnait rien, croyez le. Il a essayé en réalité, mais rien n'y a fait. Alors assexuel ? Ouai, peut-être.
Là, ce qu'il veut, c'est Kuan, contre lui, peu importe ce qu'il peut dire, ce qu'il peut trouver pour se dédaouner. Comme s'il trouvait perpétuellement une excuse, que rien n'était assez bon pour lui. Il veut qu'il vienne, qu'il le relève, qu'il le prenne dans ses bras, sans rien dire, ou qu'il le prenne, toujours sans rien dire. Comme si ce type pouvait tout lui faire, qu'il subirait (ou adorerait, ou s'enivrerait, ou détesterait, ou mourrait) sans rechigner, juste pour ses beaux yeux. Juste pour penser à autre chose. Juste pour sentir autre chose. Ce n'est pas si dur dans le fond, de penser à autre chose, alors pourquoi c'est si compliqué pour toi, Raffaele ? Comme si t'étais le seul à souffrir, vraiment. N'importe quoi. La vie a souvent prouvé que non, tu n'es pas le seul à en baver, que ok, ta cousin t'as violé (disons les choses comme elles sont), mais c'est pas la peine d'en faire un drame. Si ? Drama queen.
« Tu sais, ce n'est pas parce que je suis … un escort que tu dois te sentir contraint de … de … . Enfin, tu vois. Pas la peine de te forcer ou de te faire violence si tu n'en as pas envie. Personne ne t'oblige en rien tu sais, et surtout pas moi.» Raffaele fronce les sourcils, les yeux toujours fermés. Il ne se sent pas forcé, ça n'a jamais été le cas. C'est lui qui a proposé, lui qui a voulu. C'est lui qui s'est mis à nu, il n'a pas envie de faire demi tour maintenant. Il pose la tête en arrière, contre la paroi. Qu'est-ce qu'il fout là. Sa place est ailleurs non ? Non. « Il y a des huiles de massage. Si le cœur t'en dit, je pourrais t'en faire un après. Il n'y aura rien de tendancieux, rassure-toi. En bon asiatique qui se respecte, il y a deux ou trois petits trucs que je connais sur le sujet. Autant en faire profiter quelqu'un. » Raffaele sourit doucement. Ouai, ça a l'air mignon, mais c'est pas ça dont il veut. Il a pas un escort pour lui simplement pour ... Avoir un massage. Ca il peut l'avoir de quelqu'un d'autre. Non. Il se redresse un peu, fronce les sourcils. Il sait pas comment mettre les choses à son avantage (il a jamais été doué pour cela). Il finit par pousser un long soupir et glisser, en tournant la tête vers l'autre côté de la paroi : « J'dois te l'dire en quelle langue ? » Il marque un temps. Il voudrait atteindre un point de non retour, il sait pas vraiment comment s'extraire de ce qu'il lui arrive. Il en a pas envie, pas maintenant. « Dessape toi et viens. » Il aura tout le temps pour un massage après.



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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 5/2/2017, 17:47


Raffaele & Kuan-Yi
It Was Too Good To Be Real



Quand j'étais en Asie, les gens que je rencontrais dans le cadre de mon second « travail », avaient bien souvent du mal à comprendre le sens de « la progression ». Comment quelqu'un peut passé du statut de mannequin le plus en vue et le mieux payé d'orient à vulgaire « mec de joie » qui fait don de son corps au plus offrant. Quand ma carrière a commencé à se tasser, il y a maintenant un peu plus de deux ans de cela, j'aurais très bien pu prendre ma retraite. Couler des jours heureux dans une villa près du Temple d'Or de Kyoto, ou quelque chose dans le genre. J'avais amassé un joli petit pactole qui me l'aurait largement permis. Le problème avec la richesse et la célébrité, c'est que lorsqu'on y a goûte, on ne veut plus s'en passé. Dans le fond, cette activité d'escort, c'est peut-être bien la seule décision que j'ai prise de mon propre chef. Qui sait, pas sûr que j'aurais été modèle si l'on m'avait laissé le choix. Hum, c'est un peu tard maintenant pour s'interroger mon grand. Tu ne crois pas ? Escort, on ne le devient pas par envie, mais plutôt parce que l'on a pas le choix. En ce qui me concerne, je ne peux pas dire que ce job s'est imposé a moi. Cette activité, au contraire, je l'ai embrassé en mon âme et conscience. Tout a un prix. Tout le monde a un prix. Pourquoi l'amour et le sexe devraient en être exempts ? Il me semble que c'est à peu près le raisonnement que j'ai eu à l'époque et qui m'a poussé à désormais tarifer mes charmes. Comme beaucoup de mes confrères et consœurs, ce n'est pas dans l'acte en lui même que je prends le plus mon pied. Ma jouissance, je la tire de la bêtise des gogos qui me sollicitent. Alors je me fais désirer. Je fais monter les enchères pour voir jusqu'où ils seraient prêts à aller pour tirer leur coup. Pour me consommer, me posséder et m'épingler à leur tableau de chasse. Ça m’amuse. Des fois même, ça me consterne quand je vois la blinde qu'ils lâchent pour obtenir ce qu'ils peuvent avoir tout seul à l'aide de leur main droite. Ou gauche, ça dépend. Béni soit l'onanisme. Je vous le dis moi ! Mon « record », je le dois à un businessman indien en voyage d'affaire à Taipei. Cinq-cent mille dollars taïwanais pour seulement … quinze minutes ! Douche comprise, je tiens à le préciser. Pour vous donner un ordre d'idée, ça équivaux environ à quinze-mille euros. Dit comme ça, ça ne semble pas non plus hallucinant, mais à Taïwan, c'est une somme plus que rondelette. Les personnes qui là bas peuvent claquer autant de fric pour assouvir une mourante se comptent sur les doigts de la main. Je suis certain que j'aurais pu délester ce Bombay Boy d'encore quelques billets.

