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Go Against the Flow - (Maklie)

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MessageSujet: Go Against the Flow - (Maklie) 7/1/2018, 22:35

Go Against the Flow
« Qui suis-je ? » ; « Que m’est-il arrivé ? » ; « Qu’est-ce que je fais ici ? ». Des questions en apparence toutes bêtes et dont les réponses sonnent comme une évidence. Pour le commun des mortels, peut-être, pour moi … c’est une énigme totale. Un casse-tête sans nul autre pareil, et qui me rend un peu plus fou chaque jour. Il n’existe pas un instant, sans que ces innombrables interrogations ne me quittent. Elles sont là. Elles me hantent et m’obsèdent. En permanence. Comme une marque au fer rouge. Je me lève en m’endors avec elles. Aucun élément de réponse me permet de dénouer ce gigantesque sac de nœuds. Au contraire, j’ai même plutôt l’impression qu’il ne fait que croître à mesure que les jours s’égrainent et se meurent. C’est un peu comme si je n’avais que les pièces constituant les contours d’un énorme puzzle. Cela fait un peu plus de deux semaines que j’ai repris conscience dans cet hôpital militaire, et pour l’instant je suis toujours au point mort. J’ai du mal à croire que j’ai accepté de mon plein gré, de subir cette opération. Une lobotomie partielle, comme ils disent. Officiellement, on m’a fait sous-entendre que c’était pour éradiquer des petits troubles visuels et auditifs constants, mais j’en doute. Quel homme peut-être assez fou pour encourir le risque de devenir un légume, uniquement pour annihiler de simples petits problèmes de vue et d’audition ?

Soit j’étais à l’époque une tête brûlée n’ayant aucune conscience du danger, soit on m’a contraint et forcé à endurer cette procédure. Personnellement, je pencherais plus pour la seconde hypothèse. En tout cas, j’ai le sentiment que les médecins se sont efforcés de me cacher quelque chose et de taire la vérité. J’ignore depuis combien de temps je suis à Paris, mais j’ai l’impression que personne ne s’est risqué à jouer franc jeu et cartes sur table avec moi. Avant tout, ce que je dois découvrir c’est pourquoi on a essayé de me tuer. Savais-je quelque que j’aurais mieux fait d’ignorer ? Un truc relevant du secret défense ou classé top secret. Qui est derrière tout ça ? L’État Major ukrainien ? Les Services Secrets français ? Y-a-il un lien entre cette opération et la tentative d’assassinat ? Constatant que je n’étais pas devenu un être en état végétatif, on aurait alors décidé d’employer les grands moyens ? Non … je ne crois pas. Cela ressemblait plus à une sorte de règlement de compte ou d’affaire personnelle. Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est pourquoi le tireur a raté son but. Au vu du matériel qu’a utilisé cette personne, j’ai toute les raisons de croire qu’il s’agit d’un tireur d’élite ou quelque chose dans le genre. La finalité n’était pas de me descendre ? Etait-ce une mise en garde ou une sorte d’avertissement ? Bref, comme vous pouvez le constater ce ne sont pas les questions qui manquent.

Peut-être qu’une partie des réponses se trouve dans ce que recèle ce cylindre à musique, que j’avais sur moi à mon réveil ? Mais … je ne suis pas certain de réellement vouloir savoir ce qu’il renferme. Quelque chose me dit que c’est comme la boîte de Pandore. Si je l’ouvre, les choses iront de mal en pis. Et franchement, je n’ai pas spécialement besoin de cela pour le moment. Allez savoir si c’est une conséquence de l’intervention, mais depuis quelque temps, je ressens comme un besoin vital de toujours me laver les mains ou de prendre plusieurs douches par jour. Comme si l’on  avait distillé en moi une souillure indélébile que rien n’efface. Ou alors, il s’agit d’un rituel de purification. Afin d’expier et de nettoyer des pêchés ou des fautes, que j’ai sûrement commis dans le passé et dont je ne me souviens plus. Sans doute qu’inconsciemment, je tente de revivre mon passé. Après tout, l’eau est en quelque sorte « mon élément de travail ». Il n’y a donc rien de bien surprenant si pour la quatrième fois dans la semaine, je me rends au complexe aquatique se situant dans le quartier dans lequel je tente de vivre caché. Du moins, pour l’instant. Comme d’habitude, la nana derrière le guichet à l’entrée me gratifie d’un regard que je ne connais que trop bien depuis que je suis ici. Ce type de regard qui dit tout bas : « Tu n’as rien à faire ici. » ; « On ne veut pas de gens comme toi. ».

D’accord je veux bien, mais que puis-je faire d’autre ? Si j’ai la bêtise de retourner en Ukraine, on m’arrêtera manu militari pour désertion. On m’accusera également de tout les maux de la Terre : trahison envers la nation, et pourquoi pas même intelligence et complicité avec l’ennemi. Le sort qu’on réserve aux personnes commettant ce genre d’impair n’est guère des plus reluisants. Si vous l’ignorez, j’aime autant vous dire que le régime de Porochenko est nettement moins regardant que la France, pour ce qui est du respect des droits de l’Homme. La vérité, c’est que je suis coincé ici. Homme libre et à la fois prisonnier de cette ville. Une fois délester d’une bonne dizaine d’euros, je prends la direction des vestiaire, pas mécontent de quitter cette femme au regard inquisiteur que je remercie néanmoins d’un signe tête ainsi que d’un sourire discret et forcé. Bon maintenant que la tenue de combat est revêtue, il est l’heure d’aller jouer les hommes grenouilles. Enfin « tenue de combat ... », c’est vite dit. Les shorts de bain étant interdits, nous autres messiers devons revêtir un … ah comment on dit … un shorty ? Oui voilà c’est ça, un shorty de bain. Hum, j’aurais sans doute dû prendre le mien une ou deux tailles plus grand. Bref. Dans le couloir embaumant l’eau chlorée, un rapide coup d’œil sur la droite me permet de constater que l’espace balnéo affiche complet. Contraste saisissant avec les alentours du grand bassin qui sont plus que clairsemés.

Remarque, on est en semaine et il est dix-sept heures passé. Ceci explique donc sûrement cela. Négligemment, je laisse ma serviette blanche sur une espèce de transat en toile jaune délavée. Mes lunettes de plongée chaussées, je prends place sur le plot de départ, comme on dit en natation. Une dernière grande inspiration, puis je me jette à l’eau. Au sens propre. Seulement, au lieu de remonter et faire quelques longueurs à la surface, je plonge vers le fond trois mètres plus bas. Ce n’est que lorsque mon ventre frôle le dallage que je commence à nager. L’obscurité engloutit tout. Seul quelques appliques sous-marines disposées de façon éparse, me rappellent que nous ne sommes pas encore en pleine nuit. Un aller. Un retour. Un aller. Je n’ai plus d’air à la moitié du second retour. Les yeux rivés en l’air, je m’assure qu’il n’y ait personne à proximité puis ondule frénétiquement des jambes afin d’émerger au plus vite. Chose qui se produit quelques secondes plus tard dans une profonde respiration à tout rompre, ainsi qu’un violent ressac de l’eau qui attire l’attention sur moi. A mon grand désespoir. J’en profite pour rabattre mes cheveux en arrière et remonter mes lunettes sur le sommet de mon front. Allongé sur le dos en surface, je me laisse ainsi porter au gré des flots tout en fixant la verrière sur laquelle la pluie de janvier joue des claquettes, et en tentant de reprendre haleine. Qu’est-ce que … oh non, ça recommence. Ce bourdonnement. Mes oreilles.

Argh ! Des images défilent à vive allure devant mes yeux. Un peu comme si on passait un film en accéléré. Des navires de guerre qui explosent ou coulent dans les abîmes. L’immensité marine qui vire à l’hémoglobine. Des balles traçantes. Des balles perdues. Des enfants qui pleurent. Des femmes qui crient et implorent le ciel. Des interrogatoires musclés. Des aveux arrachés sous des tortures moyenâgeuse. Повія ! Non, arrêtez ! Ce n’est que lorsque mon crâne heurte le rebord de la piscine que ce cauchemar éveillé prend fin. Tout s’arrête. Tout s’éteint. Tout se tait. De retour à la verticale, je manque de peu de boire la tasse. Cramponné fermement à la petite échelle métallique permettant de sortir ou d’entrer dans le bassin, je tente de retrouver une respiration neutre et normale. A me voir, on jurerait que je viens de me tirer la bourre avec Alexandr Popov sur un cent mètres papillon. Qu’est-ce que c’était que ces espèces de … de flashs ? Des choses dont j’ai été témoin ? Que j’ai faîtes endurer ? Que l’on m’a fait subir ? Je n’en sais rien. Depuis que j’ai repris connaissance, c’est bien la première fois qu’une chose pareille se produit. La mémoire commencerait-elle à me revenir ? Pfff, si seulement … . Tiens, on dirait qu’il y a plus de monde aux abords de l’eau. Les gamins sont partis et ont laissés la place à des trentenaires, des jeunes actifs sortant du travail et des étudiants. Лайно ! Je n’ai pas prêté attention au transat sur lequel j’avais laissé ma serviette. Celles étalées sur ces deux là se ressemblent en tout point. Je balaye les alentours du regard en me frottant la nuque, et surtout en espérant accrocher un regard offusqué qui m’indiquerait qu’unetelle ou unetelle n’est pas la mienne. Brrr, je commence à avoir froid. Les gouttes d’eau ruisselantes se prennent dans les pores saillant de ma peau frissonnante. Tant pis. J’attrape donc la première qui me tombe sous la main, priant dans mon for intérieur pour ne pas avoir à essuyer la colère d’un … comment vous dîtes en France … « un nageur du dimanche ».                            
                                                                       
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 14/1/2018, 15:29


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
Tu es un automate Julie, tu traverses les nuits comme une poupée brisée, tu travailles dans cette vieille station-service depuis ton arrivée à Paris et tes doigts prennent le relais de ton cerveau lorsqu’il est hors service. Il a l’habitude après tous. D’habitude tu es défoncée, tu sais donc comment donner le change et travailler de manière machinale, mais aujourd’hui ? Ton cerveau est simplement vide. Tu es vide. Parfois tu te retrouves au beau milieu d’une pièce sans savoir comment tu y es arrivée. Tu fixes le sol comme si soudainement il allait s’ouvrir et t’aspirer pour te recracher dans les limbes de l’enfer. Sauf que l’enfer tu y es déjà, c’est ici, à Paris, dans cette vie, dans cette peau que tu aimerais retirer à grand coup de griffe. La nuit est difficile mais la journée est pire que tous. Lorsque tu rentres chez toi tu plonges dans un néant dont tu n’arrives pas à sortir, titillé par l’envie de plonger la tête dans un bonheur éphémère, une poudre magique qui aspire tes peurs depuis l’adolescence, luttant contre l’envie de plonger ta langue dans un liquide chaud et rassurant, désespérant de laisser ton lit froid d’une simple présence féminine ou masculine afin d’oublier durant une fraction de seconde ton cœur fracturé sur le sol gisant à tes pieds. Mais tu sais que si tu touches à la drogue, à l’alcool ou même au sexe tu vas te disperser, te déliter, te décomposer et mourir. Il ne reste plus que ce cœur chaud au fond de toi qui prouve que tu es encore vivante et tu n’as aucune envie de le faire arrêter de battre. Tu lui dois bien ça à Alexandre, si tu abandonnais maintenant tu ruinerais sa mémoire à grand coup de talon dans sa tombe et tu as déjà tellement déçue ta famille tu ne veux pas continuer ainsi. Alors après le travail tu déambules dans les ruelles sombres de ta ville avant de rentrer chez toi, traînant ta carcasse comme si elle pesait trois tonnes. Tu admires ton grand lit, vide d’un corps chaud qui pourrait te réconforter le temps d’un battement de cil, le temps d’un battement de cœur. Un sourire amer frôle tes lèvres en pensant que depuis l’adolescence c’est la première fois que ton lit est vide depuis aussi longtemps, ça fait de toi une belle salope hein Ju’ ? Ouai tu le sais déjà ça. Tu secoues la tête, tu tournes et retournes entre tes draps froids avant d’aspirer un somnifère comme chaque fois que tu veux te laisser emporter par une torpeur médicamenteuse qui te laissera un goût amer dans la bouche au réveil.

Tu es malheureusement réveillée par une affreuse douleur qui se diffuse derrière tes paupières closes. Une douleur si forte que tu sens un gémissement de souffrance sortir de tes lèvres. Migraine. Chouette. Tu n’as plus la gueule de bois mais visiblement les maux de tête viennent des semaines après ton dernier verre. Tu rirais si tu pouvais encore te servir de tes cordes vocales pour autre chose que saluer tes clients. Tu entends le bruit de la porte d’entrée et tes yeux s’ouvrent rapidement, ton meilleur ami est là et tu n’as aucune envie de répondre à ses questions, tu n’as aucune envie de lire la pitié dans son regard, tu ne veux surtout pas subir sa compassion qui va finir par te faire plonger dans tes ténèbres alors tu te lèves rapidement, tu prends ton sac à main et tu attrapes un maillot de bain dans le fond de ton armoire. La piscine devrait retirer la migraine qui vibre au fond de ton crâne et qui est en train de faire surchauffer ton cerveau. Tu sors comme une tornade de ta chambre et tu l’entends, la douleur dans sa voix, elle t’aspire dans le passé et tu secoues la tête rapidement. « Je vais à la piscine. » Et la porte claque sur ton passage. Les habitudes ont la vie dure. Autrefois s’était pour faire la fête que tu t’enfuyais sous son regard réprobateur. Désormais c’est sous son silence réprobateur que tu t’enfuis. Il te parle de psychologue. De syndrome post-traumatique. Il te parle de soin. De désintoxication. De la culpabilité du survivant. Depuis que tu es sobre il essaie de t’atteindre bien plus qu’autrefois, lorsque le son de sa voix était atténué par les souvenirs et les drogues. Un grondement sort de tes lèvres encore une fois tu te sentais mieux lorsque tu ne pensais qu’à ta prochaine sortie plutôt qu’à toute la merde enfouit dans ton cerveau.

Une fois dans la piscine, habillée de ton maillot de bain, tu respires l’odeur du chlore et tu fermes les yeux pour bloquer les voix et les souvenirs. « Tu m’apprends à nager Ju’ ? » Tu sens ton corps se crisper sous la douleur de ce souvenir-là. Tu te souviens qu’Alexandre aimait plonger ses pieds dans le bleu de la mer méditerranée mais qu’il ne savait pas encore nager alors avec beaucoup de patience tu lui as appris ce que tu savais. Ton statut de grande sœur était le plus important, tu aurais pu rester toute la journée au bord de la plage sans t’énerver et taper du pied si en cadeau tu recevais un sourire de ce gamin blond comme les blés. Tu ouvres les yeux et tu as l’impression de voir l’étendu de la plage sous tes yeux, de l’odeur de l’iode entrant dans tes narines, du sable s’infiltrant entre tes doigts de pied, du cri des mouettes vrillant tes oreilles. Tu secoues la tête comme si d’un seul coup les images pouvaient s’enfuir et s’étaler en lettres noires sous tes pieds. Tu plonges dans l’eau et tu sens tes muscles se détendre enfin. Tu es une fille de la mer, l’eau c’est une seconde nature pour toi, tu as toujours été plus à l’aise dans l’eau que sur la terre ferme. Plus sirène que femme. Plus monstre marin que princesse.

Tu ne sais pas combien de temps tu restes dans le bassin, tu ne sais pas combien de temps tu laisses ta tête sous l’eau, tu sais juste que lorsque tu ressors enfin ta migraine n’est presque plus là et que ton visage crispé se détend un peu. Lorsque tu arrives devant ton transat tu y vois un homme se servir de ta serviette et la colère que tu ressens toujours se déchaîne au fond de tes veines aussi vite que le sang qui glisse jusqu’à ton cœur. Non mais quel sans-gêne. Tes pieds martèlent le carrelage froid mais lorsque tu arrives près de lui tu reconnais enfin l’homme devant toi. « Ainsi le mystérieux Maksim est un voleur de serviette de bain. » Un léger sourire passe sur tes lèvres. Tu ne savais pas que tu étais encore capable de sourire, tu ne te savais même pas capable de prononcer autant de mots d’un seul coup. Ta voix rauque te semble étrangère à tes propres oreilles. Et pourtant devant Maksim tu laisses l’ancienne Julie refaire légèrement surface. Tu ne seras plus jamais la même. Tu es juste une copie d’elle. Une Julie 3.0. Tu as l’impression de passer ta vie à effacer ton ancien passé et à rebâtir une nouvelle toi à chaque fois qu’un drame arrive. « Je vais pouvoir le rajouter à ma liste sur toi. Elle est plutôt fine malheureusement. » Tu ne sais pratiquement rien de cet homme. Un prénom. Un nom et énormément de je ne sais pas. Est-ce qu’il te ment ? Tu ne sais pas. Est-ce qu’il cache une blessure au fond de son regard ? Oui. Et ses blessures résonnent au fond de toi sans que tu saches pourquoi. C’est pour ça que tu le harcèles depuis votre première rencontre, parce que quelque chose t’attire chez lui. Ce n’est pas sexuel. Ce n’est pas amoureux. C’est autre chose. Depuis la première fois que vous vous êtes rencontrés dans ta station-service tu veux en savoir plus sur lui et tu sais qu’un jour ou l’autre tu finiras par l’avoir à l’usure. Parce que si il y a bien un trait de caractère qui te caractérise Julie c’est ta ténacité. Tu pourrais reconstruire ta vie jusqu’à ton dernier souffle tu seras toujours têtue. C’est l’un de tes plus gros défauts mais c’est le seul qui te maintient en vie alors tu t’y accroches avec la fougue d’une lionne avec ses petits. Il ne te reste que ça après tout.  

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Je suis dévastée, laminée, à bout de souffle. Au terminus d'une chute sans fin qui a terminé bien des années plus tôt. Je ferme les yeux. Dans la tête de détachent les fragments d'une histoire dont je connaissais déjà la fin.
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 14/1/2018, 19:21

Go Against the Flow
Outch ! C’était prévisible. « Pas trop d’efforts physiques, et beaucoup de repos », qu’ils disaient. Les chairs s’étirent, l’épiderme réagi et les fils travaillent. Derniers stigmates de cette blessure par balle, qui a bien failli m’envoyer vers un ailleurs merveilleux. Ou pas. Sourcils froncés, je porte mes doigts au niveau de mon cou puis en regarde la pulpe, afin de m’assurer que les points de suture ne se sont pas rouverts. L’absence de sang m’indique que c’est bon, il n’y a rien à signaler. Toutefois, je pense qu’il s’en est fallu de peu. Une ou deux brasses de plus et j’aurais sûrement été bon pour tâter de nouveau de l’aiguille. Navré de prendre par dessus la jambe vos recommandations chers éminents médecins, mais un mois d’immobilisme c’est au-dessus de mes forces. Visiblement, j’ai comme qui dirait un problème avec les ordres et l’autorité. J’ignore quel genre de soldat j’étais dans l’armée, mais je pense que je ne devais pas être de ceux de plomb. Rébellion ? Insubordination ? Mise à l’écart ? Il y a certainement dû y en avoir. Si je cède aux sirènes de l’inertie, je deviendrais à coup sûr … зелена рослина. Euh … une p-plante verte ? Je crois que c’est comme ça qu’on dit. Bref, mieux vaut ne pas me tenter. De toute façon, je n’ai pas le temps de flemmarder. Retrouver la mémoire et découvrir ce qui m’est arrivé sont déjà en soi des boulots à plein temps. J’aimerais en disposer de plus, mais ce n’est pas le cas.

Oui, c’est véritablement une course contre la montre, dans laquelle j’ai accepté de me lancer à corps perdu. A tout instant, la ou les personnes ayant cherché à me supprimer retenteront leur chance. Et cette fois-ci, quelque chose me dit qu’elles ne se rateront pas. Alors avant qu’un point rouge ne vienne se poser sur mon front et que je donne mon âme à Dieu pour sa collection, je me mets en quatre pour lever le voile sur l’épais mystère que englobe ma vie. Rien n’est pire que de ne pas savoir pourquoi on va mourir. Hum … réflexion faîte, si. Ne pas savoir qui l’on est et d’où l’on vient : ça, c’est vraiment frustrant. Je n’ai pas appris grand-chose depuis mon réveil dans cet hôpital militaire parisien, hormis que je suis originaire de l’extrême nord-est de l’Ukraine et que j’ai combattu en Mer Noire, pour empêcher l’annexion de la Crimée par l’armée russe. A part cela, c’est le néant intégral. Je suis certain que bon nombre de questions trouveraient réponses, si j’avais accès à mon dossier médical. Dossier que l’on a catégoriquement refusé de me communiquer et de me laisser consulter. Y a-t-il quelque chose que je ne dois pas savoir ou découvrir ? Probable. En tout cas, cela éveille ma curiosité et me conforte dans l’idée que je tiens peut-être là une piste. Ma requête auprès du personnel soignant du Val-de-Grâce n’ayant été approuvée, j’ai donc essayé de « forcer les choses », en piratant leur serveur informatique.

Car oui, je me suis découvert, ou plutôt redécouvert des petits talents de hacker. Malheureusement, les dizaines de couches de pares-feu de leur système, rendent ce dernier encore plus inviolable que Fort Knox. Hum. Je pense qu’une petite visite nocturne dans le bureau du Professeur Barnier s’impose. Il faudra que j’aille en repérage dans les jours qui viennent pour évaluer les failles dans leur système de sécurité et de vidéosurveillance. Alors que je m’apprêtais à m’éponger tout en faisant dans ma tête la liste du matériel dont j’aurais besoin pour cette opération commando, une voix quelque peu familière me coupa dans mon élan. Une femme. Dans la seconde moitié de la vingtaine. Plutôt grande. Les cheveux à mi-chemin entre le blond et le châtain clair, les yeux azurs et de petites tâches de rousseur constellant très joliment son nez et ses pommettes. Julie. La pompiste travaillant dans la station service où je viens réapprovisionner ma moto en gazole. Rouler à tombeau ouvert la nuit sur le périph … je dois avouer que c’est vraiment quelque chose d’agréable. La seule et unique chose qui me fasse encore me sentir vivant. Voleur … . Bon, eh bien j’avais une chance sur deux. Mauvaise pioche. C’est donc en plissant légèrement les lèvres et en fuyant le regard taquin de la jeune blonde que je lui rends sa serviette : « P-pardon. ».

S’il est des personnes pour qui moins elles connaissent les gens mieux elles se portent, pour Julie, ce n’est pas vraiment le cas. Bon, ce n’est pas non plus une fo… une fouine, mais il est clair qu’elle aime savoir à qui elle a à faire. On a discuté à plusieurs reprises lorsque ses pauses clope le lui permettaient. Enfin « discuter » … . Disons qu’elle parlait et que j’écoutais la plupart du temps. Cependant, je doute que mes réponses l’aient totalement convaincu. Au contraire, je serais plus tenté de penser qu’elles n’ont fait que l’intriguer. Tout comme ma gueule de slave d’ailleurs. Récupérant cette fois-ci la serviette m’appartenant, je m’essuie tout d’abord le visage avant de passer l’étoffe en éponge sur mes avants-bras et mes mains. Après avoir passé une main dans mes cheveux dont de petites gouttes d’eau perlent encore aux pointes, j’imbrique mon regard dans celui de mon interlocutrice et sourcille très légèrement. Avec une neutralité, un self contrôle et un français à couper au couteau m’étant caractéristiques, je rebondis sur la remarque de Julie à mon encontre : « Je pourrais t-te … te dire la même de toi. Tu n’es pas non plus quelqu’un qui s’épanche beaucoup. ». La blonde aux traits de poupon me regarde en esquissant ce qui semble s’apparenter à un rictus. Pas le genre moqueur ou railleur, vis-à-vis du pauvre type qui ne sait pas aligner trois mots sans faire cinq fautes de syntaxe ou de grammaire.

Non, il s’agit là plutôt … d’un sourire affectueux voire attendri. Néanmoins, je décèle dans ses yeux comme une note d’exaspération. Pas de doute, elle commence a en avoir marre que je réponde à ses constatations par une autre constatation. Je ne cherche pas à me défiler, loin de là. J’essaye simplement de gagner du temps, afin de trouver quelque chose à dire de crédible, et surtout, qui n’attisera pas plus ses doutes naissants. C’est tout moi. Toujours à jouer les funambules et les équilibristes, dans l’espoir de passer hors des écrans radars et de la zone rouge. Après avoir étendu de nouveau ma serviette sur le transat avec un zèle et une minutie vraiment superflues, j’ajoute en me grattant le coin du sourcil : « Il n’y a pas grand-chose à savoir. Je suis un immigré ukrainien venu vivre le rêve parisien, et qui tente de joindre les deux bouts en passant de petits boulots en petits boulots. Fin de la histoire. ». Il n’y a pas une once de véhémence ou d’animosité dans le ton que j’ai usité. Juste une placidité et un stoïcisme pouvant paraître déconcertant. Qu’est-ce que j’aurais dû lui dire ? Que des chirurgiens se prenant pour des boucher m’ont retiré une partie du cerveau pour je ne sais quelles obscures raisons ? Qu’on m’a tiré dessus ? Que j’attire le danger aussi facilement qu’un aimant attire le fer ? Que j’ai sûrement été amené à tuer des innocents dans mon passé, au nom d’une guerre déchirant deux nations antagonistes depuis la nuit des temps ?

Si le but de la manœuvre était de l’effrayer et qu’elle prenne ses jambes à son cou, alors oui, c’est certainement ce que j’aurais dû lui dire. Au lieu de cela, je préfère rester évasif, flou et dans le vague afin de demeurer à ses yeux le client à l’accent ruskov qui vient tout les mardis faire le plein pour sa Ducati. C’est plus prudent et cela vaut mieux. La jeune femme aux yeux dont la teinte rappelle celle de l’eau de la piscine, se met à fixer mon épaule en plissant les yeux et fronçant les sourcils. Qu’est-ce qui peut bien retenir son attention de la sorte ? Ah … . Le tatouage. Avec de beaucoup de retenue et de maîtrise, je précise : « Une connerie de jeunesse. ». Mensonge. Une fois encore. Une série de chiffres incrustée dans la peau à l’encre de Chine. Un matricule aux allures de ceux que les malheureux juifs déportés pendant la seconde guerre mondiale, avaient tatoué sur le bras. 9263. Le même nombre que celui apposé sur mon dossier à l’hôpital. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu me faire ? C’était quoi la finalité ? Me punir ? Me déshumaniser en me réduisant à un vulgaire numéro ? Je suis quoi ? Un cobaye ? Un prototype ? Une expérimentation ? Un petit secouage de tête me permet de quitter le fil de mes pensées, et de lâcher des yeux cette énigmatique tatouage. Essuyant mon front d’un revers de la main, j’ajoute afin de noyer le poisson et de fermer la porte à un interrogatoire sur la signification de cette décoration corporelle, si tant est qu’on puisse appeler cela ainsi : « Cela fait longtemps que tu vis ici ? J’ai vu que tu n’avais pas tout à fait le même accent que le majeure partie des parisiens. ». Il est vrai que l’intonation et la voix de Julie sont nettement plus chantantes que ceux des parisiens pure souche. Quand elle parle, on sent le soleil et entend presque les grillons chanter. Dans la voix atone et morne des gens d’ici, il n’y a que grisaille et monotonie. J’ignore si cette pirouette me permettra d’arrêter de faire en sorte que Julie me cuisine, mais en tout cas cela ne coûte rien d’essayer.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 14/1/2018, 21:15


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
L’aura énigmatique de Maksim t’a amené à te poser diverses questions sur lui. Tu te rends compte que tu n’as même pas essayé de le séduire, ce qui est assez rare pour le souligner quand même. Tu laisses glisser tes yeux sur l’homme en face de toi, oui, c’était un bel homme, étrange que toi la mante religieuse tu n’ai rien tenté. Ta curiosité te dictant sûrement l’attitude à tenir avec lui. Toi qui ne te laisses pas submergé par la curiosité te voilà en train de décortiquer toutes vos rencontres. Tu sais très bien que si il avait répondu sincèrement à toutes tes interrogations tu aurais oublié jusqu’à son visage lorsque tu étais défoncée mais la drogue exacerbant tes pires défauts tu n’as pas réussi à te débarrasser de toutes les questions qui frôlent ton crâne depuis. Tu fais toujours la conversation. Tu parles pour ne rien dire. Tu poses des questions en vrac. Tu parles de la pluie, du beau temps, de la capitale, de moto. Ton brouillard alcoolisé t’aide normalement à faire la conversation. T’obliges à être sociable, t’obliges à parler sans que ton cerveau embrouillé ne filtre les conneries qui vrillent à tort et à travers. Tu ne te souviens même pas de toutes tes questions. Tu as dû lui demander ce qu’il faisait comme travail. Ce qui l’amenait à Paris. Ou il était né. Si il avait de la famille qui l’attendait. Le mot à dû te faire grimacer tu en es presque sûre. Parce que ce mot est proscrit de ton vocabulaire depuis si longtemps que tu n’es pas sûre de pouvoir le prononcer sans te blesser toi-même. Tu reprends ta serviette et tu la glisses autour de toi en parlant. Tu lui avoues qu’il est mystérieux, que tu ne connais rien de lui, tu ne sais rien du tout. Comme si Maksim était vierge de toute vie, vierge de passé et de présent. Comme si tu étais en face d’une page blanche et que tu ne pouvais pas écrire une seule ligne aspirée par le syndrome de la panne. « Je pourrais t-te … te dire la même de toi. Tu n’es pas non plus quelqu’un qui s’épanche beaucoup. ». Tu hausses les épaules. Tu n’as jamais dit que tu étais mieux que lui. Effectivement tu ne t’épanches pas mais il y a une bonne raison à ça, Maksim ne te connaît pas, ne sait rien de toi et ne peut donc pas te juger. Tu es aussi inoffensive qu’un bébé chien pour lui. Aussi clean qu’un nourrisson. Oui il t’a vu défoncée. Oui il t’a vu alcoolisée. Mais il n’a pas vu tes ténèbres et c’est ce qui t’a poussé à venir aujourd’hui sans défense sans tes dérivatifs habituels. « Tu m’as vu dans des états pitoyables ça compense. » Tu n’as pas honte tu assumes toutes tes conneries, étrangement tu sais que sans elles tu ne serais pas en face de lui, il y a bien longtemps que ton corps serait froid au fond d’une tombe. Que la culpabilité aurait engloutit ton âme et volé ton dernier souffle. Alors tu assumes sans regretter tes moments d’euphorie. Tu regrettes néanmoins d’avoir abandonné la dernière face de ton humanité, la dernière bouffée de bonheur qui vivait encore à Marseille mais tu ne peux pas revenir en arrière désormais. « Il n’y a pas grand-chose à savoir. Je suis un immigré ukrainien venu vivre le rêve parisien, et qui tente de joindre les deux bouts en passant de petits boulots en petits boulots. Fin de la histoire. ». Mensonge. Tu n’as pas besoin de poser la question tu sais qu’il est en train de te mentir. Ce sont les mots fins de l’histoire qui résonnent au fond de toi comme un mensonge. Tu sais que si c’était la vérité il n’aurait rien dit de plus. Là ? Il vient seulement de placer un énorme panneau stop devant lui pour t’obliger à le contourner. Tu restes silencieuse un instant et tu te demandes si tu dois lui dire de ne pas te prendre pour une blonde sans cervelle mais tu préfères le faire d’une manière plus subtile qu’à l’accoutumer. « Le rêve parisien ? » Tu lèves légèrement les yeux au ciel avant de reprendre. « Ton informateur en France devait être nul parce qu’ici il n’y a rien de plus que la crasse et les emmerdes. » Tu es bien trop jeune Julie pour être aussi pessimiste, être aussi dégoûté par la vie mais tu te considères toi-même comme faisant partie de la crasse de la capitale alors tu sais de quoi tu parles.

