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Fool'S Game ♠ Loup

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MessageSujet: Fool'S Game ♠ Loup 3/4/2017, 22:15


FOOL'S GAME
Loup Beaubourg ft. Kuan-Yi Hsieh

Il faut absolument que je me remette en selle. Cette inertie n'a que trop durée. J'arrive pas à croire qu'un mec soit parvenu à me mettre le cœur en vrille à ce point. Pas une seule prestation depuis Raffaele. A côté de lui, il m'ont tous paru insipides, ternes et d'un ennui mortel. Donc ouais, je les ai tous envoyé paître, pour rester poli, avec une fin de non recevoir plus que limpide. Pourtant, Dieu sait qu'il y a eu du beau linge qui s'est bousculé au portillon depuis mon évanescent rital. Un banquier d'affaire, un journaliste télé, un écrivain à succès et même le chef de cabinet du ministère de la culture. Avec le recul, et maintenant que je prends conscience de l'ampleur de la montagne de fric à côté de laquelle je suis passé, ça me donnerais presque envie de pleurer. Oh si j'en serais bien capable, ne vous y méprenez-pas. Enfin, pour cela encore faudrait-il que je sois encore en possession de mes glandes lacrymales. Je les ai vendu au black il y a cinq ans de cella déjà. Si, si je vous assure. Si j'ai bonne mémoire, il me semble que je me suis offert le chapeau collector de Donnatella Versachez, avec l'argent que j'ai pu en tirer. Non sérieux là, trêve de plaisanterie, ce soir c'est décidé, je mets le grappin sur un golden boy. Il y a urgence en plus. J'ai tellement plumé tous mes « habitués » qu'ils sont quasiment sur la paille maintenant. Mieux vaux que je me remette en chasse, plutôt que d'arpenter les différentes salles du Louvre telle une âme en peine, avec le vain et frêle espoir de le recroiser au détour d'une statue cephalomorphe et d'une fresque de Vermeer. Pour le coup, je dois une fière chandelle à June. Sans elle et ses petits tour de passe-passe pour duper la Reine Mère, jamais je n'aurais pu être en possession de cette invitation. De quoi s'agit-il déjà ? Un gala de charité afin de récolter des fonds pour les enfants atteints de … . Oh eh puis on s'en contrefout ! Tous ce qui importe, c'est que les invités soient triés sur le volet et plein aux as. Le challenge va surtout résider dans le fait que je vais devoir en harponner un, avant qu'il sorte sont carnet de chèque pour voler au secours des petits cancéreux de je ne sais où. Quoiqu'il en soit c'est tout à fait jouable. J'ai mis toutes les chances de mon côté. Un complet noir sur-mesure by Saint-Laurent, un rafraîchissement capillaire auprès de Jean-Baptise, et un soin des mains et du visage signé Tina. Quelle heure il se fait ? Vingt-et-une heures ? Trente minutes de retard autrement dit. Parfait ! Oui, c'est délibéré. Faire son apparition à la fumée des cierges, il n'y a rien de mieux pour capter l'attention de l'assistance et se faire remarquer. Bon je le reconnais, j'ai peut-être poussé le vice un peu loin en réquisitionnant la limousine et le chauffeur de la société. Ceci dit j'ai l'aval de May, donc tout roule. Cela n'a pas été une mince affaire. Ouais, je l'ai eu à l'usure. Cette fille est encore plus difficile à faire plier qu'un roseau au bord d'un étang. Si April apprend ça, il va y avoir un de ces règlement de compte à ok chorale lors de la prochaine réunion de direction. Ah, il y a des fois où je tuerais pour être petite souris, afin de voir ces cinq hyènes s’étriper entre elles. Si en plus, c'est moi le sujet de la discorde, alors là mon bonheur serait total. Hahaha ! Ah tiens, on dirait bien qu'on est arrivé à destination. Oh mais c'est que l'on a mis les petits plats dans les grands. Tapis rouge, cordons en velours, cohorte de paparazzi. Tous ça pour moi ? Mais c'est trop, il ne fallait pas ! Aller, donnons de la matière à tout ces chasseurs de scoops et de ragots. Strike the pose. Vogue. Encore. Profil. Trois-quart. Air boudeur. Lascif. Souriant. Ok il suffit. C'est l'heure d'apporter à cette soirée le faste qu'elle est en droit d'attendre. Bonté Divine ! Cet hôtel particulier est encore plus imposant dedans que dehors. Oh, c'est un lustre comme ça que je veux pour mon salon. Admirez la magnificence de cette escalier en onyx jaune mes enfants ! La salle de réception doit certainement se