Peut-être même que je pouvais doubler la mise et monter jusqu'au million. Si je ne l'ai pas fait, ce n'est pas par scrupules. Oh que non ! J'ai juste eu peur qu'il se mette à tiquer en entendant la somme. J'ai donc lâché à cinq-cent mille. Sans regret. Un tel montant pour seulement quinze minutes de labeur, je ne sais pas vous, mais je trouve ça plutôt rentable. Avec « la mission » dont m'a investi l'autre gourdasse d'Emmanuelle, j'ai l'occasion de littéralement pulvériser mon record. Trente-mille euros qu'elle m'a proposé la bougresse ! Avant de rencontrer mon « client » du soir, je n'avais qu'une envie, encaisser ce putain de chèque qu'elle m'a fait miroiter comme un susucre que l'on agite au dessus de la truffe d'un chien. Et puis j'ai fait ta connaissance. En une fraction de seconde, la donne s'est inversée. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'étais prêt à faire ce que l'on attendait de moi tout en renonçant à l'argent. Maintenant … je ne sais pas. Je ne sais plus. Argh, j'ai horreur de ça. Ce sentiment d'impuissance. Cette sensation de ne pas être maître de la situation. Le fait d'être un homme parmi les Hommes. Je dois me rendre à l'évidence, je n'ai plus la main mise sur les événements. C'est toi qui a les cartes en main. C'est toi qui va décider de mon sort. De ce que tu souhaites que je sois pour toi. J'ai le pressentiment que tu ne vas pas tarder à me le faire savoir. Ton verdict va s'abattre sur moi incessamment sous peu. Que je me dessape et que je vienne, hein ? Hum, oui évidemment. A quoi je m'attendais … ? C'est à ça que je sers après tout. A étancher les envies des hommes. Comme je l'ai déjà dit, je ne suis que le corps dont on se sert et que l'on met au rebut une fois satisfaction acquise. Qu'est-ce que je voulais être d'autre pour lui ? L'ami ? L'amant ? L'âme sœur ? Hahaha ! Belle connerie ! Il est grand temps que je redescende de mon petit nuage et que je retouche le sol. Il faut que je me convainque qu'il n'en vaut pas la peine. Ils n'en valent pas la peine. Ni lui, ni un autre d'ailleurs. Pour la première fois, le ton de ta voix est ferme. Presque autoritaire même. J'y décèle aussi une pointe d'exaspération et d'agacement. On dirait que cette fois-ci, tu sais clairement ce que tu veux. Tu veux prendre le contrôle, pas vrai ? Hum, soit. Je vais faire une exception dans ma manière de procéder. On va inverser les rôles. Je te concède les commandes ainsi que les pleins pouvoirs. Si c'est ce que tu désires, alors ainsi soit-il. Quelque chose me dit que tu ne dois pas souvent en avoir l'occasion. J'ai le pressentiment que tu subis plus la vie que tu ne la croques à pleines dents. Ça te fera sans doute du bien d'avoir l'emprise sur quelqu'un le temps d'un instant. Bien … . Dans ce cas, allons-y. Il ne s’agira pas d'un corps à corps, d'une communion entre deux êtres. Non. Ça sera une passe.

Comme toutes les autres. Du sexe brutal. Du sexe à la va-vite. Du sexe brutal expédié à la va-vite peut-être même. Je lève la tête et regarde le néon sur la glace au dessus du lavabo. Une grande inspiration d'air chaud et humide puis je me relève. Je n'ai plus que mon jean sur moi. Voilà, je suis à tes côtés. Accroupi en face de toi. Je relève une mèche de cheveux qui serpente sur ton front puis pose ma main sur ta nuque. Je déglutis, non sans mal, et acquiesce à plusieurs reprises de la tête. D'une voix monocorde et psalmodique, je finis par lâcher un : « D'accord. ». J'attrape ses mains. Nous nous relevons tout deux dans une relative lenteur. Je viens plaquer ses mains contre la boucle de ma ceinture. Tout en ne le quittant pas des yeux, j'accompagne ses gestes. Des vêtements, j'en ai tellement retirés que je pourrais à présent les ôter les yeux fermés avec une main attachée dans le dos. Nous poursuivons. Sans dire un mot. Bercés par le son de l'eau qui ruisselle sur le carrelage. Enveloppés par la vapeur qui danse et tourbillonne autour de nous. Bouton. Braguette. Mon jean glisse le long de mes cuisses jusqu'à mes chevilles. D'un geste habile, je le quitte. Un léger coup de pied pour l'envoyer au loin puis je m'approche. Encore un peu plus. Nos peaux se touchent, se mélangent et se confondent. Je viens déposer mes mains sur ses épaules. Je descends et m'aventure sur ses pectoraux. Mon regard s'accorde à l'unisson avec mes gestes. Je continue, plus bas. Toujours plus bas. Je me perds et vagabonde sur ses abdos. N'en négligeant aucun des six. J'en dessine les tours et les pourtours à l'aide de l’extrémité de mes doigts. Après quelques instants qui me parurent une éternité, je m'agrippe à sa taille et relève la tête. Je n'arrive pas déchiffrer avec certitude ce que ses grands yeux clairs veulent me dire. « Eh bien vas-y. Qu'est-ce que tu attends ? ». Oui peut-être que c'est cela. Une chose est sûre, je resterai fidèle à moi même et je ne l'embrasserai pas. Pas sur la bouche en tout cas. C'est quelque chose que je me suis toujours farouchement refusé de faire dans mon « travail ». Non … ça ne rentre pas dans le cadre de mes prestations. Le cou en revanche … . C'est par là que je décide de commencer à grands coups de baisers et de succions. Je sens son pouls s’accélérer contre mes lèvres. Sa respiration s'emballe et s'intensifie. Je poursuis et empreinte le même chemin que celui qu'on suivit mes mains un peu plus tôt. Je m'attarde sur des parties érogènes de la section pectorale de son buste. Le plexus solaire et les tétons, pour ne citer que celles là. Tel un chat, je lape ces petites parcelles de peau et les mordille aussi légèrement par moment.

Cette fois-ci, ce sont les battements de son cœur qui viennent se heurter contre le muscle de ma bouche. Ils sont irréguliers. Par moments ils tambourinent contre sa poitrine, et à d'autres, ils se taisent et semblent presque se mourir. C'est pas vraiment le moment d'être analytique. Poursuis. C'est ce que je fais, en posant un genou à terre et en sévissant à présent sur sa ceinture abdominale. J'embrasse et lèche avec délicatesse ces muscles qui saillissent. Ma langue dessine une croix sur les lignes qui les séparent. Mes mains dégringolent jusqu'à son bassin. Je chérie un long moment cette dernière étape de mon voyage. Après cela, un tout autre périple m'attend. Le plus gros du travail, comme on dit, reste encore à faire. Inutile de retarder l'inévitable. Nous y voilà. Le vit. Ce qui fait qu'un homme est homme. Lorsque j'arrive à cet instant précis, j'ai coutume de … de me déconnecter. Je ne saurais comment l'expliquer. C'est comme si je mettais mon cerveau en veille. Comme si je laissais mon corps en suspens. Quand je suis dans cet état, je ne ressens plus rien. Je pourrais enchaîner des dizaines de passes les unes après les autres. Par contre, lorsque tout s'arrête, c'est là que j'accuse le contre coup. Aller, assez tergiversé, il faut y aller. Je stimule tout d'abord l'extrémité du … du chibre. C'est là que ce trouve les terminaisons nerveuses qui nous procures du plaisir à nous les hommes. Je relève les yeux vers lui pour observer ses réactions. Ses yeux sont clos et son crâne est appuyé contre la paroi de la douche. Difficile de savoir, s'il passe un bon moment ou non. Par moment, je le sens qui se crispe, qui se tend. Comme s'il voulait refouler au plus profond de lui même tout le plaisir qu'il peut ressentir. Ma langue va et vient sur toute la longueur du membre. Je souffle le chaud et le froid. Au sens propre, puisque j'alterne des expirations d'air chaud et d'air froid. Je reprends mon travail de sape sur le bout de sa virilité. Puis, j'y vais. Je me lance et le prends en entier. Appelons un chat un chat, j'en ai taillé des pipes. Plus que je ne saurais le dire. Mais jamais, au grand jamais, je n'ai ressenti ce que j'éprouve actuellement. D'ordinaire, tout ça m'indiffère et ne m’atteint pas. Mais là … j'ai peur. Peur de quoi ? De mal faire ? Hahaha ! Non je ne pense pas. J'ai plusieurs « heures de vol » au compteur, et je peux affirmer avec certitude et sans prétention que je sais comment m'y prendre. Alors de quoi s'agit-il ? D'où vient cette angoisse ? Est-ce la peur de la tournure que va prendre la suite des événements ? La peur que cela dégénère ? La peur pour moi d'être arrivé à la fin de mon voyage ? Peut-être. On verra bien. Que sera sera comme disent nos amis transalpins.
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 5/2/2017, 18:53