Ton regard se perd soudainement sur son épaule et tu fronces les sourcils en essayant de distinguer les contours de ce tatouage aussi énigmatique que son propriétaire. « Une connerie de jeunesse. ». Ok. C’est peut la vérité, tu ne peux pas réellement juger les conneries de jeunesse vue que tu en fais toujours. Tu lui jettes tout de même un regard sceptique mais tu laisses tomber. Lui poser des questions en boucle ne change rien il n’a jamais autant parlé depuis que tu le connais alors tu ne vas sûrement pas le braquer maintenant. Tu te glisses le long du transat et tu détends tes membres autant que tu le peux. « Cela fait longtemps que tu vis ici ? J’ai vu que tu n’avais pas tout à fait le même accent que la majeure partie des parisiens. ». Un autre sourire moqueur effleure tes lèvres. Il esquive tes questions pour t’en poser. Intéressant. Vous avez la même technique. Habitué qu’il est à ne rien avoir à te demander il doit en être assez déstabilisé ça pourrait être drôle si tu n’avais pas besoin de répondre à ses questions. Étant donné ses efforts tu peux bien lui répondre. « Tu es très observateur Maksim. » Tu soupires doucement, tu n’avais pas besoin de quelqu’un d’observateur là maintenant, mais pourquoi pas finalement ? Parler de ton lieu de naissance ce n’est pas ce que tu préfères parce que dès l’instant où tu prononces ces mots tu sais qu’inévitablement ton passé va revenir en boomerang dans ta tête. « Je suis à Paris depuis neuf ans maintenant. Je suis née dans le Sud de la France. » Tu es partie à ta majorité, à l’instant ou les portes du foyer se sont refermés sur ta gueule tu es partie à Paris. Tu avais besoin de changement. Tu avais besoin d’une ville aussi pleine que Marseille pour te fondre dans le décor. Tu as pris un train et tu t’es enfuit aussi rapidement que le pouvait le TGV qui te transportait, toi, tes souvenirs et ton passé. « La mer me manque parfois… » Tu sens que ta voix devient légèrement rauque et c’est normal parce que les fantômes reviennent se glisser au fond de tes yeux. Tu peux encore voir le sourire tendre de ton père, entendre les glapissements de bonheur de ton frère et dessiner la déception que ta mère portait sans arrêt sur le visage dès qu’il se posait sur toi. Tu étais source constante de déception pour elle. Tu dois être au plus bas dans son estime désormais. Si une vie après la mort existe tes parents doivent être mortifiée par la femme que tu es devenue aujourd’hui. Tu secoues la tête doucement, tu n’as pas besoin de penser à ça maintenant. Pas devant le regard scrutateur de Maksim. Pas en pleine journée. Pas avant de t’être allongée dans tes draps. « Je ne t’ai même pas demandé ce que tu venais faire ici. Je t’ai toujours imaginé très solitaire ça me fait bizarre de te voir en pleine foule. » L’esquive encore Ju’ ? Ouai. On ne change rien et on recommence. Une partie de ping-pong vient de commencer entre vous et tu le sais. Attention à ne pas trop t’épancher Julie tu vas finir par te couler toute seule.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 15/1/2018, 01:13

Go Against the Flow
De prime abord, Julie semble faire partie de ces filles qui ont tout pour elles. La beauté. L’intelligence. Une situation, certes pas très prestigieuse, lucrative et épanouissante, mais qui à défaut a le mérite d’être relativement tranquille. Bref, tout les ingrédients sont là pour qu’aucun nuage n’obscurcisse son ciel et que le bonheur lui sourit d’une façon presque insolente, aux yeux des autres filles dépourvus de ses multiples atouts. Pourtant, il n’en est rien. Julie est indéniablement une écorchée vive. Une âme tourmentée. Une femme que la vie a brutalement brisé et meurtri au plus profond de sa chair. On ne sort pas indemne des revers que nous afflige le destin. D’autant plus quand ils vous tombent dessus en rafale, et que vous êtes victime de la loi des séries. Peut-on remonter la pente et entrevoir le bout du tunnel ? Probablement. Avec le temps. Le temps estompe et cicatrise tout, parait-il. L’abcès. L’absence. Comment les gens « normaux » font ? Parviennent-ils à oublier ? Ou apprennent-ils à vivre avec ? Oui, on apprend. Avec le temps. Ce temps qui court, tourne et qui se joue de nous. Combien en faut-il ? Allez savoir. Qui sait, il se peut qu’une vie toute entière ne suffise pas. Ce qui est clair, c’est qu’à un moment ou un autre de la sienne, la bonne étoile de Julie l’a momentanément quitté la plongeant dans un profond nadir. Quels affres a-t-elle bien dû traverser ? Mystère.

En tout cas, loin de moi l’idée de la passer au grill pour savoir quelles sont les raisons justifiant ce spleen et ce vague à l’âme permanents qui lui collent à la peau. Qui plus est, elle a pour l’instant eu la gentillesse de ne pas trop se monter intrusive envers moi. Ne dit-on pas : « ne fais pas à autrui ce qui tu n’aimerais que l’on te fasse. » ? C’est son histoire. Elle lui appartient et ne regarde qu’elle. Ce qui est sûr, c’est que les événements n’ont pas été tendres avec Julie, et ont laissé en elle une plaie ainsi qu’une béance encore à vif. Son mal-être, elle le noie dans l’alcool et l’enfume avec je-ne-sais-quelle substance illicite. La fuite, le déni et la dissimulation. Voilà ce que permettent ces genres de dérivatifs. D’échapper, de cacher ou de refuser d’affronter quelque chose. Certains y verront là le choix de la facilité ou de la lâcheté. Moi, je ne juge pas. Je ne connais pas l’ampleur des problèmes qui agitent Julie. Si mes tourments avaient été les mêmes que les siens, peut-être que moi aussi j’aurais cherché un semblant de réconfort dans ces produits permettant de tout oublié l’espace d’un éphémère et fugace instant. Et si, et si, et si … . Nos deux situations ne sont sans doute en rien comparables. Il est probablement plus simple de découvrir la genèse de ses emmerdes que de vivre, ou plutôt survivre, chaque jour avec les répercutions qu’elles ont sur votre existence. Qu’importe ce que je découvrirais, j’ai besoin de savoir. De comprendre.

Pourquoi. Pourquoi moi ? Pourquoi ça ? Je sais bien que je donne l’impression de jouer les gros durs infaillibles, mais qu’on ne s’y méprenne pas. Moi aussi je me cache et fuis. Des gens. Par méfiance et prudence la plupart du temps. Pour les protéger dans d’autres. Comme Julie l’a si justement fait remarquer, je l’ai déjà vu en dehors de son travail et … bien éméchée dira-t-on. Notamment ce fameux soir où elle est venue avec des amies s’amuser dans une boîte de nuit, où j’ai brièvement travaillé entant que videur. Elle est restée jusqu’à la fermeture, sur les coups de cinq six heures du matin. En plus de l’alcool, ses yeux explosés me disaient clairement qu’elle n’avait pas fumer que des cigarettes dans le petit fumoir en sous-sol. Au naturel Julie est une fille plutôt cash et brute de décoffrage, mais grisée par l’alcool et d’autres stupéfiants, je peux vous garantir qu’elle perd tout sens d’inhibition et est vraiment sans filtre. Dans mon for intérieur, j’espère qu’elle ne se souvient plus de ce qu’elle m’a dit et a tenté d’entreprendre avec moi ce jour là. Le lendemain, j’ai aussitôt démissionné. Sans cesse fuir, rester cacher et évoluer dans un milieu où je suis un parfait inconnu : ma vie. Dans un haussement d’épaules, je lui rétorque que : « Oui, probablement. ». Ma tentative pour éluder le propos et éviter à avoir à parler de moi, semble avoir été partiellement vaine.

La version quelque peu enjolivée et édulcorée du condensé de ma vie que je lui ai servi, ne semble ni être à son goût, ni la convaincre. La manière à peine perceptible qu’elle a de froncer les sourcils et d’avancer les lèvres, prouvent que la jeune femme est très dubitative. Cela se confirme : je suis définitivement un piètre menteur. Je m’en doutais déjà lorsque j’ai eu à avancer des excuses bidons à mes différents employeurs pour justifier mes retards, mais là j’en suis à présent persuadé. La réponse de Julie me fait sourire intérieurement. Une réponse très franchouillarde. Râleuse, bougonne et fataliste. Les bras croisés contre ma poitrine, j’effleure mes biceps afin de me réchauffer un temps soit peu. Avec détachement, je réponds à l’élancée jeune femme, non sans buter et hésiter sur certains mots bien difficiles pour un non francophone : « Crois-moi, comparé à la vie en Ukraine, Paris fait vraiment figure de euh … El-do-rado. C’est ici que j’ai découvert ce que sont les droits de l’Homme et les libel… les libertés individuelles. ». Non Julie, l’herbe n’est pas toujours plus verte dans le pré d’à côté. Tu vis ici depuis tellement longtemps que tu ne t’en rends probablement plus compte, mais je peux t’assurer qu’il n’y sans doute pas de plus beau pays que la France. Est-ce que je me rappelle des trente quatre années que j’ai passé dans mon pays natal ?

Oui et non. Je n’ai que de vagues réminiscences. Des souvenirs embrumés qui devraient logiquement me terroriser, si l’on ne m’avait pas ôté toute once d’humanité. Délation. Arrestation des opposants politiques. Exécutions sur la place publique pour servir d’exemple. Censure dans les médias. Presse cadenassée et sous contrôle. Ce que j’ai pu lire ou voir au sujet de ce pays, tend à confirmer que ce dont je me souviens n’est pas le fruit de mon imagination. Lasse et sans doute passablement énervée par les parties de poker menteur que revêtent nos discussions à chaque fois que nous nous voyons, Julie s’allonge sur son transat tandis que je m’adosse contre une espèce de colonne d’inspiration gréco-romaine non loin du mien. La blonde aux yeux cyans m’apprend qu’elle est originaire du sud de la France. Je n’ai peut-être plus la totalité de mon cerveau, mais au moins j’ai toujours l’oreille. C’est déjà cela. Dans la foulée, la pompiste ajoute à voix haute, et probablement sans s’en rendre compte, que l’immensité maritime lui manque. Scrutant la légère houle secouant le bassin, je rejoins mon interlocutrice sur ce point en déclarant dans un soupir lourd du sens : « A moi aussi … . ». Oui, cet élément qui était jadis l’espace où je laissais s’exprimer mes compétences de nageur de combat, me manque cruellement parfois. C’est d’ailleurs étrange. Je n’ai plus de désir, plus d’envie, plus d’aspiration, hormis celle de pouvoir un jour dérivée dans cette étendue d’eau iodée qu’est la mer.

Plonger à quinze, vingt mètres voire plus. Je crois … que c’est quelque chose qui me plaisait avant. Quelque chose qui me grisait. Après tout, si je viens si souvent à la piscine, il y a sûrement une bonne raison. Peut-être qu’inconsciemment, je cherche à revivre ces joies d’antan ? Guère concluant pour l’instant en tout cas. C’est incroyable de voir à quel point je suis bien et à l’aise dans l’eau. Parfois, j’en arrive naïvement à croire que j’ai sûrement dû apprendre à nager avant de marcher. Oui … à moi aussi la mer me manque, cela ne fait aucun doute. La fêtarde poursuit en me posant la question, qui doit sans doute lui brûler les lèvres depuis un bon moment, et que je redoute tant. Qu’est-ce que je viens faire ici ?. Aussitôt mon visage se ferme et se renfrogne. Je préfère ne pas regarder Julie et continue de fixer le bassin, de peur que mon air fort peu aimable ne la blesse. Alors, nous y voilà … . Je commence à être fatigué de mentir. Le silence s’installe et s’enracine. La jeune femme vêtue d’un bikini aux couleurs acidulées incline légèrement la tête. Je sens qu’elle tente d’attraper mon regard. Tête baissée, je déglutis ma salive et prends une grande inspiration avant de répondre à la question qui la taraude, et ce en jouant pour la première fois franc jeu. « J’étais soldat. Au départ, j’étais très fier de servir et défendre mon pays mais … . Plus les années passaient, et plus les conflits me semblaient absurdes. »

« J’avais l’impression d’être пішак … un p-pion se battant pour que les intérêts d’une poignée de puissants continuent à prospérer. Je n’avais pas signé pour ça. Je voulais protéger le plus grand nombre. Petit à petit, les missions, les ordres et les pratiques barbares de l’armée m’ont … ul-céré. J’ai fini par déserter. Tout laisser derrière moi. Partir en quête d’une terre meilleure. Paris m’a semblé être un bon choix. C’est vrai. Je ne suis pas quelqu’un de très … socié… sociable. J’étais dans la marine. Cela explique donc sûrement pourquoi je reviens toujours et … iné-lucta-blement ici. »
. Bien sûr, c’est la version romancée, fantasmée et idéalisée de ma vie. Cependant, j’aime à croire que c’est ainsi que les choses se sont passées. Je refuse d’admettre que pour des raisons inconnues, je n’ai été qu’un maillon constituant une chaîne de trafic d’être humain. Un cobaye qu’on a estampillé et sur lequel on a pratiqué je ne sais combien d’expérimentations médicales, au nom de la recherche ou du progrès. Non … je ne suis pas ça. Je ne suis pas que cela. Je suis autre chose. Quelqu’un d’autre. Qui ? C’est ce que je veux savoir. D’ici là, je me berce d’illusion en considérant que ce que je viens de raconter est pour l’instant la version de mon histoire faisant foi. Est-ce que Julie va y croire ? Je n’en sais rien. Je l’espère en tout cas, sinon je vais devoir lui servir un énième mensonge, et je ne m’en sens clairement pas la force.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 15/1/2018, 22:02


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
« Crois-moi, comparé à la vie en Ukraine, Paris fait vraiment figure de euh … El-do-rado. C’est ici que j’ai découvert ce que sont les droits de l’Homme et les libel… les libertés individuelles. » Tu te sens soudainement très idiote en entendant ça. Maksim a parfaitement raison, la France est un des pays les plus sécurisé qui existe dans le monde. Les droits de l’homme, les libertés individuelles, la liberté d’expression, vous êtes de foutus chanceux les Français mais tu ne t’en rends pas toujours compte. Lorsqu’on a l’habitude de certaines choses on ne se rend pas compte de la chance que l’on a avant de la perdre. Foutu capricieuse que tu es tu broies du noir en bavant sur ton propre pays mais tu oublies bien vite qu’ailleurs tu serais sûrement dans une autre situation. La situation des femmes dans d’autres pays te donne envie de vomir lorsque tu t’intéresses plus de cinq minutes aux informations. Parfois il t’arrive de t’imaginer ce que serait ta vie dans un pays comme ceux-là. Ce que tu aurais subi avec ton caractère de merde et à cause de ton penchant pour les drogues. Tu apparenterais peut-être un morceau de trottoir dans les ruelles sombres et pourries d’une ville dont tu n’es même pas capable de prononcer le nom. Terrorisée. Tremblante. Et déjà à moitié morte. Penaude tu hoches la tête doucement avec déférence. Si tu pouvais te tasser sur toi-même tu le ferais immédiatement. « C’est vrai tu as raison. Je suis désolée. » Tu ne t’excuses pas facilement Julie c’est pour ça que ces mots sont plus que sincères. Tu ne sais pas vraiment ce qu’il a subi dans son pays, ce qu’il cherche à fuir mais tu peux comprendre son envie de partir de là-bas. Tu connais très mal l’Ukraine et ses politiques mais les pays de l’Est n’ont pas toujours très bonnes réputations. « Comment tu trouves la France dans ce cas ? » Tu es curieuse de le savoir. Est-ce qu’il s’y sent mieux que dans son pays ? Est-ce que c’est difficile de vivre loin de chez lui ? Est-ce qu’il est heureux ici ? Est-ce qu’il s’y sent plus en sécurité ? Tu voudrais bien lui poser toutes ses questions mais si tu le faisais tu te plongerais dans une curiosité qui te semblerais presque malsaine. Tu ne veux pas décortiquer Maksim à ce point, tu veux juste en connaître plus sur cet homme qui rythme parfois tes soirées lorsque tu travailles. Tu voudrais casser le mystère de ses silences. Tu te doutes que le changement de langue doit être difficile pour lui mais tu sens que ce n’est pas que pour ça qu’il se cache et qu’il ment aussi facilement en te regardant dans les yeux. Alors tu le pousses, tu le titilles doucement sûre et certaine qu’il ne laissera rien s’échapper d’entre ses lèvres. Et pourtant tu t’apprêtes à en connaître plus sur lui. Comme quoi tu avais encore une fois tort. Décidément cet homme n’arrêtait pas de surprendre.

« J’étais soldat. Au départ, j’étais très fier de servir et défendre mon pays mais … . Plus les années passaient, et plus les conflits me semblaient absurdes. » Tu retiens ton souffle en l’entendant parler. Tu ne t’attendais sûrement pas à ça. Tu ne t’attendais pas à la vérité. Parce que là tu sais qu’il ne ment pas cette fois. Pourquoi il le ferait après tout ? Tu étais loin d’imaginer sa vie d’autrefois alors il aurait pu te dire n’importe quoi plutôt que ça. Tu le regardes attentivement et effectivement tu comprends mieux son attitude, sa façon de se mouvoir. Soldat. Certaines parties de son caractère devient plus évident désormais. Il a dû voir bien des horreurs. Comment fait il pour tenir encore debout ? Tu as toujours été admirative de la force mentale des militaires. C’est bien pour cela que tu refuses de croire ton meilleur ami lorsqu’il te parle de syndrome post-traumatique, tu as eu une brève histoire avec un militaire qui s’était déplacé en Afghanistan il souffrait de ce syndrome, il hurlait dans son sommeil, il était sombre et prêt à couler à chacune de ses respirations mais tu lui as envié sa force et son courage. Tu refuses de croire que tu pourrais entacher leurs courages à cause d’un passé bien différent de leurs souffrances. Tu te déplaces doucement et tu t’assois près de lui en restant silencieuse. « J’avais l’impression d’être пішак … un p-pion se battant pour que les intérêts d’une poignée de puissants continuent à prospérer. Je n’avais pas signé pour ça. Je voulais protéger le plus grand nombre. Petit à petit, les missions, les ordres et les pratiques barbares de l’armée m’ont … ul-céré. J’ai fini par déserté. Tout laisser derrière moi. Partir en quête d’une terre meilleure. Paris m’a semblé être un bon choix. C’est vrai. Je ne suis pas quelqu’un de très … socié… sociable. J’étais dans la marine. Cela explique donc sûrement pourquoi je reviens toujours et … iné-lucta-blement ici. » Tu poses tes doigts sur son bras, resserrant ta prise durant une seconde ou deux afin de lui faire comprendre que tu comprends, qu’il n’a pas besoin d’en dire d’avantage, que tu ne poseras plus de question sur cette partie de sa vie. Tu comprends mal ce qu’a été sa vie, tu ne l’imagines même pas mais tu es touchée qu’il s’épanche ainsi, rien ne l’obligeait à en dire autant devant toi. Tu ne vas pas le remercier pour ça alors tu sais qu’il n’y a qu’une seule façon pour qu’il comprenne que tu es touchée qu’il t’en dise plus et c’est en parlant toi aussi. Alors tu plonges ton regard vers le bassin où le reste du monde continue à vivre normalement et tu ouvres enfin les vannes. « Je vivais autrefois dans une grande tour un peu pourrie d’un quartier mal famé de Marseille. Ma voisine d’en dessous était une petite mamie atteinte d’Alzheimer sa famille ne venait jamais la voir alors chaque soir j’allais la voir et je vérifiais qu’elle prenait ses médicaments et qu’elle ne laissait rien allumer. J’avais l’habitude de faire depuis toute petite ça ne m’a jamais dérangé. » Tu n’avais plus pensé à cette vieille dame depuis le jour de tes quinze ans. Tu revois son visage souriant parsemés de rides comme un parchemin trop souvent utilisé, son regard fixe, ses soudaines crises de colère lorsqu’elle ne te reconnaissait pas et qu’elle te prenait pour une voleuse. Tu as pris des centaines de coups de canne, dans les genoux, sur la tête, tu rigolais doucement en la rassurant et en fouillant chez elle comme si tu étais chez toi. Tu l’aimais beaucoup cette vieille carne. Elle te racontait sa vie d’autrefois, elle parlait de ses parents, de son mari décédé avant que tu ne pousses ton premier cri. Il y avait tant de respect dans sa voix lorsqu’elle parlait de lui que tu rêvais autrefois de trouver un homme aussi amoureux de toi que son mari avait été d’elle. Elle pleurait toujours en repensant à lui et toi tu sentais ton cœur se fendre en deux en lisant sa souffrance derrière son regard azur. Puis elle te prenait pour sa fille et elle te serrait si fort entre ses bras que toi aussi tu te mettais à pleurer. Tu lui mentais pour la réconforter puis elle disparaissait dans les brouillards de sa maladie. La voir prisonnière de son propre corps était le pire pour toi. Tu préférais quand elle te frappait au moins tu savais qu’elle réagissait un peu à ta présence, parfois elle restait simplement silencieuse et regardait le vide sans bouger d’un millimètre de sa chaise. Tu te rends compte aujourd’hui qu’elle était la grand-mère que tu n’as jamais eu la chance de connaître.

« Un soir j’ai oublié d’y aller trop occuper à me disputer avec ma mère. Elle refusait que je rejoigne un garçon alors j’ai décidé de partir en pleine nuit le retrouver. » Tu sens un rire amer sortir de tes lèvres. Tu n’oublieras jamais ce garçon. Tu étais partie pour le retrouver caché dans l’obscurité de la nuit. Tu avais fait un caprice à ta mère pour qu’elle te laisse le rejoindre. Comme si c’était normal qu’une gamine de quinze ans reste seule avec un garçon de dix-sept dans une chambre. Tu étais si naïve à ce moment-là. Il t’a pris ce qu’il voulait et tu as abandonné une partie de toi entre ses draps. Tu t’étais retrouvé déçue de ce moment minable. Tu avais abandonné le domicile familial, tu avais crié à ta mère que tu l’as détesté pour ça ? Tu te revois marmonner entre tes dents en sortant de chez lui franchement mal à l’aise, dégoûtée de toi-même et avec un horrible pressentiment au fond du ventre. « Elle avait oublié une casserole sur la gazinière ce soir-là. Le feu a commencé dans son appartement et s’est très rapidement étendue. Ma mère est morte rapidement, la fumée à eue raison d’elle. Mon père a fait sortir mon frère de treize ans, il est rentré dans l’appartement pour me sortir à mon tour sauf que je n’y étais pas. Avant que les pompiers n’arrivent cinq personnes étaient mortes dont mes deux parents. » Ton âme n’était pas entachée que de la mort de tes parents. Tu le vois désormais avec clarté. Ce ne sont pas que les fantômes de ta famille qui hante ton regard bleu. Tu te sens responsable pour le feu. Pour la mamie seule dans son lit. Pour la famille vivant à côté de chez elle. Durant une seconde tu n’as pensé qu’à toi et à cause de ça un drame s’était étendu et avait entaché bien plus que ta famille, bien plus que ton âme, cela c’était répandu sur d’autres à cause de tes mauvais choix. Tu te revois courir vers ton frère et la gifle magistral qu’il t’a décoché en te voyant devant lui. Lui non plus ne t’a jamais pardonné. Il t’en voulait encore avant de mourir. Ton cœur se serre férocement dans ta poitrine en pensant qu’il était désormais parti loin de toi et vous n’avez jamais pu vous réconcilier. « Je crois que je suis morte ce soir là moi aussi. » Tu souffles cette phrase si doucement que tu n’es pas sûre que Maksim l’ait entendu. Tu te souviens de ton mutisme après, tu es resté dans un silence si pesant que les gens ne s’approchaient pas de toi. Puis tu es tombé sur une bouteille d’alcool. Sur de l’herbe. Et les paroles sont sorties toutes seules de tes lèvres. Ta personnalité a changé en même temps que les démons sortaient de ta tête. Très vite. Trop vite l’herbe et l’alcool n’étaient plus assez forts pour toi alors tu as plongé encore plus profondément. Où est passée la petite fille qui venait en aide à une mamie ? Tu t’es perdu Ju’. Tu t’es perdue depuis si longtemps que tu n’es pas sûre de pouvoir revenir un jour. Tu frottes doucement tes bras comme si tu pouvais retirer le froid recouvrant soudainement ta peau. Tu glisses ensuite tes doigts sur ton avant-bras afin de caresser les noms de tes fantômes que tu t’es fait tatouer avant de partir de Paris. Tu n’aurais pas dû le faire tu le sais parce que dès que tes paupières se soulèvent le matin tu ne vois que ça. Lorsque tes paupières se referment sur l’aube tu ne vois que ça. Tu n’as pas fait ça pour ne pas les oublier, non, tu l’as fait pour te punir toi-même. Tu te retournes légèrement vers Maksim avant de reprendre la parole. « Tu as encore de la famille en Ukraine toi ? » Tu ne cherches pas à esquiver, tu ne cherches pas à enfouir tes émotions de ton regard, tu essaies simplement de ne pas couler encore plus profondément dans le passé, tu espères seulement que tu ne vas pas trop loin. Tu espères seulement que tu ne vas pas le noyer à son tour dans un sombre passé.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 16/1/2018, 15:13

Go Against the Flow
Dans le fond, ce qui m’arrive est en quelque sorte un mal pour un bien. Sans toutes les facéties et les multiples caprices du destin, jamais je n’aurais eu la chance de goûter au vent de liberté qui anime la patrie au drapeau tricolore. Est-ce qu’il m’arrive de songer à ce que serait ma vie, si elle n’avait pas pris la tournure d’un thriller policier ou d’un roman d’espionnage ? Bien sûr. Tout le temps. Quelle existence pouvait bien mener le Maksim « d’avant » ? Etait-il un mouton de Panurge exécutant aveuglement les ordres qu’il recevait, ou avait-il au contraire l’âme d’un dissident ? Coulait et sabordait-il les sous-marins et les portes-avions ennemis basaient dans les confins de la Mer d’Azanov sans même l’ombre d’un rebord ? Etait-il au contraire conscient de la peine et du chagrin que ses actes causaient aux femmes, aux mères ou aux enfants des hommes auxquels il arrachait le dernier souffle ? Je ne sais pas. Ce que je sais en revanche, pour avoir failli la perdre, c’est que la vie est bien trop précieuse pour qu’on laisse un tiers vous la prendre. C’est fini. Il n’y aura plus de balles perforant les chairs. Plus de cliquetis métalliques de douilles venant mourir au sol. Plus de sang ruisselant et dessinant une auréole, autour d’un gisant se refroidissant et luttant pour capturer de faibles bouffées d’air. Plus de vies qui chavirent. Plus d’yeux mouillés. C’est fini … .

Vraiment ? Non, pas tout à fait. Il me reste encore quelques chargeurs à liquider. Quelques chiennes de vies à faucher. Celles des personnes ayant fait de moi un être insensible et au cœur de pierre. Un corps désincarné. Vide. Sans flamme. Eteint. Qu’importe s’il s’agit de grands pontes de la médecine estimés par leurs confrères, ou de hauts gradés bardés de médailles et autres décorations : il y passeront tous. Jusqu’au dernier. La vengeance, c’est tout ce qui me reste. Et après ? Irais-je mieux ? Aurais-je obtenu satisfaction ? Non, bien évidemment. Le mal est fait, c’est trop tard. Le Maksim « d’avant » est mort, et ce n’est certainement pas une vendetta gorgée d’animosité et d’acrimonie qui le ramènera. Je le sais. Cependant … je sens que c’est quelque chose de nécessaire. Comme un besoin oppressant et presque vital. C’est triste à dire, mais cela donne presque un sens à ma nouvelle existence. Une bonne raison de me lever le matin. Quand la justice des Hommes à échouer, il ne vous reste plus qu’un ultime recours : vous faire justice vous-même. Tant de progrès et d’avancé dans l’humanité, pour finalement en revenir à la loi du Talion. Les lumières se retourneraient probablement dans leur tombe, si elles pouvaient lire dans mes pensées. Désolé. Vraiment. Mais ça sera œil pour œil et dent pour dent. Quoi qu’on en dise et quoi qu’il m’en compte. Rassurez-vous, c’est encore trop tôt.

Pour l’heure, je dois me reconnecter au monde des hommes. Me fondre dans la masse. Adopter les codes qui régissent cette société afin de ne pas éveiller les soupçons. Sans oublier que le tireur ayant chercher à m’abattre peut être n’importe où ,et qu’à ce titre chaque individu représente une menace potentielle. Je m’efforce donc de vivre comme le plus français des ukrainiens, et de jouir de cette incroyable liberté se déclinant sous des formes infinies. Liberté d’expression, d’opinion, d’entreprendre, de culte ou encore de sexualité. Dommage qu’il ait fallu que je devienne le patient, ou plutôt le cobaye 9263 pour découvrir ces inestimables trésors. Perdre son humanité, ses émotions et ses sentiments était-il le prix à payer pour que j’y ai le droit ? Il faut croire que oui. J’esquisse un revers de la main tout en fermant les yeux et hochant la tête de gauche à droite, prouvant ainsi à Julie qu’elle n’a nullement besoin d’être désolée ou de s’excuser. Avant de répondre à sa question, je jette un bref coup d’œil aux personnes barbotant dans l’eau ou étant allongées de tout leur long sur un transat. Reportant ensuite mon attention sur elle, je lui réponds alors sur un ton ne laissant hélas rien transparaître : « C’est vraiment le jour et la nuit. Ici, on ne vit pas dans la peur de voir à tout instant la police débarquer chez vous, sous prétexte que t… que vous avez soit disant critiquer le pouvoir en place. »

« Les gens ne passent pas leur temps à s’épier, à se regarder avec méfiance ou à craindre d’être dénoncés. Là, c’est limite si on euh … si on se fiche de vous ? C’est comme ça qu’on dit, hein ? On peut faire à peu près ce que l’on veut sans redouter des représailles. On est libre d’être qui on est. C’est quelque chose de nouveau. De différent. Et qui est aussi très pl… plaisant. »
. J’ignore si je suis très clair. C’est vraiment frustrant de ne pas avoir les mots pour illustrer convenablement sa pensée. Voilà pourquoi en temps normal je préfère me taire ou répondre de façon sommaire. Etonnant d’ailleurs que je sois aussi volubile. Est-ce parce que … j’ai confiance en Julie ? Parce que d’une façon ou d’une autre, je me retrouve un peu en elle ? C’est une possibilité. En tout cas, je ne suis pas avare de paroles, lorsque je raconte mon histoire telle que j’aurais voulu qu’elle se déroule. Oui une fois de plus je me terre dans le mensonge. Oui je prends quelques liberté avec la réalité. Mais mettez-vous à ma place. Comment lui dire la vérité ? Une vérité que personne ne croirait ou n’est prêt à entendre. Est-ce le fait de le dire à voix haute ou tout autre chose mais, … . Pour la première fois depuis bien longtemps, je ressens quelque chose. Cependant, je suis bien incapable de dire ce dont il s’agit. Mon laïus s’interrompt aussitôt de manière abrupte, lorsque je sens une main fine et délicate se poser sur mon épaule.

Julie ? Je ne t’ai même pas vu ou entendu t’approcher. Un ange passe tandis que mes iris sombres souillent la clarté des siens. Une scène outrageusement cliché. Il ne manque plus que les sanglots longs d’un violon, pour que l’on se croit dans une mauvaise comédie romantique avec Katherine Heigl, au moment du french kiss en guise de happy end. La blonde aux yeux céruléens finit par détourner le regard. Puis, après s’être faite violence, elle décide à son tour de baisser le masque. La fêtarde fumant la vie par les deux bouts, laisse alors place à la femme morcelée et dans son nu le plus blême. Elle se raconte. Trouve la force et la confiance, de partager cet épisode douloureux de sa vie avec moi. Moi qui ne suis pourtant que le type austère et taiseux, venant tout les mardis soir faire le plein pour sa moto dans la petite station service où elle travaille. Les choses me semblent évidentes. Ce taedium vitae, cette mélancolie et ce dégoût pour la vie qu’arbore Julie prend soudainement tout son sens. Les relations conflictuelles avec ses parents, surtout sa mère. L’incendie. Les morts en cascade. Comment ne pas être rongé par la culpabilité jusqu’à la moelle après un pareil drame ? Si comme moi sa fierté et son orgueil la poussent à refuser les mains tendues, alors oui, alcool et drogues peuvent être de bonnes béquilles pour continuer à avancer. De guingois certes, mais continuer à avancer quoi qu’il en soit.

Sa voix oscille et vacille. Les mots deviennent plus sourds, plus étranglés. Ils ont de plus en plus de mal à franchir le seuil de ses lèvres. Qu’est-ce que les gens « normaux » disent dans ses moments là ? Qu’est-ce que l’on doit faire ? Enrouler un bras autour des épaules ? Donner une accolade réconfortante ? Je dois probablement être la dernière personne qui soit la mieux placée sur cette terre pour recueillir des confessions. Dessinant les pourtours de ma mâchoire, je me creuse la tête en quête des bons mots. Rien de bien sensationnel ne me vient à l’esprit. Tant pis, je prends quand même le risque de dire quelque chose qui soit d’une banalité affligeante : « On a sûrement déjà dû te le dire plus d’une fois et tu dois être fatiguée de l’entendre mais … ce n’était pas de ta faute. Ce que tu as vécu, je veux dire t’occuper et prendre soin d’une personne malade et déclinant de jour en jour, aucun adulte n’en est capable sans un minimum d’aide et de soutien. Comment une adolescente aurait-elle pu porter à bout de bras un tel fardeau ? A trop s’occuper des autres, il arrive un moment où l’on n’en peut plus et où l’on dit stop. Tu n’as pas à te sentir coupable. La façon dont tu as agi ce jour là … ce n’était pas de l’érgo… de l’égoïsme ou un caprice. Tu voulais seulement, l’espace d’un instant, avoir la vie qu’avaient toutes les filles de ton âge. C’est bien normal. Est-ce que le drame aurait pu être évité si tu avais été là ? »

« Peut-être. Peut-être pas. On ne pourra jamais le savoir. Toutes les personnes qui ont péris ce soir là, tu n’as pas à les avoir sur la conscience. Ton père a agi selon son instinct. La seule chose qui a dû importer pour lui, c’est que sa famille puisse être saine et sauve. Vous savoir en sécurité et à l’abri, c’était sûrement son vœu le plus cher. Je sais que je n’ai sûrement pas à te dire ça, mais je pense que où qu’ils soient à présent, tes parents n’aimeraient pas voir leur fille anno.. anéantie par le chagrin, et portant sur ses épaules ad vitam æternam la responsabilité de ce qui s’est passé ce soir là. Il n’est jamais trop tard pour renaître. »
. Je n’ai pas envie d’entre moralisateur et pontifiant. J’essaye juste d’apporter un peu de réconfort et de baume au cœur, à une personne qui en a cruellement besoin. J’ai beau faire de mon mieux, je sais bien que j’ai été gauche, maladroit et sans doute pas très délicat. Tout ce que j’espère, c’est de ne pas avoir accru le mal-être qui bouffe et gangrène Julie de l’intérieur. Cet évènement a beau être loin à présent sur la frise du temps, émotionnellement il est toujours bien présent. Comme une trace indélébile. Un supplice qui la tiraille et la martyrise, toujours un peu plus chaque jour. On reste sur le terrain de la famille, sauf que cette fois-ci, la balle est dans mon camp. Est-ce que j’ai toujours de la famille en Ukraine ? J’aimerais le savoir. Au fond moi, j’espère que non.