trouver en contrebas. Bien, le moment est venu de dévaler avec grâce ce chef-d’œuvre architectural, et d'entrer dans l'arène. Bingo ! Comme je m'y attendais, la majeure partie des regards se braquent sur moi. Ce que c'est jouissif ! Le quatuor à cordes semble entonner l’Ode à la Joie de Beethov'. Parfait ! Une petite touche de splendeur et de poésie, c'est pile ce qu'il me fallait pour apporter à mon apparition un côté ethéré et raffiné. Regardez moi ça, il n'y a que du lourd ! Des gros bonnets du CAC 40, des acteurs qui ont le vent en poupe, des chanteurs au firmament de leur art et … oh tiens des collègues de l'agence Elite. Le marathon des courbettes de faux-cul et le bal des hypocrites peut commencer. « Bonsoir. J'ai adoré votre dernier film. Ah si je vous assure, un véritable petit bijou de sensibilité. ». Tu parles ! Un vrai navet de série B à la distribution catastrophique, et à l'intrigue creuse. Plaît-il ? Oui je sais. Je suis magnifique, Mérédith Delmare a un œil de lynx pour dénicher les nouveaux talents, Vogue est sensationnel et blablabla. Je le sais tout ça abruti ! Tu ne m'apprends rien. Aller ôte toi de mon chemin. Oh non mon Dieu, pas elle ! « Flora ! Quel plaisir de vous voir ici. Félicitation pour votre dernier album, c'est une pure merveille. Les textes sont vraiment ciselés dans le diamant. Et d'une beauté sans pareil en plus de cela. C'est simple, « Lost and insecure », c'est ma nouvelle drogue, je l'écoute en boucle. ». C'est dingue le nombre de conneries que je peux débiter en une soirée. C'est pas de la musique qu'elle fait, c'est du terrorisme acoustique ! Franchement, celui qui peut supporter sa voix de crécelle, et se farcir tout un album non-stop, mériterait d'être canonisé ! A sa place, il y a longtemps que j'aurais consulté et que je me serais fait retirer les végétations. Enfin bon, nul n'est moi : nul n'est parfait. Oui c'est moi « Monsieur Azzaro » de la pub à la télé. L'égérie Ray-Ban, c'est bibi aussi. Dit donc, elle est vraiment pas physionomiste cette dinde. Comment ça, je ne vous imaginez pas si grand ! C'est pas parce que l'on est asiatique que l'on ne peut pas mesurer un mètre quatre-vingt treize. Idiote ! Seigneur, ce rire gras de truie qu'on égorge, c'est plus que je ne puis en supporter. Aller hop, sourire extra-bright, formule de politesse pour prendre congés et on se barre. Ah, enfin tranquille je commençais à … . « Nayabel ! Toujours aussi ravissante. Alors qu'est-ce que cela fait d'être la nouvelle égérie Guerlain ? Marc n'est pas avec toi ? ». Non tu penses, il doit sûrement être entrain de cuver tout son soul dans son loft pouilleux du seizième arrondissement. Je ne vois vraiment pas ce que tout le monde trouve de bien chez cette fille. Elle a vraiment rien de sensationnel. On dirait un pot à tabac. Et puis les cheveux … . On jurerait qu'il s'agit d'un ballot de paille cramé à la décolo' ! Eh ouais ma grosse, tu ne rêves pas. C'était bien moi la vedette du défilé Balmain. Que veux-tu, Olivier Rousteing est dingue de moi. Argh, j'avais oublié qu'elle n'avait pas inventé le fil à couper le beurre. Ni l'eau chaude d'ailleurs. Ah si, si, je vous assure. On le ressent même jusque dans sa façon de s'exprimer. Oui voilà c'est ça, va faire du gringue à ce courtier en bourse. Sympa ce bar. Whaa, c'est pas de la daube ce comptoir ! Ebène massif de Côte d'Ivoire, je dirais. Ok maintenant que je me suis replié, il est temps de regarder d'un peu plus près ce que nous avons au menu. Lui, sa start-up est sur le point de couler. Celui-ci a trois millions de dettes. Et l'autre là, il porte un costume de location et empeste l'eau de toilette bon marché. Courage fuyons ! Pfff, c'est vraiment pas un grand cru ce soir. Hep hep, une minute blanche ! J'ai parlé un peu vite. Les trois là-bas sont plutôt pas mal. Hum, des Crésus en puissance. Et de la contre-allée en plus de cela. J'adore ! Ok, il est temps de jeter mes filets. Le regard de braise pour toi. La main de les cheveux pour celui-ci. Et le sourire colgate pour celui-là. Parfait. Il n'y a plus qu'à attendre et voir lequel mord le premier. Qu'est-ce que … . Pourquoi ce verre ? A moins que j'ai raté un épisode ou que j'ai été frappé d'une micro perte de conscience, il me semble que je n'ai rien commandé. Curieux … .  