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” &
C’est pas qu’il a envie de prendre les choses en main. C’est pas non plus qu’il a envie de le brusquer, ou de l’utiliser. C’est un escort, c’est pas un jouet, et c’est pas parce qu’il vend son corps qu’il veut trop en profiter. Mais il sait bien qu’il lui fait de l’effet. Ca crève les yeux, Kuan ne fait que l’observer, sans même essayer d’être discret. Ce sont des légers sourires, des coups d’œil furtifs, mais c’est évident. Et si Raffaele n’est pas à l’aise avec son corps, en revanche il est observateur, et il n’est pas con, ni niais. Il sait ce que ce genre de regards veulent dire. C’est tout et rien à la fois, c’est regarde moi, est-ce que tu me veux, et je te veux, je te regarde. Alors non, Raffaele n’a pas l’impression de le forcer lorsqu’il le voit se redresser, et lorsqu’il croise son regard sombre.
Il est beau mine de rien. Il a jamais rien éprouvé pour un asiatique (ni pour un black ni pour un latino, et c’est à peine s’il ressent quoique ce soit pour une caucasienne), mais il est certain de son charme. Il a un regard assuré (même s’il ne s’en rend pas forcément compte). L’air de ceux qui savent où ils vont. C’est d’un mec comme ça dont Raffaele a besoin, juste pour une nuit, pas plus. Il n’a pas besoin d’un mec. Il a besoin de lui juste maintenant. Kuan attrape ses mains et le redresse. L’Italien se laisse faire. Il se sent fébrile. Comme s’il pouvait encore faire marche arrière. Il n’a pas atteint le point de non retour, ça va venir, attend un peu. Raffaele a les lèvres entrouvertes, son souffle chaud sort difficilement. Il se sent émoustillé d’un rien (ce qui est loin de lui ressembler, lui le frigide, et lui le froide). C’est peut-être juste ce mec. Juste parce que c’est un mec. C’est peut-être la douche aussi qui sait. Qui sait. Certainement pas lui. Il déglutit, lorsque Kuan guide ses mains jusqu’à sa ceinture. Ils se regardent droit dans les yeux. Il a des gestes d’expert. On entre dans son domaine de prédilection, sur son terrain de jeu. Raffele se laisse faire, détache la ceinture rapidement. Le bruit de la douche lui fait perdre le fil de ses pensées. Comme s’il en avait jamais eu un. Il vire son jean au loin. Il passe ses mains sur les épaules de l’italien, qui a l’impression d’être tombé dans une autre dimension. Mais il le regarde toujours droit dans les yeux, en espérant que son cœur ne fait pas un boucan monstre. Ses mains glissent à toute allure (il s’y connait, il s’y connait si bien, ça crève les yeux). Il passe sur les épaules, les pectoraux, les abdominaux. Raffaele est pas si musclé, mais entre ses doigts, c’est tout à fait différent. Il le regarde droit dans les yeux, comme si, s’il s’arrêtait, quelque chose allait disparaitre. Y’a une tension entre eux, une tension qu’il saurait pas vraiment définir. Ca semble presque evident, ils sont sous la douche, à poil. Ouai. Mais Raffaele est toujours incapable de la définir.
Il voit son visage se loger dans sa nuque. Il étouffe un soupir de satisfaction, lorsque sa langue se perd, qu’il tente de marquer son territoire. Pas un seul instant il ne pense à demain, au fait qu’il devra nettoyer ça, qu’il se regardera dans un miroir en y pensant. Là, il se laisse faire. Il laisse sa langue tracer son cher chemin, et il laisse se soupirs se faire étouffer par le son de la douche.
Lorsqu’il sent la bouche descendre, se frayer un chemin dans sa nuque, sur une de ses épaules, puis sur ses pectoraux, son souffle se coupe. Qu’est-ce qu’il compte faire. Il descend, de plus en plus, vient se glisser sur un des tétons, et d’un geste experts, le stimule. Il est fort, aucune femme n’a fait ça avec lui. C’est pas le genre de mec à qui on tente de faire ce genre de chose. Il est celui qui contente. Pas celui qu’on contente. Mais il laisse faire Kuan, sans paniquer, en restant calme, tandis qu’il se met à genoux, et que du bout de la langue, il vient embrasser ses hanches, son bassin, sa cuisse.
Il devrait paniquer, là maintenant, se dire que putain, ça rappelle de mauvais, très mauvais souvenirs. Il aime pas les pipes. Et là, il va s’en faire tailler une. Il aime pas ça, parce qu’il sait pas vraiment à quel point ça peut mettre dans un sale état. Il ouvre les yeux, regarde en face de lui. Il attend. Sa respiration est saccadée, de panique. Il essaie de se calmer. Il lui jette un coup d’œil. C’est toujours lui, c’est bon.
Il laisse sa langue glisser sur sa virilité. Sa tête part en arrière. Ce sont juste des coups de langue, pour commencer. Il titille, fait ça lentement, sans se précipier. Il stimule sans trop en faire, il le laisse s’adapter. Les jambes de Raffaele se ramollissent, il attend la suite, avec impatience. Il a envie de plus. Et s’il pouvait réfléchir, il s’apercevrait que c’est bien la première fois de sa vie. Il a les lèvres qui tremblent, la repsiration bloquée. Il laisse un long soupir s’échapper d’entre ses lèvres lorsque Kuan le prend entièrement en bouche. Il laisse ses lèvres et sa langue jouer, tour à tour, à la perfection. Raffaele se mord la lèvre, il se sent comme en transe.
C’est bon, c’est
si bon. Ca n’a rien à voir avec ce qu’on lui a déjà fait. Peut-être qu’il était pas dans le même état. Peut-être qu’il étiat pas prêt. Peut-être que kuan est juste doué. Peut-être que c’est tout ça d’un coup. Mais il n’imagine pas quelqu’un d’autre entre ses jambes, il n’imagine rien, il ne peut pas, il est trop plongé au cœur de la luxure. Il gémit, des soupirs rauques qui s’échappent d’entre ses lèvres. Il le laisse continuer, il le laisse le stimuler. Il passe une main dans ses cheveux, l’incite à aller plus loin, sans le brusquer. Il arrive encore à penser que c’est clairement pas le moment de faire autrement. Il a la bouche sèche, et les jambes en coton. Il sait pas par quel miracle, il arrive à glisser un : « P’tain … T’es vraiment … doué. » Pas comme s’il y connaissait vraiment quelque chose, mais ça vaut le coup de le souligner.
Il pourrait jouir, vraiment. Mais il veut pas, le laisser sur le carreau, ce serait franchement malpoli. Il agrippe son épaule, et le fait se redresser. Il plante son regard dans le sien, glisse les deux mains dans sa nuque. Pourquoi ne l’a-t-il toujours pas embrassé ? Il aurait eu plein d’opportunités. Il suffit d’un rien. Il le fixe. Puis il vient se rapprocher de lui, et glisse ses lèvres sur les siennes. Il ne veut pas d’un baiser chaste, il veut une langue contre la sienne, et une impression de force. Comme un raz de marée. Il veut le sentir perdre son souffle. D’une main qui glisse contre son torse, il vient caresser ses hanches, une de ses cuisse, puis vient entourer son membre de ses doigts. Il sent nettement la coupure, le souffle de Kuan qui se stope. Raffaele se contente de lent mouvement, et pourtant il peut le sentir glisser dans un autre monde. Il aurait envie de lui dire, si tu veux gémir, fais le dans ma bouche. Mais il n’en fera rien, il le laissera faire.