S’il existe des gens pour qui je compte ; une femme, des parents, des enfants ; alors je n’ose imaginer l’inquiétude et le calvaire qu’ils doivent endurer, à ne pas avoir de mes nouvelles. Désarmé et pris de court, j’ânonne pitoyablement quelques mots : « N-non. Enfin, je ne crois pas. ». Mauvaise réponse. Une fois encore. Quiconque sait si oui ou non il lui reste de la famille. On répond à cette question de façon franche par oui ou non. Voilà un exemple parfait des multiples « gaffes » que j’effectue à chaque fois que je discute avec Julie, et qui ont le don pour exacerber sa curiosité. Elle va rebondir là-dessus, et c’est bien normal. N’importe qui le ferait. Une fois n’est pas coutume, je vais avoir besoin d’une bonne explication. Qui sonne horriblement faux pour moi, mais qui pour le commun des mortels reste plausible. Mentir. Affabuler. Encore et encore. Un homme courant les yeux bandés vers un précipice. Voilà ce que je suis. Je m’assois sur le transat et fomente en quatrième vitesse un justification qui tient la route. Lorsque je la tiens, je relève la tête en direction de la jeune femme se tenant debout face à moi. Une mise en scène sous-entendant que bon gré mal gré, j’accepte de me plier à ce cérémonial des présentations. En toute honnêteté ? Pas si sûr.

Lui coupant donc l’herbe sous le pied et anticipant son éventuelle question, j’ajoute alors : « J’ai eu un accident de moto il y a quelques temps. Rien de bien méchant. « Juste » un trauph… traumatisme crânien. Le seul problème, c’est qu’à mon réveil j’ai oublié plusieurs pans de ma vie. Des fois, il arrive que je me souvienne de deux ou trois petites choses. Malheureusement, c’est toujours un peu confus et chaotique. Parfois, il suffit d’un son, d’une odeur ou d’une saveur pour qu’un souvenir me revienne. Parait que ça fait cela au début, puis qu’à force et avec le temps, on finit par retrouver cent pourcents de sa mémoire à long terme. ». Évidemment, les choses ne se sont pas passées comme ça. Cependant cela reste un scenario envisageable et auquel Julie peut croire. J’ignore combien de temps je vais bien pouvoir encore tenir. Plus j’apprends à la connaître, et plus il m’est difficile de lui faire avaler des couleuvres. Pourquoi ? Est-ce … parce que je tiens à elle ? Pfff, comment pourrais-je le savoir, je ne ressens toujours strictement rien. Mon regard remonte le long des jambes de la pompiste, pour finalement se poser sur ses grands yeux clairs. Cette fois-ci, c’est moi qui détourne en premier le regard cherchant un échappatoire en direction du bassin. Par honte ? Par embarras ? Par dégoût de soi-même ? Là encore, je ne sais pas.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 17/1/2018, 02:30


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
« C’est vraiment le jour et la nuit. Ici, on ne vit pas dans la peur de voir à tout instant la police débarquer chez vous, sous prétexte que t… que vous avez soit disant critiquer le pouvoir en place. » Effectivement tu pourrais bien hurler sur les réseaux sociaux, si tu y avais un compte, que le président en date est un con tu n’aurais certainement pas de problème avec la justice. Les journaux eux-mêmes critiquaient le pouvoir en place. La seule manière d’être embarqué par les flics c’est si tu lui tirais dessus. Ou qu’ils te voyaient avec un joint à la main aussi. La France sombre, il y a des morts sans arrêt dans ce pays qui semblait une terre tranquille pour ceux qui n’avaient jamais connu la luxure d’être heureux chez eux mais la police pouvait arrêter quelqu’un pour un peu de drogue ou des téléchargements illégaux. C’était hallucinant de voir ça. C’est ce qui te donnait un goût d’amertume dans la gorge quand tu pensais à cette France que tes ancêtres avaient tant aimés. Néanmoins tu n’étais pas assez idiote pour savoir qu’il y avait bien pire que tes petits soucis de bourgeois. La vie que Maksim avait dû connaître chez lui ne devait pas être magnifique. Surtout s’il comparait la France à l’Ukraine en te disais que c’était le jour et la nuit. Tu n’imagines même pas ce qu’était la nuit chez lui mais tu l’écoutes attentivement, curieuse de connaître son opinion sur ton pays natal. Limite si on se fiche de toi ? Oui ça résume assez bien la population française. Tu hoches la tête parce que tu comprends ce qu’il veut dire. Ce n’est pas négatif pour lui comme pour toi parce que vous voulez passer inaperçu mais tu sais que derrière les regards inexpressifs des habitants de Paris il y a bien du jugement. Tu te souviens de cette femme il y a quelques années qui a engueulé son gamin quand il s’est approché trop près de toi un matin. Tu marchais dans les rues, un énorme bleu sur ta pommette, une coupure à la lèvre et le regard vide de quelqu’un qui avait fait la fête toute la nuit. Elle s’est approchée de toi, elle a serré la main de son fils le plus fort possible et elle est partie en lui expliquant que les gens dans ton genre ne devaient pas être approché. Elle ne savait pas si tu avais été agressé. Si on t’avait fait du mal. Non ce qu’elle voyait c’étaient tes fringues trop courtes, ton teint cireux et tes yeux rouges. Ce qu’elle voyait c’était un déchet de plus qui ne devait surtout pas déposer ses mains sales sur la peau de son gentil ange. Tu t’étais sentie sale ce jour-là jusqu’à ce que la colère gronde au fond de toi, personne n’avait le droit de te toucher de cette manière. Personne n’avait le droit de te juger parce que sous les carapaces, les sourires et les beaux habits il n’y avait rien de plus que des ordures de plus. Sous le vernis des gens bien se trouvent généralement les créatures les plus dégueulasses qui existent sur terre. Tu préfères vivre parmi les déjections de Paris que dans des cages dorées. Parce que sous ton vernis Julie il y a un peu de douceur qui ressort parfois. Tu es souvent moqueuse, agressive et grande gueule mais tu peux sourire avec douceur quand la personne en face de toi en vaut la peine. « Les gens jugent silencieusement ici. Tu remarqueras leurs regards dédaigneux. Ils n’ont juste pas le courage de dire ce qu’ils pensent. » Tu hausses les épaules tu n’es pas comme ça toi, toi tu préfères dire ce que tu penses même si ça te fait passer pour la méchante. Le filtre coincé dans la tête des gens normaux ne s’est jamais construit chez toi, toi tu parles, tu parles et tu ne réfléchis pas. Tu pourrais rendre la drogue coupable de ce défaut mais tu te souviens de la gamine grande gueule que tu étais déjà autrefois. « Si tu as un jour l’occasion de parcourir un peu la France descends dans le Sud les gens y sont beaucoup plus sympathiques je trouve. » Voilà une étrange phrase qui sort de ta bouche, tu parles très peu de Marseille. Tu ne racontes pas ton passé mais parfois le sourire des commerçants, un bonjour d’un étranger dans une rue piétonne ça te manque un peu. Ici les gens vivent dans leurs bulles sans voir le reste du monde évoluer près d’eux.

D’ailleurs tu te plonges profondément dans ton passé afin de lui laisser le temps de te comprendre un peu. Pourquoi tu es aussi froide, aussi renfermée derrière ta prison de vices, pourquoi tu refuses de laisser les gens t’approcher à coup de regard langoureux, de jeux, à coup-de-poing parfois. Tu changes de tactique avec tes interlocuteurs dès qu’ils essaient de frôler tes cicatrices qui brillent encore au fond de ton regard bleu. Tu refuses de t’abaisser à parler. Tu refuses de parler depuis si longtemps que tu entends les mots qui vrillent tes tympans comme des balles sifflants près de tes oreilles. Tu n’es pas sur un champ de bataille et pourtant tu as l’impression d’esquiver la mort à chacun de tes mots. Les fantômes se retrouvent devant ton regard. La mamie. Tes parents. Le petit couple qui venait justes de se marier. La chaleur des flammes dansant devant ton regard. Les larmes d’Alexandre glissant le long de ses joues. Tu peux encore ressentir ses doigts sur ta joue. Tu peux encore entendre le crépitement du feu, ton regard rivé sur ton ancien appartement. Tu n’es plus devant Maksim. Tu n’as plus vingt-sept ans tu en as de nouveau quinze. Tu peux encore sentir sur ta peau l’odeur du premier garçon qui a frôlé ta peau. La spirale de tes pensées se mélange violemment au fond de ton crâne avant que Maksim se remette à parler. Ce n’était pas de ta faute. Tes yeux doivent sûrement s’écarquiller d’eux même sans que tu puisses faire quoi que ce soit. Une réaction de pure surprise se dessine sur ton visage en l’entendant dire cela.

Tu ne t’es jamais vu comme une adolescente aimante. Tu n’as jamais vu la tâche de surveiller cette femme un fardeau que tu n’aurais jamais dû porter. Tu l’aimais beaucoup alors tu le faisais avec plaisir. Lorsqu’il te demande si le drame aurait pu être évité si tu n’avais pas joué les gamines capricieuses tu connais ta réponse à cette question rhétorique. Oui. Si tu avais été là ce drame n’aurait jamais touché Marseille et ça tu le sais parfaitement bien. Tu ne gardes pas ce fardeau seulement pour te punir tu sais aussi que si tu avais été présente ton père serait vivant où tu aurais péri toi aussi dans l’incendie. C’est ce que tu aurais voulu au fond de toi et tant pis si ça fait de toi quelqu’un de suicidaire ça t’es totalement égal. Tu n’aurais jamais dû vivre avec cette faute sur le dos, surtout pas aussi jeune. Aucun gamin ne devrait vivre avec une telle culpabilité. C’est même étonnant que tu tiennes encore debout. Tu l’écoutes attentivement mais tu n’as réellement retenue qu’une seule chose ce n’était pas de ta faute. « Tu es la première personne à me dire que je ne suis pas responsable Maksim. » Tu te souviens que le reste des locataires te considérait comme responsable. Tu te souviens des regards mauvais lors de l’enterrement. Tu te souviens que même ton frère t’a dit que c’était à cause de toi. Tu as avalé ces accusations et elles se sont tranquillement installées au fond de toi. Chaque année de plus que tu passais sur cette terre les accusations grossissaient et te rongeaient de plus en plus férocement. Alors cette phrase est importante pour toi. Ça n’enlève pas le poids sur tes épaules, ça non mais ça apaise une douleur sourde qui vibre juste au fond de ta poitrine. Ça apaise un peu la gamine morte depuis cette nuit-là. Tu soupires doucement avant de reprendre la parole. « Pour te dire la vérité tu es même la première personne à connaître cette histoire sinistre. » Et là aussi c’était la vérité. Tu fais des cauchemars la nuit alors tu jettes tes amants avant de t’endormir, tu repousses ton meilleur ami quand il te serre entre ses bras quand tu hurles ta douleur dans ton sommeil. Lorsque tu es arrivé dans le foyer tu devais consulter un psychologue mais cette femme ne faisait que te juger. Elle te détaillait une lueur mauvaise au fond de son regard sombre. Elle avait tamponné sur ton front le mot « traînée » dès ton premier pas dans son bureau et si tu avais ouvert la bouche elle t’aurait sûrement rabaissé avec ses paroles acerbes. Tu entends encore le grincement de ses dents lorsqu’elle susurrait ton prénom. Elle le crachait comme une insulte. Tu avais cette horrible impression de n’être qu’une merde de plus sous ses Louboutin. Alors pas étonnant que tu n’aies rien dis après ça. « Mon frère m’en veut encore. » Tu grimaces légèrement sans avoir le temps de cacher la soudaine douleur qui traverse ta poitrine. Tu poses ta main sur ton cœur comme pour retirer la flèche accrochée à ton organe. Tu aimerais éviter qu’il sorte de ta cage thoracique et qu’il n’explose aux pieds de Maksim. « Il m’en voulait toujours je veux dire… » Tu te grattes la gorge doucement pour y chasser les sanglots qui risquent de s’accrocher à toi comme des sangsues. T’as aucune envie de parler de la mort de ton frère, c’est trop frais, trop douloureux. « Merci de ne m’avoir jamais jugé Maksim. » Tu grimaces un léger sourire, il est de travers tu le sens, tu n’arrives pas à ressortir totalement de ton passé mais tu tenais à ce qu’il sache que tu le remerciais de ne pas avoir jugé ce que tu avais fait. Il ne t’a pas non plus jugé lorsque tu étais défoncée et c’est assez rare pour le souligner.

Alors pour te sortir de ton propre tourment tu changes légèrement de sujet et tu l’interroges sur sa propre famille. Tu fronces les sourcils lorsqu’il te dit qu’il ne croit pas avoir de famille. Comment peut il ne pas savoir ça ? Lorsqu’il te parle d’un accident de voiture, lorsqu’il te parle d’amnésie tu sens une envie monter au fond de toi. Tu sais que ça doit briller au fond de ton regard, tu aimerais vraiment être amnésique toi aussi. Tu effacerais même les bons moments. Tu effacerais les joies mais aussi les pleurs. Tu effacerais Alexandre, tes parents, de ta mémoire sans aucun remord si ça pouvait te laisser respirer normalement durant une seule minute dans ta vie. Puis tu imagines ce que ça doit être de se rappeler au fur et à mesure. Ça doit être bien pire que de ressentir, peut être que lui t’envie de te rappeler de tous ça. Tu baisses les épaules, soudainement fatiguée par tes propres émotions contradictoires. « A ton avis qu’est ce qui est le mieux ta situation ou la mienne ? Ne pas se souvenir ou vivre avec ses démons ? » Tu poses cette question sans aucune arrière-pensée, sans aucune agressivité tu aimerais vraiment avoir son avis sur cette question. Tu n’arrives pas vraiment à départager ce que tu voudrais. Tu prends une grande inspiration. « Je n’ai jamais eu autant envie de boire qu’en cet instant. » Tu grommelles cette phrase pour toi-même. Jusqu’à présent le manque était fort mais là tout de suite ? Tu te noierais dans une bouteille de whisky sans aucun remord. Elle était plus simple ta vie quand tu n’étais pas réellement sur terre et que tu volais à travers les nuages de cocaïne.

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Je suis dévastée, laminée, à bout de souffle. Au terminus d'une chute sans fin qui a terminé bien des années plus tôt. Je ferme les yeux. Dans la tête de détachent les fragments d'une histoire dont je connaissais déjà la fin.
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 17/1/2018, 21:00

Go Against the Flow
Formuler des jugements à l’emporte-pièce. Tout le temps. A tort et à travers. Comme une sorte de seconde nature chez l’être humain. Fait ou idée reçue ? Le si peu que j’ai vu et dont je me rappelle pour l’instant, me laisse à penser que c’est hélas un fait. D’ailleurs, j’en ai eu la preuve pas plus tard que tout à l’heure lorsque je suis arrivé ici. Avec la réceptionniste. Enfin, la nana travaillant à l’accueil. Bref, je ne sais pas comment il faut dire. Elle n’a pas eu besoin de dire quoi que ce soit, son regard s’en est chargé pour elle. Trop insistant pour relever de la politesse. Trop moraliste pour être innocent ou je-m’en-foutiste. Qui sont ces héliastes de la vie de tout les jours ? Ont-ils un profil type ? L’âge rentre-t-il en ligne de compte ? Pas sûr. Cette fille était bien plus jeune que moi, et pourtant cela ne l’empêchait pas d’avoir une façon de penser sectaire et réactionnaire. A mon sens, tout du moins. Est-ce donc une coquetterie ainsi qu’une singularité typiquement franco-française ? C’est peu probable. Ailleurs, ce n’est sans doute pas mieux. Où que l’on soit, il y a de la haine dans tout les yeux. La France pays des droit de l’Homme : ok. La France modèle de démocratie et terreau historique des libertés : ok. La France terre d’accueil : pas pour tout le monde apparemment. La remarque de Julie, vis-à-vis de la population parisienne, vient conforter ma première impression. Sourcils haussés et tête opinant avec approbation, seul un furtif « hum » rebondit contre mes lèvres celées.

Les parisiens auraient-ils perdu leur âme dans le rythme, l’effervescence et la frénésie urbaine qui les happent ? L’autre est-il devenu une menace ? Une source de peur, d’incertitude et d’insécurité ? Doit-on le briser et le reconstruire encore et encore, jusqu’à ce qu’il soit conforme à sa propre image et qu’il puisse être admis dans le cercle ? Si tel est le cas, c’est bien triste. Et assez inquiétant, je dois dire. Hum. Cet élitisme et ce caractère nombriliste, doivent sûrement être propres aux gens de la capitale. Il en va sans doute de même dans les grands centres névralgiques des autres pays. Les habitants de Kiev considèrent sûrement aussi qu’il n’existe pas mieux qu’eux, et que les autres n’ont d’autre choix que de les imiter, s’ils désirent réussir. Peut-être qu’il demeure en province, quelques derniers bastions où le brassage des cultures et la mixité des individus, s’élèvent en maîtres ? De petits havres de paix où il fait probablement bon vivre. De ce côté là, et si j’en crois les paroles de Julie, il y a peut-être de l’espoir. Les gens résidant dans les régions méridionales de l’hexagone, sont selon elle plus sympathiques. Ca, je veux bien le croire. Je me souviens qu’en Ukraine, nous avons un proverbe qui dit euh … . Bon, la traduction est probablement un peu approximative et cela rend sans doute mieux en ukrainien. « Bonté et gentillesse éclosent et croissent au soleil ». Comme quoi, il y a sans doute un peu de vrai là-dedans.

Acquiesçant de nouveau du chef et esquissant une illusion de sourire, je tapote ma tempe à l’aide de mon index. L’air de dire : « Je tâcherais de m’en souvenir ». Ou encore, « J’y ferais attention, si l’occasion m’est donnée de m’y rendre un jour ». Південь. Le Sud. Ce sud qui tente et attire les âmes aspirant à débarbouiller le gris du ciel. Synonyme de dolce vita, de lendemains qui chantent et de doux embruns. Ce même sud qui pourtant est devenu en un claquement de doigts pour Julie, un véritable enfer ainsi qu’une fournaise. Que peut-on faire après être rescapé d’un pareil cataclysme ? Partir. Tout laisser derrière soi. Appliquer la politique de la terre brûlée. C’est une possibilité. En tout cas, c’est humain et cela se comprend. Julie a fait ce choix. S’en aller loin. Là où les nébuleuses sont reines et où le chant des cigales laisse place aux vrombissements sourds des moteurs. Un exil qui pour elle prend également un amer goût de pénitence. Survivre, se reconstruire et tenter d’expier une faute qu’elle s’impute : tels sont les parfums de sa vie désormais. Non. Je refuse de croire en ce fataliste, et au fait qu’elle soit condamner à inexorablement couler, quoi qu’elle puisse faire. N’en démordant pas, je confirme mes propos tenus plus tôt sur un ton qui à défaut d’être persuasif ou convainquant, se veut neutre : « Évidemment que tu n’y es pour rien. ».

« Ce n’est pas comme si tu avais sciamm… volontairement mis le feu ou que tu étais officiellement responsable de cette personne âgée. Les personnes à blâmer sont celles travaillant dans un organisme de santé, si cette dame était sous tit.. tutelle, et sa famille qui l’a délaissé au lieu de prendre soin et veiller sur elle. Tu n’as rien fait de mal. Tu n’es pas coupable. Je… je pense qu’il est temps que tu t’en convainques. »
. Bien sûr, tout ceci est nettement plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens. Elle vit depuis tellement longtemps avec cet atroce sentiment d’autopunition, qu’il faudra beaucoup de temps avant qu’elle n’accepte de voir les choses sous cet angle. Ou pas ? Peut-être qu’elle avait simplement besoin de l’entendre de la bouche de quelqu’un pour avoir le déclic ? En tout cas, j’aurais au moins eu le mérite de planter une petite graine. A voir après si l’idée fait son chemin, ou si cella restera lettre morte. Je trouve simplement que … que ce n’est pas juste. Julie est quelqu’un de bien. Elle le cache et le dissimule derrière une carapace aux allures de bunker, mais je sais qu’elle est intrinsèquement et foncièrement gentille et humaine. Elle mérite tellement mieux que d’être en proie à des innombrables démons et autres fantômes du passé. Hum. Oui, il faudra beaucoup de temps j’imagine. Ce sentiment de culpabilité est en effet d’autant plus grand à cause de son frère.

Ce frère avec lequel elle était brouillée, et qui a rendu l’âme sans qu’elle n’ait pu faire la paix avec lui. Comment continuer à vivre lorsque vous êtes convaincu qu’une personne s’en est allée en vous haïssant de tout son être ? A mon tour, je souhaite poser une main lénifiante sur son épaule, mais décide finalement de me raviser, préférant les paroles seules : « On en veut toujours à ceux qui restent. Je… je pense qu’il a sans doute essayé plus d’une fois de faire table rase du passé et de reprendre contact avec toi, sans jamais trouver la manière et l’occasion. On ne peut pas ha… haïr aussi longtemps une personne avec laquelle on partage le même sang. ». Ah oui ? Qu’est-ce que j’en sais après tout. De quel droit j’ose lui dire une chose pareille ? Moi qui ne suis qu’une coquille vide. Un homme sans racine ni passé, comme créé ex nihilo. En tout cas, son vote de confiance à mon égard me fait plaisir. Du moins, il me le ferait si j’étais « comme tout le monde ». Est-ce par gêne que je baisse la tête et mire le dallage, lorsqu’elle me révèle que je suis la première personne à qui elle raconte cette histoire ? Sans doute. Honteux et confus qu’elle me donne du vrai, de l’authentique, du sincère, et qu’en échange, je ne lui propose que du toc, du factice et du contre-plaqué. Nos histoires sont si proches et pourtant si différentes. Les questions existentielles, Julie en a les réponses et préférerait pourtant les ignorer, tant elles lui sont douloureuses et insupportables.

Moi ? Oh eh bien moi, je donnerais tout pour pouvoir y répondre. J’ai beau les déclamer, les crier ou les hurler, il n’y a guère que l’écho qui me répond. Qu’y a-t-il de pire entre la peste et le choléra ? Entre savoir et ne pas savoir. Ce dilemme semble également tarauder Julie. Il me faut un certain temps avant de répondre à son interrogation. Comme si j’avais du mal à assimiler ses mots. Finalement et suite à un soupir et un haussement d’épaules, je me hasarde à dire : « Sincèrement, je n’en ai aucune idée. Je pense que … que l’on a besoin de savoir qui on est et d’où l’on vient pour pouvoir avancer, mais paradi… étrangement l’ignorance peut avoir du bon. On suit deux trajectoires opposées. Tu tentes d’oublier et d’échapper à ton passé, quand moi j’essaye de me le réapproprier. C’est un peu comme si tu dévalais à la hâte un escalier pour fuir ce qui se trouve au niveau supérieur, tandis que j’essaye de le gla… de le gravir, pour découvrir ce qu’il y a. ». Je n’ai jamais été très doué pour formuler des images ou des métaphores, mais celle-ci me semble coller parfaitement à la situation. Pour faire des choix non plus visiblement. A mon sens, je n’ai pas répondu de façon catégorique à sa question. C’est tout moi ça. Toujours le cul entre deux chaises, serpentant entre deux eaux. Adepte du « faut-il, faut-il pas ». Connaître son histoire, mais en même temps en redouter sa contenance.

Cela serait tellement plus simple de tirer un trait sur tout ça, et tout recommencer à zéro. Mais l’être humain est un chef-d’œuvre de complexité et a une sainte horreur de la simplicité. Je n’échappe pas à la règle. Boire ? Oui, j’imagine que c’est sans doute ce que les gens font, lorsque la situation pèse sur le plan psychologique et émotionnel. Nous sommes deux forteresses. On garde et intériorise tout. Si quelqu’un a le malheur de s’approcher trop prêt de nos défenses, on sort les pics et les hallebardes. Nerver complain, nerver explain. Aller contre notre nature a rendu les dernières minutes très éprouvantes. Aussi bien pour elle que pour moi. Une petite œillade vers la grande pendule numérique siégeant au dessus du bassin, m’apprend qu’il est un peu plus de dix-neuf heures. Les gens quittent tour à tour la piscine, comme s’il s’y jouait un remake des « Dents de la mer ». Maîtres nageurs et surveillants s’affairent à ranger les accessoires nautiques en plastique, ou je ne sais quelle matière. Tapant sur mes cuisses pour me donner du courage, je me relève en déclarant : « Ca, cela peut s’arranger. Tu connais l’Interplay ? Les avis sur internet le dépeignent comme étant le meilleur bar de tout le sud de Paris. ». Du moins, c’est ce que j’ai crû comprendre. Certains étant écrits dans un langage résolument jeun’s, je ne suis pas sûr d’avoir tout saisi. Je plie ma serviette en deux sur la largeur, l’enroule autour de mon cou laissant ainsi les deux pans reposer sur ma poitrine, puis demande à Julie sans sourire ni intonation montante, comme il est d’usage de le faire en français lorsqu’on pose une question : « Je t’invite ? ». Eh bien, que de surprises ! D’abord je parle et me confie comme jamais, puis maintenant, voilà que je recherche la compagnie de quelqu’un. On serait presque en droit de se demander où est passé le Maksim silencieux et solitaire.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 19/1/2018, 15:40


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
Tu n'as pas à te faire du mal. Tu n’es pas coupable. Arrête de croire que c’est de ta faute. Toutes ses phrases sont importantes mais elles ne t’atteignent malheureusement pas. Tu ne veux pas être méchante, tu ne veux pas t’énerver parce que tu sais que Maksim il dit ce qu’il pense être la vérité. Sa vérité. Tu te refermes automatiquement, tombant dans un mutisme que tu connais si bien. Tu restes jamais longtemps silencieuse mais là tu ne peux plus en dire d’avantage sans avoir peur d’exploser et tu ne sais pas si ça sera en larmes ou si se sont tes nerfs qui lâcheront les premiers. La culpabilité se lit dans ton regard, sur ton visage et même sur ton âme. Tu vivras avec jusqu’à la fin de ta vie malgré les bonnes intentions de Maksim. Tu ne changeras certainement pas qui tu es en une conversation, tu ne changeras certainement pas ce que tu ressens en entendant quelques mots réconfortants dans cette piscine. Certes ça fait du bien de voir quelqu’un prendre en quelque sorte la défense de l’adolescente que tu as été et que tu n’as pas pu protéger toi-même mais ça s’arrête là. Maksim ne connaît malheureusement pas toute l’histoire de ta vie. Il ne sait pas que tu as toujours été difficile à vivre. Tu avais déjà une grande gueule autrefois. Tu aimais déjà te battre avec les petites racailles de ton quartier. Tu ne te laissais pas faire et tu ne te laissais pas dompter même par ta famille. Il ne sait pas que ton propre frère âgé de quinze ans t’a un jour hurlé qu’il aurait préféré que ce soit toi dans ces flammes. Difficile de pardonner à un membre de sa propre famille visiblement mais tu sais qu’il le pensait autrefois et qu’il l’a pensé jusqu’à la fin. Il ne sait pas qu’Alexandre a laissé sa famille d’accueil te rejeter de sa propre vie, que le gamin qu’il était avait peur que tu viennes encore détruire sa vie. Comme si toute cette histoire était de ta faute. Comme si tu étais une criminelle de plus. Tu n’as peut-être pas jeté l’allumette, tu n’as peut-être pas laissé le feu vous voler votre famille mais Alexandre t’a tellement détesté, tellement haïs, tu avais trop merdé pour lui, tu n’étais plus capable de t’en sortir, tu n’étais qu’une immondice de plus dans Marseille puis t’as contaminé Paris sans aucun remords. Tu ne peux ravaler toute cette haine que tu as vu dans son regard, ça gangrène ton cœur depuis bien trop longtemps. Le seul homme qui aurait pu un jour retirer ta douleur n’a jamais voulu absoudre tes péchés et douze ans plus tard il t’en voulait encore. Voir ton visage lui donnait la nausée c’est pour ça que tu as coulée et tu le sais parfaitement. Aujourd’hui encore tu dois vivre avec la mort de ton frère sur la conscience et tu n’es toujours pas sûre que tu seras un jour capable de te pardonner ce simple coup de téléphone. Tu n’es pas sûre de pouvoir vivre avec cette douleur de plus sur ton cœur, une cicatrice de plus qui ne se refermera jamais. Avec ta naissance tu as détruit tellement de vie, sans le savoir, parfois par pur plaisir, par simple envie aussi, juste pour rire, juste pour te changer les idées, justes pour te détendre, alors oui tu peux supporter cette culpabilité qui fait désormais partie de toi. Tu dois vivre avec et ne pas t’en plaindre.

Puis il te parle d’amnésie et tu l’envies. Ne plus se souvenir ne doit pas être drôle, c’est une perte de contrôle que tu n’es pas sûre de pouvoir assumer mais tu te demandes ce que ça ferait de ne pas être hanté pour la première fois de ta vie. Qu’est ce qui est le mieux ? Ne pas te souvenir comme lui ? Ou vivre avec son passé comme toi ? Alors tu poses simplement la question. « Sincèrement, je n’en ai aucune idée. Je pense que … que l’on a besoin de savoir qui on est et d’où l’on vient pour pouvoir avancer, mais paradi… étrangement l’ignorance peut avoir du bon. On suit deux trajectoires opposées. Tu tentes d’oublier et d’échapper à ton passé, quand moi j’essaye de me le réapproprier. C’est un peu comme si tu dévalais à la hâte un escalier pour fuir ce qui se trouve au niveau supérieur, tandis que j’essaye de le gla… de le gravir, pour découvrir ce qu’il y a. » Tu es surprise qu’il est si bien compris comment tu fonctionnais. Effectivement, tu fuis, tu cours depuis si longtemps que tu commences à t’essouffler. Les ombres te rattrapent tellement vite que tu ne peux pas t’arrêter pour reprendre ton souffle. Tu hoches la tête toujours entouré par ton silence. Tu réfléchis à ce qu’il te dit. À ses paroles censées. Tu n’as jamais imaginé que le passé pouvait t’aider à avancer, ton passé te bloque les pieds, cimentés au sol tu regardes la vie continuer et tu t’enterres dans la tienne. Tu plonges. Tu coules. Tu te noies et tu le fais avec un sourire moqueur. Tu attends le soulagement, tu attends le soupir de bonheur, tu attends qu’elle vienne t’emporter cette faucheuse que le reste du monde craint. Tu attends qu’elle vienne te libérer de ta prison. « J’imagine que se rappeler au fur et à mesure doit être pire. » Tu fermes les yeux en imaginant ce que ça doit être de recevoir violemment des flash d’un passé dont tu ne sais rien. Tu imagines ton souffle se couper en te posant des questions. Qui suis-je ? Quelle personne j’étais autrefois ? Où est ma famille ? Où sont mes amis ? Est-ce que j’étais une bonne ou une mauvaise personne ? Tu jettes un œil nouveau sur Maksim en levant les paupières. Il doit vivre avec un poids sur ses épaules et tu comprends maintenant pourquoi tu as voulu en savoir plus sur lui, c’est cette douleur, ce sont vos différences qui t’a attiré jusqu’à lui. Mais ce sont vos similarités qui t’ont obligé à insister. Toute cette conversation à remuer trop de choses en toi, tellement que tu as soudainement envie de boire de te plonger dans la torpeur durant quelques heures. Si tu ne peux pas oublier tu veux ne plus y penser durant une heure ou deux. Prendre une grande inspiration et la retenir le plus longtemps possible. Quand ça sera fait, quand demain tu ouvriras les yeux tu dessineras une croix sur ton calendrier en te disant que tu as survécu une journée de plus. Tu as envie de sourire quand il te parle d’un bar, tu connais tous les bars de Paris, en neuf ans tu as eu le temps de tous les essayer mais l’Interplay n’est pas ton endroit préféré, tu préfères les bars louches, ceux dans lesquels tu passes inaperçu, là où les pourritures, les ratés, les filles faciles et les hommes brisés se laissent aspirer par la détresse des autres.