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MessageSujet: Re: Fool'S Game ♠ Loup 5/4/2017, 14:07

La journée était annoncée morose. Quelques gouttes de pluies, de nuages à l’allure grisâtre, et une ambiance digne des longs dimanches d’ennui. Je ne travaillais pas ce jour-ci, et au lieu d’en profiter pour vaquer à mes occupations favorites, je m’étais empressé de rejoindre mon canapé, emmitouflé dans un plaid de coton. Regarder la télé, scruter les réseaux sociaux, envoyer quelques messages aux amis lointains, rien de bien intéressant. Dix-huit heures. Une notification. Un rappel. Ce soir-là, une mission, comme j’aimais les appeler, m’attendait. Un gala de charité. Une invitation. Un ami d’un ami, plus exactement. Je ne venais pas pour crier la misère du monde, non. Au fond, je savais pertinemment que j’allais laisser traîner quelques billets au fond de l’urne de don, mais la raison de ma venue était bien moins solennelle. Kuan-Yi. C’était lui. L’homme de la situation. Pour la petite histoire, sa famille est l’héritière d’une puissante compagnie plus connue sous le nom de THH. Les affaires dévalant les rues de Paris à une vitesse ahurissante, je fus rapidement mis au courant de leur souhait de racheter un de leurs fournisseurs. Une aubaine pour ma carrière. Côtoyer les plus grands me permettait d’acquérir une certaine renommée. Construire un réseau était sûrement l’une des tâches les plus ardues du secteur. Enfin. Observer. Attaquer. C’était les deux phases de mon plan. Pendant plusieurs jours, enfermé dans mon bureau, je partis à la recherche de la moindre information qui me serait utile sur cette affaire. Tout fut passé en revue. La comptabilité, les finances, la stratégie, les ressources humaines. Tout. Tout, jusqu’à ce qu’une information vienne éclairer ma lanterne. Kuan-Yi, le fils. Bien que les relations publiques de la société soient filtrées, certaines rumeurs au sujet de l’héritier présument un penchant très poussé pour la gente masculine. Une révélation. Il me fallait une faille pour entrer chez THH. Il était ma faille. L’homme de la situation. Le monde étant petit, et après quelques fructueuses recommandations, je découvris l’objet de la phase deux : la gala. L’objectif de la soirée était d’approcher de ce graal, de le toucher du bout des doigts, de le séduire pour obtenir une lueur d’espoir sur le projet de rachat. La nuit ne semblait pas de tout repos.

Le taxi me déposa devant ce qui semblait être un tapis rouge. Évidemment. Les gens venaient prêcher pour sauver le bas monde de la misère, et la seule chose qui les intéressait, c’était les tapis rouges, les photographes, et le champagne. Un autre monde, celui de la célébrité. Ma tenue avait été spécialement réfléchie pour l’occasion. La sobriété. Un classique, une maison française, un trois pièce noir et blanc, et une cravate au liseré doré. Tout avait été minutieusement travaillé. On vint m’ouvrir la porte, et un pied après l’autre, je me retrouvais sous les flashs des photographes. Je n’étais pas connu du grand public, et je touchais à peine la notoriété du secteur. Opportuniste. Une jeune actrice arriva au même moment. D’un naturel déconcertant, nous nous approchâmes, mon bras vint enlacer sa taille, nos sourires se synchronisant. Un flash. Puis deux, puis des dizaines. Le moment immortalisé. On ne me connaissait guère, mais de ce fait, j’arpentais peu à peu les marches de la célébrité. Étriqué dans mon costume, je pris la direction de l’entrée, ne m’attardant pas sur les photographes et autres personnalités de la vie publique. Mon objectif bien en tête, je ne pouvais me résigner à échouer. Le plan avait été savamment orchestré. Inutile de se faire remarquer. L’hôtel étant bien assez grand, j’aperçus au loin une sorte de mezzanine. Un petit escalier fait de marbre, menant à une sorte de balcon intérieur, caché dans la pénombre. Parfait. Montant les marches deux à deux, en quelques secondes, je me retrouvais au-dessus de la salle principale, là où les convives échangeaient bon nombre de mots. L’entrée étant sélective, il était aisé de repérer les identités de chacun. Pourtant, aucune trace de mon homme. Étrange. Jetant un regard à ma montre, l’anxiété parcourut rapidement mon être en comprenant que, peut-être, ne viendrait-il pas. Tapis dans l’ombre, j’attendais, patiemment, et non sans une pointe de stress. Si cela venait à échouer, je devrais alors me retourner, et trouver un autre moyen d’atteindre ma cible.