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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 6/2/2017, 18:43


Raffaele & Kuan-Yi
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Plus les minutes se dérident et s'égrainent, et plus je me sens stupide. Comment ai-je pu avoir peur ? Comment ai-je pu imaginer à un seul instant que je puisse être en danger avec lui ? Il n'est pas comme tout les autres. Comme tout ces tordus sur qui j'ai pu tombé. Il n'a pas besoin de proférer des insultes ou d'être violant pour prendre son pied. Dans le fond, il n'y a rien d'étonnant à cela vu que cet archange n'aime pas céder au pêché de luxure. C'est lui même qui me l'a dit. Ou du moins, qui me l'a fait comprendre tout à l'heure dans ce café, de manière plus ou moins explicite. Là, j'ai beau essayé de déconnecter mon esprit, j'en suis incapable. Mes sens sont toujours éveillés, et ils s'agitent comme jamais. C'est donc à ça que ressemble le lâché prise ? C'est … pour le moins étrange. Et bizarrement, ce n'est pas si terrible que ça au final. Je finis par récolter les fruits de mon mon travail … buccal. Au bout de quelques minutes, je parviens à lui arracher de faibles râles de plaisir. Des soupirs qu'il tente d'étouffer et qui viennent gésir sur la faïence de la douche. Il se détend, se décrispe. Peut-être qu'il se rend compte que le sexe, ce n'est pas quelque chose de nécessairement sale ? Cela ne l'est jamais lorsque vous le faîtes avec quelque qui … quelqu'un qui vous aimes. Voilà, c'est dit. Je l'ai dit. Une de ses mains vient se perdre dans mes cheveux noir corbeau. Ils sont tout ce qu'il y a de plus asiatique. Sombres, épais et raides comme des baguettes. Il accompagne mes oscillations de la tête et me montre la cadence à laquelle il souhaite que j'imprime « mon ouvrage ». Je fais mon job, et je sais que je le fais bien. Peut-être même que j'en fais trop ? Qu'à cela ne tienne, je n'ai pas envie de faire dans la demie mesure avec lui. Je … je veux tout donner. Tout donner sans spécialement attendre quelque chose en retour. D'ailleurs, jamais je n'espère quoi que ce soit de la part des hommes avec qui je couche. C'est toujours moi qui offre, qui gâte, qui stimule. Ça a toujours été comme ça, ça le sera toujours, et ce n'est pas prêt de changer. Je n'ai connu que ça. Comme pour beaucoup d'autres choses, j'ai été précoce dans ce domaine. Ma première fois, je devais avoir quatorze ans à tout casser je crois bien. On n'a pas spécialement réfléchis. Les choses se sont déroulées tout naturellement d'elles-mêmes. Il a fait et j'ai « subi », bien que je n'aime pas utiliser ce mot. Ça m'a plu et suite à cela, je n'ai jamais eu envie d'endosser le rôle de l'actif, comme on dit.

En tout cas, je suis contant de constater que ma dextérité labiale ne le laisse pas de glace. Ce n'est pas tant que je doute de mes compétences dans ce domaine. Non, là dessus je ne me fais pas de soucis. Pour tout dire, je suis plutôt fier qu'elles fassent mouche sur un gars qui se dit hétéro et qui n'est pas un mordu de la chose. Un double challenge en somme. Peut-être que c'est cette fierté qui me donne envie de bien faire les choses ? Je l'ignore. Toujours est-il que je m'applique, comme rarement je l'ai fait. Je darde ma langue et sur ce petit morceau de chair. Réceptacle de tout les plaisirs. Puis je reprends mon travail de ciselage. D'abord du bout lèvres, laissant ainsi l'air caresser les tissus épidermiques. Puis à pleine bouche. Respectant le mieux possible la fréquence qu'il désire. Ses gémissements deviennent plus rapprochés. Plus sonores aussi. Sans mauvais jeu de mot, je crois que je tiens le bon bout. Il ne tarde d'ailleurs pas à me le faire savoir. Par la parole cette fois-ci. Lentement. Avec des sortes de trémolos dans la voix. Comme s'il était sur le point de défaillir. Comme s'il valsait et tanguait au bort du vide, prêt à faire le grand saut d'un moment à l'autre. Je prends ça comme un compliment. C'est toujours flatteur d'être doué dans quelque chose après tout. J'allais pour lui rétorquer par une lapalissade du genre « C'est mon métier », ou « C'est pour cela que l'on me paie », mais il ne m'en laisse pas le temps. Il m'aide à me relever m'obligeant ainsi à lui faire face. J'y avais jamais prêté attention avant, mais je fais environ une demie tête de plus que lui. Non, un petit moins quand même. Quatre ou six centimètres sans doute. Le temps suspend son vol et ses deux orbes rappelant la couleur des lagons de la Baie d'Izu viennent se souiller dans l’obscurité des miens. Ces deux amandes couleur onyx qui en temps normal n'expriment rien, mais qui là maintenant, doivent être plus éloquentes que jamais. Il passe ses mains autour de ma nuque et caresse la naissance de mes cheveux à l'aide de ses doigts. Je m'étais trompé. Il avait peut-être envie qu'on en arrive là après tout ? C'est en tout cas ce que me laisse à penser ses gestes qui semblent tant assurés. Il ne tremble pas, il est précis, délicat. Tendre ? Ça, je ne sais pas. Tendresse, va bien souvent de paire avec amour. Il m'aime ? J'ai de sérieux doute quant à cela. Ma respiration est courte, silencieuse et lente. Mon cœur aussi. A chaque boum, j'ai la sensation qu'il va bondir hors de ma cage-thoracique. Qu'il va venir te maculer de mon sang avant de choir à tes pieds.