« Je t’invite ? » Tu fronces soudainement les sourcils et tu t’approches du visage de Maksim afin de le détailler de plus près sans entrer dans son espace vital. Tu ne dis rien dis. Tu ne réponds rien durant une seconde ou deux. Ton comportement est étrange Ju’ mais ce n’est pas surprenant venant de ta part quand on sait combien tu peux être bizarre parfois. Tes réactions ne sont dictées par ton cerveau, tes membres ont leurs propres volontés tous comme tes mots qui sortent souvent en rafale sans que tu aies eu le temps d’y réfléchir. Mais là c’est bien différent et la légère lueur de malice qui brille au fond de ton regard le prouve. « Tu m’invites à boire un verre ? Qu’as-tu fait de Maksim ? » Un léger sourire moqueur s’incruste au coin de tes lèvres, petit sourire certes mais c’est sûrement le premier que tu laisses filtrer depuis que tu as appris le décès de ton frère. Cette question n’est pas vraiment étonnante c’est bien la première fois qu’il te parle aussi longtemps, la première fois que vous voyez en dehors de ton boulot aussi. « J’accepte à une condition… Devant ce verre je veux savoir ce que j’ai bien pu faire dans cette boite où tu travaillais pour ne plus jamais t’y revoir. » Tu es curieuse de connaître certaines de tes actions avec lui. Principalement ce soir-là puisque juste après cette nuit il n’y a plus travaillé. Tu te souviens de cette soirée-là, tu te souviens que tu t’étais tellement perdue dans la pénombre qu’à partir du moment où ton nez a touché à la poudre magique tes souvenirs se sont totalement effacés. La perte de contrôle tu as connu ça durant presque toute ta vie mais tu te souvenais au moins de tes actions le lendemain matin, pas cette fois-ci. Et même si tu joues sur la curiosité qui te caractérise en temps normal là c’est surtout la frustration de ne pas savoir ce que tu as fait de ton corps qui te perturbes depuis tout ce temps. Tu t’es levé le matin totalement flippé par le trou noir qui régnait dans ton esprit, se laisser aller d’accord mais ne pas se souvenir des conneries que tu as bien pu faire sous le coup d’une quelconque défonce ? Ce n’était pas envisageable. Et pourtant c’était arrivé. « On se retrouve dehors ? » Tu lui fais un signe en direction des vestiaires et tu vas prendre une douche afin d’y retirer le chlore de ta peau. Ça te permet de réfléchir aussi, de réfléchir à ce que tu as raconté à Maksim au bord de la piscine, de ce qu’il t’a dit à son tour, tu ne sais pas si tu crois à tout ce qu’il t’a dit mais tu imagines que certaines choses étaient sincères tout de même. Imaginer qu’il était bien meilleur menteur que toi n’étais pas envisageable. Il était certes plus âgé que toi mais tu es devenue la reine des mensonges dès l’instant où ta vie a basculé, tu reconnais un mythomane quand tu en vois un puisque tu en es une toi-même. Sous la douche tu écoutes les femmes parler de leurs vies et de leurs soucis. L’une parle de l’infidélité de son mari, l’autre des rides qui entachent désormais son visage de jeune femme. Elles parlent de leurs cheveux blancs et des techniques pour paraître encore jeunes. Toi tu te regardes dans le miroir, le temps de remettre une légère couche de maquillage et tu cherches à comprendre pourquoi ces femmes se font autant de soucis pour un si peu. Tu n’as jamais réfléchi à ce genre de conneries, tu t’habilles, tu te maquilles un peu et que tu plaises ou pas tu t’en fous. Le jour où ton charme ne fera plus effet tu hausseras simplement les épaules. Tu ne te rappelles pas d’avoir un jour eu ce genre de problèmes, ce genre d’interrogation. Garçon manqué à l’enfance. Abimée lors de ton adolescence tu es devenue une femme bien différente de tes pairs. Tu te poses une question en attendant Maksim dehors, est ce que tu regrettes de ne pas avoir même les peurs que les autres ? Non. Tu peux changer encore et encore tu sais que certaines choses ne changeront jamais, le regard des autres n’a jamais été un problème, ça continuera ainsi jusqu’à la fin de ta vie. Ta cigarette se consume au bout de tes doigts et tu admires les volutes de fumée s’envoler jusqu’au ciel. Un léger soulagement se dessine sur ton visage quand Maksim sort enfin de la piscine. Le voir te sort de tes pensées négatives. « Tu n’as pas changé d’avis j’espère ? Je crois que je vais avoir besoin d’un chaperon ce soir. » T’as aucune envie de te couler ce soir mais tes idées noires reviennent assombrir ton regard d’habitude si brillant. Parler de ton passé ne t’a pas fait de bien, au contraire, ça a juste ouvert les entailles qui venaient à peine de se refermer. Tu viens de mettre un coup de couteau sur tes cicatrices et pour une fois ce n’était pas pour te blesser toi-même. Comme quoi même quand tu ne veux pas tu t’abîmes toi-même.

⇜ code by bat'phanie ⇝



Je suis dévastée, laminée, à bout de souffle. Au terminus d'une chute sans fin qui a terminé bien des années plus tôt. Je ferme les yeux. Dans la tête de détachent les fragments d'une histoire dont je connaissais déjà la fin.
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 20/1/2018, 21:00

Go Against the Flow
A bien y regarder, le cerveau humain est vraiment une mécanique fascinante. Mystérieuse, certes capricieuse par moment, mais fascinante quoi qu’en dise. La liste des choses qu’il nous permet de faire est juste considérable. La nuit ne suffirait certainement pas, pour toutes les énumérer de manière exhaustive. Seulement, lorsqu’un grain de sable vient gripper la machine, lorsque l’organisme est confronté à un stress trop important : là, c’est le blackout complet. Le contrôle, que l’on croit sans doute à tort avoir, nous échappe pour de bon. Feindre la mort et le trépas semble être l’ultime parapet que peut ériger notre système cognitif, pour parer à une menace extérieure, qu’il perçoit comme étant fatale. Un processus d’autodéfense et de repli, qui prend des formes diverses et variées allant de l’amnésie temporaire au coma, en passant par les syndromes post-traumatiques. Sans oublier l’hyperactivité de l’inconscient, qui bien souvent se traduit par des cauchemars qui nous tirent de notre sommeil et nous arrachent des cris au beau milieu de la nuit. Et au milieu de tout cela, qu’en est-il pour moi me direz-vous. Eh bien, c’est encore tout autre chose. On m’a délibérément retiré la faculté d’espérer, de rêver, d’aimer ou d’abhorrer. A grands coups de bistouri et autres instruments chirurgicaux, des praticiens se prenant pour Dieu le Père dans leur bloc opératoire, ont jugé nécessaire d’extraire « l’écrin » recelant les émotions, les besoins, les envies et les désirs propres au genre humain.

Soit disant pour palier des problèmes de photophobie et de phonophobie. Je dis bien « soit disant », car puis-je me fier à ce l’on me raconte ? Ou plutôt, ce que l’on veut bien me raconter. Suis-je donc condamné à être un homme en marge de ses semblables ? Un être du troisième type. Medium hominum, medium machina. Y a-t-il au contraire une chance, même infime, pour que tout redevienne comme avant ? Pour que cette quintessence renaisse dans des lobs du cerveau étant initialement destinés à d’autres fonctionnalités ? Ca, seule l’avenir sera en mesure de me le dire. Savoir, ne pas savoir : telle est l’inextricable question. Viendra un jour où je comprendrais le point de vue de Julie, et où je regretterais le temps révolu de l’ignorance. Entant que soldat, j’imagine que j’ai sûrement dû ôter la vie à un nombre faramineux d’hommes et de femmes. Des hommes et des femmes probablement admirables, qui ont accepté de leur plein gré de servir de chair à canon sur l’autel de la diplomatie internationale. Je sais ce que j’encours et je ne minimise absolument pas, les tourments auxquels je serais en proie. Ma vie sera à n’en pas douter bien pire et insupportable qu’elle ne l’est actuellement. Tant pis si je sombre, me détruis ou m’étiole par la suite, dans le but de revivre cette ignorance que je cherche pour l’heure coûte que coûte à éradiquer. Je veux savoir. J’ai besoin de savoir. Quitter une galère pour s’embarquer sur un rafiot aux allures de vaisseau fantôme ?

Un risque que je suis prêt à prendre en toute connaissance de cause, et en mon âme et conscience. Retrouver la mémoire au compte goutte est-il vraiment ce qu’il y a de pire ? Hum. D’un point de vue purement rationnel, il y a probablement mieux c’est évidant, mais il doit également y avoir bien pire. N’ayant rien vécu ou connu de différent pour estimer et apprécier la situation qu’est la mienne, je me contente de hausser une nouvelle fois les épaules suite à la remarque de Julie. Une façon détournée d’éviter de la gratifier d’un énième « je ne sais pas », dont elle doit sûrement être lasse depuis le temps qu’elle me connaît. Ce qu’elle ne connaît pas en revanche, et que je découvre en même temps qu’elle, c’est ce Maksim sociable qui se prend à inviter les gens à boire un verre. Totalement à contre emploi de l’homme rugueux, plein d’aspérités et limite ours mal-léché que je suis en temps normal. La blonde aux yeux lapis s’en étonne d’ailleurs à voix haute. Que vaut l’honneur d’un tel retournement ? Les prémisses de la guérison ? Un concours de circonstances ? Du style le bon endroit, le bon moment et … et surtout en compagnie de la bonne personne. Oui. En tout cas, j’aime à le croire. Tête légèrement inclinée, je me frotte l’arête du nez. Si j’étais capable d’éprouver de la gêne ou de l’embarras, mes joues seraient sûrement empourprées à cet instant très précis. Finalement, et un peu contre toute attente, Julie accepte mon invitation tout en posant néanmoins une condition.

Que je lui fasse part des raisons justifiant mon départ de la boîte de nuit où j’ai brièvement travaillé, et où visiblement elle aime passer un peu de bon temps. Cela sera tout ? Dans ce cas affaire conclue. D’une voix et sur un ton moins ferme qu’à l’accoutumé, je rétorque à la jeune femme dont la plastique n’a rien à envier à celle que l’on trouve sur les couvertures des magazines, et en profite également pour répondre à sa question de tout à l’heure empreinte d’une certaine forme de malice : « Il … il se risque à s’aventurer hors de sa zone de confort, j’imagine. D’accord, si tu y tiens. En tout cas, sache que cela n’a rien à voir avec toi et que tu n’y es pour rien. ». Mensonge. Mensonge éhonté. Toutefois, d’ici à ce que nous sirotions un verre, j’ai le temps de réfléchir et d’échafauder un bobard qui tienne la route. Ce fameux jour, alors que l’aurore commençait à poindre le bout de son nez, Julie était dans un état … second. Elle ne pouvait pas faire trois mètres sans tituber et vaciller. J’ai donc appelé un taxi pour qu’elle puisse rentrer chez elle sans heur. Seulement, lorsque j’ai vu la tête patibulaire et l’air de prédateur du chauffeur, je n’étais pas vraiment rassuré. Je l’ai donc raccompagné jusque chez elle. Durant tout le trajet elle s’est cramponnée à moi et a décortiqué de ses doigts chaque centimètre carrée de mes bras et de torse, en me susurrant mille et une obscénités à l’oreille entre deux éclats de rire niais.

C’est à peine si elle arrivait à mettre la clef de son appartement dans la serrure. Je n’aurais probablement pas dû faire ce qui a suivi, mais je ne pouvais décemment pas la laisser cuver et entreprendre sa descente sur le pas de la porte. Ci tôt que je l’eus aidé à s’allonger sur son lit, elle s’est endormie comme une masse. Je savais que je devais retourner au club pour assurer la fermeture mais … je n’avais pas la conscience tranquille de la savoir seule et dans un état pareil. Initialement, je comptais rester quelques instants pour m’assurer que tout allait bien, puis repartir incognito vers la boîte avant que mon supérieur ne s’aperçoive de mon absence. Après tout il n’y allait pas y avoir mort d’homme, si je restais cinq petites minutes étendu sur le canapé, à regarder les premiers rayons du soleil danser sur le plafond du salon. Je pensais être en mesure de pouvoir lutter contre le sommeil, mais c’était peine perdue. Il faut dire que la nuit n’avait pas été de tout repos, et qu’il y a eu pas mal de grabuge ce soir. Traduction : nous autres « les gorilles », avons été mis à contribution à plus d’un titre. Ce sont les hurlements de Julie pourfendant le silence, qui m’ont réveillé en sursaut. Elle luttait, se débattait, donnait des coups dans le vide. Je me revois encore l’agripper par les poignets afin de l’aider à se relever, puis la tenir par les épaules en lui disant des trucs comme : « Julie, calme toi. » ; « Ce n’est qu’un cauchemar. » ou encore « Tout cela n’est pas réel. ».

Petit à petit, elle est finalement parvenue à retrouver ses esprits. Le visage enfoui dans mon cou et ses ongles incrustés dans ma peau, elle disait inlassablement entre deux sanglots : « Ils … ils sont morts. Ils sont tous morts. ». Au départ, j’ai mis ça sur le compte des derniers relents d’un mauvais tripe, mais … . Maintenant, je serais tenté de penser que son subconscient avait décidé de la mettre une nouvelle fois au supplice, en lui faisant revivre le drame qui entache sa vie. Je ne savais vraiment pas quoi faire. Dans un geste lent et horriblement hésitant, j’ai enroulé mes bras autour d’elle. Caressant doucement son dos et sa nuque, je lui ai murmuré des paroles toutes faites, dénuées de sens mais qui avaient, je l’espère, au moins le mérite d’être rassurantes. Des paroles du style : « C’est fini maintenant. » ; « Ca va aller. » ; « Tu n’as plus rien à craindre. ». Dès que j’ai voulu partir, elle s’est accrochée à mon bras avec la force du désespoir et s’est mise à paniquer. Je suis donc resté allongé à ses côtés. Ses pleurs ont finalement cessés, et c’est la tête reposant sur ma poitrine qu’elle s’en est allée rejoindre les bras de Morphée, au rythme des battements de mon cœur. Lorsque je me suis réveillé, l’après-midi commençait à décliner. Elle était toujours là. Endormie. Nichée contre le creux de mon épaule et les bras ligotant ma taille. Je ne l’ai jamais vu aussi paisible et sereine qu’à ce moment là. Elle avait presque l’air de sourire.

Bon an mal an, je me suis libéré de son étreinte sans la tirer de son sommeil, ai remonté la couverture sur elle puis suis parti discrètement. Visiblement, Julie ne semble avoir aucun souvenir de tout cela. Ce qui n’est sans doute pas plus mal. Toujours est-il que cet « abandon de poste » fut le prétexte parfait pour mon boss afin de me licencier, lui qui n’était déjà pas très chaud pour engager un immigré. Dans le fond, cela m’arrangeait bien. Plus d’une fois j’ai songé à démissionner, sans jamais le faire. Par manque de courage et de hardiesse ? Peut-être. J’opine de la tête lorsque la grande blonde s’enquiert de savoir si nous nous retrouvons dehors, puis pars en direction des douches. Là-bas, un groupe de jeunes parle en des termes crus et grivois de naïades ayant barboté dans l’eau, et qui de toute évidence semblaient à leur goût. Certains mots plus que vulgaires me font tiquer et grimacer. Désormais propre comme un sous neuf, je me change à la hâte dans une petite cabine. Que … . Pourquoi tout est flou et se distend ? Oh non, pas encre. Ce bourdonnement oppressant dans mes oreilles. Argh, ma tête … ! Où suis-je ? On dirait une espèce de baraquement, ou un hangar à l’abandon. Je suis là, pieds et poings liés. Tout comme des dizaines d’autres jeunes hommes, alignés en rang d’oignon et dans le plus simple appareil. Des dignitaires de l’État Major de l’armée nous font face.

Un sergent. Deux Majors. Un Maréchal. Leur accent … ils sont originaires du sud. Probablement de l’Oblast de Kherson. Ou même de Crimée, cela serait possible. Je n’arrive pas à lire leur nom sur leur uniforme. Certains prisonniers semblent être dans une étrange léthargie. D’autres, comme moi, tentent de se débattre. Ce petit mouvement de révolte prend fin lorsqu’un de mes compagnons d’infortune, se ramasse un coup de crosse de AK 47. Deux toubibs nous examinent sous toutes les coutures et consignent sur un dossier, des données physiques, anthropologiques et biométriques. Taille, évaluation de la masse musculaire, couleur des yeux et même état des dents. Rien n’est laissé au hasard. Les hommes en blouse blanche ne disent que deux mots. « Da » ou « Ne ». Lorsque c’est oui, un officier moins bien gradé vient tatouer à l’aide d’une aiguille cramée et avec autant de minutie qu’un boucher découpant un morceau de viande, quelque chose sur l’épaule de l’homme ayant terminé sa « visite médicale ». Lorsque c’est non, la personne est emmenée un peu plus loin dans le vaste bâtiment, à l’abri des regards. Deux bruits métalliques. Où … Où sont-ils ? Qu’est-il advenu d’eux ? Pourquoi ne reviennent-ils pas ? Mon examen est interrompu par des coups de feu venant de l’extérieur. Armes automatiques. Confection occidentale. Allemande, ou britannique. Un vent de panique gagne nos geôliers qui donnent l’ordre de lever le camp.

Qu’est-ce que … . НЕ ! зупинити, візьми що далеко ! J-je … j’étouffe. Arrêtez, enlevez-moi ça ! Tout cesse subitement. L’instant présent revient. Allongé sur le flanc, à moitié nu dans cette cabine, les mains serrant fermement mon cou. Lâcher prise. Assis par terre et adossé contre la porte en bois à la peinture écaillée. Respirant bruyamment et rapidement, en fixant le plafond effrité. Ca y est. C’est fini. Que m’ont-ils fait ? Pourquoi m’avoir rendu instable et dangereux ? Aussi bien pour les autres que pour moi-même. Ces questions me harcèlent tandis que je boucle la ceinture maintenant mon jean, et noue les lacets de mes chaussures. Julie est déjà dehors et m’attend. Pas depuis trop longtemps, j’espère. Les cendres ardentes de sa cigarettes fustigent l’obscurité. Des volutes de fumée s’échappent du mégot au bout de ses doigts, et s’envolent vers les cieux. Tout en m’avançant vers elle, je prends soin de zipper mon blouson en cuir usé et élimé afin de dissimuler les éventuelles marques d‘auto-strangulation, laissées par mes mains au niveau de la gorge. Elle me demande si à tout hasard, je n’aurais pas changé d’avis entre temps, et ajoute qu’il serait de bon ton que quelqu’un garde un œil sur elle ce soir. Au cas ou, comme on dit. Hochant la tête de droite en gauche, je lui réponds après m’être raclé la gorge et le visage certainement blême : « Non, non, je n’ai pas changé d’avis. Ah ? Raison de plus alors. ». J’étais à deux doigts de commettre une bévue en répondant : « Cela ne sera pas la première fois. ». Char… chaperonner. Est-ce le mot qui convient le mieux, pour décrire ce qu’il s’est passé ce jour là ? Probablement pas. A défaut, j’imagine qu’il s’en approche, bien que je ne suis pas certain d’être à cent pourcents sûr du sens. Mes lèvres se plissent et mes yeux se baissent, avant que je ne tourne la tête et désigne la rue descendante sur notre droite. « C’est par là, puis tout de suite залишилося. Enfin, je veux dire à gauche. ». Je le connais pourtant ce mot. Est-ce que ce qu’il s’est produit tout à l’heure me toucherait émotionnellement ? Tssss, mais bien sûr que non. Je parle français comme une vache espagnole de toute manière. Cela doit être dû à la fatigue alors. Nous nous mettons donc en route. A mi-chemin, je n’ai pas pipé mot. Rien de bien étonnant. Après tout, j’ai largement dépassé mon quota, ainsi que celui pour les jours à venir.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 21/1/2018, 16:11


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
Le vent a tourné tu le sens à l’instant même où Maksim sort de la piscine. Quelque chose s’est passé dans les vestiaires, il semble s’être soudainement refermé comme une huître. Le silence entre vous n’est pas pesant mais tu as l’impression qu’un nuage noir vient de se former au-dessus de vos têtes et qu’il s’infiltre dans vos têtes pour diverses raisons. Tu sais pourquoi ta tête semble enfoncée dans un lac gelé dans lequel tu aurais du mal à sortir. Mais pour lui ? Tu ne te doutes pas une seconde de ce qu’il a bien pu voir, entendre ou comprendre après votre échange. C’est pour cela que tu lui demandes si il est toujours d’accord pour te payer un verre. Tu y serais allé sans lui de toute manière mais comme tu le laisses sous-entendre tu auras besoin d’un chaperon. T’as aucune envie de plonger dans le whisky et si tu es gangrené par l’ambiance que tu connais bien dans tes bars habituels tu plongeras, tu te noieras sans même y faire attention. Tu sais que pour chasser les ténèbres tu laisses tes idées noires s’apaiser avec tes habitudes, mais pour une fois tu ne veux pas de ça, tu tiens bon depuis un moment maintenant et pour la première fois de ta vie tu veux t’en sortir sans tes dérivatifs habituels. Sur le trajet tu n’arrêtes pas de te dire que faire rentrer une alcoolique dans un bar n’est pas une bonne idée, que ce n’est certainement pas l’endroit approprié pour toi c’est pour cela que tu retiens Maksim par le bras avant de rentrer. « Ne me laisse rien prendre de plus fort qu’une bière d’accord ? » Pas d’alcool fort. T’as pas de joint sur toi pour calmer la tempête qui souffle au creux de ta tête alors tu sais que tu finiras minable sur une table. Tu fais assez confiance à l’homme en face de toi pour arrêter la bête qui hurle et qui gratte dans le creux de ton estomac. Qui vibre derrière ton oreille comme un deuxième cœur et que tu écoutes bien trop souvent. Tu ne te fais pas confiance et tu as bien raison, tu n’as aucune raison de te croire assez forte pour ne pas céder à la tentation. Après tous ton credo c’est bien la meilleure façon de résister à la tentation, c'est d'y céder. Cela veut tous dire.

Assise à une table tu laisses ton regard glisser sur les autres personnes installées devant un verre. Des gens qui boivent pour oublier l’enfer de leur vie. Des gens qui boivent pour oublier leur solitude. Quelques amis qui se détendent après une journée de travail. Tu as toujours été observatrice, derrière tes folies tu fais toujours attention aux détails, à la lueur au fond de leurs regards, à la manière dont ils tiennent l’alcool aussi. Tu analyses toujours ceux qui partages ta vie et tu sélectionnes ceux qui sont en accord avec ton humeur du jour. Une envie de violence ? Tu prendras un homme avec une lueur dangereuse au fond du regard. Une envie de douceur ? Plutôt une femme qui aspire à un instant, éphémère, de tendresse. Si tu as envie de jouer tu trouveras la personne idéale, celle qui ne te dira jamais non, celle qui se jettera sur l’idée comme un lion affamé. Tu laisses croire aux autres que tu es une femme facile, que tu es une blonde sans cervelle, que tu peux être fragile et douce mais au fond tu es juste un caméléon de plus. Un fantasme qui n’existe que durant une seule nuit. Tu t’adaptes à ta proie et tu joues le jeu. Tu es une manipulatrice au fond et tu l’as toujours été. Tu sais à la personne à qui tu dois parler, avec qui tu peux laisser un vrai sourire éclaircir ton visage, avec qui tu dois retenir ton caractère de merde, avec qui tu brides la violence contenue au fond de ton âme. Le jeu se termine quand tu le décides, il se termine quand la véritable Julie revient à la surface, quand ton agacement transparaît au fond de ton regard, quand l’envie de courir revient alors tu jettes ton partenaire sans ménagement, tu refuses que quelqu’un se penche sur ton cas. Et pourtant aujourd’hui tu as ouvert les vannes avec Maksim. Tu ne sais pas bien pourquoi tu as eu envie de parler. Tu ne sais pas pourquoi tu as eu envie de lui faire confiance. Peut être parce qu’il ne te connaît pas. Qu’il n’a jamais réellement vu la femme que tu caches derrière tes sourires et ta grande gueule. Tu n’as jamais eu envie d’être mauvaise avec lui, tu n’as jamais eu envie de lui pourrir la vie, tu voulais juste assouvir ta soif de curiosité. Jusqu’à lui tu ne savais pas que tu pouvais rester calme plus d’une demi-heure avec quelqu’un. C’est son silence qui t’a obligé à te livrer un peu. Et aujourd’hui ? Ce sont ses mots qui t’on sortit de ton propre mutisme. Tu commandes une bière et tu tournes enfin le visage vers Maksim. « Alors dis moi tous à quel point me suis-je humiliée cette soirée-là ? » Tu dis ça sur un ton totalement détendu mais au fond tu doutes un peu de ce que tu as bien pu dire ou faire cette nuit-là. Tu sais que tu peux être particulièrement conne quand tu bois trop et quand tu te laisses aller à autre chose qu’aux joints qui semblent greffés à tes doigts en temps normal. Tu ne te souviens même pas comment tu es rentré chez toi ce soir là. Tu n’as pas appelé ton meilleur ami sinon il t’aurait fait la leçon ce jour là. Tu n’es pas rentré avec quelqu’un puisque tu portais toujours tes vêtements en te levant. Tu dormais sur le canapé et tu ne te souviens même pas t’être réveillée de la nuit. Tu lèves un sourcil dans sa direction afin de lui faire comprendre que tu n’es pas dupe face à ce qu’il t’a dit plus tôt à la piscine. Ce n’était pas de ta faute son départ ou son renvoi ? Tu ne le crois pas. Tu es sortie de tes cauchemars et tes idées sont plus claires désormais. Si il ne te dit pas la vérité tu le sauras. Si tu ne t’es pas humiliée ce soir-là, il te le dira aussi. À quel point est ce mauvais ? T’as fait tellement de conneries depuis ton adolescence que tu pourrais écrire plusieurs tomes sur tes frasques. Tu t’es humilié plus d’une fois mais ça t’es égale donc rien de ce qu’il te dira te choqueras. « Est-ce que… J’ai essayé de te séduire ? » ça ne serait pas étonnant si ça avait été le cas. Quand tu es dans ton état second tu pourrais essayer de séduire n’importe qui et tu te crois toi-même irrésistible. On t’a déjà dit non mais ça ne t’arrête pas tu es du genre têtue même quand tu traques une nouvelle proie. « Je serais surprise du contraire. Je suis déjà étonnée de ne pas avoir tenté quoi que ce soit avant. » Tu hausses les épaules, Maksim était un bel homme tu es donc réellement surprise de n’avoir jamais rien insinué devant lui à chaque fois que vous vous êtes vu sur ton lieu de travail. Ça ne serait pas le premier que tu essaies de séduire au boulot. Ton patron à la station étant un gros porc tu t’es toujours sortie de tes abandons de poste et de tes vols grâce à une rémunération en nature que tu lui offres quand t’as envie de te faire du mal. De t’autodétruire jusqu’au point de non-retour. Au point que chaque fois que tu le vois, tu as envie de laver ton corps jusqu’à t’arracher la peau.

Tu poses ton menton dans ta main et tu fixes naturellement Maksim en mordillant ta lèvre inférieure, tu as envie de demander quelque chose Ju’ ? Ouai c’est pas tellement étonnant. Tu hésites cependant à l’ouvrir à cet instant. T’as pas envie de reprendre les choses sérieuses, tu veux une conversation légère et apprendre à le connaître avec toutes tes capacités intacts mais tu sais que la question va tourner autour de ta boite crânienne tant que tu poseras pas la question alors tu finis par l’ouvrir. « Est-ce qu’il s’est passé quelque chose dans les vestiaires ? »  Tu agites ta main pour le designer. « Tu t’es refermé d’un seul coup, comme si quelque chose te tracassait. » Tu l’as déjà vu ainsi, il est aussi infranchissable que lorsque vous vous êtes vus la première fois. T’as bien du mal à le comprendre, à lire en lui et tu ne sais pas pourquoi. L’âme humaine n’est pas vraiment un secret pour toi, tu sais lire au travers des cœurs des gens mais pas en lui et c’est ce qui te titilles autant. Pourquoi est il aussi illisible ? Est-ce à cause des pans de son passé dont il ne se souvient pas ? Peut être bien mais tu sens que c’est autre chose. Tes émotions sont exacerbées les siennes ne sont pas visibles comme si il arrivait à les effacés d’un seul coup. Ce n’est pas une carapace chez lui c’est un mur qui semble totalement infranchissable et t’as bien l’intention de le faire sauter.

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Je suis dévastée, laminée, à bout de souffle. Au terminus d'une chute sans fin qui a terminé bien des années plus tôt. Je ferme les yeux. Dans la tête de détachent les fragments d'une histoire dont je connaissais déjà la fin.
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 22/1/2018, 21:00

Go Against the Flow
Une remontée à la surface de l’eau, sans prendre le temps de respecter les paliers de décompression. C’est à peu de chose près l’état dans lequel j’ai la sensation de me trouver, lorsqu’un flash du passé me revient en pleine figure, avec autant de force et de vitesse qu’un boomerang qui aurait achevé une rotation complète autour de la Terre. Chaque battement de ma pression intracrânienne martèle mes tympans, à tel point que je m’attends toujours à ce que le sang ruisselle de mes oreilles. Cette insoutenable céphalée, qui me rend fou à m’en fracasser la tête contre le bitume. L’acuité visuelle qui part en déliquescence. Comme si tout ce qui s’offrait à moi, n’était que des mirages ondulant et menaçant de disparaître à tout instant. Cette impression d’avoir la tête dans un bocal, tant les sons paraissent lointains, asphyxiés et oniriques. La silhouette de Julie ondoie. A la voir, je jurerais que nous sommes sur le pont d’un bateau prit en pleine tempête et tanguant sous la fureur de la houle. La fréquence de sa voix semble osciller et faire le yo-yo. Tantôt haute, et l’instant d’après basse. Si cela ne tenait qu’à moi, j’aurais certainement pris mes jambes à mon cou en hurlant comme le dernier des damnés depuis un bon moment. Par souci de n’être une menace pour personne. Car oui, elles sont là. Elles commencent à sortir de leur torpeur. Ces pulsions meurtrières et destructrices, qui accompagnent chaque réminiscence que je peux avoir de ma vie d’avant.

L’irrésistible et incontrôlable envie de démolir les choses qui m’entourent. Et pour ne plus me voir, éclater les miroirs. Parfois, j’écoute ce qu’elles ont à me dire. C’est inexorablement la même chose. Les laisser s’exprimer. Seule solution pour éradiquer le martyre que j’endure, et le sale quart d’heure que je passe. Voilà ce qu’elles me font miroiter. L’envie d’y céder est toujours plus forte, tant la douleur paraît aller crescendo à chaque « crise ». Non. C’est sans doute a dernière chose qu’il faut que je fasse. Craquer reviendrait à leur donner raison. A eux. A tout ces Docteurs Frankenstein qui ont exulté quand leur créature a repris connaissance, mais qui ont vite déchanté lorsqu’elle a échappé à leur contrôle. Si je cède … si je laisse ce torrent de rage et de bestialité déferler, j’aurais définitivement perdu l’insignifiante parcelle d’âme et d’humanité qu’il me reste. J’ignore pendant combien de temps encore, je serais en mesure de contenir ce magma en fusion de brutalité qui bouillonne en moi. Pour l’heure, la force avec laquelle je le maintiens sous scellés, égale celle avec laquelle je feins l’absence de douleur. Et pourtant, Dieu sait que je suis plutôt résistant au mal de nature. Le bon sens me hurle de partir. Loin. Très loin. Le plus loin possible. Pourquoi ? Pour des milliers de raisons. Non, c’est faux. Voilà que je me mens à moi-même maintenant. De mieux en mieux. La seule raison qui compte et importe vraiment, c’est celle de ne pas être un danger pour Julie.

Seulement, à défaut d’être un homme de parole, j’ai au moins le mérite de ne pas être une girouette changeant d’avis aussi facilement que ne tournent les vents. Si je reviens sur ma proposition, avançant je ne sais quel prétexte en carton pour remettre tout cela à plus tard, ça va bien évidemment ne faire qu’accroître la curiosité ainsi que les éventuels soupçons que la jeune femme peut avoir à mon égard. Qui plus est, mon syndrome du super héro ou du Saint-Bernard, m’interdit de lui faire faux bond lorsqu’elle me fait comprendre qu’elle compte sur moi pour lui servir de garde-fou, au cas où les sirènes de la dépravation tenteraient de l’engloutir vers de sombres profondeurs. Sur le chemin de l’Interplay, le climat de confiance de de demi franchise que nous sommes parvenus à instaurer un peu plus tôt, semble plombé par le silence monacale qui s’ancre et s’arrime. Il y a un hiatus. Une césure. Quelque chose de précieux est entrain de se désagréger. Le trajet pour ma part se fait en quasi apnée. Poings serrés et enfouis dans les poches. Mâchoire crispée et sourcils froncés. Tentative infortunée pour dompter et canaliser ces maux qui déchiquettent mon crâne. Mis à part cela, rien à signaler. Hormis un petit chat malingre qui miaule dans le vide ses complaintes, et décide de parcourir quelques mètres à nos côtés en se blottissant contre mon mollet, avant de disparaître dans une haie au feuillage dépouillé.

Coïncidence ou ironie du sort, tout cesse lorsque Julie m’attrape par le bras. Enfin j’y arrive. Je respire et sens l’air frais de Janvier circuler dans mes poumons. Comme si on m’ôtait de la tête un sac en plastique. Tout s’arrête. Tout revient à la normale. La cacophonie urbaine se fait plus audible. Les formes et les couleurs se stabilisent et redeviennent réelles. La douleur … elle se tait, agonise. Progressivement. Toutefois, cela ne suffit pas pour lever la muselière qui me bâillonne depuis un bon moment déjà. C’est donc dans un nouveau hochement de tête, que j’apporte satisfaction à la requête de Julie. Les mots sont pourtant juste là. Piégés et pris dans un filet au fond de ma gorge. Il est encore relativement tôt, mais le petit bar à l’ambiance cosy et cocooning affiche presque complet. Apparemment, les avis sur internet disaient la vérité. Une fois attablé, il m’est bien difficile de ne pas remarquer la horde de regards qui converge en direction de Julie. On y trouve de tout. Concupiscence, lubricité, admiration, lascivité. Elle ne semble laisser personne indifférent. Aussi bien chez la gente masculine que féminine. Ces multiples œillades guère discrètes tendent à confirmer ce que je pensais : l’écorchée vive est une très belle et séduisante femme. Une serveuse débarquant de nul part tel un diablotin sortant de sa boîte, s’empresse de prendre notre commande. Pris de court, je finis par choisir une Red Bull en ânonnant.

Avec mon style de vie digne d’un moine, je suis probablement la dernière personne à venir trouver si l’on souhaite s’amuser. Pas d’alcool, de tabac ou autres substances euphorisantes. Mes poumons étaient en quelque sorte « mon outil de travail », dans ma vie d’avant. Il y a bien des chances que je ne sois plus jamais amené à les solliciter autant que jadis, mais j’aimerais quoi qu’il en soit les préserver autant que possible. La blonde aux yeux pers reprend les rênes de la discussion. Au vu de sa nature relativement curieuse, pas étonnant que cette question finisse par lui effleurer l’esprit. Je suis juste étonné qu’elle ne l’ait pas posé plus tôt. Elle souhaite avoir toutes les pièces du puzzle, et c’est bien normal. Qui mieux que moi pour comprendre cette envie et ce besoin ? Hors de question de lui proposer cette fois-ci une version enjolivée de la réalité. Certaines de ses mimiques faciales me déconseillent instamment de le faire. Je cherche donc une manière de lui présenter la chose, en fixant la liste des cocktails à la carte sous mon nez. Puis lorsque c’est chose faîte, j’ose enfin croiser son regard en déclarant avec beaucoup de neutralité et de distance : « Eh bien … tu as probablement fait de sacrés mélanges ce soir là. Le type sur lequel tu avais jeté ton dés… dévolu a préféré finir la nuit avec une autre. Tu es ensuite restée au bar quasiment jusqu’à la fermeture. »

« Trouver la sortie de l’établissement était plus difficile pour toi que t’excro.. t’extirper d’un dédale. Je t’ai donc raccompagné en taxi jusque chez toi, et me suis assuré que tout allait bien avant de repartir. »
. Pour une fois, c’est on ne peut plus vrai. D’accord, j’ai éludé et passé sous silence quelques détails de l’histoire, mais au moins elle connaît désormais les grandes lignes. J’ai le désagréable pressentiment que si Julie sait exactement ce qu’il s’est passé et qu’elle apprend que je l’ai vu dans un état d’extrême vulnérabilité …. d’horribles quiproquos, des malentendus et un certain malaise s’installeront entre nous. Je n’ai pas spécialement envie de cela. A tout choisir, je crois que je préfère encore resté à ses yeux une énigme enveloppée dans un épais brouillard. Au moins lorsqu’elle s’échine à en apprendre plus sur moi, elle n’est pas entrain de se faire du mal ou se détruire à petit feu. Certes, ce n’est pas très plaisant pour moi, mais … . Si quelqu’un doit nécessairement plonger et toucher le fond, alors mieux vaut moi qu’elle. Un léger coup de chaud s’empare de moi, lorsqu’elle cherche à savoir si elle a tenté d’entreprendre quelque chose avec moi. J’ignore pourquoi, mais cette fois-ci je me mords l’intérieur des joues en secouant négativement la tête. Peut-être qu’inconsciemment, je ne tiens pas à ce que les mots sortent ? Et pourtant … :  « Non. Enfin, pas exactement. Disons plutôt que c’était l’alcool et … de toutes autres choses qui parlaient ce soir là. Pas toi. ».