Prêt à m’assoupir quelque peu, je fus tirer de mes rêves par l’arrivée d’un silhouette qui ne m’était pas méconnue. Enfin, de ce que j’avais pu en deviner sur les photos du web. Kuan-Yi en personne. D’ailleurs, j’ai toujours trouvé cela bizarre qu’après de nombreuses heures de recherche, j’en vins à intérieurement connaître la personne. Comme si nous nous étions côtoyés. Alors que nous ne nous connaissons ni d’Ève ni d’Adam. Sa griffe Saint-Laurent, remarquable au milieu de la foule, dessinait à merveille les courbes de son corps. Sa réputation de beau garçon, artifice de la mode n’était pas qu’irréelle, bien au contraire. Je le vis vagabonder dans la foule de la haute société, s’arrêtant à de nombreux moments pour discuter, comme si de rien n’était. Il était temps. Mon temps. Je vins décrocher ma cravate, la laissant sur le rebord d’une chaise. Ma veste se déboutonna, la faisant valser sur mon épaule droite.  Un bouton, puis deux. Et même trois. Peu  à peu, ma chemise blanche s’ouvrit légèrement, laissant dévoiler quelques parcelles de ma peau. Je n’étais pas là pour faire bonne impression. Je n’avais besoin que de son impression. La sensualité, le désir. Ne pas se la jouer trop renfermé. Voilà toute cette manigance autour de la façon que j’avais de porter mon costume. Je descendis les marches, lentement, ne lâchant pas du regard ma proie. Alors qu’il semblait s’arrêter dans un coin reculé de la pièce, ce fut le bon moment pour moi de passer à l’attaque. Esquivant le bar après avoir récupéré deux coupes de champagne aux paillètes d’or, je vins le suivre tel un serpent, zigzaguant entre les personnes, avant de venir déposer une des coupes dans sa main, par surprise. Effet recherché, et même escompté. Il se tourna vers moi, ne s’attendant sûrement pas à voir débarquer un inconnu à son portillon. « Monsieur Hsieh, enchanté. » enchaînai-je après m’être entrainé pendant de longues minutes, chez moi, à prononcer ce nom de famille. Sourire en coin, un brin charmeur, je continuai. « Je tenais à dire que vous portiez à merveille ce Saint-Laurent, Anthony Vaccarello serait ravi de voir sa tenue magnifiée par d’aussi belles formes. »


SOBER :: we're fading 'Til daylight, we're jaded We know that it's over In the morning, you'll be dancing with all the heartache And the treason, the fantasies of leaving But we know that, when it's over you'll be dancing with us ::
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MessageSujet: Re: Fool'S Game ♠ Loup 6/4/2017, 17:06

FOOL'S GAME
Loup Beaubourg ft. Kuan-Yi Hsieh

Sainte Mère de la dévastation ! Mais c'est un véritable conte de fée, orné de chichi pompons qui vous flanquerez presque la gerbe. Alors que je commençais à désespérer d'être entouré que par des vieux beaux désargentés, ou presque ; devinez ce qui me tombe dessus ? Une coupe de champagne et un minet. Mais c'est Noël avant l'heure dites moi ! J'ai pourtant pas souvenir d'avoir été un modèle de gentillesse pour mériter cela. Eh bah comme quoi, il n'y a vraiment pas de justice dans ce bas monde. Preuve en est, il est inutile de se comporter en bon samaritain pour que des bonnes choses se produisent. Pourquoi donc accorderais-je un quelconque crédit à tout mes détracteurs, qui m'invitent instamment à me remettre en question ? Hahaha, belle connerie ! Hum. Cette voix est bien trop mielleuse pour être désintéressée. Quel qu'il soit, ce mec est tout sauf un admirateur, ou un gogo souhaitant que je me pâme à son bras pour ce gala, avant de « m'essayer » en guise d'after. Non, il est clair qu'il a une idée bien précise derrière la tête. Ca se sent, ça s'entend. On ne me la fait pas à moi. Cela fait plus de vingt-cinq ans que j'écume le monde du mannequinat. Ce sacro-saint repère du grand bonheur illusoire, où coups bas et avilissements règnent en maîtres. Autant dire que les hypocrites, je peux les flairer à des kilomètres à la ronde. J'ignore ce que ce type me veut, mais