Il s'approche. Trop fébrile pour pouvoir de tourner la tête ou esquiver, ses lèvres se posent sur les miennes. Mes yeux se closent avec fermeté et je fronce les sourcils. Je lève légèrement le bras gauche et serre le poing. Si fort que mon bras se tétanise et se met à trembler. Oh non. Ça y est. Mes sens me quittent. Je touche le fond. Je dépose les armes et arrête de lutter. « je resterai fidèle à moi même et je ne l'embrasserai pas. ». Mon cul, ouais ! Oh toi ta gueule ! Tu crois que c'est vraiment le bon moment pour me faire la leçon ? Il est clair que non. En ce moment, tout mes murs s'ébranlent et cèdent. Toutes les barrières que j'ai tenté d'ériger entre lui et moi s'effondrent. Je suis au supplice. Un doux supplice que rien ne peut égaler. Le sentiment que le sol va se dérober sous mes pieds se fait plus fort que jamais. Afin de ne pas tressaillir, mes mains viennent se poser sur sa taille. Comme s'il était mon roc. Mon phare en pleine mer. Le seul qui puisse m'empêcher de partir à la dérive. Je garde les yeux fermés, préférant me priver de la vue afin de me focaliser davantage sur les sensations que me procurent le touché. Mes doigts vont par monts et par vaux sur son abdomen avant d'aller explorer le creux de ses reins et les contours de ses omoplates. J'ai le souffle coupé. Ce n'est pas un baiser vorace et enflammé. Non, c'est quelque chose de lent, avec une précision horlogère et très langoureux. Un baiser, une étreinte, une minute qui semble défier le cours du temps. Quand tout cela s'arrête, je suis littéralement hors d'haleine. Mes poumons ne parviennent à prendre que de très faibles quantités d'air. J'inspire et expire à vive allure. Cette sensation d'être toujours plus chancelant, vacillant et tanguant ne me quitte pas. C'est d'ailleurs peut-être elle qui fait que j'ai l'impression que ma tête est lourde et que je n'ai d'autre choix que d'appuyer mon front contre le sien afin que je puisse la soutenir au mieux. Mes paupières restent celées. La pointe de mon nez butine l’arête du sien. Nos lèvres s'effleurent par moment, sans pour autant communier de nouveau. Nous échangeons nos souffles dans la moiteur de l'air ambiant. Dans cette salle de bain qui prend des allures de hammam ou de sauna. Une de ses mains vient frôler ma joue. Elle ondule doucement le long de ma gorge avant de zigzaguer sur mon torse. Mon cœur s'emballe. Tout s'emballe. Je passe un bras autour de son cou. Comme si je craignais de m'écrouler subitement. Le second encercle toujours sa taille.

Un sursaut et un frêle gémissement m'envahissent lorsque sa main vient se poser sur mon entrejambe. Sur le tissu entièrement imbibé de mon boxer. Il a désormais la preuve par trois du fait qu'il ne me laisse pas indifférent. Qu'il me plaît et m'attire. Qu'il est la source de mon émoi. Hum, je doute qu'il ai eu besoin de cela pour s'en rendre compte. Je sens et je sais qu'il peut lire en moi comme dans un livre ouvert. Mes faux-semblants, mes mensonges, mes réticences, il sait mieux que quiconque les déceler et les envoyer valser. Il est le seul qui soit parvenu à me débarrasser de tout mes masques. Le seul qui puisse me voir comme je le suis réellement. Sans armure ni façade. Bientôt, le simple contact du tissu ne lui suffit plus. Il tire sur mon boxer qui dégringole à mes pieds. D'un petit balayage du pied, je l'envoie rejoindre mon jean qui gît un peu plus loin au sol. Je frissonne et éprouve toute les peines du monde à respirer convenablement. Il me tient. M'asticote et me lutine doucement. Tout doucement. Je recule afin de m'adosser contre la faïence tiède qui recouvre le mur pour ne pas crouler sous le poids de mes jambes. Ces deux échasses qui peinent de plus et plus pour me maintenir à la verticale. C'est tout nouveau pour moi. Jamais personne ne m'a … fait ça avant. Comme je l'ai dit, d'ordinaire c'est toujours moi qui satisfait. Bien sûr, ce genre de stimulation, je me la suis déjà faite tout seul. Mais pfffiou, la dernière fois remonte à tellement longtemps déjà. Cette fois-ci, c'est à mon tour de ponctuer le silence à grand renfort de soupirs, de gémissements et de râles étouffés. Par moment, je m’agrippe un peu plus fermement à mes prises, à savoir son cou et sa taille. Lorsqu'il vient lover sa tête dans mon cou et le couvrir de baisers, j'ai le sentiment d'être au bord de l'implosion. Mon étreinte se fait moins forte et prend l'onctuosité de la guimauve. L'os occipitale de mon crâne vient percuter le mur. Je regarde la paroi vitrée en face de moi. Cette surface où la condensation s'est établie en reine. Ma main endormie sur sa nuque se réveille soudain et erre dans sa chevelure d'or. Je halète de manière sonore et soutenue. Comme si je venais de piquer un cent mètres. Il continue de me mettre à l'amande en m'inondant de mille et un baisers et petits coups de langue. Sur mon cou, ma gorge, mes épaules, tout en continuant de lustrer mon … enfin ma … bref vous avez compris ! Je ferme les yeux et me mets soudainement, et un peu naïvement, à prier le ciel pour que rien n'arrête cet instant.