J’avoue n’avoir accordé aucun crédit aux dires de Julie ce soir là. Du moins, cette matinée là pour être tout à fait exact. Sa perception de la réalité et son jugement étaient bien évidemment altérés. On agit bien souvent à contrario de sa véritable nature, lorsqu’on est sous influence. Enfin, j’imagine. Qui plus est, si je lui plaisais réellement, elle aurait sans doute tenté une approche bien avant cela. Non ? De toute manière, défoncée ou non, je l’en aurais dissuadé. Elle mérite bien mieux, même si ce n’est que pour un soir. Et puis … je me demande si en plus de la mémoire, ma libido ne s’est pas également fait la malle suite à cette « lobotomie partielle du cerveau ». Autant dire que je ne suis pas du tout enclin à faire des avances, et encore moins à apprécier à leur juste valeur celles que l’on peut m’adresser. Qu’elles puissent venir d’hommes ou de femmes. En état d’ébriété ou non. Comme je le présentais au fond de moi, mon attitude de tout à l’heure, en rupture totale avec celle que j’ai pu arborer à la piscine, n’a pas échappé à l’œil aiguisé de Julie qui se demande désormais ce qui peut bien justifier un tel changement de comportement. Par chance, si je puis dire, la serveuse nous apporte nos boissons m’offrant ainsi quelques brefs instants pour cogiter et trouver une explication valable. Après quelques secondes passées à contempler mon reflet déformé dans le liquide noirâtre de mon verre, j’honore l’interrogation de la jeune femme en lui répondant laborieusement « J’ai … j’ai eu comme une curieuse impression de déjà vu. Cela m’a un peu … comment on dit ? In… interloqué et tracassé sur le coup. Et un peu après aussi. Mais maintenant, ça va. ». J’ai beau agrémenter cette prise de parole d’un semblant de sourire, histoire de dire « Tout va bien, je t’assure » ou « tu n’as pas à t’en faire », je sais pertinemment que c’est peine perdue. Comment peut-elle gober cela, alors que moi-même je n’y crois pas ? Mentir. Encore et toujours. Mentir pour tenir les autres à l’écart. Pour les protéger. Ne pas les impliquer, ne pas faire d’eux des dommages collatéraux. Mon modus vivindi. Il perdurera pour ce soir. Au minimum, je dois encore m’acquitter d’un nouveau mensonge. Celui de mon renvoi de cette boîte de nuit où je travaillais. Hors de question d’éluder ou d’esquiver le propos. J’ai promis. La condition sine qua non qui nous réunit. Pour un verre. Pour une soirée. Pour quelques heures.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 24/1/2018, 16:15


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
« Eh bien … tu as probablement fait de sacrés mélanges ce soir là. Le type sur lequel tu avais jeté ton dés… dévolu a préféré finir la nuit avec une autre. Tu es ensuite restée au bar quasiment jusqu’à la fermeture. » Tu le sens finalement, ce soupir qui sort tout seul de tes lèvres, tu peux presque le voir prendre forme entre vous. Tu n’es pas vexée que le type que tu avais séduit est allé voir une autre femme que toi, bien au contraire. Parce que dans ce genre de cas ton jugement est troublé et tu ne fais malheureusement pas attention aux personnes que tu ramènes chez toi. C’est ainsi que le lendemain tu te retrouves avec un bleu ou deux, une égratignure sur ta peau diaphane. Une écorchure qui n’était pas là. Tu ne peux même pas parler d’agression parce que tu devais sûrement être d’accord avec ce qu’il faisait, mais le lendemain tu le regrettes avant de l’effacer de ton esprit lorsque tu recouvres les traces avec du fond de teint. « Trouver la sortie de l’établissement était plus difficile pour toi que t’excro.. t’extirper d’un dédale. Je t’ai donc raccompagné en taxi jusque chez toi, et me suis assuré que tout allait bien avant de repartir. » Tu es légèrement surprise à ces mots. Il t’a ramené chez toi ? Tu n’as pas l’habitude de te faire raccompagner par quelqu’un sans idée derrière la tête. Tu n’es pas vraiment le genre de femme que l’on raccompagne devant sa porte et à qui on offre un baiser rempli de douceur et d’un désir contenu. Tu n’es pas non plus le genre de femme qu’on dépose en taxi, tu n’as jamais eu ce genre d’attention que ce soit d’une femme ou d’un homme alors tu ne sais pas trop quoi lui répondre. Tu voudrais le remercier mais ce simple mot est bien trop souvent utilisé à mauvais escient et c’est bien pour cela que tu n’aimes pas l’utiliser. Alors tu hoches la tête doucement avant de reprendre la parole. « Savoir que je suis rentré avec toi me rassure. Je n’imagine même pas ce que j’aurais pu faire dans cet état. » Sincèrement tu es prête à tout parfois. C’est pour ça que tu lui demandes si tu as tenté quoi que ce soit avec lui. Le contraire t’étonnerait vraiment. Tu relâches généralement la pression avec le sexe. S’il t’avait laissé seule ? T’aurais sûrement essayé de séduire le chauffeur de taxi. Un jour il va t’arriver quelques choses Ju’ tu vas finir découpé dans la Seine, t’aimes pas penser ça mais c’est malheureusement une des nombreuses options qui se dessinent dans la ligne de ton destin.  

« Non. Enfin, pas exactement. Disons plutôt que c’était l’alcool et … de toutes autres choses qui parlaient ce soir là. Pas toi. ». Tu penches légèrement la tête en l’entendant dire que ce n’était pas toi, que ce n’était que l’alcool qui parlait pour toi, que la drogue te poussait à te désinhiber, ce n’est malheureusement pas la vérité et tu le sais. Si tu pouvais rougir, si tu étais ce genre de femme, tu serais sûrement aussi rouge qu’une tomate mais chez toi la gêne ne se lit qu’au pincement de tes lèvres. Tu pourrais passer outre, tu pourrais seulement hocher la tête et lui dire qu’il a raison mais tu n’aimes pas mentir sur ton propre comportement. « Ce que tu dis ne m’étonne pas vraiment. J’aurais bien aimé que ce soit dû à l’alcool ou à la drogue mais t’as juste vu la vraie Julie ce soir-là. » La séductrice. L’aguicheuse. La fille désinhibée que tu peux être. La manipulatrice. Celle qui se fout de son physique, qui se fout du refus et qui adore jouer avec les autres. Tu as toujours été ainsi même plus jeune, même avant tes vices et tes habitudes illégales. Tu as toujours été une gamine bordeline et ce n’est pas le décès de ta famille qui t’a aidé dans cette voie. Une fois seule au monde tu as juste amplifié tes défauts avec ce qui te tombait entre les mains. « D'ailleurs quand tu es venue tu n’es pas tombé sur mon colocataire ? » Tu es surprise parce que normalement ton meilleur ami et indirectement ta conscience, ne sort pas quand tu es prête à t’autodétruire de cette manière, il t’attend patiemment pour te sortir des emmerdes que tu ramènes parfois chez vous. « Tu penses que je te fais passer des interrogatoires ? Il aurait été pire. Peut-être que tu aurais regretté d’avoir été chevaleresque après ça. » Un léger sourire tendre passe une seconde sur ton visage. Tu l’aimes cet emmerdeur, il est toujours là pour toi et surtout il accepte beaucoup trop de choses. Il se rend trop souvent malade lorsqu’il admire les fêlures de ton visage, il souffre lorsque tu le repousses loin de tes faiblesses. Tu ne veux pas lui faire de mal et pourtant tu n’arrêtes pas. Tu essaies simplement d’alléger son fardeau, tu n’as aucune envie qu’il plonge avec toi, il est trop fragile pour supporter ta vie sur ses épaules, tu le sais. Mais tu ne mens pas à Maksim si il avait été là ? Il aurait posé des questions à l’homme qui ramenait sa meilleure amie afin de connaître les circonstances de votre rencontre et pourquoi il venait ainsi chez vous. Tu aurais sûrement dû supporter ses remontrances le lendemain mais Maksim il aurait supporté bien plus que ça. Sa méfiance étant sa seule et unique arme contre les hommes qui jonchent ta vie Julie. Lui aussi aurait trouvé étrange qu’un homme te ramène chez toi en tout bien tout honneur. Il te connaît trop bien.

Juste après ça tu lui demandes ce qu’il a bien pu voir dans les vestiaires qu’il l’a fait se refermer aussi rapidement. Tu as l’habitude de le voir ainsi mais au bord de la piscine tu as eu l’impression de parler avec quelqu’un d’autre. Pour la première fois depuis votre rencontre il ne te laissait pas monologuer durant de longues minutes sans rien dire, sans même montrer quoi que ce soit. Tu n’es pas toujours sûre qu’il écoute ce que tu dis, tu penses que ta voix devient parfois un bruit de fond. Tu ne lui en veux pas tu parles tellement que tu te saoules parfois aussi. « J’ai … j’ai eu comme une curieuse impression de déjà vu. Cela m’a un peu … comment on dit ? In… interloqué et tracassé sur le coup. Et un peu après aussi. Mais maintenant, ça va. » C’est à ce genre de chose qu’il pensait en te disant que parfois sa mémoire revenait ? Tu n’es pas sûre de l’envier désormais. Pour qu’il se referme ainsi ce genre de déjà vu, de flashback ou quoi que ce soit, doit être violent quand même. Tu n’es pas sûre que tu supporterais la douleur fulgurante que ça entraîne. « C’était un bon ou un mauvais moment ? » Tu deviens indiscrète Julie et tu abuses un peu trop de cette soudaine promiscuité entre vous. Tu t’en rends compte alors tu fais demi-tour subtilement. « Tu n’as pas besoin de me raconter juste l’impression que ça t’a donné. » Parfois des souvenirs oubliés reviennent dans ta mémoire, que ce soit de bons moments ou de très mauvais ça te coupe toujours le souffle. Afin de pouvoir reprendre ta respiration tu te poses toujours la même question, est ce que c’était un bon ou un mauvais moment ? Si c’était un bon tu le retiens un peu au creux de ta tête, au creux de ton cœur, tu le laisses t’imprégner de douceur avant de le faire reculer. Si c’est un mauvais tu ne le laisses même pas frôler ton âme, tu l’effaces douloureusement de ta tête et tu tentes de ne plus y penser. « Tu sais ce que je fais lorsque les images me submergent ? Je me concentre sur les autres. J’aime essayer de comprendre ce qu’ils vivent eux aussi. » C’était peut-être malsain mais tu aimes lire sur le visage des autres, tu essaies toujours de comprendre, ça t’évites de plonger dans tes propres souvenirs. Tu inventes parfois des vies aux autres, des problèmes qu’ils n’ont pas, tu essaies de lire derrière leurs faux sourires. Tu n’as pas encore eu l’occasion de voir un vrai sourire, un sourire sans aucune mauvaise intention, sans aucune douleur, sans aucune blessure alors tu cherches cette personne à chaque fois que tu rentres dans un endroit bondé. Tu espères trouver un jour quelqu’un qui a effacé ses mauvais souvenirs afin de vivre l’instant présent sans être entravé par ses cicatrices. L’espoir. Voilà ce que tu cherches chez les autres. « Par exemple cette femme-là. » Tu tends ta bouteille de bière vers une jolie brune assise au bar. « Elle vient de divorcer, elle a le cœur brisé. Je dirais même que c’est sa première sortie en tant que célibataire. » Son pouce frôle plusieurs fois son annulaire gauche, il lui manque quelque chose, une bague c’est sûr, elle grimace parfois lorsque son pouce touche sa peau au lieu du bijou qu’elle a l’habitude de porter. « Elle oscille entre la colère, la nostalgie et le chagrin. » Tu vois un sourire rêveur se dessiner sur son visage, la nostalgie se présente souvent de cette manière, dans ses pensées elle doit rêver de son passé. Puis une moue remplie de colère la remplace aussi rapidement, ses yeux lancent des éclairs à l’homme qui tente de l’aborder depuis quelques secondes. Elle semble folle de rage contre la gent masculine. Une tromperie donc. Et le chagrin remplace enfin la colère parce qu’elle a le cœur brisé. Et le schéma recommence encore et encore. Étrange qu’elle soit coincée dans cette boucle, tu n’as jamais gardé les mêmes sentiments plus d’une dizaine de minutes. Tu oscilles toi aussi sauf que ça ne se voit pas, sauf que tu ne le montres pas. « Dis comme ça, ça a l’air malsain comme exercice mais ça m’aide à sortir mes idées noires de la tête. » Plus besoin de mentir à Maksim il sait contre quoi tu te débats désormais alors tu ne vois pas l’intérêt de lui dire que tu aimes simplement observer les vies humaines. « Tu veux essayer ? » Un jeu Julie ? Encore ? Tu n’en as jamais marre de jouer avec les autres ? Tant que tu ne t’approches pas de ces vies tu n’y vois rien de mal, mais d’habitude tu t’approches, tu dissèques et tu examines de plus près. Si Maksim n’avait pas été là ose me dire que tu n’aurais pas été trouvé la brune pour être sûre de tes suppositions ? Ouai tu l’aurais fait et sans te dire que faire remonter ses démons n’étaient pas agréables pour elle. Toi ce qui t’intéresse souvent c’est faire reculer les ombres alors tu engloutis la douleur des autres pour ça même si ça doit les blesser à leurs tours. Putain d'égoïsme.

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Je suis dévastée, laminée, à bout de souffle. Au terminus d'une chute sans fin qui a terminé bien des années plus tôt. Je ferme les yeux. Dans la tête de détachent les fragments d'une histoire dont je connaissais déjà la fin.
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 24/1/2018, 22:52

Go Against the Flow
Encore aujourd’hui, je m’interroge sur les raisons qui m’ont poussé à agir en bon samaritain, ce fameux soir où Julie était dans un état dantesque. D’habitude, le sort des autres et ce qui peut bien leur arriver m’est complètement égal. Ai-je agi par pité ? Par peur qu’une catastrophe ne se produise, si elle errait seule dans les rues de Paris, à cette heure où les marginaux et les désaxés sont plus que jamais de sortis ? Par instinct ? Un savant mélange de tout cela ? Allez savoir. Ce qui est sûr, c’est que j’ai revêtu plusieurs casquettes ce jour là. Videur, évidemment. Chaperon, comme elle dit. Mais aussi … une espèce de doudou je dirais. Lorsqu’elle s’est retrouvée tétanisée et transie de peur, comme une gamine souhaitant dormir avec ses parents un soir d’orage. Des âmes en peine, des gens amers et des cœurs brisés j’en vois, ou plutôt j’en voyais, tout les soirs. Alors pourquoi elle plus qu’une autre ? Est-ce qu’inconsciemment, elle me rappelle quelqu’un que j’ai connu jadis ? Une femme que j’aurais estimé, apprécié, aimé et peut-être même plus encore ? Possible. En tout cas, cela expliquerait pourquoi il est si important pour moi de la savoir en sécurité, à défaut d’heureuse. Un furtif rictus étire mes lèvres et vient creuser la fossette sur ma joue. En soi, c’est vrai qu’il y a de quoi être rassuré. Rentrer d’une soirée bien arrosée escorté par le videur de la boîte, avouez qu’il y a de quoi se sentir intouchable ou comme Leonardo Di Caprio dans Titanic, lorsqu’il affirme être le roi du monde.

Une chance que je n’ai pas eu de  »crise », sinon le bouclier aurait pu se transformer en arme létale. Je n’ose à peine imaginer ce qui aurait pu se passer, si j’avais honoré cette invitation à la destruction qui se manifeste en moi bien trop souvent. C’en est tel que je préfère baisser les yeux vers mes mains sur lesquelles le temps commence à tracer ses sillons, plutôt que de continuer de soutenir le regard de mon interlocutrice. J’ai peine à croire que la femme se plaisant à alimenter une sombre spirale, comme ce fut le cas en boîte de nuit, soit « la vraie Julie ». D’ailleurs, cette expression m’interpelle et me fait redresser la tête. Penser qu’on puisse être mesure de proposer des fac-similés de nous-même. Idée assez séduisante au demeurant. Et qui fait aussi échos en moi, je dois dire. Après tout, n’est-ce pas ce que je fais à longueur de journée ? Vivre de faux-semblant. Donner à voir ce que l’autre attend ou s’imagine. Se conformer à la vision qu’il se fait de nous. Un art dans lequel je commence à glaner quelque galons. Toutefois, il me faudra encore du temps avant d’arriver au niveau de Julie, qui elle excelle dans ce domaine. Dubitatif, je plisse les yeux et esquisse un moue de scepticisme en répondant : « La vraie Julie, ou celle que tu veux que les gens considèrent comme vraie ? Je pense que la vraie Julie, seule toi sais à quoi elle ressemble et que tu lui laisses libre cours, uniquement lorsque tu as la fer… la certitude d’être seule. ».

Dans le fond, tout les êtres humains sont un peu comme ça. A échelle et géométrie variable. Le visage que l’on montre au travail n’est pas le même que celui qu’on arbore en famille, qui lui même diffère de celui qu’on affiche avec l’être aimé, et qui n’a bien sûr rien à voir avec celui qu’on adopte avec ses amis. Et ainsi de suite. Pure logique. Le « vrai nous » dans le fond, on ne l’est qu’avec soi-même. Trésor d’égoïsme et assurance de ne pas souffrir. Un colocataire ? Ah d’accord. Je comprends mieux pourquoi certaines choses me laissaient à penser, qu’il y avait également une présence masculine dans l’appartement. Des baskets faisant au moins du 43 au pied d’un meuble dans l’entrée, et un blazer à l’envergure bien trop large pour appartenir à une femme accroché au porte-manteau, pour ni citer que cela. Qu’est-ce qui aurait été le pire ou le plus cocasse dans ce genre de situation ? Tomber sur un colocataire vous demandant farouchement des comptes, ou alors un petit ami jaloux et bagarreur ? Là franchement, j’avoue que je m’interroge. Remuant négativement de la tête, j’apporte alors un petit éclaircissement à mon explication de tout à l’heure. « Non, il n’y avait personne. Par contre, il t’avait laissé un mot sur la table basse du salon, dans lequel il disait qu’il serait toute la journée à Evry et où il te rappelait que vous deviez manger ensemble en ville le soir. Je l’ai déposé sur la тумбочка … tab-table de chevet à côté de ton lit, pour que tu puisses le voir à ton réveil. ».

Sa question prête à croire qu’elle ne l’a vraisemblablement pas remarqué, et qu’elle a donc sûrement manqué ce dîner avec son colocataire. A moins qu’il ait téléphoné lorsque je suis parti, pour le lui rappeler. La lumière faîte sur sa micro perte de conscience, l’oiseau de nuit cherche désormais à résoudre une équation me concernant. Pourquoi un facteur x a-t-il soudainement complètement changé la donne, au point de faire de moi un hérisson se roulant au boule et dardant ses piquants pour se protéger des prédateurs ? Entre temps, la serveuse avec un fort accent alsacien nous a apporté nos rafraîchissements. De mon côté, je clos avec fermeté les yeux. Histoire de m’assurer que ce qui s’est passé dans les vestiaires n’était pas un délire, ou je ne sais quelle séquelle due à l’opération que m’ont fait endurer ces bouchers. Non … . J’aurais jamais crû dire ça un jour, mais c’est hélas ce qu’il s’est passé. Ce baraquement. Cette odeur infâme. Mélange de poudre, d’humidité et de moisissure. J’arrive même à ressentir le latex des gants du médecin sur ma peau, lorsqu’il m’examine. Le hululement des chouettes engloutit par les tirs en rafale de Famas. C’est trop … trop précis pour ne pas être réel. Ces images défilant devant mes yeux m’arrachent un grondement sourd, étouffé et rauque. Ce n’est que lorsque Julie précise que c’est juste l’impression que ce souvenir m’a laissé qui l’intéresse, que je rouvre les yeux.

Ce souvenir digne d’une série noir laisse alors place au visage bienveillant, enjôleur et avare de curiosité de la native du sud de la France. Il me faut plusieurs grandes respirations avant de retrouver mon calme, ainsi qu’un self contrôle total. D’une main frémissante, j’attrape mon verre et avale une bonne gorgée de cette boisson énergisante saturée en sucre, afin de me donner du courage. C’est avec une voix faisant quelque peu les montagnes russes en matière d’intonation, que je réponds à Julie : « Eh bien euh … c’était assez confus et vague. On aurait dit comme … comme une sorte de remontrance militaire. Du style musclée et qui laisse des bleus, des hémé… hématomes ou des ecchymoses. Un mauvais moment donc. Mais bon, on ne choisit malheureusement pas. ». Ce n’est pas exactement ce qui m’est revenu, mais cela s’en approche en tout cas. Etant bien en mal pour déterminer avec exactitude ce dont il s’agit, je préfère décrire ce que « j’ai vu » de cette façon. Car oui, c’est un peu comme ça que je ressens ce qui m’est arrivé. Comme une punition, un châtiment. En réponse à quel méfait ? Ca, je ne l’ai pas encore découvert. Visiblement, Julie semble avoir une façon bien à elle pour que les souvenirs et leur signification ne tournent pas à l’obsession. Je hoche négativement la tête, quand elle me demande si j’ai ne serait-ce qu’une vague idée de ce dont il s’agit.

лайно ! Quel abruti ! A-t-on idée de boire en faisant cela ? Bon ça va, il n’y a pas de dégât majeur à déplorer. J’attrape une serviette en papier dans l’espèce de mini distributeur posé sur un des coins de la table, et regarde discrètement et brièvement la femme que me désigne Julie tout en essuyant les quelques gouttes de Red Bull prisonnières dans ma barbe de trois jours naissante au niveau du menton. J’avoue être assez impressionné et ébaubi. En plus d’être observatrice, elle a également un formidable don d’interprétation. Maintenant qu’elle le dit cela saute aux yeux, mais je suis quasiment certain que je n’aurais jamais remarqué un dixième de tout cela en temps normal. Mon regard fait la navette entre cette jeune divorcée et la blonde à l’œil de lynx, avant qu’il ne se stabilise sur cette dernière. Sur un ton plutôt admiratif, je rétorque : « Et tu arrives à déduire tout cela rien qu’en la regardant ? Eh bien, tu aurais sans doute fait une excellente euh … p-profiler dans la police. ». Remarquer et déceler des signaux c’est un chose, mais savoir les analyser et les interpréter en est une autre. En général, les gens détiennent soit l’une ou l’autre de ces aptitudes. Rares sont ceux et celles qui peuvent se venter d’avoir les deux. Ca, c’est « la vraie Julie ». Ou en tout cas, une partie d’elle. Une femme observatrice, intelligente et sensible. Une femme aux antipodes de celle volage et désinvolte qu’elle prétend être.

Ce n’est certainement pas moi qui pourrais en faire autant. Relever des détails qui échappent à la plupart des gens, ça à la rigueur d’accord, j’y arrive de temps en temps. Cependant, je doute être capable de les décortiquer et les décrypter avec autant de de clairvoyance que Julie. On va rapidement être fixé. Entre deux gorgées de bière, la jeune femme aux yeux bleus lagons me demande si je veux m’essayer à l’exercice. Ma foi, pourquoi pas ? Après tout ça ne coûte rien d’essayer. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Rien. Dans le pire des cas, je serais juste totalement à côté de la plaque. Bref, il n’y aura pas mort d’homme. Dans un haussement d’épaules et de sourcils simultanés, je réponds : « Euh … d’accord. ». En balayant la pièce du regard, un couple en tenue de sport retient mon attention. Lui doit sûrement en être à son troisième whisky, tandis qu’elle tente désespérément de lui faire entendre raison. Les scannant du regard de pied en cap, j’incline légèrement la tête, plisse les yeux et fronce les sourcils devant quelques petits éléments. Des éléments à priori insignifiants, mais qui en disent plus sur eux que n’importe quel discours de leur part. Mettant bout à bout chaque pièce afin de donner vie à une histoire plausible, je m’ose finalement à dire en les désignant à l’aide d’un coup de menton.

« Le couple là-bas, accoudé au comptoir près de la porte. Ils ont une espèce de poudre blanche sur leur survêtement. Au niveau des poignets et des chevilles. De la maf… magnésie. Ce sont des danseurs. Ca auraient pu être des gymnastes, mais lui est trop grand et possède trop de masse musculaire pour cela. Tout le poids de son corps à elle est réf… répartie sur sa jambe gauche. Elle s’est blessée lors d’un porté, et ne pourra sans doute pas danser avant un long moment. C’est pour cela qu’il gobe whisky sur whisky, comme si c’était du petit lait. Il se sent torr… affreusement coupable et a peur d’avoir définitivement perdu sa confiance. Avoir failli et mis en danger sa partenaire : il ne se le pardonne pas. Et il lui faudra sans doute un bon moment avant qu’il n’y arrive, vu qu’il reste pour l’instant sourd à tout ce qu’elle peut bien lui dire. ». Dans un sens, je comprends ce que peut ressentir ce type. Ouais, je me retrouve un peu en lui. Ayant moi aussi une haine de l’échec, je serais probablement aussi au trente-sixième dessous s’il arrivait malheur à quelqu’un par ma faute. La noyade dans l’alcool n’est cependant pas l’anesthésique que je choisirais. Me connaissant, je m’enfouirais sans doute comme un reclus. Ne souhaitant parler ou voir personne, par peur de commettre encore plus dégâts. Finalement ce petit « jeu », n’est pas si difficile que cela. Ok, ce n’est probablement pas la vérité avec un grand V, mais ça reste quoi qu’il en soit une petite vérité plausible parmi un océan d’autres.

En tentant de rééditer l’expérience en silence, c’est cette fois ci un homme blond et de taille moyenne qui m’interpelle. Cela fait un moment déjà qu’il regarde fixement dans notre direction. Le hic, c’est que d’où nous sommes, je n’arrive pas à savoir si c’est Julie ou moi qui est à l’origine de cette petite expression coquine dans son regard d’émeraude. Dans un sourire plus expressif que tout ceux que j’ai pu adresser jusqu’à présent, j’enchéris en reposant mon verre sur un sous-bock après l’avoir porté à mes lèvres : « En tout cas, vu la façon dont te regarde le petit blond là-bas, pas besoin d’avoir fait cinq ans de syc… psychologie comportementale pour savoir ce qu’il a derrière la tête. ». C’est clair que son œil qui frétille ôte toute équivoque. La grande question, c’est sur lequel de nous deux il a des vus. Elle ? Moi ? Après tout pourquoi pas. Vous avez une sacré réputation qui vous précède vous autres les français. Paris, ville du vice et de la luxure sous toutes ses formes. Ah ça pour sûr, vous êtes beaucoup plus ouverts d’esprit que les habitants des pays de l’est. Et si … et si c’était nous deux en fait ? Ca serait … plutôt amusant. Et en même temps terriblement gênant. Enfin, je crois.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 25/1/2018, 01:00


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
Quelque chose s’est passé dans ton appartement. Tu n’as pas seulement tenté de le séduire tu en es sûre. La manière dont il s’est confié subitement à toi. La manière dont il s’est mis à parler de sa vie. La manière dont il s’est ouvert à toi aujourd’hui confirme ce sentiment que tu traînais depuis cette nuit-là. Tu sais qu’il ne ment pas sur le début de la conversation. Tu sais que tu as raconté des conneries, que tu as essayé de l’aguicher et tu sais aussi qu’il n’a rien tenté non plus. Quand tu lui as proposé d’être ton chaperon ça s’est fait naturellement. Tu ne demandes pas ce genre de chose normalement parce que tu sais que les autres finissent par craquer. Tu le crois lui quand il hoche la tête comme pour te dire que oui il gardera un œil sur toi. Ce matin-là, tu t’es réveillée avec une migraine carabinée, un trou de mémoire mais tu étais calme. Tes yeux étaient secs et ta gorge ne brûlait pas comme lorsque tu dors seule et que tu hurles durant ton sommeil. Tu étais apaisée durant quelques instants et ça n’était jamais arrivé auparavant. Tu t’es posé des questions mais tu as vite oublié, tu n’avais pas envie de creuser, ayant trop peur de ce que tu découvrirais. Tu es peut-être gênée d’avoir sûrement été lourde ce soir-là, mais tu essaies de le cacher du mieux que tu le peux et tu lui annonces que celle qu’il a vue n’était autre que la véritable Julie. « La vraie Julie, ou celle que tu veux que les gens considèrent comme vraie ? Je pense que la vraie Julie, seule toi sais à quoi elle ressemble et que tu lui laisses libre cours, uniquement lorsque tu as la fer… la certitude d’être seule. » Un juron sort de tes lèvres en l’entendant dire ça. Il répond à la question silencieuse que tu te posais à l’instant. Il s’est passé quelque chose d’important cette nuit-là. Il en sait trop sur toi pour qu’il en soit autrement, mais tu n’es pas sûre de vouloir savoir ce qu’il a vu en toi durant cet instant éphémère ou la véritable Julie est ressortie. « Maksim tu es bien trop perspicace. » Tu soupires parce que tu n’es pas sûre d’aimer qu’il sache si bien lire en toi. « Peut-être que tu as raison. La vérité c’est que je ne sais plus vraiment à quoi ressemble cette Julie. La vrai. » Tu te souviens qu’elle riait autrefois. Un vrai rire sans retenu. Ta mère disait que ton rire était si bruyant qu’il faisait tourner les têtes sur toi. Tu te souviens qu’elle aimait regarder les étoiles à la recherche d’une étoile filante, tu faisais des vœux idiots avec ton cadet. Des vœux qui se réaliseront puisqu’ils étaient sans importance. Des vœux comme avoir des crêpes au petit-déjeuner ou regarder la télévision une demi-heure de plus. Tu n’as jamais aimé faire des vœux importants parce que tu détestes l’imprévu au moins ainsi tu étais sûre qu’ils seraient exhaussés. Tu te souviens qu’elle aimait se déguiser en princesse et qu’elle tournait sur elle-même afin d’avoir le tournis sous les rires de son père. Ta poitrine se comprime dans ta cage thoracique. Tu lui demandes s'il n’a pas eu l’occasion de voir ton colocataire ce soir-là, tu as besoin d’un changement de sujet afin de lutter contre les larmes qui menacent de passer la barrière de tes yeux. Sa réponse te fait écarquiller les yeux. Merde. Voilà pourquoi il a hurlé le lendemain quand il est rentré, d’après lui, tu n’étais pas digne de confiance parce que tu l’avais laissé tomber. Il pensait que tu étais défoncée dans un coin et que tu avais abandonné votre dîner pour rentrer avec un nouvel inconnu. Tu l’as beaucoup déçu ce soir-là, tu t’en voulais tellement que tu es resté sobre une journée entière avant de couler de nouveau. Maintenant, tu comprends mieux tu n’as jamais lu son message. Ce n’est pas très grave tu aurais oublié de toute manière, tu n’es pas très douée avec les engagements de toute manière.

Tu abuses Julie. Tu exagères Julie. Tu remues trop de choses Julie. Tu t’en rends compte au moment ou Maksim ouvre les yeux. Tu n’aurais rien dû dire. Tu aurais dû la fermer Julie. Le laisser enfermer ses souvenirs au fond de lui et ouvrir sa boite de pandore quand il sera seul. Pourtant tu sais ce que ça fait de ne pas vouloir parler, de ne pas vouloir qu’on te tire les vers du nez mais tu ne laisses rien à Maksim, tu ne lui laisses aucun moyen de fuir et ça t’exaspères au fond de toi. Tu n’es pas mauvaise, tu lui veux pas de mal, tu veux juste résoudre le puzzle qu’il est pour toi. Tu sens ton cœur battre plus rapidement dans ta poitrine, dans tes tympans lorsqu’il te raconte enfin ce qu’il a vu. Tu murmures doucement. « Je suis désolée Maksim. Je ne devrais pas te poser autant de questions. » Parce que tu n’es pas sûre que tu serais si gentille avec lui si il en faisait de même. Tu te sens mal de l’avoir obligé à se révéler encore une fois. Tu jettes un œil sur lui, sur son visage et tu te dis qu’il a dû voir beaucoup d’horreurs dans sa vie. Tu ne sais pas pourquoi mais tu espères réellement qu’il retrouvera des morceaux de lui-même mais qu’il oubliera les mauvais souvenirs. C’est un peu naïf d’y croire mais si tu pouvais souhaiter quelque chose tu aimerais lui offrir ce soudain vœu. Tu ne sais pas comment était sa vie d’avant mais visiblement il ne mérite pas de souffrir de ses souvenirs de cette manière. Alors pour changer vos idées tu lui avoues ce que tu fais pour effacer les démons qui hantent parfois ta tête. Tu prends une femme comme sujet d’étude. Sa solitude fait vibrer quelque chose en toi et tu l’admires quelques instants, ses faits et gestes avant d’en parler à Maksim. « Et tu arrives à déduire tout cela rien qu’en la regardant ? Eh bien, tu aurais sans doute fait une excellente euh … p-profiler dans la police. » Un petit rire sort de tes lèvres en l’entendant dire ça. Peut être bien que ça t’aurais plu comme métier autrefois. Tu ne te souviens même pas ce que tu voulais faire gamine. Tu te rappel simplement que tu voulais aider ta famille à se sortir de votre quartier pourri. « Je ne suis pas sûre que profiler soit une bonne idée. Je consomme trop de stupéfiant pour ça. » Tu consommais Julie. Pourquoi tu n’arrêtes pas de parler au présent ? Parce que tu sais au fond de toi que tu finiras par replonger hein. Ouai. Ce n’est pas étonnant t’as aucune volonté. « Ce n’est pas bien difficile en fait. Quand tu passes presque toute ta vie à dissimuler tes émotions tu finis par lire celles des autres comme si tu lisais un livre. » Tu tournes la tête vers lui et tu te penches légèrement sur la table pour t’approcher de lui tout en gardant une certaine distance de sécurité. « Sauf avec toi évidemment. Je n’arrive pas à te lire toi. » C’est ce qui t’intrigue le plus c’est vrai. Mais ce n’est pas la seule raison qui fait que tu es là avec lui. Tu t’intéresses à son passé. Tu as envie d’en savoir plus sur lui mais ce n’est pas que de la curiosité malsaine. Tu veux juste le connaître. Alors tu lui proposes de jouer à ton jeu, tu veux lui changer les idées et tu veux l’observer pendant qu’il observe à son tour quelqu’un d’autre.