une chose est sûre, il est entrain de pourrir ce qui devait être MA soirée ! Une soirée qui en théorie devait annoncer en filigrane, mon come-back dans le monde de la galanterie de haut-vol. Et tous cela est sur le point d'être réduit à néant. A cause de quoi, je vous le demande … ? A cause d'un vulgaire jeunot, qui veut se la jouer opportuniste de bas étage, pour je ne sais quelles obscures raisons ! Il faut à tout prix que je me débarrasse de ce crampon, et que je tente de sauver ce qui peut encore l'être de cette soirée. Qu'il ne s'avise pas de me faire croire qu'il n'y a pas préméditation. Comment je le sais ? Eh bien pour commencer, il a admirablement bien prononcé mon nom. Bel effort, je le reconnais. Nettement au dessus de la moyenne à laquelle m'ont habitué les parigots lambda. Néanmoins, en sempiternel tatillon et perfectionniste, j'ai envie de dire : peut mieux faire. Le « S » est loin d'être suffisamment accentué. Eh oui jeune pousse d'ambitieux, sache que c'est toujours les détails qui nous trahissent. D'abord le ton excessivement enjôleur de ta voix, et maintenant ton excès zèle à vouloir prononcer le mandarin comme le plus franchouillard des sinophones. Ridicule ! En tout cas, si l'effet escompté était de te faire bien voir et mousser auprès de moi, eh bien navré de t'apprendre que c'est raté. Au contraire, c'est le genre de « rentre dedans » qui a le don de m'agacer prodigieusement. Alors un petit conseil, tu ferais mieux de peser et soupeser minutieusement tes prochaines paroles si tu ne veux pas me mettre définitivement hors de moi. Franchement, le plus sage pour toi serait que tu lâches l'affaire, et que tu déguerpisses une bonne fois pour toute. Mais tu n'en feras rien, pas vrai ? Tu es sûrement du genre tenace et borné. Remarque, ce n'est pas pour me déplaire. Je vais peut-être te garder sous le coude, ne serait-ce que pour savoir ce que tu as réellement dans le ventre. C'est avec un snobisme à peine voilé, que je l'ignore souverainement. Il va m'en falloir beaucoup plus pour que je t'accorde un semblant d'attention, petit requin. Au lieu de cela, je me contente de lever mon verre et d'en faire tournoyer le contenu, au rythme de la musique jouée par le quatuor à corde. Musique à peine audible compte tenu de toute l'agitation qui règne autour. Snif, snif. L'arôme est prometteur. Passons à la dégustation. Hum, acidulé. Une petite note fruitée en arrière goût. Des bulles pas trop agressives. Pas de doute, ce n'est pas un produit du terroir. Je suis quasiment sûr que ce champagne vient de Californie. De la Vallée de Nappa, pour être tout à fait exact. Un grand cépage devant l’éternel, c'est une certitude. Non mais pincez-moi je rêve ! Si c'est une technique drague, elle est aussi subtile que la parade nuptiale d'un babouin. C'est vraiment ton maximum ? Quoiqu'il en soit, tu es parvenu à piquer ma curiosité au vif. Ton œil est suffisamment affûté pour remarquer que je porte du Saint-Laurent. Par ailleurs, tu t'y connais assez pour me citer le nom du Directeur Artistique de cette institution de la haute couture française. Félicitation illustre inconnu, tu viens de gagner mon attention. Je tourne dès lors la tête, et le regarde par la même occasion pour la première fois. Une belle gueule, deux beaux orbes azurs très éloquents, une barbe de trois jours entretenue avec minutie et un sourire de Dom Juan d’opérette. Trop lisse, trop creux, trop propre sur lui. Je profite des quatre ou cinq centimètres qu'il me rend, pour le toiser avec une pointe de mépris, un soupçon de dédain et un nuage d'arrogance. On a voulu se mettre sur son 31 à ce que je vois. Bien essayé, mais ce n'est pas suffisamment smart à mon goût. Que de la fripe digne d'un VRP de campagne. Affligeant ! Après l'avoir scanné de pied en cap, je laisse s'échapper un ricanement cynique et sardonique. « Hahaha … ! Epargnez-moi votre numéro de charme douteux, et allez donc l'offrir à quelqu'un qui