En vain, puisque tu décides de t'arrêter de toi même. Les fenêtres de mon âme se rouvrent. Je te vois, enveloppé dans cette vapeur qui refuse de se dissiper. Il m'a l'air tout aussi au bout de sa vie que moi. Ses mains prennent mon visage en coupe et ses pouces roulent contre mes pommettes. Elles descendent sur mes biceps. Il veut que je me retourne, mais je résiste. Avec une énergie me venant de je ne sais où, j'arrive tout de même à murmurer quelques mots. « Non. Je veux voir. ». Oui je veux le voir. Je veux le voir me faire l'amour. Je veux voir son visage se métisser au gré de son plaisir avant de se déformer lorsqu'il viendra. D'habitude cela m'est égal. Mais là, ce n'est pas pareil. D'une part parce qu'il ne s'agit pas de n'importe qui, et d'autre part car cette fois-ci, j'ai vraiment et réellement envie de m'envoyer en l'air. J'ignore s'il est parvenu à entendre ce que j'ai dit avec le vacarme de la douche qui continue de couler. Si tel est le cas, alors je me demande s'il comprend ou devine les raisons qui me poussent à formuler une telle exigence. Toujours est-il que cette fois-ci, c'est d'un commun accord que nous nous embrassons à pleine bouche. Nous profitons encore quelques instants de la chaleur que nous prodigue l'eau. Puis, nous finissons par quitter ce doux écrin afin de gagner la chambre. Il m'allonge sur le lit avec beaucoup de douceur. Sans mouvements brusques ni précipitation. C'est dépourvu de toute forme de peur et d'appréhension qu'il vient se coucher sur moi, et consteller mon front, mes joues et ma bouche de baisers et autres témoignages d'affection. Mes mains caressent sa nuque, puis se mettent à courir sur ses bras, ses dorsaux, ses lombaires … . Je noue mes chevilles autour de ses mollets. Une fois encore, j'ai du mal à respirer. J'ai la tête qui tourne et l'impression de danser. Il va pour se redresser. Je ligote mes bras autour de son buste me relevant ainsi avec lui. Non, je ne veux pas le lâcher. Pas maintenant, pas encore, pas tout de suite. J'aurais tout le temps pour cela demain dès l'aube. Il est à genou. Moi assis. Les dernières gouttes d'eau parsemant nos corps sèchent. Cela fait combien de temps que nous n'avons pas été au sec ? Peut-importe, cela n'a pas d'importance. C'est enlacé dans sa chaleur que je niche mon visage dans le creux de son épaule. Je sens sa peau frissonner au contact de mon souffle. Vas-y. Je suis prêt. Tu entends ? Tu sens mon cœur battre ? Là, tout contre toi. Oh non … . J'ai un cœur. J'ai un cœur !
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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 18/2/2017, 01:10


“Ecoutez la chanson lente d'un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds ” &
D’ordinaire il ne lui faut pas très longtemps pour sombrer ailleurs. Dans un passé horripilant, déplaisant, horrifiant. Le contact d’une bouche sur son membre, ça lui rappelle autre chose, qu’il tenterait d’oublier, si seulement il en était capable. Si bien que d’ordinaire justement, il est plus excité au bout d’une trentaine de secondes. C’est pas vraiment sa faute, et toutes les nanas avec qui il a jamais couché et qui ont tenté (il les dissuade bien souvent) de lui tailler une pipe se sont retrouvées avec des joues rouges, un air vaguement désolé, et une gêne palpable. C’est pas leur faute. Ca l’a jamais été.
Là. Maintenant.
Il prend son pied. C’est terrible. C’est jamais arrivé. Ca fait du bien, ça fait vraiment du bien, et p’tain il pourrait presque se laisser aller. Se laisser glisser contre la paroi de la douche, soupirer un peu plus fort, sentir l’air se glisser entre ses lèvres, garder sa tête résolument en arrière, et s’enivrer. A bien y réfléchir, c’est déjà ce qu’il fait. Il se laisse faire, complètement, c’est terriblement bon. Il pourrait le laisser faire une éternité. Il a envie d’un truc. Il sait pas quoi exactement. Il a la sensation qu’il peut tout essayer cette nuit, au moins cette nuit, et que rien ne lui sera reproché. C’est ce qu’il y a de mieux, dans le fond. Il soupire, encore et encore.
Il le remonte, il l’embrasse, et il passe la main entre ses jambes. Ca va vite, mais c’est comme ça non ? Il sait pas. Le sexe, pour lui, c’est une pratique abstraite, un peu maudite. C’est à Kuan de l’exorciser maintenant, de faire passer les choses différemment. La main entre ses jambes, c’est bizarre. Ca lui semble particulier, pourtant il essaie. Il fait comme il lui arrive de se toucher lui-même, des mouvements circulaires, tranquilles, un peu doux, mais ferme. Il le sent durcir toujours plus sous ses doigts, et ça lui donne envie de l’embrasser, encore plus, toujours plus. Il glisse la bouche dans sa nuque, la parsème de baisers sans réfléchir. Déjà l’autre gémit dans sa nuque, signe qu’il est réceptif. Raffaele est pas certain de faire ça correctement, mais il essaie. Il essaie ouai, visiblement ça marche. Il sent une main dans ses cheveux, l’autre sur sa hanche, les deux qui le serrent, en cherchant un point d’accroche.
Et puis, rapidement, il voudrait plus. Il voudrait se sentir brûler, partir en fumée, en vapeur d’eau brûlante. Il passe les mains sur ses épaules, puis sur ses hanches, et veut le retourner. Ca doit être un peu comme une nana non ? Mais non. Il résiste, se laisse pas retourner. Il dit qu’il veut voir, qu’il veut que quelque chose de vrai se passe dans le fond. Raff déglutit. Il est pas certain de savoir faire (il sait pas faire grand-chose, ni de ses dix doigts, ni de sa queue dans le fond, et c’est pas faute d’avoir essayé). Kuan le surestime, ça fait aucun doute. Mais alors qu’ils s’embrassent encore, il devient clair qu’il ne peut pas changer les choses. Qu’il faut qu’il fasse comme ça et pas autrement. Et tant pis s’il est mauvais.
Ils s’entrainent vers la chambre, ils sont encore humides (ils le sont depuis si longtemps maintenant). Ils s’embrassent, s’enlacent étrangement, s’allongent, tout aussi lentement. Raff l’embrassent. Il n’est plus lui-même, et il regrettera, sûrement de s’être laissé aller. D’avoir laissé croire que dans le fond, il était capable d’aimer quelqu’un (vraiment). Il ne l’aime pas. Mais il n’a pas envie de le baiser. Il a envie de faire l’amour. Quelque part, quelque chose qui lui est inconnu, et que Kuan peut offrir.
Il se redresse, et puis ils se retrouvent l’un à genoux en face de l’autre. Kuan l’enlace. Raff ferme les yeux. Y’a quelque chose d’étrange dans tout ça. Il se sent pas à sa place. Pourquoi il y est non ? Il suffit de se laisser faire. Il se laisse tomber sur le dos, puis, devant l’incompréhension de Kuan, glisse : «
Viens. » Sans le presser, le brusquer ou l’intimider. De ses mains, il désigne ses hanches. Kuan comprend rapidement, et il vient lentement se mettre à califourchon par-dessus. Kuan veut pouvoir le regarder, il ne peut qu’être ravi. Raff ne sourit pas lorsqu’il le regarde droit dans les yeux. La lumière de l’enseigne au dehors éclaire leurs deux corps encore humide. Il glisse les mains sur le bassin de Kuan, sur son torse, en le caressant distraitement. Il devrait dire quelque chose, quelque chose de tendre, de doux, pour le mettre en confiance. Mais il ne sait pas quoi dire, et on ne met pas en confiance un escort boy.
Si bien que lentement, il vient poser les mains sur ses hanches, en l’intimant sans un mot de venir se poser sur lui. Kuan n’a pas besoin de se le faire signifier deux fois. En un mouvement expert, il vient se glisser sur son membre, un râle de plaisir et de légère douleur mêlé. Raff a le temps de voir sa tête partir en arrière, déjà la sienne lui tourne, il ferme les yeux, entrouvre la bouche.
Il le laisse mener la danse, il n’a envie que de ça ce soir. Du bien, beaucoup de bien.