Il est très perspicace cet homme. Vraiment. Tu t’en doutais déjà mais visiblement il est très doué à ce petit jeu-là. Tu souris. Un grand sourire cette fois-ci et tu hoches la tête. « Tu as totalement raison Maksim. Tu es vraiment doué. » Tu es surprise qu’il se soit aperçu de tout ça en quelques coups d’œil. Et lui qui semblait particulièrement surpris de ta propre perspicacité il est bien meilleur que toi visiblement. « Marc est un homme jaloux c’est pour ça qu’il serre le genou de sa femme pour montrer aux autres hommes qu’elle est prise. Un soir lors de leur représentation elle parlait à un autre danseur et il a pété un câble. Il est rentré sur la scène en colère et déstabilisé il a fait tomber Isabelle sans le vouloir lors d’un porté. Elle a eu de la chance que ce ne soit que la jambe les médecins pensaient que le dos était touché. » Tu lèves la main pour faire un signe à Marc, il dépose son verre de whisky et te fusille du regard, tu lui offres un magnifique sourire carnassier. T’as aucune envie qu’il vienne te chercher ce soir. « Je connais Isabelle depuis longtemps elle était ma voisine avant de le connaître. Marc et moi sommes plus ou moins en froid. » Tu lui as peut-être mit un coup de genou dans les parties et un coup-de-poing dans la mâchoire à l’hôpital. Tu l’as peut être menacé de revenir lui faire du mal dans son sommeil si il continuait à boire comme ça et délaisser sa femme qu’il aime malgré tout. Ses crises de jalousies te hérissent les poils mais Isa aime son côté possessif. D’après elle, ça prouve son amour. N’importe quoi. Tu reviens sur terre en voyant le sourire de Maksim, étonnant comment son visage change lorsqu’il sourit vraiment. Qu’est ce qu’il a vu de si drôle ?  « En tout cas, vu la façon dont te regarde le petit blond là-bas, pas besoin d’avoir fait cinq ans de syc… psychologie comportementale pour savoir ce qu’il a derrière la tête. » Tu tournes la tête vers le blond avant de revenir vers l’homme en face de toi. Tu hausses soudainement un sourcil. « Moi ? Tu es sûr ? Je suis presque sure qu’il est hypnotisé par le grand brun en face de moi. » Une lueur malicieuse brille au fond de ton regard. Tu ne sais même pas les préférences de Maksim, peut être est il attiré par les hommes. Tu ne vas pas critiquer ses goûts tu es bisexuelle et tu assumes ta sexualité depuis bien longtemps maintenant. C’est venu naturellement pour toi tu ne t’es jamais posé la question, tu ne voulais pas choisir alors tu ne l’as pas fait. Tu caches un sourire derrière ta bouteille de bière avant de reprendre la parole. « Est-ce que tu l’as vu sourire d’un seul coup lorsque tu t’es tourné dans sa direction ? C’est un signe Maksim. C’est bien toi qu’il regarde. » Étonnant qu’il ait de suite pensé que tu étais la cible des faveurs du jeune homme. À moins qu’il se soit posé la question et qu’il ait préféré penser que c’était pour toi.

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Je suis dévastée, laminée, à bout de souffle. Au terminus d'une chute sans fin qui a terminé bien des années plus tôt. Je ferme les yeux. Dans la tête de détachent les fragments d'une histoire dont je connaissais déjà la fin.
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 25/1/2018, 23:53

Go Against the Flow
Hum. Un faux pas. C’était prévisible. Inévitable, je dirais même. C’est d’ailleurs plutôt étonnant que cela ne soit pas survenu plus tôt, vu le temps depuis lequel je jongle avec le désir de dire la vérité, le mensonge pur et le mensonge par omission. C’est un peu comme si vous aviez pris la mauvaise habitude de dissimuler la poussière sous un tapis. Au bout d’un moment, le pot aux roses est découvert tant l’amas de particules est conséquent au point de déborder de sa cachette. Eh bien là, c’est pareil. A force de donner de ci de là quelques petites brides sur ce qui s’est passé, j’ai fini par sous-entendre plus de choses que je n’ai voulu le dire. Elle l’a très bien compris et étrangement, elle ne cherche pas à vouloir entendre de ma bouche ce qui est réellement advenu ce jour là. Peut-être qu’à force de solliciter sa mémoire, cela lui est revenu ? Peut-être qu’elle se dit que cela n’a pas d’importance et relève de l’anecdotique ? Peut-être aussi que cela lui est égale finalement et que tout compte fait, elle préfère ne pas savoir ? Ou … ou alors estime-t-elle qu’elle n’est pas prête, et que ce n’est ni le lieu ni le moment pour parler de cela ? Ce qui est plus ou moins certain en revanche, c’est qu’elle s’est perdue en route. Perdue à en devenir étrangère à elle-même. Cela me rappelle quelqu’un tiens … . Faisant tourner machinalement mon verre sur lui-même, j’avance une éventualité que je juge un peu niaise : « Peut-être que tu n’as tout simplement pas encore trouvé la ou les bonnes personnes, susceptibles de ranimer cette vrai Julie ? ».

Penser qu’il puisse exister ici bas des gens avec lesquels on puisse se montrer tel que l’on est. Sans masque, sans façade ni armure. Un vœu pieux, pour ne pas dire une chimère ridicule. La conviction des idéalistes et des âmes que la vie a plus gâté qu’éprouvé. C’est à se demander s’ils vivent bien dans le même monde que nous. Qu’est-ce qu’il y a de mal à percevoir les choses avec leurs yeux ? Rien, je suppose. C’est comme un placebo. Sur le coup on doit se sentir bien, puis à mesure que le temps passe on constate avec amertume que rien n’a changé. Pas d’embellie ou d’amélioration. Un zeste de paradis avant de regagner les tréfonds de l’enfer. Toujours plus irrespirables et invivables. Un enfer dont je commence à connaître les moindres recoins, et où chaque seconde passée à l’arpenter m’éloigne toujours un peu plus dans ma quête du « vrai Maksim ». Qui est-il ? Cela ne devait sûrement pas être un saint ou un ange mais … était-il pour autant un pourri, un salaud ou un barbare ? N’y avait-il donc aucune autre manière pour moi, de purger la peine de la faute ou du crime que l’on me reprochait ? Était-ce à point impardonnable ? Tuer quelqu’un de l’intérieur. Pire que la prison à vie, ou la mort par je ne sais quel biais. Il y a des jours où je maudis de ne pas avoir passer l’arme à gauche. De ne pas avoir clamsé sur cette table d’opération. Vivre dans de telles conditions … franchement, je ne le souhaite à personne. Pas même à mon pire ennemi.

Quoi que … . Un châtiment des plus vicieux, sadiques et pervers. Même les dieux de l’Antiquité Grecque n’auraient jamais songé à pareil supplice. Désolée ? Pourquoi donc ? Ce n’est pas comme si elle m’avait mis le couteau sous la gorge. Si j’ai accepté de repasser dans ma tête cet énigmatique moment de ma vie, c’est que dans le fond je n’étais pas totalement contre. Si une personne doit être désolée ici, c’est moi et moi seul. C’est en substance ce que je voudrais lui dire, mais une fois de plus les mots me manquent et me font défaut. Alors, je me contente d’agiter la main, l’air de dire : « Ce n’est rien, passons. ». J’ai beau refermer momentanément une porte, je sais pertinemment que tôt ou tard Julie trouvera une petite embrasure et s’y engouffrera, afin de me passer au crible et découvrir le pourquoi du comment. D’ici là, la jeune femme au bar lui fait office d’os à ronger, si j’ose dire. La façon dont elle est parvenue à la sonder est d’une telle sagacité que c’en est presque bluffant. A croire que ses yeux sont des rayons x, lui donnant accès à ce que tout à chacun chérit jalousement et garde pour lui. Elle est douée. Très douée. Dommage qu’elle soit la seule à ne pas en être convaincue, et qu’elle minimise cette précieuse qualité. Julie revêche, d’accord. Julie volubile, d’accord. Julie impulsive et cynique, d’accord. Julie modeste ? Voilà qui est nouveau. Nouveau, mais aussi diamétralement différent de ce qu’elle montre en temps normal. Serait-ce une facette de « la vrai Julie » ? Possible. Qui sait … .

J’incline la tête et laisse s’échapper un léger « hum », suite à sa remarque. Du style, « oui, ce n’est pas faux ». C’est clair que pour rentrer dans la police, mieux vaut monter patte blanche. Ses petites addictions constituent de fait un obstacle. Cela dit, elle est loin d’être une toxico qui serait prête à tuer pour avoir sa dose lorsqu’elle est en manque. Qui plus est, il n’y a pas que des agneaux dans la police. A mon avis, il doit y avoir un bon nombre d’hommes et de femmes travaillant dans les forces de l’ordre flirtant avec la légalité. Des êtres ayant besoin d’un petit quelque chose de prohibé pour relâcher la pression et décompresser. Peut-on leur en vouloir ? Avec tout ce qu’ils doivent voir dans une journée, cela semble on ne peut plus humain. Humain … le suis-je encore ? La remarque de Julie me laisse à penser que non. Ou alors, plus tout à fait. Mes yeux sont incapables de se défaire de ses lèvres, lorsqu’elle s’avance vers moi. Tant et si bien, que j’ai l’étrange sensation de faire totalement abstraction du brouhaha environnant, pour ne plus entendre que sa voix. Je me surprends à ne pas baisser la tête ou détourner le regard. Et c’est finalement en me raccrochant à ses iris aigue-marine, que je lui réponds dans un murmure : « C’est peut-être tout aussi bien. ». Comment peut-on lire un livre vierge de toute encre ? Ca peut paraître étrange mais … j’ai le sentiment d’être né deux fois.

Ma vie se résume à ce court laps de temps entre mon réveil à l’hôpital, et cet instant T. Un mois. Une période qui vous en conviendrez, est plus que restreinte pour se forger un passif et écrire l’histoire de sa vie. La seule façon pour que le don d’observation de Julie fonctionne sur moi, serait de faire renaître « l’ancien Maksim » de ses cendres. De remettre la main sur le tome un de ma vie. En espérant que mon cerveau atrophié, ne l’ait pas détruit comme dans un auto da fé. J’avoue par moment redouter son contenu. Roman d’aventure épique ? Thriller anxiogène et oppressant ? Ce livre Julie … il est peut-être préférable que tu n’en ai jamais connaissance. Les quelques chapitres que j’ai parcouru pour l’heure, ont presque réussi à ébranler ma volonté d’en apprendre plus. Si malgré tout tu souhaites quand même ardemment connaître mon histoire avec un grand H, alors … je suis désolé. Désolé de n’avoir qu’à te proposer ce modeste quatrain. Mélange de mal en prose et de vers brisés, retraçant mon mois d’errance dans la ville des lumières. Apparemment, j’ai mis dans le mil. Mes déductions et mon jugement ne sont peut-être pas aussi éclairés que ceux de Julie, mais force est de constater que je me débrouille. Plus elle m’en apprend sur ce fameux Marc, et moins je me sens proche de lui au final. L’amour et la jalousie sont deux choses qui me sont totalement étrangères, moi qui ne vis que de petites amourettes éphémères.

Sentiments et désir amoureux m’ont quitté, c’est vrai. Toutefois, il arrive parfois que je recherche une étreinte. Des courbes plantureuses, des formes pulpeuses, des bras musclés, des torses puissants : qu’importe, du moment qu’ils m’apportent quelques instants de chaleur. Un seul mot d’ordre : pas d’attache. Oui je le confesse, je suis de ceux qui s’en vont sur la pointe des pieds au petit jour, comme des voleurs et sans demander leur dû. Pourquoi ? Eh bien, tout simplement pour éviter d’avoir à parler de moi et me livrer. Comme c’est un peu le cas en ce moment. Que reste-t-il après s’être enlacés, entrelacés et possédés ? Rien, tout simplement. Désir et attirance vacillent et s’éteignent. Alors on se rattache à la dernière chose qui ait encore un semblant d’intérêt : répondre à la question « Qui es-tu ? ». C’est pour cette raison que je fuis, et passe dans le ciel de mes partenaires aussi rapidement que la comète de Halley. J’admets avoir cependant un petit peu plus de mal à aller vers les hommes. Sont-ce là quelques restes des mœurs ukrainiennes ? Probable. Là-bas, il ne fait pas bon d’être homosexuel. Au mieux vous écopez d’une peine de prison, au pire on vous fait définitivement et radicalement passer l’envie d’aimer les individus du même sexe. J’étouffe un rictus et lève les yeux au ciel, lorsque Julie prétend que c’est moi l’objet de toutes les convoitises du blondinet. Hypnotisé ; Beau brun : rien que ça !

Personnellement, je me trouve plutôt banal et quelconque, mais si elle le dit, alors soit. Je reconnais que depuis que je suis à Paris, je rencontre un certain succès auprès de la communauté gay. Cela ne me fout pas en rogne, mais cela ne fait pas sauter de joie non plus. A vrai dire, c’est comme pour beaucoup d’autres choses : cela m’indiffère. Je le sens pas ce type. Il y a quelque chose qui me déplaît chez lui. Pas tant physiquement. Plutôt au niveau de son attitude, je dirais. Une petite moue de dégoût vient métisser mon visage. Puis, après avoir terminé et reposé mon verre, je réponds comme si je m’adonnais encore au petit jeu dont Julie a posé les règles un peu plus tôt : « Il cherche une manière de nous ard… aborder afin de nous proposer une partie à trois. Je lui souhaite bien du courage. Ce n’est vraiment pas le genre de chose que l’on peut sortir comme ça, de but en blanc. S’il a le sourire c’est parce qu’il se dit que dans le meilleur des cas il fait coup double, et que dans le pire il aura deux fois plus de chances de ne pas finir seul ce soir, étant donné « qu’il ratisse large ». L’orch… l’arché-type parfait de l’opportuniste et du queutard invétéré. ». Difficile de ne pas déceler l’aversion et le mépris dans le ton de ma voix. Ce genre de mec se trouvant irrésistible et se prenant pour un dieu : non merci, très peu pour moi. A tout choisir, je crois que je préférerais encore dormir dans un lit plein de rats, plutôt que d’avoir à souffrir de la compagnie de ce genre de mégalomane.

Un relatif silence dans le bar me permet d’entendre une sorte de cliquetis permanent battant la mesure sur le toit de l’établissement. En tournant la tête vers la façade vitrée donnant sur l’extérieure, un épais rideau de pluie obstrue l’horizon. A tel point qu’on peine à distinguer les phares des voitures engluées dans le trafic. Dodinant de la tête et clignant des yeux pour quitter le fil aléatoire de mes pensées, je reporte finalement mon attention sur Julie et change de sujet en noyant le poisson de manière guère très subtile : « A propos, je n’ai toujours pas honoré les conditions de notre contrat. ». Je suis peut-être un fieffé menteur, mais lorsque je fais une promesse à quelqu’un, je m’y tiens. J’ignore s’il existe un mot en français pour désigner ce trait de caractère mais … je trouve que c’est quoi qu’il en soit une assez belle qualité. Apparemment, j’en possède au moins une, c’est déjà cela. Dessinant les pourtours de mon verre vide à l’aide de mon index, je feins de plisser les yeux afin de donne à croire que je tente de me remémorer quelque chose. Oui je dis bien feindre, car comment se souvenir de quelque chose qui n’a jamais eu lieu ? « Le lendemain, ou le sur-lendemain de ta venue au club je ne sais plus trop, il y a eu pas mal de … de grabuge. Un mec bien lourdingue s’est montré comment dire … très pressant avec une jeune femme qui de toute évidence n’était absolument pas sensible à ses avances. J’ai d’abord voulu mettre gentiment le holà, mais c’était le genre de gars à avoir facilement le sang chaud. Il a voulu frappé, j’ai paré puis répliqué. Je pensais qu’il aurait compris la leçon, mais au lieu de ça il a sorti un couteau. C’est ce qui m’a valu cette blessure et ses points de suture au niveau du cou. A mon sens, j’avais fait correctement mon boulot, mais visiblement, quand on a un oncle qui est le patron, on peut se voir ocu… octroyer quelques passes droit ainsi qu’un droit de cuissage. Apparemment, il n’a pas spécialement apprécié que son neveu se retrouve avec deux côtes pétées, une rotule explosée, la mâchoire fracturée et le poignet disloqué. Il s’est empressé de me virer dès qu’il l’a su, c’est à dire le lendemain. ». Encore, un mensonge ? Oui, je le confesse. Sur le fond peut-être, mais pas sur la forme. Après tout que ça soit dans cette version ou dans celle faisant foi, j’ai perdu mon job pour avoir eu le malheur de venir en aide à une femme. Qu’importe le décorum et les protagonistes. Du moment que la trame de l’histoire est sensiblement la même, c’est tout ce qui importe. Non ?

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 26/1/2018, 21:59


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
« Peut-être que tu n’as tout simplement pas encore trouvé la ou les bonnes personnes, susceptibles de ranimer cette vrai Julie ? » Est-ce quelqu’un a déjà essayé de gratter derrière la surface de ta carapace ? Oui peut-être bien. Tu laisses très peu de gens le faire. Tu es tellement méfiante que tu préfères les garder à distance. Mais est ce qu’une seule personne à découvert la vraie Julie sous toutes tes couches de défauts ? Tu n’en es pas véritablement sûre. Si tu avais été une personne romantique tu aurais pu penser que l’amour te ferais changer mais tu n’es pas assez folle pour croire ce genre de foutaise. L’amour. Tu ne l’as jamais réellement ressentie dans toute ta vie. L’amitié tu la ressens, tu laisses parfois une personne ou deux rester proches de toi avec le temps mais tu te débrouilles toujours pour démolir ça aussi. Tu es une destructrice c’est ce que tu imagines mais peut être que si tu laissais tomber de temps en temps cette couverture qui te cache aux yeux des autres tu redeviendrais un peu plus humaine parfois. Alors tu hausses les épaules sans réellement savoir quoi répondre mais en gardant en tête tout ce que vient de te dire Maksim. Qui sait peut-être qu’un jour tu y repenseras et ça te feras réfléchir mais pour l’instant tu veux te concentrer sur autre chose. Tu veux sortir de ton introspection, tu as bien trop parlé de toi aujourd’hui et tu as besoin de changer de sujet. C’est ainsi que tu te mets à raconter à Maksim ce que tu fais pour sortir de tes sombres pensées, c’est ainsi que tu te retrouves à décrypter une inconnue dans ce bar. Tu lui avoues que tu n’arrives pas à le lire lui. Il est cloisonné derrière un mur tellement solide, il n’a pas l’air vide, tu entrevois parfois quelques émotions, fugace mais en général tu n’arrives pas à le décortiquer en détail. « C’est peut-être tout aussi bien. » Tu sens tes lèvres former un mot, un seul, sans que tu puisses le retenir il sort sur le même ton, un murmure dans la cohue du bar. « Pourquoi ? » Tu restes penché sur la table réfléchissant à ce qu’il vient de dire. Pourquoi pense-t-il que c’est mieux si tu n’arrives pas à lire en lui ? Qu’est-ce que tu pourrais voir qui serait aussi terrible qu’il semble le penser ? Tu sais que son passé n’a rien de doux et que ça a bien dû l’endurcir mais même toi parfois tu laisses filtrer quelques émotions sans le vouloir. Là tu es simplement curieuse de savoir ce qu’il pense de lui-même. Que caches-tu réellement Maksim ? Qui es-tu vraiment ? On en revient toujours aux mêmes questions Ju’.

Ton regard est toujours posé sur Marc et Isabelle. Tu ne comprends pas tellement ce genre d’amour, cette fidélité qu’elle lui offre, ce besoin de jalousie, cette possessivité qui se lit dans son regard. T’as jamais été du genre jalouse, déjà adolescente tu étais trop volage pour ça. Tu ne t’es jamais attaché à quelqu’un avec autant de force que Marc à Isabelle. Tu trouves ça malsain. Il l’étouffe. Et au fur et à mesure la fille qui était ton amie s’étouffe et s’étiole. Son regard autrefois si lumineux s’éteint et personne ne peut l’aider. Tu aimerais te lever et faire une scène, secouer le danseur de toutes tes forces, lui dire de se réveiller qu’il va perdre sa femme, qu’elle ne sera plus que l’ombre d’elle-même dans peu de temps mais tu préfères tourner la tête et regarder l’homme que Maksim te présente. Un séducteur visiblement au vu du sourire qu’il vous fait lorsque vous le regardez tous les deux. « Il cherche une manière de nous ard… aborder afin de nous proposer une partie à trois. Je lui souhaite bien du courage. Ce n’est vraiment pas le genre de chose que l’on peut sortir comme ça, de but en blanc. S’il a le sourire c’est parce qu’il se dit que dans le meilleur des cas il fait coup double, et que dans le pire il aura deux fois plus de chances de ne pas finir seul ce soir, étant donné « qu’il ratisse large ». L’orch… l’arché-type parfait de l’opportuniste et du queutard invétéré. » Tu te mets à grimacer en entendant le jugement dans la voix de Maksim. Tu ne sais pas vraiment ce qu’il voit de mauvais dans l’homme en face de vous mais en tout cas il ne risque pas de donner suite à ses sourires lumineux. Extrêmement mal à l’aise tu joues nerveusement avec la bague autour de ton doigt. Un silence lourd de sens fait place entre vous deux. Il ne t’a jamais jugé, il ne t’a jamais posé de question personnelle mais tu te rends compte une fois de plus qu’il y a bien des facettes de ta personnalité qu’il ne connaît vraiment pas. Tu ne sais pas vraiment quoi penser de son mépris, tu ne l’as encore jamais vu se dessiner sur son visage et même si tu aimes manipuler les autres tu n’as pas envie de mentir non plus alors après un dernier coup d’œil à l’autre homme tu regardes de nouveau Maksim. « Tu viens visiblement de rencontrer mon double masculin. » Tu hausses les épaules, toi aussi tu as fait venir des hommes et des femmes dans ton lit, parfois les deux en même temps, parfois seuls, ça ne t’a jamais dérangé tu es plutôt libre sexuellement et il y a peu de chose qui te font peur tu cherches toujours des gens qui ont les mêmes goûts que toi. Tu as partagé ton lit avec des couples. Des hommes mariés. Des femmes au cœur brisé. Des hommes jaloux et possessif. Des femmes qui se pensaient hétérosexuelles et qui voulaient expérimenter une nouvelle facette de la vie. Tu ne peux donc pas juger quelqu’un qui fait exactement la même chose que toi. « C’est une tactique comme une autre pour oublier. Tant que tu es honnête avec tes partenaires et que tu te protèges je n’y vois pas d’inconvénients. » Une nouvelle grimace se forme sur ton visage. « Je n’avais pas l’intention de te parler de sexe à la base. » Un petit sourire effleure tes lèvres, cette conversation allait bien au-delà de ce que tu avais imaginé à la base en acceptant de boire une bière avec Maksim. Tu aurais pu acquiescer ou ne rien dire face aux paroles de l’homme en face de toi mais l’hypocrisie n’a jamais vraiment été ton style. Tu n’aimes pas juger les autres surtout si tu fais la même chose dans la pénombre de tes nuits. Sans prendre la défense de l’inconnu au bar tu préfères être clair avec Maksim, toi aussi tu fais ça. Toi aussi tu es une opportuniste Julie et tu l’assumes, même si ça fait de toi une sacré garce les trois quarts du temps.

Tes yeux s’écarquillent et ton souffle se coupe d’un seul coup lorsqu’il te raconte enfin ce qu’il s’est passé. Tu allais souvent dans cette boite, les barrages et les hommes insistants il y en avait des tas. Le patron est un con tu le sais parfaitement mais tu es surprise d’entendre cette histoire. Tu remues doucement la tête, tu as eu quelques problèmes toi aussi bien avant de rencontrer Maksim là-bas. Tu t’es défendue sans trop de problèmes et les videurs ont juste fermé les yeux. L’endroit n’est pas le plus respectable de Paris. Tant qu’un couteau n’est pas sorti d’une veste ils ne bougent pas. Tu n’imagines pas vraiment que Maksim puisse te mentir sur cette affreuse nuit. Quelle naïveté petite Julie. Tu penches légèrement la tête sans même le vouloir pour admirer la blessure dans son cou. « Je savais que le patron était un sale con mais là je suis… » Sans voix ? Un peu effectivement. Tu ne t’attendais pas à ça. Dire que tu pensais que c’était de ta faute. Peut-être que tu as tendance à toujours te mettre tous sur le dos c’est vrai. « Pour te dire la vérité je pensais que c’était de ma faute. » Peut-être parce que tu as déjà fait virer un videur de cet endroit. Bon c’était bien différent il harcelait une femme au bar au lieu de faire son travail et ça t’a rendu dingue de voir cette pauvre oie blanche au bord des larmes à cause de cette armoire à glace. Tu ne dis rien mais au fond tu sais que le jour ou tu ne seras plus au bord du précipice tu iras personnellement voir le patron afin de lui balancer ce que tu penses de son attitude et de celle de son neveu. Tu ne sais même pas ce que tu viens de déclencher en lui mentant ainsi Maksim. Tu es peut-être dingue Julie mais tu n’aimes pas les injustices, tu n’aimes pas qu’il ait perdu son boulot à cause d’un sale type incapable de boire et de garder son pantalon devant une femme. Tu reposes le regard sur lui et tu sens un sourire revenir sur tes lèvres. « Donc… Côtes cassées, rotule explosée, poignet démoli et mâchoire facturée ? Je suis franchement impressionnée. » Tu es vraiment impressionnée et pas tellement choquée par ce que tu entends là. Cet homme méritait ce qu’il a pris dans la gueule tu ne vas certainement pas lui cracher dessus pour ça. « Rappel moi de ne jamais te chercher Maksim. » Tu dis cela sur un ton léger, tu n’as encore jamais lu de violence aux fonds de ses yeux mais tu sais qu’il faut se méfier de l’eau qui dort. Tu n’as pas peur qu’il s’en prenne à toi c’est une plaisanterie que tu lui lances à cet instant mais tu sais mieux que quiconque qu’il ne faut pas juger un livre sur sa couverture, la preuve tu joues des poings quand tu en as envie et pourtant lorsqu’on te regarde ? Tu sembles n’être rien d'autres qu’une petite femme sans défense. « Est-ce que tu continues à faire un sport de combat ou tu as arrêté depuis ton arrivée à Paris ? » Il a un reçu un entraînement militaire peut être pendant des années, quelque chose de strict et sévère tu n’imagines pas qu’il puisse s’être arrêté d’un seul coup même après son accident. Même après sa désertion de l’armée Ukrainienne. Tu ne poses pas la question innocemment n’est-ce pas Ju’ ? Ouai t’as toujours une idée derrière la tête de toute manière.

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Je suis dévastée, laminée, à bout de souffle. Au terminus d'une chute sans fin qui a terminé bien des années plus tôt. Je ferme les yeux. Dans la tête de détachent les fragments d'une histoire dont je connaissais déjà la fin.
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 27/1/2018, 23:23

Go Against the Flow
Heureux soit l’ignorant. Lui petit esprit, qui ne sachant rien, n’a donc pas lieu de souffrir. Simple principe de cause à effet. Est-il si heureux que cela ? Pas si sûr. Là où la souffrance s’arrête, commence la joie. S’il n’y a pas matière à s’attrister, il n’y en a donc logiquement pas à se réjouir. Ce qui est plutôt dommage. Les bons moments sont rares, et il n’y en a pas tant que ça dans une vie finalement. L’ignorant se contente de petites choses, c’est tout. On peut l’envier quoi qu’il en soit, certes. Mais, une vie aussi terne, aussi fade et insipide vaut-elle la peine d’être vécue ? De toute façon, quand bien même il souhaite se complaire dans son ignorance, il finit tôt ou tard par apprendre. Qu’on l’ait oublié ou que l’on tente de le refouler, notre passé demeure. C’est une erreur de croire qu’il n’est plus. Au mieux, on arrive à partiellement l’occulter. Il est là, en sommeil. Attendant patiemment son heure pour nous rattraper. Pas d’emprise, pas de contrôle. On est juste le spectateur. Ce n’est pas un tri sélectif ou un choix à la carte. Oh que non ! C’est tout un package qui nous tombe dessus. Je me suis toujours demandé, pourquoi les mauvais souvenirs avaient une place prépondérante. Chez moi, en tout cas. Peut-être qu’au final c’est ce que l’on retient et ce qui nous marque le plus ? Peut-être aussi que l’on est incapable d’apprécier les bons moments à leur juste valeur, et que ce n’est qu’à posteriori lorsqu’on est dans l’œil du cyclone qu’on se dit :

« Ah oui, c’était quand même pas si mal tout compte fait. ». Réfléchis. Que répondrait le parfait quidam à ce « pourquoi » ? Pourquoi rechignerait-il tant à ce que les autres entrevoient qui il est ? Que ressentirait-il en cet instant ? De la peur ? Oui, c’est une éventualité. Bien, alors agis entant que tel. « Parce que … je crains qu’il n’y ait plus de noir que de blanc. ». Comme je l’ai dit tout à l’heure, les allégories, les images et autres métaphores : ce n’est pas vraiment mon truc. Je ne suis donc pas tout à fait certain de m’être bien fait comprendre, en rétorquant de cette manière. A demi-mot. Malheureusement, c’est tout ce qui me vient pour l’instant et je n’ai rien de mieux à proposer. En parlant de proposition, c’est étonnant que l’autre espèce de playboy au sourire libidineux n’ait toujours rien tenté et soit resté au point mort. Peut-être que mon sacro-saint air austère et bourru l’en a finalement dissuadé ? Hum, non je ne pense pas. Quand ce genre de type à une idée derrière la tête, il ne l’a pas ailleurs. Quoi que … dans ce cas précis, c’est son second cerveau qui lui dicte sa conduite. Tsss, être esclave de ses envies et ses désirs : quelle tristesse ! S’il y a un risque que je devienne comme ça, alors je ne suis plus aussi certain de vouloir retrouver les miens. Garder le contrôle et être le seul maître à bord : ce n’est peut-être pas si mal ?

Le revers de la médaille ? La solitude, évidemment. Cela dit on s’y fait, et l’on n’en meurt pas. Du moins, pas dans l’immédiat. Si j’ai un abord froid et rugueux, je peux l’être encore bien plus dans mes propos, qui revêtent parfois un style très lapidaire. Des mots durs, acerbes et encore plus corrosifs que du vitriol. Faire la distinction entre le bien le mal : encore une chose dont le « nouveau Maksim » est incapable. Dans le fond, je suis un peu comme un enfant à qui il faut tout apprendre. Apprendre la demi-mesure, à arrondir les angles et mettre les formes. Je n’arrive pas à placer comme il se doit le curseur. Résultat des courses, je ne sais jamais si mes dires vont être bien perçus ou alors blessants. Si seulement j’avais l’intelligence d’esprit de me taire, ou de tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de l’ouvrir … . Non, au lieu de ça je dis les choses telles qu’elles me viennent, comme des tirs à brûle-pourpoint. Foncer tête baissée, puis constater après coup les éventuels dommages occasionnés. Des dommages qui auraient pu être évités, avec un semblant de jugeote et de discernement. C’est exactement ce qui vient de se passer. Bien malgré moi, j’ai tiré à boulet rouge sur ce type sans prendre garde qu’il pouvait y avoir une seconde cible dans la ligne de mire. Pas une seule seconde, l’idée que Julie puisse se reconnaître dans le portrait que j’ai dépeint, ne m’a traversé l’esprit.

J’imagine que je devrais avoir quelques remords, ou au minimum des regrets. Seulement une fois n’est pas coutume, je ne ressens strictement rien. Un désert, le néant, le zéro absolu. Bon an mal an, je tente de m’en sortir grâce à une pirouette. Une pirouette, ou une manière détournée et tirée par les cheveux de m’excuser ? Aller savoir. Toujours est-il que je rétorque dans un haussement d’épaules. « Peut-être que je suis vieux jeu alors. Après tout, j’ai trente quatre ans. ». Coincé, réac et frigide sont des adjectifs qui auraient pu convenir aussi. Pour moi, l’amour c’est une équation on ne peut plus simple. Un lit, un homme, une femme. Ou un lit, deux hommes : c’est selon. Le triolisme, les parties fines, les mises en scènes et accessoires ne sont vraiment pas des choses qui m’attirent. A tout choisir, je préfère encore les choses simples, épurées et éthérées. La fraîcheur de draps qu’on agrippe. Des baisers, des caresses et des étreintes dans toutes ces vagues de plis. Je fais l’amour, pas une parodie de film porno. Alors oui, peut-être qu’aux yeux de la jeunesse française, je passe pour un petit joueur. Une grenouille de bénitier. Quelqu’un de puritain ou pudibond. Ceci dit, mes accointances envers les hommes feraient de moi un dépravé ainsi qu’un monstre de débauche en Ukraine. Bon ok, peut-être que j’exagère un peu, mais c’est l’idée. Et si … et si c’était justement la raison pour laquelle on a crû bon de charcuter ma tête ?