sera suffisamment crédule pour l'entendre et l'apprécier. Vous présumez de vos atouts, si t'en est que vous en disposez. Je suis tout, sauf dans vos cordes et vos moyens. Vous m'avez l'air d'être un homme suffisamment … sensé pour comprendre cela. Je me trompe … ? ». Je récupère ma flûte de champagne, et en sirote une gorgée, une fois mon propos ponctué par cette interrogative rhétorique. Je devine à l'expression éberluée de son visage, que cette réponse ne faisait certainement pas parti des différents scenarii, qu'il a pu échafauder en amont de cette rencontre. De plus, je décèle dans ses yeux comme des fragments de surprises métissés d'admiration. Sans doute ne s'attendait-il pas à ce que je m'exprime sans une once d'accent. Comme quoi, mère a bien fait de s'allouer les services d'un précepteur, qui s'est évertué à m'apprendre la langue de Molière, à raison de quatre heures par jour dès que je fus en âge de parler. Un pas concupiscent en avant me permet de me retrouver à quelques centimètres seulement de ce beau parleur aux yeux bleus lagons. Le bon vieux coup de l'arroseur arrosé. Je ne m'en lasse jamais. Alors qu'il s'apprête à me rétorquer je ne sais quoi, mon index vient se poser sur ses lèvres. Je sifflote un « chut », l'invitant ainsi à garder le silence. Mon doigt glisse et serpente le long de son torse jusqu'à arrivé au premier bouton boutonné de sa chemise. Tout en alliant le regard au geste, une moue à la limite du sadisme se dessine sur mon visage. Arrivé au niveau son plexus solaire, je tends mon bras de tout son long d'un mouvement sec, le faisant ainsi reculer de quelques pas. Le dos tourné à l'ensemble des convives présents à ce soit disant gala de charité, je m'accoude sur le massif comptoir en bois exotique et précieux. Après avoir savourer une nouvelle lapée du pétillant nectar emplissant mon verre, j'ajoute d'un ton légèrement sarcastique :« Remballez la marchandise. Cela serait dommage que vous vous enrhumiez ...  . Je dis ça, c'est dans votre intérêt. Tout le monde ici semble vous regardez avec un air consterné. ». Et pour cause, dans ce genre de représentation réunissant la crème de la crème, l'usage veut que l'on garde une tenue correcte en toute circonstance. Il est donc impensable qu'un homme puisse s'octroyer la liberté de faire tomber la veste. Quant à la chemise déboutonnée à outrance, façon chanteur à minettes de boys band … . Sans commentaire, hein ! Oh moi, ça ne me gêne pas du tout, bien au contraire. Je ne boude jamais le plaisir des yeux. En revanche, je doute que la farandole de bourgeois pudibonds et très à cheval sur les principes, soient du même avis. Pas de doute, ce séducteur à la petite semaine réalise son baptême du feu dans la haute. Si ce n'était pas le cas, il connaîtrait les us et coutumes tacites qui s'impose pour ce genre de réception. Je profite de son semblant de gène, et du fait qu'il se resape convenablement, pour me diriger à pas feutrés vers une petite alcôve. Deux fauteuils clubs en cuir et un guéridon en acajou y ont été agencés. Je m'assois, dépose ma coupe sur la petite table et croise une cheville sur mon genou. Dès que ce beach boy se met à me chercher du regard, je le siffle et agite mon index pour le sommer de venir. Un peu comme lorsque j'appelle Velvet : mon siamois. Une fois arrivé dans ce petit coin reculé et plus ou moins à l'abri des regards, je l'invite à s'asseoir en lui désignant le fauteuil de libre. « Bien, voilà qui est déjà mieux … ! Etant donné que je me sens d'humeur incroyablement magnanime ce soir, je vous offre la possibilité de jouer carte sur table et de tout recommencer à zéro. Exposez moi, cette fois-ci sans détour, la raison pour laquelle vous souhaitiez me parler. Surtout, tâchez d'être convaincant et persuasif. S'il y a bien une chose que j’exècre plus que la lèche, c'est que l'on me fasse perdre mon temps ! ».                  
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