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MessageSujet: Re: Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan. 20/2/2017, 18:00


Raffaele & Kuan-Yi
It Was Too Good To Be Real



Je sais bien que dans des moments comme celui-ci, il ne faut penser à rien si ce n'est à la personne avec laquelle vous êtes ... et pourtant ! Bien malgré moi, malgré le fait que j'essaye d'enjoliver au maximum cet instant afin qu'il soit si particulier, mon esprit cogite et s'agite à allure grand V. C'est sûrement … hum, je ne sais pas. Une sorte de déformation professionnelle. Oui parce que mine de rien, je bosse là. Quand quelqu'un travaille, il est logique que ses pensées soient par moment accaparées par autre chose. C'est normal. C'est humain. Eh bien pour moi c'est la même chose, à la seule différence que cela arrive dans une situation où le commun des mortels oublie tout. D'ordinaire, j'y arrive également plus ou moins. Comme je l'ai dit, en temps normal, j'arrive à me « déconnecter ». C'est quelque chose que j'ai du mal à expliquer. En gros, j'essaye de me recentrer sur moi-même afin de me soustraire à tout ce qui m'entoure. Parfois, j'ai l'impression de sortir de mon corps et d'observer ce qui se passe avec une souveraine indifférence. Je vous l'accorde, c'est une sensation bien étrange. Une sensation qui vous plonge dans un état léthargique et catatonique. Une sensation qui n'est pas sans me rappeler celles que j'ai pu connaître à l'époque où j'ai eu ma période cocaïne. Oui, comme tout les mannequins qui se respectent, j'ai moi aussi été accro à cet merde. Dans le milieu, la coke c'est en quelque sorte un rite de passage. Il n'est pas rare que des agents ou des agences conseillent instamment à des filles, parfois même de très jeunes filles, d'en consommer. Je suis clean depuis cinq ans environ, peut-être même moins. Je ne sais plus. C'est le fait de voir une collègue, que j'appréciais un minimum, claquer des suites d'une overdose qui m'a poussé à décrocher. Et voilà, je divague une fois de plus ! Bref, tout cela pour vous dire que ça fuse tous azimuts dans ma tête. Il y a quand même une grande question qui me taraude, et à laquelle je suis incapable de pouvoir répondre. Pourquoi moi ? Je veux dire, pourquoi est-ce que cette Emmanuelle, que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, a-t-elle sollicité mes services. Dans le fond, si elle voulait offrir un peu de bon temps à son pote, faire appel à un « professionnel », ok ce n'est pas une mauvaise idée en soi. Toutefois, je réitère ma question : Pourquoi moi ? Pourquoi venir me trouver si ce mec n'a connu que des aventures entre les bras de Nymphes et les hanches de Sylphides ?

Peut-être a-t-elle crû qu'il n'aimait pas ça ? Vu que cela m'étonnerait que ça soit le genre de mec qui soit très disert sur le sujet, je pense qu'à la place de cette malheureuse j'en serais arrivé plus ou moins à la même conclusion. Il n'y a qu'a voir tout à l'heure lorsque j'ai parlé de fantasme, l'embarras dans lequel ça l'a mis. Quoi de plus normal donc, pour quelqu'un qui se dit être sa meilleure amie, de s'interroger. Qui sait, peut-être qu’inconsciemment il est plus attiré par les hommes ? Peut-être qu'au fond de lui, cela le dégoûte ? Peut-être qu'il tente de refouler tout ça au plus profond de lui même afin de paraître « normal » aux yeux de tous ? C'est compréhensible ceci dit. J'imagine que pour un italien, sortir du placard ça ne doit pas être quelque chose de facile. Oh, ça ne doit pas être pire que pour un saoudien n'empêche. Enfin bon, un italien, ça reste un italien. Un méditerranéen, un playboy, un mec au sang chaud, un macho, un tombeur de ces dames. Bref l'image d’Épinal qu'on a du rital. Je n'ose imaginer la tête de la mama, lorsqu'elle apprend de la bouche de son fils, de son unique raison de vivre, qu'elle ne sera jamais grand-mère. Quelque chose me dit qu'un parent aimant, et pourvu d'affect, ferait une syncope dans la minute suite à pareille nouvelle. Toutefois, plus « je le pratique », plus je commence à y voir clair. C'est comme si je retrouvais la vue après avoir été ébloui. Les choses m'apparaissent telles qu'elles sont réellement. Navré de te l'apprendre Emmanuelle, mais notre … enfin ton Raffaele, n'est ni un gay refoulé ni un hétéro coincé. Non, mon diagnostic est clair, il n'aime pas le sexe, et ce quelle que soit la personne avec qui il est. Après rien ne me dit qu'il n'aime pas les plaisirs solitaires. Je ne suis pas dans le secret des dieux non plus. Ça expliquerait tout. L'absence de fantasme, la relative gêne à parler de la chose et même la crispation au moment de la faire. Je sais, ça paraît dingue dit de cette façon, mais c'est la seule explication sensée qui s'impose à moi et que je ne peux réfuter par je ne sais quel contre-argument. J'ignore ce qui justifierait cette étrange aversion. Enfin, étrange pour moi tout du moins. Un traumatisme qui remonte à l'enfance sans doute ? Là, il semble passer un bon moment. Peut-être que c'est le cas. Peut-être qu'il fait semblant pour ne pas me vexer et me froisser, qui sait. Sans le vouloir, je suis probablement entrain de le torturer et de le mettre au supplice. Hélas, il est trop tard maintenant pour se défiler et faire machine arrière.