Après tout dans des temps reculés, où la médecine moderne en était encore à ses balbutiements, c’est ainsi qu’on pensait pouvoir soigner les personnes ayant une attirance dite contre nature. Par lobotomie et électrochocs. On dit même que les nazis avaient recours à ce genre de sinistres traitements. Hum. Non, cela me paraît tout de même fort peu probable. Toutefois, il n’est pas impossible que l’État Major en ait eu vent Dieu sait comment. C’est donc une éventualité que je dois prendre en compte. La balayer d’un revers de la main serait une erreur. Si seulement je pouvais retrouver la trace de ces hommes, qui étaient avec moi dans ce hangar ce soir là. Connaître les raisons et les motifs de leur arrestation, me permettrait sûrement de remonter une piste. Mais comment faire ? Je ne sais pas par où commencer, ni même où chercher. N’empêche maintenant que j’y pense, je me dis que le « Maksim d’avant » devait probablement être quelqu’un de sulfureux. Quelqu’un pour qui les règles sont faîtes pour être transgressées et les interdits soulevés. Une tête brûlée qui défiait les risques et se riait de la bienséance ainsi que des gens trop bien pensants. Ca peut paraître étrange de dire ça, mais je crois que je l’aurais bien aimé. Ou tout du moins, ce pan de sa personnalité. Quant à celle du patron du D-Light, la boîte de nuit où j’ai travaillé, c’est désormais une certitude : c’est un con.

De ta faute ? Encore. Décidément, cette fille s’est mise dans la tête qu’elle n’était que culpabilité. Qu’elle sème le malheur et la désolation partout où elle passe, et qu’elle est responsable de tout les maux de la Terre. Ah, si seulement je pouvais dire ou faire quelque chose qui l’aiderait à ne plus se voir comme un fléau ambulant … . Hochant la tête de façon négative, je rétorque avec cette caractéristique placidité qui me colle à la peau. « Non tu n’y es pour rien. Je suis le seul à blâmer pour ce licenciement. Par chance, je suis rapidement retombé sur mes pieds et ai trouvé une nouvelle situation. Aujourd’hui, j’assure la protection du PDG d’une grande entreprise côtée au CAP… CAC 40. Un type complètement parano, qui en plus de croire à la théorie du complot, est convaincu que le monde entier essaye de l’empoisonner. Mis à part ça, il est plutôt sympa et semble de toute évidence n’avoir aucune notion de l’argent, puisqu’il me paye le double, si ce n’est le triple, de ce que je gagnais au D-Light. Au final, j’ai sou… sûrement gagné au change. ». J’ignore si je ferais ça toute ma vie, mais pour l’heure disons que ça va et que je m’y plais bien. Peut-être que je pourrais prétendre à un emploi plus valorisant et prestigieux, mais bon il en faut bien des larbins. Comme je le dis souvent, je préfère passer ma vie à regarder les oiseaux voler, plutôt que de la perdre à rêver que j’aurais un jour des ailes.

De plus, je doute qu’un étranger en situation semi-irrégulière sur le territoire français, puisse espérer trouver une situation meilleure, que celle que je suis parvenu à me dégotter. Avec le recul, et maintenant que Julie énumère la liste des blessures que je prétends avoir infligé à ce mec imaginaire, je me dis que j’ai sans doute vu un peu gros. J’acquiesce en silence et plisse les lèvres à chaque trauma. Comme si je tentais de m’excuser ou que je compatissais à la douleur que devait éprouver ce malheureux. Ridicule, n’est-ce pas ? La remarque, et surtout le ton relativement badin employé par Julie, me décoche un léger sourire. Plus un sourire nerveux ou de mimétisme, qu’un pur et authentique rictus d’amusement. Avec autant de légèreté qui m’est possible de témoigner, c’est à dire très peu, je rétorque quasiment du tac au tac : « Quand bien même tu serais tentée de le faire, j’utiliserais des moyens plus … pacifiques pour te convaincre d’arrêter. Frapper une femme, c’est contre mes principes. Ca l’a toujours été, et cela le sera toujours. Je laisse ça aux lâches. ». Bien sûr c’est comme pour tout, il n’y a pas d’absolu. Mettons que ma vie soit menacée. Que je sois tenu en joug, et que le doigt sur la gâchette du revolver soit celui d’une femme. Possible que je fasse une petite entorse à mes principes. Quand son instinct de survie est en alerte, à mon avis l’être humain passe très facilement outre ses principes. Il est clair que la violence et le combat occupent des places prédominantes, dans les différents métiers que j’exerce aujourd’hui. Dans celui de ma vie d’antan aussi d’ailleurs. Pourtant, je ne suis pas quelqu’un qui soit d’une nature belliqueuse ou bagarreuse. Les conflits, je préfère de loin les résoudre plutôt que de les faire naître ou les attiser. C’est donc le plus naturellement du monde que je réponds à la dernière question en date, pour l’heure, de Julie : « Oui, c’est exact. Comme on l’exige en Ukraine de tout les soldats constituant les différentes armées, je pratique le Sambo. C’est un art martial qui était très prim… prisé par les agents du KGB et qui est né durant la Guerre Froide. Depuis que je suis à Paris, je me suis aussi mis au Krav Maga. C’est sensiblement la même chose, sauf que cette discipline vient d’Israël et est généralement utilisée par les agents du Mossad. Les services secrets. ». Il est vrai que tout cela se ressemble beaucoup. Les techniques sont principalement accès sur le désarmement des opposants, les étranglements, les prises de soumission, la manière de briser les os et disloquer les articulations. Plutôt barbare pour le commun des mortels. Tout bien considéré, peut-être que je le suis un peu dans le fond : barbare.                            
                                                                                                                                                                       
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 28/1/2018, 16:17


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
« Parce que … je crains qu’il n’y ait plus de noir que de blanc. » Un de tes sourcils se hausse en entendant ça, cette réponse tu ne t’y attendais pas du tout. Tu pensais qu’il te sortirait une phrase bateau, quelque chose comme, je n’ai pas très envie qu’on puisse lire en moi, ou simplement tu pensais qu’il préférait garder ses secrets mais tu ne pensais pas qu’il préservait les autres de la noirceur qu’il voit en lui. « Je ne te vois pas comme quelqu’un de mauvais Maksim. » Tu secoues la tête sans rien dire pendant un instant, cherchant encore une fois au fond de son regard quelque chose qui pourrait te faire vraiment peur. « J’ai déjà rencontré des gens mauvais, beaucoup se baladent dans les rues de Paris mais tu n’en fais pas partie. » Et cette fois-ci, tu ne parles même pas de toi, tu ne te sens pas méchante, tu as un bon nombre de qualificatifs à te balancer à la gueule mais pas ce terme-là. Par contre tu ne mentais pas tu as déjà rencontré ce genre de personne dans un bar ou au détour d’une ruelle, une lueur malfaisante au fond du regard mais pas Maksim, non. Si tel avait été le cas, cet homme ne t’aurais certainement pas sagement raccompagné dans ton appartement cette nuit-là et n’aurait pas essayé de panser tes blessures un peu plus tôt à la piscine. « Je te vois comme quelqu’un de perdu. » Oui c’est exactement ce que tu imagines en le regardant. Une âme errante. Un homme déraciné. Un homme qui ne sait pas entièrement qui il est, ce qu’il doit faire, qui se cherche. Quelqu’un comme toi finalement. Est-ce qu’il y a plus de noir que de blanc chez toi Julie ? Peut-être bien oui. Peut-être que tu es rempli de noire et qu’en dessous, en grattant profondément on peut y voir se dessiner un léger soleil, pâle mais bien présent. Peut être que c’est ce qu’il faut aussi à Maksim, qu’il gratte un peu sous la surface pour y découvrir ce qu’il veut savoir. Toi tu le fais déjà seulement tu ne grattes pas ta propre surface, tu préfères le faire sur les autres, voir qui se cache derrière leurs beaux sourires, leurs regards ombrageux et leurs gentillesses teinté d’amertume. C’est à cause de ce petit jeu idiot que tu te retrouves à balancer à Maksim que toi aussi tu es une séductrice, une opportuniste, que tu te retrouves à parler de ta sexualité avec une certaine gêne. Non pas que tu sois coincée d’habitude mais tu n’avais pas vraiment en tête de lui offrir ce genre d’information installé devant ta bière. C’est simplement le jugement de Maksim qui t’a fait réagir, sans aucune colère, sans aucune amertume, tu lui as simplement fait remarquer que toi aussi tu étais comme cet homme au bar. « Peut-être que je suis vieux jeu alors. Après tout, j’ai trente quatre ans. » Tu te pinces les lèvres durant une seconde ou deux avant de te mettre à rire. Un vrai rire, pas sur un ton moqueur non, un rire amusé, un rire qui détend enfin ton visage et qui t’offre un instant d’apaisement. Quelques têtes se retournent intriguer d’entendre quelqu’un de décomplexer, qui se fout d’être entendu par les autres. Tu te calmes doucement en secouant la tête, toujours amusée par ses explications. « Je vais devoir t’appeler papy tu es tellement vieux. » Tu n’es pas très loin de lui Ju’ alors calme toi avec ton ironie. « Tu ne m'as pas insulté Maksim ce qui fait que tu n’es pas vieux jeu, juste que ce n'est pas ton truc. » Tu hausses les épaules signe que tu le comprends totalement. Partagés ses amants, n’est pas un acte très sain pour beaucoup de personnes. Tu n’as jamais eu ce genre de scrupule, bien au contraire, moins tu passes de temps avec tes amants et amantes, moins ils se font d’illusions sur votre histoire. Elle n’est que temporaire. Tu te souviens qu’un de tes amants ne supportait pas de te partager, il se foutait que tu ailles voir ailleurs mais une fois installés dans la chambre il voulait rester qu’avec toi. Tu avais accepté cette requête sans problème, le sexe habituel ne te gêne pas non plus, tu n’es pas une tordue, tu cherches simplement l’apaisement temporaire que ça t’apporte. La poussée d’endorphine, l’euphorie éphémère, le soulagement passager de la tempête qui vrille ton cerveau.  

C’est ce que tu recherches aussi dans les soirées que tu passes en boite de nuit, lorsque ton cerveau se déconnecte dans la foule, dans la chaleur étouffante, dans le bruit de la musique, l’ambiance générale. C’est ce que tu recherchais dans la boite où travaillait Maksim jusqu’à présent. Évidemment même lorsque tu auras besoin de te vider complètement la tête tu ne retourneras pas dans cet endroit. Tu n’iras pas dans un endroit qui vire des employés parce qu’ils aident une femme en détresse. Tu hausses de nouveau les épaules lorsqu’il te dit qu’il est le seul à blâmer pour ce licenciement, non clairement c’est le patron de cette boite qui est à blâmer dans cette histoire, certainement pas lui. Tu l’écoutes parler de son nouveau travail. C’est vrai que tu ne savais pas ce qu’il faisait jusqu’à présent, ce n’est pas une des questions qui t’es venue en tête lorsque tu lui parlais autrefois. Un léger sourire frôle le coin de tes lèvres en l’entendant parler de son nouveau patron parano, si tu avais eu ce genre de travail, tu n’aurais pas pu t’empêcher d’appuyer sur ce côté de sa personnalité pour lui faire croire à n’importe quoi. Encore un jeu que tu aurais trouvé drôle. T’es totalement irrécupérable ma vieille. « Un parano ? Promets moi Maksim que si un jour par le plus grand des hasards tu me vois et que tu es avec lui change de trottoir. Vraiment il vaut mieux pour lui que je ne m’approche pas. Traite-moi comme une ennemie hostile. » Tu préfères le prévenir. Même quand t’es pas défoncée, tu ne peux pas t’empêcher d’emmerder les gens. Tu ne pourras pas supporter de rester loin de cet homme qui a une peur bleue des empoisonnements. Des théories du complot aussi. La gamine malicieuse que tu étais, celle qui jetait des insectes sur les filles de ta classe à l’école primaire n’est jamais bien loin. Que tu peux être immature quand tu t’y mets Ju’. Tu restes d’ailleurs sur le même ton, en faisant la liste des blessures infligées au neveu de son ancien patron, tu restes sur le même ton en lui disant que tu n’irais certainement pas l’énerver. Tu n’as pas peur qu’il t’en mette une pourtant et ce qu’il te dit ne t’étonne pas tellement. « C’est tout à ton honneur de ne pas lever la main sur une femme. » Mais tu sais que ce n’est pas vraiment la vérité et tu n’iras certainement pas le blâmer pour ça. En légitime défense, tu ne regardes pas si en face de toi se trouve une femme, un homme ou un gamin. Si tu es en danger, tu te défends, c’est viscéral et compréhensible. Tu lui poses des questions sur les sports de combat qu’il utilise, tu te doutes qu’il a été bien formé en Ukraine, la vérité c’est que tu veux savoir ce qu’il fait désormais à Paris. Il te parle de Sambo. De Krav Maga. Tu ne connais pas du tout le premier mais le second tu as déjà aperçu cette discipline c’est assez intense, très impressionnant aussi. Tu bois une gorgée de ta bière en réfléchissant quelques instants à ce que tu vas lui dire ensuite. Cette question n’était pas anodine mais tu ne sais pas vraiment ce qu’il répondra. « A quel point frapper une femme te dégoûtes Maksim ? » Tu poses sincèrement la question, curieuse d’en connaître la réponse même si tu continues sur ta lancée pour ne pas le laisser dans le flou total. Il ne lit pas dans tes pensées Julie arrête de faire ça. « Quand je suis arrivée au foyer, j’ai vu quelques fois une psychologue, une abrutie finie qui me jugeait mais qui m’a donné un seul bon conseil. Frapper dans un sac pour me défouler. » Tu te souviens surtout des écorchures sur tes phalanges, du sang que tu laissais couler, de colère qui montait au fur et à mesure des coups. Tu entrais dans une rage folle et ça ne te calmais pas du tout. Puis tes punching-balls sont devenus des êtres humains. Tu te bats comme les gamins des rues. Tu n’as pas de technique. Aucune maîtrise de tes propres émotions et tu te laisses seulement diriger par la haine. « Je me disais que si t’as pas peur de me supporter tu pourrais peut être m’entraîner un peu… » Cette question a peine susurré montre qu’une seule chose Ju’ t’es pas à l’aise avec cette demande. Tu n’aimes pas demander d’habitude mais tu ne vas pas certainement pas t’imposer à Maksim lorsqu’il se libère de ses propres démons. Tu te grattes la gorge légèrement et tu reprends. « Je suis un peu désintoxication obligatoire et j’ai un peu de mal à ne pas me laisser tenter en ce moment. Je ne me fais pas confiance. Alors je me dis que ce genre de pratique devrait me soulager un peu. » Pourquoi demander à Maksim et ne pas aller ailleurs ? Pour la simple et bonne raison que tu ne fais pas confiance aux autres hommes. Tu ne sais pas comment se terminera ce genre de séance si tu rencontres une autre personne. Il t’a dit qu’il n’aimait pas frapper les femmes et tu le crois sincère qui te dis qu’un autre aura autant de scrupule que lui ? Et tu as cherché tellement de gens dans cette ville, tu risques de tomber sur une ancienne connaissance et tu n’as aucune envie de voir ça.

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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 31/1/2018, 01:09

Go Against the Flow
Perdu. Un qualificatif qui me sied si bien, qu’il pourrait être apposé sur ma carte d’identité en lettres majuscules rouges écarlates. Pas de quoi s’offusquer ou chercher à nier. De toute manière, même si je le voulais, j’en serais incapable. Je sais bien que c’est la stricte vérité ainsi que la triste réalité mais … . L’entendre pour la première fois de vive voix … je ne sais pas. On dirait que cela n’a pas du tout la même résonance, que lorsque c’est moi qui m’en convaincs tout seul. Qui ou que suis-je ? Vous allez me dire que c’est du pareil au même, et que je joue sur les mots. Pas tant que cela. Tout est une question de point de vue. Le qui est égoïste. Personne d’autre qu’un individu sait mieux que lui, qui il est. Logique. Quant au que … je dirais que c’est l’image que l’on renvoie aux autres. L’idée qu’ils ont et l’opinion qu’ils peuvent se faire de nous. Si la première question reste pour moi une énigme en pointillés, j’ai en revanche quelques petits éléments de réponse pour ce qui est de la seconde. Une boussole sans nord. Une bouteille à la mer ballottée au gré des caprices des flots. Une anomalie au sein d’une communauté. Un dahlia noir au milieu d’un champs de boutons-d’or. Un crapaud souillant et dépréciant la valeur d’une pierre précieuse. Voilà ce que je suis. L’écrin d’un passé en ruine et morcelé. D’un présent vacillant et claudiquant. D’un avenir cadenassé et stérile.

Perdu. Tout comme mon combat. Le dernier. Un combat perdu d'avance. Celui des représailles et de la vengeance. Celui qui me pousse à m’aventurer sur ce sentier de tout les dangers, où les parfums entêtants et enivrants de Némésis me rendent chaque fois un peu plus fou. Il est des moments où j’ai l’impression d’être Don Quichotte se battant contre les moulins à vents. La grosse côte n’est pas en ma faveur. Je suis l’outsider. Il me manque des données élémentaires et capitales. Comme l’identité ainsi que le nombre de mes ennemis. Par ennemis, je fais bien évidemment allusion aux personnes, ayant fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Le chirurgien et chercheur m’ayant opéré, le Professeur Barnier … ce n’est qu’un exécutant. Une vulgaire marionnette. Il y a forcement une tête pensante derrière tout cela. Un esprit malin, fourbe et retors tirant les ficelles dans l’ombre, et probablement à bonne distance. Je suis prêt à parier que les stratèges ainsi que les tacticiens gèrent et coordonnent tout depuis l’Ukraine, tandis que les petites mains et les préposés aux basses besognes sont sur le terrain, ici en France. Hum, il va falloir que je change mon fusil d’épaule. Si je veux faire échec au roi, il ne va pas falloir que j’élimine d’emblée les pions. Non. Au préalable, je vais devoir leur arracher de précieuses informations. Du style, pour le compte de qui ils travaillent, combien sont-ils, quel est leur but et j’en passe.

Les techniques d’interrogatoires musclées et relevant de la torture, ces manières de procéder que j’ai tant réprimé par le passé … on dirait bien que je vais être forcé d’y avoir recours, si je compte extorquer des aveux et des confessions à mes opposants. Quelle ironie ! Oh rassurez-vous, je ne suis pas un sadique. Lorsque je saurais et aurais ce que je veux, je promets de rapidement mettre fin à leur calvaire, et ce de façon définitive. Lutter sur deux fronts, remonter toute une camarilla et la mettre hors d’état nuire, afin qu’elle ne puisse plus « créer » de monstre comme moi. Tel est le cap que je me fixe. Le nord que je donne à ma boussole. Pour l’heure, je suis toujours la proie dans cette chasse à l’homme. Les pions sont à mes trousses et sur ma piste. Cette blessure par balle au niveau de mon cou, témoigne qu’ils ont bien failli remporter la partie et que le temps presse. Je dois faire vite. Me dépêcher. Repousser ce contre la montre et inverser le rapport de force. La vengeance comme moteur ? Oui. A la fois nécessaire, vital et autodestructeur. Un éclat de rire m’arrache à mes digressions intérieures. Le contraste entre la nature de ces dernières et le caractère quelque peu ingénu de ce rire, est pour le moins saisissant. Ce rire n’a rien à voir avec tout ceux grinçants et jaunes, que Julie a pu me témoigner jusqu’à présent. Non, celui-ci … on dirait qu’il vient du cœur. Il est clair, limpide, cristallin. Gorgé de malice et d’espièglerie.

On serait à deux doigts de se méprendre, et croire qu’il s’agit là du rire d’une petite fille. C’est sûrement ainsi que riait, ou plutôt que doit rire, « la vrai Julie ». Je sens mes lèvres se tordre et se déformer suite à sa remarque. Est-ce une grimace ? Une moue ? Un rictus ? Je ne saurais le dire. Si j’en crois ce qu’elle me raconte, nos abords différents de la chose n’ont strictement rien à voir avec mon grand âge. Après tout, ça aurait pu. Dans nos sociétés modernes qui prônent le jeunisme à outrance, lorsque vous franchissez le cap de la trentaine, on vous fait plus ou moins gentiment comprendre que vous êtes dépassé et plus bon à rien ou presque. Statistiquement parlant, je peux avancer sans prendre trop risque, qu’un bon tiers de ma vie est derrière moi. Mes accomplissements furent-ils bons, mauvais ou mitigés ? Ca, Dieu seul le sait. Ainsi que les limbes de mon cerveau embrumé. Je n’entends pas être un saint ou un modèle de vertu, pour le temps qu’il me reste. Juste faire les choses de façon … pas trop mal on va dire. Il y aura du répréhensible et du contestable, c’est évidant. J’ai juste le secret espoir qu’au final, on dénombrera cette fois-ci plus de blanc que de noir. C’est tout. Un subreptice sourire passe sur le visage de Julie aussi vite qu’une étoile filante fendant les cieux, lorsque je lui brosse rapidement le portrait de mon nouvel employeur. La suite me laisse quelque peu pantois.

Je comprends parfaitement le sens des paroles de Julie, seulement je ne suis pas certain de la façon dont je dois les interpréter. Ironise-t-elle ou alors est-elle sérieuse ? Apparemment, il semblerait que j’ai désormais également du mal à déceler le second degré. De mieux en mieux … . Je bégaie une amorce de réponse, avant de finalement me taire afin de ne pas être davantage ridicule. Un silence et un demi-soupir plus tard, je me contente finalement de lui promettre dans un ton d’une banalité affligeante, que je ferais mon possible pour l’éviter à l’avenir, si je la croise lorsque je serais « en service ». Qu’est-ce que l’homme qui m’emploie attend de moi ? Tout et rien, je dirais. Question d’équilibre. Etre à bonne distance mais en même temps pas trop loin. Détaché, évaltonné et concerné à la fois. Consciencieux, vigilent et surtout silencieux. Bref, un job taillé pour moi sur mesure, si j’ose dire. Ici aussi, ce Monsieur, qui n’est autre que le dirigeant des filiales de Nissan en France, était plus que frileux à l’idée de m’engager. Bah oui, comment allait-il justifier aux yeux du FISC qui l’a dans le collimateur, l’emploi d’un salarié étranger en situation irrégulière. Pauvre petite chose … ! C’est finalement l’interpellation et la maîtrise d’un militant écolo forcené, avant qu’il n’ait eu le temps de s’acquitter de son macabre forfait, qui a signé la fin de ma « période d’essai » et le début de mon embauche à plein temps définitive. D’un coup d’un seul, je suis étrangement devenu indispensable à ses yeux, passant par la même occasion dans son estime de je cite, « le ruskov » à « son paladin ». Aller savoir pourquoi … .  

Rémunération en liquide. Du black en quelque sorte. Cela arrange tout le monde. Il truande joyeusement l’administration, tandis que je dispose du moyen de paiement le plus sûr et le plus intraçable qu’il soit. Hum, je suis peut-être tout aussi parano que lui au final. Bon dans un monde parfait, il ne s’obstinerait pas à m’appeler Dmitri et à croire que je suis russe, mais dans l’ensemble j’estime que je n’ai pas à me plaindre et que je suis plutôt bien tombé. Fort heureusement, j’arrive encore à faire la part des choses. Traduction : je ne vais pas faire ce que l’on attend de moi de la même façon avec une femme ou un gringalet faisant cinquante kilos tout mouillé, qu’avec un malabar tout en muscles. Simple question de réglage et d’intensité. A quel point frapper une femme révulse ? Cette question me laisse interdit et coi. Enfin, devrait me laisser. Du moins, je suppose. J’allais pour objecter quelque chose, mais Julie me coupe l’herbe sous le pied en me faisant part de son raisonnement. Alors, c’est pour ça. Moui, ça peut se faire. Après tout, ce n’est pas comme si je ne savais pas quoi faire de mon temps libre. Entre deux escapades sur les chemins de la vengeance, je peux bien trouver quelques moments pour l’initier aux b-a ba du self défense, à raison d’une ou plusieurs fois par semaine. N’ayant donc aucun prétexte ni excuse pour décliner sa requête, je lui réponds en acquiesçant :

« Oui, bien sûr. Au contraire, si cela peut t’aider dans ton processus de sevrage, je … je serais ravi de pouvoir faire quelque chose. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faudra qu’on fasse un peu de footing, de cardio et de renforcement musculaire pour lancer la machine. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus marrant et intéressant, mais je pense que ça sera essentiel pour éviter les petits bobos, les mauvaises surprises le lendemain comme les crou… cour-ba-tures, ou encore les blessures plus graves du genre claquage ou élongation. Après, on pourra passer à des petites mises en situation agresseur/agressé. Puis si tu le désires, je pourrais t’apprendre quelques techniques plus poussées. Je t’expliquerais et te montrerais comment faire en shadow boxing comme on dit, puis tu essayeras de les reproduire jusqu’à ce que tu les maîtrises parfaitement en t’entraînant sur moi. Ne t’en fais pas, j’ai le cuir aussi dur qu’un rhinocéros. Vois-moi comme un puching-ball et n’aies pas peur de retenir tes coups le cas éph… échéant. ». A ce qu’on dit, la pratique sportive permet à l’organisme de sécréter des endorphines qui donnent meilleur moral, et apporte sur le coup une espèce d’état d’euphorie. Un peu comme les effets des drogues, mais dans des proportions nettement moindres, évidemment. Si elle souhaite décrocher de ses addictions, un sport de combat peut être un bon dérivatif en plus d’un parfait exutoire. Conclusion, c’est tout bénéf pour elle. Pour elle seulement ? Peut-être pas. Peut-être que moi aussi, j’ai quelque chose à y gager ? Peut-être, peut-être … . On verra le moment avenu. D’ici là, j’ajoute en inclinant quelque peu la tête et en haussant les épaules : « Et puis … cela peut sans doute être une bonne chance pour moi aussi. On me dit associable alors … te voir régulièrement et entretenir des rapports humains avec toi, pourrait peut-être me permettre de ne plus vivre comme un emr… ermite. ». C’est ce que m’avait invité à faire le Docteur Roucka. La psychologue s’étant entretenue avec moi après mon opération. Elle m’a martelé à maintes et maintes reprises de me faire violence, et d’aller au maximum possible vers les gens. Selon elle, cela pourrait être une solution pour éradiquer l’amnésie, l’apathie ainsi que « les crises ». J’ai toujours considéré ça comme étant une perte de temps ainsi qu’une hérésie, mais … je me dis qu’il est probablement temps de sauter le pas, et de voir ce que cela peut donner.          
                                                                                                                                                     
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 1/2/2018, 18:42


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
Cette journée se révélait vraiment étonnante. T’avais en tête de sortir un peu prendre l’air, aller à la piscine pour te changer les idées et tu te retrouves dans ce bar avec Maksim, commandant ta seconde bière. Tu te serais arraché le cœur avec les dents si ça avait pu calmer la douleur qui se propageait dans tes veines depuis le réveil et te voilà qui rigole à gorge déployée, un rire que tu n’avais plus entendu depuis longtemps désormais. Tu aurais préféré te faire écorcher vivante plutôt que de parler de ton passé, de tes parents et du premier drame de ta vie et tu en avais raconté presque la totalité à l’homme en face de toi. Et te voilà quelques heures plus tard à discuter avec Maksim comme si vous étiez de vieux amis. Il t’a parlé de sa vie d’avant. Tu lui as offert la tienne sur un plateau bancal. Il t’a parlé de son problème de mémoire. Tu lui as sous-entendu que tu aurais voulu oublier. Il t’a parlé de son nouveau boulot. Tu lui as raconté tes travers sexuels. Tu lui as présenté ton jeu et il a accepté d’y jouer avec toi. Tu es surprise par la facilité avec laquelle tu t’exprimes librement avec lui. Peut-être parce que tu ne vois aucune trace de jugement au fond de son regard. Il ne te pose pas de question c’est toi qui parles. Partager tes fardeaux avec quelqu’un est étrange pour toi qui ne l’avait encore jamais fait auparavant mais c’est relaxant de ne plus être la seule à savoir. A connaître ce sentiment de culpabilité qui te ronge la chair et le cerveau depuis trop longtemps. Tu lui fais étrangement confiance et peut être que tu ne devrais pas mais ça t’est égal. Parce qu’au fond même si il se révèle ne pas être la personne qu’il dit tu seras simplement blessée une nouvelle fois. Tu es rodée tu as l’habitude. Tu ne fais presque pas confiance aux autres, très peu voient derrière le regard et le visage de la fêtarde toujours défoncée. La débauche n’est qu’une manière comme une autre de pouvoir respirer un peu mais tu n’es pas que ça. Et même si tu te juges souvent trop sévèrement dans tes moments de calme tu sais qu’au fond de toi, derrière la gamine égoïste et capricieuse il y a une fille qui valait le coup d’être vu. Elle est peut-être morte sous la cocaïne, l’alcool, le sexe scabreux et les coups-de-poing, mais elle était là autrefois, attendant simplement que tu arrêtes de jouer à des jeux qui auront un jour ta peau. Tu ne sais pas combien de temps tu te tiendras loin de ton ancienne vie, tu ne sais pas combien de temps tu resteras clean mais tu veux profiter de la douleur, de la joie, des pleurs et des rires que tu ne ressentiras plus après. Tu ne sais pas combien de temps tu vivras encore alors tu veux juste brûler la chandelle par les deux bouts avant qu’il ne soit trop tard, parce que tu sais que la prochaine fois tu plongeras tu n'arrêteras pas, tu ne reviendras pas. Ça en sera fini de toi. C’est peut-être pour ne pas en arriver là que tu demandes à Maksim de t’entraîner, décharger ta haine et ton chagrin dans une discipline saine pourrait en effet te faire du bien Ju’. Les autres veulent que tu parles, que tu les laisses porter ton fardeau sur leurs épaules, ils veulent t’aider à coup de thérapies et de jugement d’une femme ou d’un homme que tu ne connais pas. T’as aucune envie d’aller en centre de désintoxication, tu peux essayer seule. Tu te le dois. Tu le dois à la gosse que t’as descendue sans un regret. T’as aucune envie d’aller à des groupes de paroles où tu entendras des histoires bien plus glauques que les tiennes. Où on te regardera avec compassion, où on te dira que ce n’est pas de ta faute, que tu n’es qu’une victime d’un simple accident. T’as aucune envie d’entendre les diagnostiques des médecins. T’as aucune envie de savoir à quel point t’as détruit le corps, que tes parents t’ont offert, avec toutes tes saloperies. T’as juste besoin de frapper quelque chose ou quelqu’un, t’as juste envie de respirer autrement, différemment d’avant. Tu n’es pas sûre qu’il accepte mais un refus ne te feras rien du tout, tu secoueras les épaules et tu chercheras autre chose. Quelqu’un d’autre. Ou tu resteras simplement chez toi. Un sourire se développe sur tes lèvres lorsqu’il te répond par l’affirmative. Tu gémis de dépit lorsqu’il te parle de footing, de cardio et de renforcement musculaire, t’as jamais aimé le sport toi, même à l’école, l’idée de transpirer de cette manière te donne déjà des boutons mais sagement tu hoches la tête. Une lueur amusée brille dans ton regard lorsqu’il te dit de te servir de lui comme punching-ball, t’as déjà fait ça, seulement tu le faisais lors de combat que tu avais le plus souvent amorcé. « T’utiliser comme punching-ball n’est peut pas une très bonne idée. » Tu ne donnes jamais le premier coup c’est vrai mais dès que tu commences tu n’arrives pas à arrêter. « Il faudra sans aucun doute que tu m’arrêtes à un moment, parce que j’ai tendance à me battre comme une gosse des rues. » Ce que tu es d’ailleurs Ju’. T’es peut être plus une gamine depuis longtemps mais tu fais partie de la vie nocturne de la capitale. À Marseille, savoir se battre était une nécessité lorsque tu vivais encore chez toi, ton quartier était trop peu sûr pour tu vives tranquillement en étant une fille, alors t’as commencé comme ça, en corrigeant des gamins comme toi lorsqu’une main t’effleurait d’un peu trop près. Puis comme un chien avec le goût du sang tu y as pris goût. Un goût bien trop prononcé si tu veux mon avis. « Mais bon je pense que tu essaies surtout de me tuer avec ton footing et ton cardio, je vais même plus pouvoir lever un bras après ça. » Tu grommelles pour la forme, parce que eh si tu le faisais pas ça ne serait certainement pas toi, mais tu feras ce qu’il te demandera parce que t’en as besoin. Tu souris lorsqu’il te dit que t’entraîner lui permettra de ne plus être un ermite. C’est bien au moins il a compris que tu ne laisseras pas dans ses silences et que tu l’obligeras à parler encore et encore. Peut-être qu’il t’apprendra sa patience en retour. « En effet difficile d’être un ermite avec moi dans les parages, ne t’inquiète pas au final tu te feras à mes monologues interminables et peut être que tu me répondras ! » Tu te le taquines mais tu sais qu’aujourd’hui il a été bien plus bavard que lors de toutes vos rencontres précédentes. Tu glisses le goulot de ta seconde bière contre ta bouche et tu avales un peu de courage liquide avant de reprendre la parole. « Sans rire Maksim, merci pour ce que tu fais pour moi. » Tu entortilles tes doigts autour de ta chevelure blonde d’un geste nerveux. « Je sais que je ne suis pas toujours facile alors c’est gentil d’accepter de m’aider, même si je suis presque sûre que tu le regrettes déjà. » Il le regrettera sûrement. Ou toi tu le regretteras plus tard lorsqu’il te fera souffrir en courant. Mais ce n’est pas important. Le plus important dans cette journée c’est que vous vous êtes apporté mutuellement quelque chose. Maksim sort de son mutisme près de toi. Et tu te calmes un peu près de lui. Ça pourrait bien être le début d’une franche amitié par la suite qui sait.