D'une part parce que ça paraîtrait suspect, et d'autre part car j'ai un contrat à remplir. C'est marrant, mais j'arrive soudainement à moins prendre la chose à cœur. J'arrive à me détacher et à moins m'impliquer affectivement parlant. C'est louche. Cela devrait être l'inverse, non ? Je devrais être en pâmoison devant lui, être tout à lui. Eh bien en dépit du bon sens, non cela n'est pas le cas. Le naturel qui revient au galop probablement. Ou juste un retour abrupt à la réalité. Je suis tiraillé entre l'impatience d'être à demain pour que tout cela se termine, et le besoin toujours plus pressant, toujours plus fort d'être dans ses bras. Non … cela ne doit pas se passer de cette façon. Il faut que j'arrive à me raisonner. Il faut que que je me convainque que c'est un mec normal qui avait envie de faire une fois dans sa vie « la grande expérience », histoire de ne pas mourir idiot. Que je ne suis qu'un cobaye sur lequel on teste de nouvelles choses. Je sais bien que ce n'est pas le cas. Je me doute que c'est à mille lieux de ce qui peut le motiver à coucher avec moi. Seulement, si je parviens à me persuader que c'est bien ce qui l'anime, je serai en mesure de partir demain sans être trop amer ou triste. C'est quand même malheureux. Je pense déjà à demain alors que tout ce qui devrait m'importer, c'est le moment présent. Je n'arrive pas à croire qu'il est si simple de passer des merveilles du Nirvana, de l'Eden ou de je ne sais quoi, à l’âpreté du monde réel. Ouais, je crois que c'est ce qui s'appelle déchanter. Le problème, c'est que ce n'est vraiment pas le moment. Alors je m'efforce de paraître aussi enthousiaste que possible. De paraître excité, heureux et tutti quanti. Je quitte le fil de mes pensées lorsqu'il me rend ma liberté et qu'il s'allonge de tout son long sur le lit. Il est prêt lui aussi. Il m'invite au voyage. En guise de réponse, je me contente de déglutir péniblement puis d'opiner du chef tout en affichant un sourire que j'espère être le plus sincère possible. Je m'approche et me mets en position. Ça sera donc en amazone, pour une fois. D'ordinaire, les gogos veulent prendre le contrôle. Autrement dit, ça tourne neuf fois sur dix en bon vieux missionnaire. Ils doivent se dire qu'au prix auquel ils me paient, la moindre des choses c'est qu'ils aient les rênes en mains. Mouais … . L'un dans l'autre, ça peut se comprendre. Ok. Aaaaaaah putain … ! Ça fait mal. Je laisse s’échapper un cri que je tente autant que faire se peut d'étrangler. Ne serait-ce que pour lui prouver que ça va.

Et puis en même temps, inutile de réveiller et de rameuter tout le quartier pour quelque chose d'aussi banale qu'une partie de jambes en l'air. Que cela soit votre première ou votre millième fois, le début fait toujours mal. La seule différence, c'est que la pratique faisant, le plaisir prend vite le pas sur la douleur. Dieu merci, c'est mon cas. Il ne me faut donc que quelques soubresauts pour que ce qui s’apparentent à des gémissements de peine se transforment en soupirs de satisfaction. Oh c'est bon. J'ai beau la connaître par cœur cette sensation où vous passez du martyre à l'extase, jamais je ne m'en lasse. Aucun psychotrope, aucune drogue ne sont parvenus à me mettre dans un tel état de plénitude. C'est quelque chose qui n'a vraiment pas son pareil. Un dix sur l'échelle du bonheur. L'équivalent d'un orgasme chez vous mesdames. Ma tête bascule en arrière et je me cramponne de toutes mes forces aux draps. Ses mains gambadent sur mon torse, mes hanches, mon dos, mes fesses. Lorsque mon regard croise de nouveau le sien, je prends délicatement appui sur ses épaules et ses pectoraux afin de « travailler » au mieux. Tantôt pianissimo, tantôt fortissimo. Crescendo puis decrescendo, et ainsi de suite. L'éclairage public du dehors fait danser nos ombres sur le pan d'un des murs de la chambre. Je ne peux pas dire que je suis au septième ciel, mais ça en prend le chemin en tout cas. Pour lui aussi d'ailleurs. Je le sens, et je le vois surtout. Son visage se déforme par moment. Il se mord la lèvre inférieure tout en fermant les yeux quelques fois. Agrippé à une partie charnue de mon anatomie, il tente de contenir des bruissements de plaisir que lui procurent la situation dans laquelle nous sommes. Pour ma part, il n'en est pas question. Je ne boude pas mon bon plaisir. En témoigne mes respirations bruyantes. Hum, je pense qu'à ce niveau là, on peut carrément parler de jouissements. Impossible pour moi de me détacher de ses yeux bleu-vert. J'ai l'impression qu'il ne comprend pas vraiment ce qui se passe et ce qui lui arrive. Il doit très certainement se demander comment il en est arrivé là. En même temps, il semble prendre son pied. Cela vous surprend ? Je veux dire, qu'un mec qui n'a à son tableau de chasse que des conquêtes féminines, puisse prendre du bon temps avec un autre mec. Cela vous paraît tant incongru que cela ? Pour moi, il n'y a rien d'étonnant. Je ne vais pas vous faire un cours d'anatomie messieurs mais il est évidant que plus vous êtes dans … un orifice étroit, plus les sensations que vous éprouvez sont agréables.

Logique. Au bout d'un moment, il reprend mon membre en main et recommence à me masturber doucement. Oh putain. Il y a bien longtemps que je n'ai pas ressenti quelque chose comme ça. Il m'est bien difficile de rester discret au niveau de l'acoustique. A plusieurs reprises, je manque de mourir. Il n'en est rien cependant. Lorsque c'est le cas, il ralentit la cadence. Parfois même, il s'arrête, puis reprend quelques instants plus tard. Il ne veut pas me laisser partir. Que veut-il ? Que l'on viennent ensemble ? Si tel est le cas, je trouve que ça a quelque chose de … de romantique ? Plus le temps passe et plus j'ai l'impression qu'il est apaisé. Comme si il parvenait à mettre entre parenthèses ses problèmes et ses tracas. Bien. Très bien. Profite et savoure. C'est moi qui régale et qui travaille. Je viens me pencher vers lui, me noyant ainsi encore un peu plus dans l’immensité de ses yeux clairs. Pas simple de « bosser » dans une position pareille, je vous l'accorde. Il faut, avoir un bon coup, et un bon tour de rein. Un truc que j'ai dûment acquis avec les années. Les choses suivent donc leur cours. En même temps, je joins l'utile à l'agréable. Bah oui, depuis tout à l'heure je fais travailler mes fessiers et mes ischio-jambiers. Ça sera toujours cela de moins à faire lors de ma prochaine séance de muscu et de fitness. Je sens le point de rupture arriver à grand pas. Aussi bien pour moi que pour lui. C'est en tout cas ce que me laisse à penser nos doux sanglots de plaisir. Plus perçants pour moi. Plus rapprochés et sourds pour lui. J'en profite pour lui voler un langoureux baiser. Le dernier peut-être. Il le faut en tout cas. Lorsque nos lèvres se démêlent et que je me redresse légèrement, son corps commence à se mouvoir. Il accompagne mes mouvements, et c'est sans réticences, aucunes, que je partage les commandes avec lui. Ses paupières se closent et sa tête s'enfonce encore un peu plus dans l'oreiller duveteux. Mes mains serpentent à leur tour sur son corps. J'applique ma signature, qui consiste à titiller de ma langue, et mordiller délicatement, le lobe de son oreille. J'ai remarqué que c'était quelque chose qui rendait fou un grand nombre d'hommes. Peut-être que ça sera le cas pour lui aussi. Ou bien non. C'est comme bien des choses, c'est à double tranchant. Nous y sommes. Notre mort est imminente. Il est le seul juge. Le seul qui puisse décider de repousser l'échéance s'il le désire. Il est le seul, il est le seul, il est le seul … .
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Mon verre s'est brisé dans un éclat de rire - Kuan.

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