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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 2/2/2018, 22:00

Go Against the Flow
J’ai un rapport au fatalisme pour le moins ambigu. Par moments, je me dis à quoi bon. A quoi bon lutter, se débattre et s’époumoner dans le vide ? L’impression que les dés sont pipés et que l’on n’échappe pas à ce qui nous arrive. Au karma, au destin, au sort. A cette espèce de force invisible qui régenterait tout, et dont le nom diffère selon l’endroit où l’on se trouve sur le globe. Et puis des fois, je refuse d’adhérer ou de dire amen à ce déterminisme et ce sentiment de résignation. Alors, j’essaye de me convaincre que rien n’est figé ou gravé dans le marbre. Bien sûr, il est idiot et naïf d’imaginer que l’on puisse avoir une emprise complète sur notre vie. Seulement … je crois que dans l’océan de décisions que nous sommes amenés à prendre, il y en a quelques unes dans le lot de pas trop mal et qui ont le mérite de changer les choses, ou au minimum de les faire avancer. Tout dépend d’un certain concours de circonstances, je dirais. Les gens ont à cœur d’être acteur de leur propre vie à certaines périodes, et à d’autres, ils préfèrent se positionner entant que spectateurs restant bien sagement assis et regardant le film défiler sous leurs yeux. Enfin, je présume. Moi ? Oh moi, je suis complètement largué. L’intrigue m’échappe totalement, les protagonistes me paraissent flous et les dialogues semblent n’avoir ni queue ni tête. Bref, c’est comme si je regardais un film de série B coréen sous-titré en finnois. Hé, tout compte fait, je ne suis pas si mauvais que ça pour filer les métaphores.
                       
En revanche, s’il y a bien un domaine dans lequel je reste pour l’heure mauvais et médiocre, c’est bien la constance. Je suis incapable d’avoir un positionnement net ou un avis bien tranché. Je joue sur tout les tableaux et oscille entre les extrêmes, comme si je voulais exploiter tout les dégradés d’un nuancier ou d’un camaïeu. Faire des choix est une chose qui m’est bien difficile, pour ne pas dire impossible. S’il est vrai que l’être humain est par définition tout et son contraire, alors j’en suis la preuve par trois. Égoïsme et abnégation. Libre et prisonnier. Galvanisé et plein d’énergie, puis d’un coup d’un seul sans savoir pourquoi ni crier gare, amorphe et asthénique. Même pour ce qui est de ma sexualité, je suis incapable de me positionner et de choisir. Si ça se trouve, il y a peut-être un lien de cause à effet avec ces « crises » ? A jouer tout le temps les balances, à être un adepte du faut-il faut-il pas, à sans arrêt gamberger, cogiter, se tâter : il doit arriver un moment où l’on devient fou. Ouais, va savoir … . J’ignore si parmi la longue liste des concepts et des idées existant il y en a une ou un auquel je crois, mais en tout cas force est de constater que les absolus n’en font pas partis. C’est une bien sotte pensée que celle qui prétend que l’Homme est un être immuable. Evidemment, il est rare voire improbable que son caractère et sa nature profonde changent. Même si l’histoire m’a prouvé que quelques petits coups de bistouri dans la boite crânienne sont vraisemblablement capables du contraire.

On grandit, vieillit, évolue. Il en va de même pour certaines choses. Les goûts, les idées, les opinions et même la manière d’écrire quand on y pense. Alors oui, ça me fait doucement rigoler quand untel ou unetelle affirme que ça sera toujours comme ci, ou jamais comme ça. Toujours et jamais. Voilà bien deux mots qui ont le don de me faire grincer des dents. Les chefs de fil du déterminisme et du fatalisme, sussent mentionnés plus tôt. Vous en doutez encore ? Eh bien, regardez Julie dans ce cas. Elle est la preuve vivante de ce que j’avance. Elle aspire au changement. Ou en tout cas, elle essaye de tout mettre en œuvre pour. Pourtant, elle pourrait tout aussi bien faire le choix de facilité. Considérer la situation actuelle comme étant acquise et définitive. Continuer à consommer toutes sortes de stupéfiants, dans des quantités dont elle seule connaît le nombre exact. Ne rien faire est tellement plus simple. Au lieu de ça, elle préfère prendre un risque. Briser le cercle sur lequel elle tournicote pour en définir un nouveau. Peut-être qu’elle y arrivera, peut-être qu’elle reviendra au point de départ, mais au moins elle aura la satisfaction de se dire qu’elle aura essayé. Qu’elle aura tenté d’explorer toutes les possibilités. Eh puis, si le résultat escompté n’est pas au rendez-vous, rien ne l’empêchera de recommencer lorsqu’elle le désirera. C’est sûr qui si l’on ne prend pas de risque, on n’a rarement l’occasion de tomber, de se tromper ou d’émettre des regrets. Mais la vie est-elle meilleure et satisfaisante pour autant ?

Bien entendu, seule Julie peut faire bouger les lignes. Personne ne peut avoir la volonté à sa place. Toutefois, il est possible qu’un tiers l’aide, la soutienne, l’accompagne et lui insuffle de la motivation. Cependant, je doute être la meilleure personne qui soit pour cela. Comment une personne évoluant déjà elle-même de guingois, peut-elle servir d’appui à une autre ? Seulement, je ne me voyais absolument pas répondre à cette demande par la négative. Pourquoi ? Ca, je n’en ai foutrement aucune idée. De vieux restes inconscients de ma carrière désormais révolue de militaire ? Un credo du style : « On n’abandonne pas un Homme à terre. » ? Possible. En tout cas, c’est une explication rationnelle et qui se tient. La même serveuse à l’accent prononcé caractéristique de celui que l’on rencontre dans les régions frontalières allemandes, revient vers nous et s’enquiert de savoir si nous avons besoin de quoi que ce soit. Julie se laisse tenter par une seconde tournée. Quant à moi, je décline poliment. Je suis le chaperon dans l’affaire, ne l’oublions pas. Mieux vaut donc que j’ai les idées claires au cas où. Si je reprends de ce breuvage qui n’est ni plus ni moi que du sucre à l’état liquide, je risque de ne pas fermer l’œil de la nuit. Ce qui serait problématique, surtout quand on sait que je suis censé aller récupérer l’autre espèce d’excité de la théorie du complot, aux aurores demain à Roissy.

Non, il n’a pas tenu à m’emmener dans sa valise. Apparemment les japonais voient dans les gardes du corps, le signe manifeste que les personnes faisant appel à leurs services, témoignent de la méfiance ainsi qu’un manque cruel de confiance envers leurs interlocuteurs. Je suis donc resté au bercail afin d’éviter tout malentendu. Je n’ai pas chômé pour autant. Entant par conséquence au service de Madame durant l’absence de son cher mari, j’ai endossé le rôle de laqué et de valet portant ses paquets et ses colifichets, lors de ses folles virées shopping où elle a fait chauffer comme il se doit la Gold Master Card de sa vache à lait d’époux. Je ne pensais pas dire ça un jour, mais je ne vais pas être mécontent de retrouver mon parano névrosé d’employeur ainsi que mes attributions originelles. En revanche, le programme des réjouissances que je propose à Julie est loin de l’emballer. Ca peut se comprendre. J’imagine que ses poumons doivent être bien encrassés et qu’elle risque de pas mal tirer la langue au début, si je puis m’exprimer ainsi. Bien que je sois loin d’être très doué pour cela, j’essaye tout de même de la rassurer et de dédramatiser : « Rassure-toi, il n’y aura d’intensif ou qui puisse relever du programme d’entraînement d’un soldat des forces spéciales, ou d’une mora… marathonienne. On prendra le temps qu’il faut et ira à ton rythme. ».

Evidemment. Il ne s’agit pas de repousser ses limites ou de jouer les coureurs de demi fond. C’est une simple remise en forme. On ne va pas aller chercher des chronos ou je ne sais quoi. Un retour aux bases. Pratiquer une activité physique, permettant à l’organisme de fabriquer de nouveaux globules rouges et capillaires, ainsi que d’évacuer les toxines. Il n’y a aucune contrainte de date butoir ou d’obligation de résultat. Même si je ne cache pas que je serais sûrement fier, si un jour elle devient abstinente. Je pourrais me dire que d’une certaine façon, j’ai contribué à son succès. On ne peut pas être totalement abstinent. Même s’il a décroché, un fumeur peut refumer, un alcoolique peut boire de nouveau et un drogué peut retomber le nez dans la neige. L’addiction ne disparaît jamais totalement. Elle est simplement en sommeil, et peut se réveiller au moindre coup dur pour le moral. L’idée que je puisse lui servir de défouloir ne semble guère être à son goût. Au contraire, elle paraît même plutôt craindre le fait que cela puisse lui être préjudiciable. Hum. Je veux bien essayer de mettre le holà, si je constate que son corps n’est pas loin d’atteindre son point de rupture mais … je doute que Julie soit le genre de fille qui entende facilement raison. D’autant plus lorsqu’elle doit être dans le feu de l’action, ou aux prises avec une petite montée d’adrénaline. Qu’importe, on verra et avisera en fonction le moment venu. Merci. Stupéfaction, incompréhension, sidération.

Comme si le ciel me tombait sur la tête. Je crois bien que c’est la première fois qu’on me dit ce mot et que l’on me témoigne de la gratitude, depuis que je suis ici en France. Ca me fait … bizarre. Une impression si bizarre, que je suis tout bonnement incapable de mettre des mots dessus pour la décrire. Avec ce flegme olympien et cette retenue m’étant propres, je rétorque sans effusion aucune : « Pas de quoi. Si l’on peut s’entraider et se serrer les coudes pour art… entrevoir le bout du tunnel, cela serait dommage de s’en priver. ». C’est sûr qu’à deux, les défis paraissent tout de suite nettement moins insurmontables. On trouve un second souffle. En faisant bloc et s’unissant, on a moins peur des loups qui guettent le trappeur. Hors de question cependant, de l’impliquer dans mon défi. Que je joue les braves la mort et mette ma vie en danger soit, que je fasse de même avec celle de quelqu’un d’autre qui n’a rien à voir là-dedans … non, non et trois fois non. Il y a neuf chances sur dix que l’issue me soit défavorable et fatale. Inutile donc d’entraîner avec moi dans la tombe d’autres personnes. Tiens, on dirait qu’il y a du rififi du côté du comptoir. Le couple, que j’ai visiblement bien cerné, est entrain de se déchirer et de faire monter les décibels. J’entends … « va te faire foutre » ; « t’es qu’un pauvre con » ; « barre-toi ». A vrai dire, ce n’est pas très clair et audible d’où je me trouve.

Elle jette finalement avec hargne son sac sur l’épaule et quitte très remontée le bar. Petite moue dubitative sur le visage, je sors du time-out et reprends part au jeu de Julie : « Mon pronostic. Isabelle va rentrer chez elle pleurer toutes les larmes de son corps, avant de se mettre au lit. Avec peut-être même un petit coup de pouce médical. Marc va rester assis sur son cul et boire tout son soul jusqu’à la fermeture. Lorsqu’il rentrera aux aurores, il se confondra en excuses et lui promettra qu’il va changer. Même s’il n’en croira pas un mot. Isabelle lui pardonnera, bien qu’au fond d’elle, elle saura pertinemment que rien ne bougera d’un lo… iota et que ce genre d’accrochage sera amené à se reproduire. Bref, on appose un pansement sur une plaie béante et on recommence. ». Oui. Ca doit être ça l’amour. Celui qui n’est que passion et qui oscille entre haine et tendresse. On se blesse, on s’assassine et au final on se retrouve et se cajole. Ils se détestent tout autant qu’ils s’aiment. Eh pourtant, ils sont incapables de vivre l’un sans l’autre. Quoi qu’il puisse faire, quoi qu’il puisse dire, tout ramènera sempiternellement Marc à Isabelle et inversement. Est-ce beau, romantique ou alors carrément pathétique ? J’avoue que là, je m’interroge.                
                                                                                                                                                   
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 3/2/2018, 16:46


Go Against the Flow
Maksim Kryuko & Julie Perrin
Pourquoi tu as attendu autant de temps pour te reprendre Julie ? T’aurais pu faire ce sport en arrivant de Marseille. T’aurais pu te bouger un peu plus et ne pas te laisser t’enfoncer. T’aurais pu accepter les quelques mains qui se sont tendues sur ton passage durant ces sombres années. T’aurais pu revenir dans ta ville et réapprendre à connaître ton petit frère. Non toi, t’as attendu qu’il ne soit plus sur cette terre, qu’il ne soit plus là pour apprécier tes quelques efforts pour frapper d’un coup de pied le sol et nager à contre-courant pour remonter à la surface. Tu es une idiote. Mais la vérité c’est que le jour où tu as entendu le message de ta belle-sœur sur ton téléphone, t’a compris que tu n’avais plus rien cette fois-ci. T’as ressenti un violent coup dans ton estomac et tu t’es dis que si tu ne faisais pas d’effort les morts qui jonchent ta vie serraient bientôt agrandit par ta propre vie. Est-ce que tu aimes assez la vie pour continuer sans eux ? Tu n’en sais rien mais tu n’as jamais essayé. Tu ne seras sûrement pas la gentille et douce jeune femme que ton doux visage peut refléter. Mais tu peux tenter le coup. Et si ça ne marche pas ? Tu te laisseras de nouveau partir à la dérive loin, très loin de la terre ferme jusqu’à ce que tu sois percuté par un bateau et que tu coules totalement sans possibilité de revenir. Cette décision elle n’a pas été prise de gaieté de cœur. Tu en souffres bien plus que tu veux le dire. Tu en souffres bien plus que ce que tu veux le montrer mais si tu as bien une qualité c’est que tu es assez têtue pour t’en sortir si tu le veux vraiment Ju’. Il te faut juste un peu de confiance en toi. Ce que tu n’as pas du tout. Mais tu fais assez confiance à Maksim pour qu’il t’aide un peu dans la construction de ta nouvelle vie. Cours de Krav Maga. Torture en faisant du jogging. Du sport pour te sortir de tes sombres pensées. Peut être que tu pourras te calmer un peu après ça. Néanmoins tu sais que cette décision est à double tranchant. Il peut t’aider mais tu peux aussi le faire sombrer avec toi. T’es assez persuasive pour ça. Ça ne sera certainement pas la première tête sur laquelle tu appuies pour l’entraîner avec toi dans les bas-fonds de Paris. Des âmes perdues tu en as connues un grand nombre, elles t’attirent comme un moustique est attiré par la lumière. Tu t’approches toujours des gens qui te ressembles au fond d’eux. Sauf qu’au lieu de les aider ou de les laisser t’aider. Toi tu préfères les aider à se détruire. Comme si tu supportais mieux la solitude lorsque tu étais accompagnée. Tu espères donc ne pas entraîner Maksim avec toi dans ta prochaine descente aux enfers. T’as assez de respect pour lui pour ne pas vouloir lui faire ça. Néanmoins tu ne lui dis rien, tu ne lui énonces pas tes peurs, tu n’es pas assez proche de lui pour ça. Tu lui en as déjà assez dit sur toi aujourd’hui. Ce n’est plus un gamin non plus, il s’en sortira sans problème. Du moins tu imagines. Mais si tu pouvais le faire sortir de sa coquille tu ne dirais pas non, non plus. Lorsqu’il te parle de son programme tu ne retiens pas ta grimace et tu souris de nouveau lorsqu’il te dit que ça ne sera pas un programme des forces spéciales. « J’espère bien. Je n’ai jamais été très douée avec les ordres. » Tu m’étonnes. T’aurais été la pire recrue de l’armée. Tu aurais passé ton temps à contredire les ordres, t’aurais sûrement terminé au trou ou tabassé par tes camarades à force de punition. Le pire là-dedans c’est que tu ne serais même pas venue t’excuser. Tu n’aurais même pas changé. T’aurais simplement continué sans te prendre la tête avec les conséquences. Réfléchir avant de parler ? Ce n’est pas pour toi ça. Ta langue fonctionne indépendamment de ton cerveau. Elle s’active seule dans ta bouche avant même que tu réfléchisses à tes paroles. « C’est surtout que je n’ai pas fait ce genre de chose depuis le lycée. » Et encore, tu te souviens bien que tu passais tes cours de sport dans les vestiaires à fumer des joints. T’avais jamais tes affaires. T’avais toujours tes règles. T’étais malade. Bref toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas porter de jogging et de baskets. La présence des filles de ta classe te rendait dingue. Les conneries qu’elles pouvaient sortir te donnaient envie de te pendre avec tes lacets. Et tu aguichais la gent masculine avec le plus grand des plaisirs. Du coup dans ce genre de cours à part subir les foudres des uns et des autres tu n’aurais pas appris grand-chose. Tu sais pourtant qu’avec Maksim ça sera différent, il ne te laissera pas te rétracter. Tu lui as demandé quelque chose et il le fera. Tout comme tu es sûre que si tu levais ta main pour commander un whisky il refuserait pour toi, parce que tu lui as fait, en quelques sortes, promettre de ne pas te laisser t’autodétruire cette nuit. C’est surtout pour ça que tu le remercies. Il ne connaît pas vraiment et pourtant il accepte de jouer les chaperons et les coachs avec toi. Se serrer les coudes. Voir le bout du tunnel. Voilà des mots qui font s’assombrir ton regard. De nouveau l’inquiétude vibre au fond de toi. Tu n’as aucune envie de l’entraîner dans tes conneries. Tu préférerais qu’il t’attire dans la lumière plutôt que toi dans l’obscurité. Mais tu ne sais pas comment se finira cette étrange amitié qui se tisse entre vous deux. « Ne me laisse pas te détruire Maksim. » Des mots d’une simplicité déconcertante mais sincère. Il a été dans l’armée ukrainienne c’est sûrement pas une jolie blonde qui le fera sortir de ses objectifs mais on ne sait jamais. On ne peut jamais savoir comment se déroule une relation avant de la voir venir. Tu es arrêté dans tes explications par la voix de Marc et par son emportement. Tu sens tes lèvres se pincer en voyant un éclair d’impuissance et de souffrance recouvrir le visage d’Isabelle lorsqu’elle s’en va. Tu écoutes les paroles de Maksim et tu hoches gravement la tête. Il a raison. Un pansement sur une plaie béante, voilà une image qui correspond parfaitement à ce couple. « Excuse-moi une minute. » Un muscle de ta joue saute lorsque tu serres ta mâchoire. Tu te lèves de ton siège sans un regard en arrière et tu t’approches de Marc, ton dos s’est soudainement contracté et toute la tranquillité d’esprit que Maksim avait pu faire apparaître durant un instant s’efface d’un seul coup. La gifle que tu mets à Marc résonne dans le bar mais tu n’en as strictement rien à faire. Il se lève d’un seul coup en te traitant de salope. On t’a déjà traité de pire alors tu hausses les épaules. « Tu vas te bouger le cul, arrêter de boire et rattraper ta femme. Et je te préviens que si tu ne baisses pas ta main je te casse le doigt. » En effet Marc avait dans l’idée de te rendre la monnaie de ta pièce en t’en mettant une à son tour. « T’es pathétique mon gars tu ne tiens même pas debout ! Casse-toi d’ici avant d’être encore plus ridicule que maintenant. » Ce ton glacial qui vibre au fond de ta gorge tu le connais, il n’est présent que lorsque tu t’énerves vraiment. Tu n’immisces pas dans la vie d’Isabelle normalement, mais cette fois-ci, tu ne pouvais pas rester assise tranquillement sur ton siège. « C’est la droguée qui me dit que je suis pathétique ? C’est à mourir de rire. » Un va te faire foutre se dessine sur tes lèvres mais tu le retiens de justesse. Tu sais que tu n’es pas mieux que lui, mais toi au moins tu n’as pas de mari que tu détruis de tes conneries. Il se retourne vers Maksim. « Mec je serais de toi je me méfierais d’elle ! C’est un sac à MST cette fille. » Second claquement. Seconde gifle. Mais elle ne dit plus rien et retourne s’asseoir ignorant toutes les têtes retournées vers la scène. Marc se sentant con, ou juste pathétique s’en va en claquant la porte du bar. La demoiselle regarde l’homme en face d’elle, un léger sourire crispé par la colère sur les lèvres. « Bienvenue dans mon monde Maksim. » Et c’était aussi simple que ça. Il venait d’entrer dans ton monde sans même le savoir, sans même le vouloir.

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Je suis dévastée, laminée, à bout de souffle. Au terminus d'une chute sans fin qui a terminé bien des années plus tôt. Je ferme les yeux. Dans la tête de détachent les fragments d'une histoire dont je connaissais déjà la fin.
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MessageSujet: Re: Go Against the Flow - (Maklie) 5/2/2018, 22:02

Go Against the Flow
Concrètement, qu’a fait le nourrisson que je suis au cours du premier mois de sa seconde vie ? Il s’est caché. S’est terré comme un rat d’égout. Il a tenté de se faire plus petit qu’une souris. A vécu comme un prisonnier en cavale, sans réellement savoir ce qu’on lui reproche. Il ignore tout de l’identité des accusateurs qui l’accablent de charges, dont les natures lui sont tout aussi inconnues. Si accusateurs et charges il y a. Ce qui dans le fond reste à prouver, vu que cela pourrait très bien être de la curiosité scientifique et médicale élevée au nom de la recherche ou du progrès. Pas très morales et déontologiques comme pratiques, mais pas impossibles pour autant. Après tout, les grandes avancées et découvertes médicales reposent sur le sacrifice d’une poignée d’individus. Un sacrifice contestable, mais indispensable quoi qui l’en soit pour l’intérêt général du plus grand nombre. Pour faire simple et être plus clair : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Ne dit-on pas que l’Homme est un loup pour l’Homme ? Entant que bon mammifère qui se respecte, il est donc capable de faire preuve de cruauté et de barbarie envers ses semblables. Ca peut paraître dingue mais … je crois que j’arriverais davantage à accepter ce que l’on m’a fait, si j’avais la garantie que cela possède un sens. Que cela a été fait pour servir une cause ou un but précis. Savoir qu’il s’agirait en réalité d’un acte gratuit, injustifié et relevant presque du divertissement du style taillons dans le cerveau à l’aveuglette et voyons ce qui se passe … je crois qu’il n’y aurait rien de pire.

D’emblée, je me suis sentis menacé. L’instinct de survie m’a poussé à me fondre dans la masse, à vivre comme Monsieur tout-le-monde afin de ne pas éveiller les soupçons, et surtout pour ne pas être repéré par mes ennemis. Enfin de mes ennemis, c’est un bien grand mot. Au minimum, j’ai tenté d’échapper à la ou aux personnes ayant cherché à attenter à ma vie lors de ma sortie de l’hôpital. Et si … et si depuis tout ce temps, j’étais dans le faux ? Que je n’avais pas la bonne grille de lecture. Et si c’était moi la menace ? Admettons que j’ai pu voir, entendre ou avoir accès à quelque chose. Quelque chose de suffisamment explosif et confidentiel pour que l’on puisse tuer. Cela voudrait que cette lobotomie digne de Mengele, n’était pas une punition ou un châtiment. Non, cela serait plutôt un moyen subtil et détourné de me faire taire en supprimant de ma mémoire, ces précieuses informations qui n’auraient jamais dû tomber entre mes mains ou parvenir jusqu’à mes oreilles. D’accord, c’est complètement tordu comme raisonnement, mais ce n’est pas … . Attendez une minute. Et si les choses ne s’étaient pas déroulées comme prévues ? Si le but de la manœuvre était plutôt de faire moi un légume, ou un être catatonique qui baverait en permanence et qui serait incapable de pouvoir communiquer par quelque moyen que ce soit. Ils n’auraient que des avantages. D’un côté l’assurance que leur secret ne sera jamais ébruité, et de l’autre ils n’auraient pas une goutte de sang sur les mains.

Me rendre amnésique n’était clairement pas dans leurs plans. Si cela aurait été le cas, leur mission aurait été accomplie. Ils m’auraient foutu une paix royale, et n’auraient rien eu à gagner en m’abattant. Bien sûr, c’est ça. Ils paniquent et sont sur des charbons ardents. Ce que craignent plus que tout ces gens, c’est que la mémoire me revienne et que je fasse un grand déballage qui sèmerait un joyeux bordel. A leurs yeux, je suis une grenade dégoupillée qui menace d’exploser à tout instant, occasionnant ainsi des dommages considérables et irréparables. C’est pour cela qu’on cherche à tout prix à me liquider au plus vite, avant qu’il ne soit trop tard. On dirait que les pièces du puzzle commencent à s’imbriquer. Ca peut paraître improbable et absurde, mais c’est la seule explication que j’ai trouvé qui me satisfasse. Bordel ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? En supposant que ce cas de figure où je suis la force de dissuasion, le flingue sans cran de sécurité soit le bon : je n’ai donc aucune raison de rester planqué. Je peux faire à peu près tout ce que je veux. Qui plus est, le fait que plus personne n’ait retenté de me faire passer de vie à trépas laisse à penser qu’ils ont perdu ma trace, et qu’ils doivent écumer chaque recoin des rues parisiennes pour me retrouver. Conclusion, cela voudrait dire que c’est moi qui bénéficierais de l’effet de surprise. Ca serait bête de ne pas en profiter, autant frapper un grand coup.

On ne gagne pas un combat en restant en défense. Stratégie élémentaire de tactique militaire. Retourner en Ukraine ? Non. Aussi tentant cela puisse paraître, agir de la sorte reviendrait à être un kamikaze se faisant hara-kiri. En toute logique, si une opération de nettoyage est en cours, ils doivent forcément avoir une zone de repli ou une espèce de base ici même à Paris. L’ambassade. C’est le seul confetti dans cette ville où le pouvoir Ukrainien s’applique sans être soumis à la juridiction française. Il n’y a pas de meilleur endroit pour relayer et faire transiter des infos en toute discrétion. Hum, un petit changement de plan s’impose. Exit le sac du bureau de ce cher Professeur Barnier. Je vais frapper plus haut. Bien plus haut. Comment vais-je bien pouvoir m’y prendre ? Là est toute la question. J’imagine que le dispositif de sécurité d’un hôpital, c’est de la gnognotte comparé à celui d’une ambassade. Je sens que je n’ai pas fini de passer des nuits blanches à m’arracher les cheveux, dans le but de trouver un moyen d’entrer dans ce bâtiment qui doit être encore mieux gardé et sécurisé que Guantanamo. Peut-être que l’inspiration me tombera dessus au moment où je m’y attendrais le moins ? Comme lors d’un footing ou d’un mano à mano avec Julie par exemple. Quelques brèves paroles, sonnant comme une imploration sur un ton supplicier, me font sortir de l’étrange état de léthargie et de torpeur dans lequel m’a plongé ce défilé de supputations.

D’un coup, l’agitation régnant dans le bar me paraît plus distincte. Comme si des boules Quies quittaient soudainement mes oreilles. « Te détruire ». Voilà les deux seuls mots, que je suis aux trois quarts sûr d’avoir saisi. Julie, ou l’autre nom pour l’abjection et la culpabilité. Je n’ai pas la naïveté de croire qu’une simple conversation un tant soit peu à cœur ouvert, puisse agir sur elle tel un processus de réassurance narcissique, mais j’avais néanmoins quelques espoirs que cela puisse l’aider à voir les choses sous un tout autre angle. Force est de constater, qu’elle ne mentait pas tout à l’heure lorsqu’elle affirmait être têtue. A croire que l’image qu’elle a d’elle-même, serait le reflet que lui renverrait un miroir déformant. Je secoue la tête de droite à gauche, puis laisse s’échapper quelques mots à voix si basse que l’on jurerait que je tiens à les garder égoïstement pour moi : « Il n’y a rien à détruite. ». Pour la simple et bonne raison que je suis une coquille vide. On m’a tout pris. Tout ravi. Tout arraché. Tout confisqué. Quand bien même on s’acharne et se donne du mal pour détruire des ruines et des gravas, au final cela restera à l’état de ruines et de gravas. Je n’ai strictement plus rien à perdre. Rien qui ne vaille la peine d’être saccagé. Ce qui n’est pas le cas de nos amis accoudés au bar. Pas besoin d’être un fin spécialiste des relations humaines pour deviner ce qui risque d’advenir, s’ils ne se ressaisissent pas et décident tout deux de camper sur leurs positions.

En plus d’aller une énième fois au clash et droit dans le mur, ils risquent de perdre gros si cette embrouille est la petite goutte d’eau faisant déborder le vase, qui doit déjà être bien rempli. C’est grosso modo ce que je dis à Julie, en lui exposant le fond de ma pensée de manière très détachée voire désinvolte, après que la demoiselle se soit fait la malle en claquant violemment la porte du bar derrière elle. Même si elle semble partager mon point de vue, Julie prend toute cette histoire beaucoup plus à cœur. Il n’y a qu’à lire la colère consumant et assombrissant ses beaux yeux clairs, pour en être convaincu. Outch, j’ai soudainement un mauvais pressentiment. De fait, il y avait de quoi. La blonde quitte la table afin d’aller mettre les points sur les i et les barres sur les t, à ce cher Marc. Jusqu’ici rien d’anormal, d’autant plus lorsqu’on connaît le caractère volcanique de la noceuse. Quand soudain, semblant crever le ciel et venant de nulle part, surgit une baffe magistrale. Ce Marc n’a pas l’air d’être un mauvais bougre, mais quelque chose me dit qu’il doit faire partir de ces gens ayant « l’alcool mauvais », comme on dit. Pas de videur ni de Monsieur muscles censé faire respecter l’ordre, et je vois mal le fluet barman ou les serveuses en jupe droite endosser ce rôle. Redoutant le pire, je me lève à mon tour et me poste à l’autre bout du comptoir, tel un Cerbère s’apprêtant à bondir sur un inconscient souhaitant s’aventurer dans les Enfers sans y avoir était invité.

A bonne distance et dans le dos de Julie, mais en plein dans le champ de vision de l’homme montant sur ses grands chevaux. J’espère seulement que cela suffira pour le dissuader de commettre une énorme bêtise, qui lui vaudrait à lui aussi plusieurs mois sans avoir le bonheur de faire des entre-chats ou des pointes. Sont-ce les mots virulents de la pompiste, ma présence guère sympathique et somme toute intimidante, ou un savant mélange des deux, mais toujours est-il que Marc baisse son poing rageur et ravale son acrimonie. Ne souhaitant pas davantage me mêler de ce qui ne me regarde pas, et n’ayant plus de raison de jouer les Kevin Costner prêt à défendre Whitney Houston, je retourne donc m’asseoir. Dos avachi et avant-bras posé sur le dossier de la chaise, je fais mine d’ignorer l’immanquable en regardant partout ailleurs. Ce qui est vraiment inutile, vu qu’il faudrait être sourd ou habiter en Uruguay pour ne pas entendre ce qu’ils se braillent dessus. Le danseur abdique en premier. Ses derniers mots avant qu’il ne prenne ses cliques et ses claques, me sont destinés. MST ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi les français utilisent-ils tant d’acronymes et de sigles ? Ok, pour eux c’est sans doute plus pratique, mais pour nous autres les étrangers qui ne sommes pas livrés avec le décodeur, c’est quand même tout sauf commode. Le calme reprend petit à petit ses droits, et Julie revient s’asseoir comme si de rien n’était.

Elle serait de retour dans la salle après un passage par la case toilettes, ça serait la même chose. J’incline furtivement la tête suite à sa remarque, puis rétorque avec impassibilité : « Il n’est pas si différent du mien. Sauf peut-être pour ce qui est de la moindre part accordée à l’imper… l’intériorité. ». Oui, elle est incontestablement là, la différence principale entre Julie est moi. Elle est feu sous la glace, tandis que je suis l’inverse. Une dualité et une dichotomie parfaite. Les deux côtés d’une même pièce. C’est peut-être pour cette raison que l’on s’entend plutôt bien, alors que de prime abord, nos caractères sont diamétralement opposés. Mais ne dit-on pas que les contraires s’attirent ? Je pense que d’une certain façon … on admire ce que l’autre est, tout en sachant que jamais on ne pourra l’être. Une bien singulière et étrange complémentarité. Le bar semble doucement mais sûrement se désengorger. La pendule au-dessus de la porte d’entrée indique vingt-trois heures passées. Apparemment, le before vient de se terminer et la soirée peut commencer dans je ne sais quel boîte à la mode. J’ignore si c’est le fait d’être en plus petit comité qui y est pour quelque chose, mais voilà que soudain l’armure se craquelle : « Je crois que la mémoire n’est pas la seule chose que j’ai perdu suite à cet accident. La colère dont toi et Marc avez fait preuve. La manière qu’à cette fille là-bas, de rougir et de se sentir embarrassée par les compliments du mec en face d’elle. Les éclats de rires de ces businessmen, suite à la blague que vient de leur raconter celui qui n’a pas de cravate. Toutes ces choses je … je n’arrive plus à les éprouver ou les ressentir. ». Bon, vu depuis le temps que Julie me fréquente, j’imagine que j’enfonce des portes ouvertes en disant cela. Mon comportement abonde en ce sens. Elle devait donc forcément s’en douter, ou s’en être aperçue. Mais … cela fait tellement longtemps que je m’efforce de tout dissimuler et de garder le contrôle, que j’ai l’impression d’avoir partagé avec elle un secret inavouable. Une chose est sûre, je viens de lui fournir un bon marteau piqueur pour l’inviter à creuser encore plus.
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Go Against the Flow - (Maklie)

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